Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

25/03/2007

L’ordre des letrtes


Sleon une étude de l’Uvernitisé de Cmabridge, l’odrre des ltetres dans un mot n’a pas d’ipmrotnace, le suele ccoshe ipmrotnate est que la pmeirère et la drenèire soeint à la bnnoe pclae. Le rsete peut êrte dans un dsérorde ttoal et vuos puoevz tujoruos lrie snas porlbème. C’est prace que le creaveu hmauin ne lit pas chuaqe ltetre elle-mmêe, mais le mot cmome un tuot. La peruve…
Alors ne veenz puls m’ememdrer aevc les corerticons ottrahhggropqiues.

24/03/2007

De la prétention littéraire

medium_14Fille.gif

collage Maryvonne Lequellec

Pour écouter la musique de l'ami Patrick Chartrolen lisant ce texte....

C’est sûr, si j’avais été moins lâche, il aurait été plus judicieux de partir quand il en était encore temps. Pour se remettre des frayeurs, on laisse glisser sa plume tout le long de la ligne en espérant en tirer quelques récompenses. Mais tout cela est vain. Les plaisirs spirituels sont bien trop spirituels, les physiques, s’ils finissent en apothéose et procurent plus de satisfaction que de planter sa plume dans un encrier, ils épuisent la bête.
Il reste la littérature pour faire le bilan de tout ce temps où j’ai fini par me demander si tout cela a été bien réel. J’ai souvent replongé à l’eau au risque de me noyer encore et d’appeler à l’aide, parce que ce bateau est mieux dans les tempêtes, avec des voiles blanches et rondes de la force d’un ciel d’ardoise. Plein de cet oxygène animé de vent polisson à faire péter la cage thoracique. Piailler avec les mouettes en s’ébattant dans les risées, en plongeant, filant, planant, rebondissant sur les cascades de l’air. Avis de coup de vent, tempête, tornade, ouragan, il n’y a que dans les turbulences, quand le zeph souffle dans les drisses, que les roseaux trépignent, que les haubans sifflent, que la membrure craque, que le toit remue, que l’eau ruisselle en fines lézardes transparentes sur les vitres, qu’on sent réellement le poids du vivant. On sait qu’après arrivera le soleil qui réveillera tout ça. Comme une grande lessive dans un bistrot qui vient d’ouvrir. Alors que le sol est encore mouillé, que l’odeur du café emplit déjà la salle et que vous êtes le premier client. Cette appréhension perce sous la peau de ces instants. Il n’y a rien à dire. Ce sont par ces moments là qu’on légitime nos heures dans ce foutoir.

On a beau avoir l’impression que dans le temps imparti, on ne réussira pas à boucler ce pourquoi on pense être fait, -il est étrange de croire qu’on doive mener à bien un projet ou subir un ensemble d’événements-, on ne désespère plus, bien que le corps s’amenuise, que l’échine se courbe et que le ton de la voix devienne moins arrogant et que ce projet-là, quoi qu’il arrive, ne laissera jamais assez de temps à l’existence. Que chaque jour sera toujours trop court, chaque heure incomplète, chaque instant inachevé suspendu au néant, comme un manque permanent..
Depuis le temps que l’imminence du désastre est perceptible, on s’étonne qu’il ne se soit pas encore produit. Tout échappe, c’est bien la seule certitude que peut avoir la marionnette qui coupe son fil pour s’aventurer au-delà du cercle des projecteurs. Si elle savait, elle s’abstiendrait de tenter de s’évader. Chercher la raison qui pousse à écrire, peindre ou dessiner, c’est perdre son temps. Il faut agir pour se vider de tout ce prurit et se remplir à nouveau, tout simplement. Ce qui a été fait n’est plus à faire et ne pèsera plus de tout son poids de remords. Tant pis si cela a été mal fait, et tant mieux dans le cas contraire. C’est en faisant qu’on apprend à se soulager mieux chaque fois.

21/03/2007

Aide aux artistes dans le besoin

medium_inconnu.jpg

la piste des larmes

Par Alain jégou

Femme-Qui Change

Terre-Mère / elle dispensa ses pluies et s'en aspergea le corps / monts et vallons / dunes et plaines / sa peau embuée et confuse que le soleil pomponnait / pommettes tout humectées / que ses rayons amoureusement dardés coloraient / le coeur un peu pompette / elle succomba à sa chaleur de souffle / son haleine pollen sur son corps frémissant / lorsqu'elle s'émut de lui / qu'ils s'apprivoisèrent des chants et des regards / puis ils unirent leurs chairs / de cette union naquit l'Homme Navajo


Ours-aux-yeux-bleus


l’inquiétude perdure
qui vient de lui
sa silhouette massive
qui fait frémir
et s’évanouir les femmes
le malotru grognon
l’intrus mal léché
qui met les griffes
dans le plat
celui que tous redoutent
et n’osent éjecter
de leurs coteries minus
le mastard que tous envient
le malabar dont chacun
se targue d’être l’ami
celui qui d’un gnon
enverrait dinguer
la planète entière
finira reclus
rejeté par ses pairs
exclus par jalousie
décrété par ses fans d’hier
ennemi public numéro un
que la meute ravie
aboyante hystérique
déchirera à belles dents



« L'Aberdeen Saturday Pioneer a par le passé déclaré que notre sûreté dépendait de l'extermination des Indiens. Après leur avoir fait du tort pendant des siècles, nous devrions, afin de protéger notre civilisation, insister encore et débarrasser la terre de ces créatures indomptées et indomptables. De cela dépend la sécurité des colons et des soldats commandés par des incompétents. Autrement, nous pouvons nous attendre à ce que les années futures nous apportent autant de déboires avec les Peaux Rouges que les années passées. "
Frank Baum, Aberdeen Saturday Pioneer du samedi 3 janvier 1891.


medium_Eagle_Catcher.2.jpg


Nous préparons pour septembre la publication d'un recueil de textes de Alain Jégou sur la nation indienne, qui reprendra des textes parus aux éditions Wigwam et aux éditions Blanc Silex, ainsi que des textes inédits sur son voyage à la rencontre des hommes de l'AIM (American Indian Mouvement) et un hommage à Léonard Peltier.
medium_The_scout.gif

19/03/2007

Ouagadougou-Paris en mobylette.....

medium_3.jpg
photo Vincent Colin

Au festival culture-aventure, j'ai croisé un fou sympathique qui se soigne par le voyage. Vincent Colin possède un réel talent de photographe doublé de celui d'aventurier. Si le reportage sur son voyage souffre de manque de moyens, -caméra d'appareil photo numérique oblige- par contre il respire cette fraîcheur qu'on ne retrouve que chez les professionnels du périple qui ont un talent de photographe. Jugez par vous même de ses photos en noire et blanc sur son site...


The Pigeot Delta my friend!
Ici, pas une seconde sans voir une mobylette du type nos bonnes vieilles 103 Peugeot; c'est le moyen de transport national!
J'ai vite fait le tour des modèles en vente, neuf et occasion, et pas de doute les occases font vraiment peur!

J'ai donc acheté une Peugeot Delta neuve, 710 euros et 1 Km au compteur! C'est un peu le modèle "vintage" avec le phare rond, mais ça fait aussi tout terrain avec la fourche "best quality"!!! Bon elle ne fait pas vraiment « MEEH MEEHHHH!!!!! » Comme prévu, mais plutôt ....mmmmMeeeeuuuu...... Je ne suis pas prêt d'arriver!!! Et les pédales sont loin d'être inutiles au démarrage!!! (voilà pourquoi y’a des pédales sur les mobylettes....)

Bonne surprise, les plaques de la mob sont vierges, donc ça sera plus pratique pour taper le type de bécane, l'année et tout ce qui est utile. J'ai également eu des fausses factures, une avec un prix inférieur et d'occasion pour la douane, une vraie pour les flics au Burkina, et une autre vierge pour la France!!


Pour en savoir plus sur Ouagadougou-Paris en mobylette... cliquez sur le lien
medium_7.jpg

medium_17.jpg

Photo Vincent Colin

18/03/2007

Les fréres Joubran

Originaire de Nazareth, en Galilée, Samir Joubran, virtuose du oud déjà consacré dans le monde arabe, accède aujourd'hui à une reconnaissance internationale.
Samir & Wissam ont commencé à tourner hors du Moyen-Orient en Août 2002, leur réputation n'a cessé de croître au fil des concerts en Europe, au Canada et au Brésil. Leur premier album "Tamaas", paru sur le label daquÌ en 2003, est un chef d'œuvre, témoignage de leur connaissance intime de la musique et de l'histoire de leurs instruments, et de leur formidable talent d'improvisateurs.
Leur plus jeune frère, Adnan, considéré comme un prodige par ses frères aînés, a fait ses débuts sur la scène internationale en Octobre 2004.



medium_photopagemus_joub_swaj.jpg




Pour découvrir le travail de Wissam Joubran

17/03/2007

Lhasa de Sela

medium_lhasa_pres.jpg


Cette fille me colle le frisson chaque fois que je l'écoute... Je ne sais pas pourquoi... La fêlure de sa voix, si posée si fragile. Sa présence sur scène me font penser à Edith Piaf... Une référence...

A ECOUTER SANS MODERATION









14/03/2007

Les Crobards de Malnuit

medium_13.jpg


Collage Maryvonne Lequellec

Voila ça y est l'idée fait son chemin. On va republier Malnuit. Oui c'est un événement. Ce sera pour l'automne probablement. C'est Bédé qui s'est mis au clavier pour exhumer ces textes devenus introuvables. Je vous en dirai plus au fur et à mesure de l'avancée des travaux. Mais pour commencer juste un petit morceau pour le plaisir, comme on lèche les plats...

Crobard : n.m. Dessin à main levée qui ne fait qu’esquisser l’image d’un être ou d’une chose. (Petit Larousse – voir : croquis)


Ça durait comme ça jusqu’aux environs des alentours du petit matin blafard à parler de l’une, de l’autre, sur le mode de si j’aurais su… On avait fait son compte de tout ce qui n’avait rien à offrir susceptible d’émoustiller notre lard fatigué et désireux de vibrer tant soit peu… C’était l’heure du loup affamé de chair tendre… On sortait des vannes pour pas mollir au fur et à mesure que se débitait le petit cinéma intérieur ; on avait chaud ensemble et on entretenait soigneusement cette chaleur, à défaut d’une autre… Mais chacun était seul avec ses images, ses rêves, mâle solitaire, démiurge et enfant perdu dans l’univers de la femelle -. Je dis femelle, et non femme ; s’agit de chair, de viande, pas de sentiment, de tendresse. Une voie lactée du lait de milliers de mamelles de milliers de femelles… Au fond, de la tendresse, si, des litres et des quintaux de tendresse qui pissaient de centaines de mamelons dans notre gosier sec… du lait du sang et de l’urine qui débordaient l’écran du ciel et de l’imagination pour t’arroser, t’imbiber, te gorger comme une éponge et tu te sens revivre et tu es emporté, submergé, et tu roules dans la formidable soupe, et 1000 corps roulent sur toi, tombés de haut avec le crépuscule de l’esprit sain, son occlusion, 1000 corps de femmes qui te culbutent et te happent le souffle, coupé le souffle, à coups et à claques de bras et de mamelles et de jambes et de fesses et les bouches te sucent et te sucent et les vulves t’aspirent et te gobent et tu cherches des prises malgré toi comme si tu refusais d’être un minus une particule négligeable et dérisoire dans la sarabande des corps saisis du délire et de la folie et tu rebondis et tu glisses et tu descends et tu remontes et tu navigues et tu ricoches et et et tout est déchaîné il n’y a plus de nord ni de centre et et et les langues sont mélangées et et d’autres s’égarent et la tienne pend lamentablement lourde de bave et tâtonne pour retrouver le chemin du retour le retour le retour et pénètre rageusement dans tous les orifices et te tire et te tire à l’intérieur des ventres comme si tous étaient celui-là d’où tu es tombé car TU ES TOMBÉ D’UN VENTRE ET C’EST ÇA LA CHUTE ORIGINELLE.
Inondé du sang des femmes et de leur sève tu es en train de revivre le rite de la naissance et tu es le premier homme et le dernier et tu te débats dans la fantasmagorie infernale et divine du Commencement et tu retournes à la Source qui est sans commencement ni fin et de toutes tes forces débridées tu réintègres le chaos fondamental et l’ordre suprême de la nuit des temps qui est dans la femme comme le secret de la lutte des sexes et de l’attachement animal et du cannibalique et du platonique et le secret de ta faiblesse et ta misère et ta soif intarissable et ta faim perpétuelle et et et la femme s’ouvre et se referme et tu t’enfonces dans l’œsophage et tu pénètres dans l’estomac qui n’est qu’un sac et son anus s’ouvre et se referme et tu t’enfonces dans le rectum et tu pénètres dans l’intestin et sa vulve s’ouvre et se referme et tu pénètres dans la matrice et la femme s’ouvre et se referme mille et mille fois tu t’enfonces en elle et la femme s’ouvre et se referme et tu t’enfonces dans son cœur et tu pénètres JUSQU’À SON ÂME
Mais ce n’est plus toi c’est personne et tu assistes au gigantesque spectacle ébahi et secoué comme si une décharge faisait trembler au fond de toi tout au fond UNE CORDE quelque part tout au fond de la chair et tout au fond de la mémoire une corde et cette corde traverse ton plexus solaire et ton cerveau vibre doucement dans sa boîte imprimant aux globes de tes yeux une imperceptible bougeotte et ton voisin de table n’est qu’une tache d’encre presque une ombre et peut-être une illusion visuelle un grain de poussière sur ta pupille et la petite corde te fait un peu mal elle résonne autour de la nuque comme si le bulbe était à son tour secoué par un infime écho et tu voudrais penser à autre chose et tu passes la main sur ta nuque et tu te frottes les yeux mais ta pensée ne suit pas tu ne penses pas c’est personne et personne non plus ne pense pas comment pourrait-il penser lui qui n’est personne et personne c’est rien personne c’est rien personne alors. Alors…
— Quoi
— Qu’est-ce qu’on fait ?
— Qu’est-ce que tu veux faire ?
— Ché pas
— Et toi ?
— Ché pas. Rien…

Paroles de Coyote

Par Alain Jégou

Alain dont j'ai publié en avant première des textes en juillet 2006 sur le blog, n'est plus marin pécheur. Il a revendu l'Ikaria son bateau qui péche toujours du côté de Lorient, mais avec un autre capitaine. Il ne regrette pas son repos bien mérité quand il entend souffler le vent, il est bien content de ne plus être chahuté au large. Il se consacre dorénavant totalement à l'écriture. Vous le retrouverez de temps à autre sur le blog. Au gré de ses humeurs de ses coups de gueule aussi.

medium_535_3535.gif


photo Gérard Gautier


Une médecine pour remodeler le silence captif :

En certaines années bigrement évaporées, nous mioches, esprits neufs et purs, attentifs et clients benoîts de toutes aventures cousues de fil blanc et truffées d’un héroïsme simplet, avons été manipulés de la façon la plus abjecte qui soit. Empapaoutée notre cervelle toute molle de fraîcheur, maculée notre crédulité, salopée notre jugeote, par les fourbes faiseurs de magazines et fanzines westerns.
Scénaristes, dialoguistes, dessinateurs, emberlificoteurs de pensées juvéniles, à la solde d’une culture, d’un culte et des vraies foireuses valeurs de la race indélébile des seigneurs. Toujours appliqués à nous bourrer le mou de leurs pernicieux principes, de leurs impayables conceptions du bien et du mal, à nous faire ingurgiter, sans autre forme de jugement possible, leurs vérités toutes moulées pour nos âmes de chérubins. Toujours affairés à nous faire abonder dans le sens de leur giration spirituelle. Acharnés à nous foutre les foies, à nous dégoûter ou nous faire nous moquer de l’autre, du différent, de l’autrement coloré ou charpenté.
Les héros farauds de nos boulimies aventureuses avaient tous le regard et les idées purs braqués sur la ligne bleu uniforme des sierras ? Bien sûr tous blancs de peau et ne permettant pas que quiconque émette le moindre doute sur la noblesse raciale de leurs origines.
C’était pas de vulgaires trouducs à face de rats et teint chiasseux, nos héros amerloques. La belle allure qu’ils entretenaient et la forme olympique de leurs balèzes carrures. Franchement, c’était pas des lopes les Kit Carson, Buck John, Davy Crockett, Bleck Le Roc, Buffalo Bill et autres Cornflakes Joe de la saga du Grand Ouest sauvage. Pas comme ces enflés de diables rouges qu’avaient aucun respect et aucune tenue dans leurs façons d’être et d’agir, qui se mettaient à une dizaine pour torturer et estourbir un pauvre pionnier sans défense sous les yeux horrifiés de sa famille qu’ils massacraient ensuite.
Qu’ils soient natifs du Tennessee ou du Nevada, de l’Ohio ou de l’Indiana, de l’Arizona ou de l’Oklahoma, du Texas ou du New Mexico, ils avaient tous de la classe, nos idoles de B.D. Tous aussi fortiches les uns que les autres à manier le coutelas ou la Winchester, à suivre une piste ou traquer l’ennemi, à dresser un mustang ou chasser le bison. Jamais froid, jamais faim, jamais soif, jamais fatigués, jamais peur, jamais envie de pisser, ils chevauchaient sur les vastes étendues sauvages toujours en quête de nouvelles aventures, de nouveaux faits d’armes et de bravoures à accomplir. Ils étaient la fierté de l’Amérique.
Sans chiqué ni forfanterie, ils vous mettaient en fuite toute une tribu d’énergumènes énervés et sanguinaires pour délivrer la caravane des colons fourvoyés en si périlleuse situation, vous descendaient trois ou quatre bisons d’un seul coup de fusil ou vous abattaient un grizzly d’un uppercut dans les gencives, sans la moindre émotion.
L’ennemi numéro un, le souffre-douleur, le faire-valoir, de ces supermen vedettes de la conquête de l’Ouest, évidemment c’était l’Indien. Tampon de toutes affabulations, le vilain moche, le cruel, l’infâme, le méchant Peau-Rouge, le suppôt de Satan, le barbare ultra, le tueur et violeur de femmes et d’enfants, le chasseur de scalps, le buveur de millésimes judéo-chrétiens, l’être le plus abject de la planète, c’était lui, c’était bien lui, l’incroyable incroyant, qu’il fallait combattre sans relâche, exterminer sans rémission du plus petit au plus grand, génocider jusqu’au dernier.
L’Indien, affublé de toutes les tares et vilenies les plus hardies, décrété durement et sans appel l’ennemi définitif de toute l’humanité en marche vers son idéal progressiste, ne pouvait être qu’un obstacle à cette avancée vers l’Eden convoité.
Alléluia pour nos frères, héroïques conquérants du Nouveau Monde ! Pour nos pionniers dévots défricheurs de terres vierges, porteurs et défenseurs ardents de la parole du Christ ! Sonnez trompettes ! Roulez tambours ! Pour l’arrivée toujours à point de notre cavalerie. Hourra pour nos p’tits gars fringants et audacieux ! Hourra pour la Grande Amérique ! Son peuple ! Son président ! Et sa politique expansionniste et exterminatrice !...
Voilà ce qu’ils voulaient nous inculquer, les salauds de bidouilleurs de pensées mineures. Nous ont violé le rêve et l’innocence. Toujours habiles et persuasifs, experts à faire passer l’Amérindien pour un être dénué de tout sentiment humain, à nous faire frémir et pétocher maousse devant le faciès ingrat, l’œil sournois, le nez busqué et la mâchoire crispée par la haine, le corps paré de ses peintures de guerre, presque nu, son cul juste couvert d’un morceau d’étoffe grossière, du combattant féroce montant à cru l’apaloosa véloce, rapide et âpre à décocher ses flèches vers tous corps étrangers, à décoller du crâne de l’ennemi abattu, mort ou seulement blessé, la chevelure sanglante pour s’en faire un trophée, à tailler dans le vif des chairs des prisonniers attachés solidement à d’étranges et effrayants poteaux de torture.
Durant de longues années le mythe escroc a bien vécu. L’arnaque historique menée de mains de maîtres est parvenue à duper d’imparable façon plusieurs générations de petits hommes blancs, admiratifs et respectueux à souhait de la parole des grands.
Ca n’est qu’à la fin des années 1960, avec la naissance de l’AIM (American Indian Movment) et le combat mené par ses activistes que les mioches lecteurs de BD ont découvert le pot aux roses, pris conscience que les méchants n’étaient pas ceux que les dessinateurs et dialoguistes de leurs illustrés avaient sournoisement désignés à leur vindicte juvénile, mais bien ces salopards de Kit Carson, George Custer, William Cody, Philip Sheridan, tous ces chasseurs de scalps et massacreurs de natives dont le seul crime fut d’exister et de résister à leurs ambitions impérialistes.

( éd. Alcatraz Press, Un siège pour les aigles, janvier 1995)

12/03/2007

Mémoire d'homme

medium_img029.2.jpg

photo Bénédicte Mercier

Je suis arrivé comme à l'habitude par le même bus brinquebalant, un de ces cars poussifs, à-demi épave. Il s'arrêtait partout pour laisser monter ou descendre des passagers et lorsqu'il redémarrait, un nuage de fumée due à l'huile brûlée me dissimulait complètement le paysage. Le véhicule s'arrachait dans un grincement ahurissant de ferraille, pendant que le receveur arrangeait la situation des nouveaux arrivants en leur indiquant où s'asseoir et en prélevant le droit de place. Le graisseur était déjà monté sur le toit, avait ouvert et refermé le grand filet qui recouvrait l'ensemble des bagages. Il organisait le chargement de façon à équilibrer la masse, qu'aucun sac ou mouton ne tombe dans les virages. Allongé sur la route, entre les roues, le graisseur aidait au passage de la vitesse lors du départ du mastodonte. Dés que la vitesse était enclenchée et que le véhicule s'ébranlait il lui passait au-dessus. Le graisseur réapparaissait derrière et s'élançait à sa poursuite en s'accrochant à l'échelle de la galerie. Il ouvrait la porte de derrière alors que le chauffeur accélérait, s'étant assuré que son aide avait bien réintégré son poste. Lorsqu'un passager désirait descendre, le receveur tapait de sa pince métallique sur un des montants des sièges, le graisseur grimpait sur le toit bien avant l'arrêt complet et il recommençait son manège à chaque départ...
Le Père ne m'attendait pas, je venais sans prévenir. Il savait que j'allais venir. Il ignorait quand mais il n'avait plus que cela à faire, attendre. Le reste du temps il discutait ou dormait, assis appuyé au mur de sa maison, le dos protégé du vent glacial du haut Atlas, ce souffle qui coupe en deux. Après tout ce temps sans avoir donné de nouvelles je revenais le voir. Je devrais me refaçonner à son corps, sa démarche malhabile. A ses bras maigres, ses mains énormes, presque difformes à la peau tendue où saillent les os et les veines.
Dans ce décor de rocailles et d'oliviers racornis, il avait retrouvé sa nature profonde, perdue sous la pluie et dans la brume. Celui qu'enfant j'avais connu immense était maintenant un vieillard recroquevillé, petit, voûté, avec un visage mat et osseux, des yeux noirs profonds, fentes rusées et pétillantes et un large sourire sur une bouche fine entourée d'une barbe qu'il rasait avec son crane et ses sourcils au marché hebdomadaire. De son habituelle voix rauque il me racontera ses souvenirs avec un accent inaudible. Je regarderai cet homme avec la vision d'un autre monde. Les liens qui nous uniront ne seront pas des chemins de parole. Je serai l'étranger et ma langue intriguera la tante qui ne cessera de me regarder, tout en chassant machinalement les mouches.
J'ai passé ma journée à l'attendre. Il tardait. Quand je suis arrivé je n'ai trouvé que la vieille tante. Elle m'a serré dans ses bras fort contre elle et s'est mise à pleurer. Je n'ai pas compris pourquoi elle se répandait de la sorte. Il n'y avait jamais eu de joie à l'arrivée ni de peine au départ. Nous sommes ainsi... Si je venais c'était bien, sinon la faute en incombait à la vie. Puisqu'il faut se séparer alors que cela ne soit pas couronné par des scènes de larmes et de cris. A quoi bon?
Elle m'a fait signe qu'il était absent, parti loin, vers le barrage... Elle m'a indiqué la direction d'un geste du bras puis elle a pleuré. Heureuse certainement de me voir. Elle m'a apporté le thé puis a rangé mes bagages. J'avais avec moi un pantalon de velours, une bonne chemise et un pull d'hiver. Ceux que j'avais offert auparavant au Père lui avaient tellement plu. Il ne les avait pas quittés durant mon séjour, si fier de ses solides vêtements de paysan français. Un pantalon de velours côtelé et une chemise épaisse… Il tardait.
Un gamin qu'on était allé cherché est venu. Il avait semble-t-il été suffisamment à l'école pour qu'on se comprenne. Mais que veulent dire les mots? J'insistais pour lui demander où était passé le vieux. S'il savait quand il reviendrait. Je l'attendais depuis le début de l'après-midi. Bien sûr il devait être parti loin pour tarder tant. Le gamin n'a su que me dire.
-Mon père est mort!
Je lui ai fait répéter. Il a confirmé ce que je venais de percevoir. Ce n'était pas de celui du traducteur dont il s'agissait, mais du mien. Puis il m'a désigné du doigt pour qu'il n'y ait plus d'erreur possible. Je pouvais l'attendre longtemps encore... Il avait profité de l'hiver pour partir. Personne ne m'avait prévenu. Personne ne savait où j'habitais. Je n'habitais plus nulle part. J'errais avec mon sac d'une maison à l'autre. Ce n'est pas une affaire extraordinaire que d'oublier de vivre. Parti seul, sans fils pour lui fermer les yeux. Ses compagnons l'avaient escorté à sa dernière étape. Lui qui s'étonnait d'être revenu vivant des carnages de l'Europe. Il appréciait à sa juste valeur le répit accordé. Il en ignorait la durée, mais n'y prêtait pas d'importance.
Les paroles non dites et qu'il faut un jour prononcer écorchent la gorge. Ces mots qui ne sont jamais venus par pudeur, lorsqu'on n'a pas appris à les dire, restent comme un dette. Je savais qu'il faudrait maintenant témoigner pour toute cette hébétude, ce temps perdu à chercher l'issue.
Le lendemain, est arrivé son ami, l'ancien militaire. Le sergent balafré d'Indochine. Il a parlé longtemps, ri beaucoup, dit sa chance d'avoir connu un bon camarade comme le Père, si calme et posé, résolument sage. Il a compté sur ses doigts les années de tourmente, de guerre, de souffrance...
-Oui, c'est comme ça, pour nous, la vie!
Il s'est souvenu de cette époque et de ceux qui ont quitté ce monde, puis il s'est tu. Il semblait avoir lui aussi atteint la sagesse après toutes ces tempêtes.
-Ah, Imma, Imma, Imma!
Il a imploré sa mère, comme pour l'interroger sur sa venue dans ce monde. Il a allumé une pipe de kif et s'est évaporé dans ses pensées comme rassuré sur la destinée du grand voyage.
-Maintenant il est tranquille. Pas comme nous! Il a rejoint Allah! C'est bien! Tu dois pas te faire de souci! C'est moi qui lui ai fermé les yeux! On est là aujourd'hui, demain c'est fini! Un jour bientôt ce sera mon tour, un autre le tien, puis tes enfants et les enfants de tes enfants. Va savoir quand? Personne ne sait! Sauf Mounana! Il faut se préparer, tous les jours! Faire la prière! Etre un bon croyant!
Je n'ai pas osé lui dire que je n'en avais pas pris vraiment le chemin. Mais sait-on jamais? La rédemption existe.
-Toi, maintenant il te faut des enfants! C'est ton père qui veut! Tu étais son préféré! Il ne te l'a jamais dit, pour ne pas faire de différence! Mais il a voulu que tu le saches! Il pensait que tu reviendrais! Tu vois, il te connaissait bien!
J'aurais bien aimé lui donner la joie d'être grand-père, mais la vie a vu différemment. Et ce n'est pas lui qui a faiit naître un goût pour la paternité.
-Tu sais, nous il a fallu toujours qu'on se battre. Lui avec la pelle et la pioche, moi avec le fusil et la baïonnette! On a fait la vie qu'on a pu! Il faut le voir pour le croire! Maintenant c'est mieux pour lui!
Une telle confiance dans l'existence d'un au-delà m'a apporté la sérénité. Comment mettre en doute de telles paroles? Je sentais l'apaisement de la douleur de vivre dans l'intonation de la voix de cet homme. A combien de compagnons sur les champs de bataille a-t-il apporté un soutien moral dans leurs derniers instants? Comment est-il revenu de cet enfer aussi paisible?
Je les imaginais tous les deux assis, le Père et lui, le dos au mur pour capter la chaleur de la journée, égrenant un chapelet, se racontant leurs souvenirs devant un parterre d'autres vieux médusés par le récit de la vie si aventureuse de leur compagnons.
-Pour tous c'est pareil, on ne peut pas rester ici, il faut partir! La France, le Canada, l'Australie, la Hollande! Ici on ne revient que pour mourir! Guérir de la nostalgie! Enfin ce que je dis! Ton père m'a tout raconté! Ta mère et ses enfants. Sa première femme et son enfant mort ici. Ses bouteilles, son travail, sa solitude. Non il a bien fait de revenir. Les enfants appartiennent à une femme, pas à un homme... C'est comme ça!
Ces deux là avaient dû se parler beaucoup. Peut-être avaient-ils cherché une explication à leur maudite trajectoire. Si tous deux ont été bannis du royaume de la félicité de leur vivant, ils n'en ont pas gagné pour autant un coin de paradis.
medium_img031.4.jpg

photo Bénédicte Mercier

Son ami m'a guidé dans un champ. Une parcelle de terre que rien n'aurait distinguée d'une autre si elle n'avait été recouverte de rocailles dressées, orientées vers l'est. On s'est arrêtés près d'un léger renflement sur le sol à l'endroit où reposait le corps du Père. Des bouquets d'épines aux dards longs empêchaient de marcher sur les sépultures. Quelques herbes sèches bougeaient, agitées par le vent frais. Des chardons sauvages et le néant.
Cette nuit-là je n'ai pas dormi et le point rouge des cigarettes a ponctué les heures qui s'écoulaient.
Cette vie qui avait été la nôtre remontait dans ma mémoire comme le fleuve à sa source. Trajectoire de l'homme de peine. Humbles en pleine force de l'âge que ce pays ne peut nourrir. Terre rude, sans pitié, rouge, couverte de caillasses barbares. Jamais je n'aurais eu le droit de le pleurer. Il n'aurait pas voulu. On ne pleure pas un homme qui a enfin trouvé la paix.
Sa voix me revenait:
-Ton pays!... C'est celui qui te nourrit!... Oublie pas ça, fils!... La terre qui te donne son lait, comme une femme!... Un jour tu comprendras!... Un jour!...
Il avait raison, sa philosophie imparable ressemblait à des blocs de roche extraits à la dynamite. Sa dernière demeure parmi les herbes jaunes se limitait à deux cailloux dressés, un à la tête, l'autre aux pieds. Des épines noires étaient répandues sur le sol, pour que les chèvres ne foulent pas la terre à cet endroit. Il était revenu et je lui avais pardonné son alcoolisme, son inconséquence. Quoi qu'il ait pu faire ou dire il était à l'origine de mes jours. Et le maudire c'était aussi me maudire.
Il avait retrouvé les paysages de son enfance pour apaiser la nostalgie de la douleur de vivre. Par le passé, en Normandie, il avait acheté un bout de terrain en friches au milieu des bois pour se construire un havre de paix. On accédait au terrain par un chemin boueux qui traversait d'autres propriétés. Il avait transformé cet arpent boisé en champ. Lors de l'acquisition de la futaie de châtaigniers sauvages dont les fruits trop petits n'étaient pas consommables il avait coupé les arbres pour les transformer en bois de chauffage. Un bulldozer avait arraché les racines et les avait poussées dans un coin du champ en un tas presque aussi haut qu'une maison. Cela lui avait coûté quatorze mille anciens francs. Il était fier d'avoir conquis ce pré sur la nature sauvage. Je l'accompagnais souvent dans les bois où il passait ses journées à élaguer des branches, enlever les mauvaises herbes. Il avait semé de la luzerne au grand régal des lapins de garenne qui pillaient allègrement sa récolte et creusaient leurs terriers au beau milieu de son terrain. En bas coulait un ruisseau qui prenait sa source quelques arpents plus loin. Il aurait aimé y construire sa cabane en planches pour venir y passer des jours paisibles, loin des soucis de la maison et des remontrances de sa femme.
medium_img033.jpg

photo Bénédicte Mercier
Quelque part au monde il doit exister sur la carte un point fait pour soi, un endroit où l'on se sent imperturbable quoi qu'il advienne. Un lieu où il n'est pas besoin de justification, à part celle d'être là assis et de contempler le ciel. Un coin où l'on retourne la nuit dans ses rêves. Un simple arbre suffit au pied duquel on peut dire: "Ici je me sens bien". Le père avait gardé un seul châtaignier qui me paraissait immense. Il s'y réfugiait lorsque la bruine tombait trop dru ou pour se protéger du soleil. Sa frondaison si épaisse ne laissait couler l'eau que par gros temps. Il semblait que toutes les feuilles orientées dans le même sens formaient une toiture naturelle. Il pleuvait au delà du périmètre de l'arbre mais pas sous ses branches. Je ne suis jamais repassé près de cet arbre. Faute de temps, de mémoire aussi. La vie a de drôles de soubresauts. Peut-être que depuis, cet arbre est tombé en morceaux, foudroyé par un éclair. Pourtant, sans l'avoir revu, je sais qu'il existe encore. Etrange certitude. Il m'attend. Par lui je prendrai racine sur cette terre où je n'ai pas d'endroit où aller.
Personne ne m'avait prévenu du décès du père. Souvent j’avais changé de maison. Mais est-ce si important de posséder une adresse alors que l'on est simplement de passage?

Ce texte est extrait de Le Soleil des fous paru aux éditions Paris Méditerranée. Si vous désirez vous procurer Le Soleil des fous Cliquez ici

10/03/2007

La vie d'artiste...

medium_14.jpg
collage de Maryvonne Lequellec

C’est à l’aune de la hauteur du tas de manuscrits refusés que l’on voit l’auteur enragé. Dès les premiers refus, les prétentieux rentrent à la niche et stoppent toute velléité de plumitif. Seuls les plus teigneux continuent d’étaler leurs production pendant cinq, dix, quinze ans. Recousus, rafistolés sur toutes les coutures, de leurs manuscrits plus une seule phrase n’est identique au texte du départ. Qu’importe ils s’accrochent, s’acharnent, en espérant qu’un seigneur de la cellulose daignera leur accorder un peu d’attention.
Mon travail était remis en cause par des gens dont je soupçonne l’existence suffisamment terne pour ne pas être racontable même par un génie. Leur histoire ne réussirait pas à remplir un chapitre. À peine trois pages lâches, pas même une trame de mauvaise nouvelle. Ces types n'auront connu de la vie que la voie royale, du berceau au bac à sable, des études brillantes au poste confortable de directeur littéraire. Pas foutu de pondre un articulet qui ne soit un summum de poncifs. Pas capable d'écrire une lettre personnelle pour répondre par la négative, trop faux derche, taux de testostérone pas assez élevé. J'ai récolté suffisamment de leurs correspondances au style insipide pour en tapisser un mur. Ils sont vissés à leur siège éjectable et le savent bien, alors ils publient du consensuel mais pas de l'original. Ils veulent des noms vendus d'avance, pas du talent inconnu trop difficile à fourguer. De l'histoire facile et joliment écrite qui ne dérange pas dans les chaumières. De l'académique, mais pas du sanguinaire quartier de bœuf, à la manière de Soutine. Comme si la façon dont je raconte la chaîne pouvait être trop monotone. Le brave homme n’y est jamais allé à l’usine. Il n’a pas connu la monotonie de la chaîne. Il l’a ressenti jusque dans le cœur du texte et il me dit : c’est monotone. Comment ne pas perdre son sang froid, ai je essayé de me justifier ? Il faut se contenter d'une apparition sur scène contrôlée et dosée à l'infinitésimal. La nuance, le pastel, le non dit, le entre les lignes. Mais surtout ne pas déranger l’estomac du lecteur qu’il est. Il leur faut aussi du convenu, de la référence, pour notre brave directeur littéraire.
Il n’y a que madame Germaine. La très gentille, madame Germaine. Ce n'était pas encore mûr, qu’elle me disait. Je devais passer à autre chose. Elle reconnaissait le talent, bien que ce ne soit pas son genre. Madame Germaine, m’a toujours répondu par une lettre gentille avec beaucoup de compassion et plein de gentils encouragements. Une vraie grande dame charitable avec tout plein de charmants sentiments, madame Germaine. Et elle me répétait toujours la même chose. Cette femme devait être bonne comme du bon pain blanc ou de la miche de Noël, ce n’est pas possible autrement. Aujourd’hui on s’écrirait encore, si ça se trouve. Elle m'a encouragé mais ne m’a pas publié : elle a eu la mauvaise idée de mourir entre temps, madame Germaine.
C’est sûr, j’étais fait pour l’écriture. Mais ce n’était pas assez bien écrit pour elle. Je n’ai jamais su si madame Germaine préférait des gaufrettes ou des boudoirs avec son Darjeeling. Bien gentille, quand même. Je ne lui en veux de m’avoir laissé là, au milieu du gué alors que je ne savais pas encore où aller. Beaucoup de politesses, de délicatesses, de bonnes intentions pour rien.
Elle n’est pas la seule qui m’ait refusé et qui ne soit plus de cette galaxie. Combien d’éditeurs qui ont eu ce manuscrit entre les mains en faillite ? De directeurs littéraires à la rue ? C’est une compensation minime qui n’est pas rassurante pour autant.

08/03/2007

La comète Jeff Buckley

Buckley était un homme d’une autre espèce que celle connue sur terre. On a retrouvé que ses bottes près du fleuve Mississipi. S’y est-t-il baigné en pleine nuit ? Il a tout simplement disparu comme il était apparu.
Non seulement Jeff Buckley a disparu dans les eaux du Mississipi mais son chef-d’œuvre est inconnu aux États-Unis.

medium_img2_thm.jpg


« Pourquoi les radios US n’ont-elles pas diffusé « Grace » ? C’est ridicule. Ce disque est tellement phénoménal que si les radios ne le passent pas, qu’est-ce qui va passer ? Ce disque a un public culte. Il va devenir de plus en plus populaire, c’est évident. » (Rock & Folk, octobre 1999)

Le témoigange suivant est celui de Ben Harper qui a eu l’occasion de le rencontrer plusieurs fois.
« La première d’entre elles m’a laissé un souvenir impérissable. Lui et moi étions en tournée en Europe, en 1996, et à l’affiche de plusieurs grands festivals, dont les Eurockéennes de Belfort. Ce jour-là, pendant les balances, Jeff s’est approché de moi, m’a tendu sa guitare slide, et m’a demandé de lui apprendre quelque chose. En l’attrapant, je me suis aperçu qu‘elle était accordée d’une façon si étrange que j’étais incapable de m’en servir. Je la lui ai donc rendue aussitôt pour qu’il m’explique comment il faisait. Nous nous sommes alors promis d’aller ensemble voir jouer Page et Plant, qui étaient également à l’affiche du festival. Je savais qu’on pourrait accéder aux côtés de la scène. Lorsque Jeff a terminé son concert, il avait encore de la promo à faire, et je lui ai proposé de nous rejoindre près de la scène de Page et Plant. Le groupe avait déjà commencé, et le gars de la sécurité, sur l’aile droite de la scène, nous en a refusé l’accès. Nous l’avons donc contourné pour essayer l’autre côté, où nous avons assisté au show. Jeff n’arrivait pas. Nous sommes donc retournés de l’autre côté pour voir s’il nous y cherchait. Personne. Le même type nous a alors montré le carré presse. Pensant y trouver Jeff, nous sommes descendus. Personne non plus. Il y avait beaucoup de poussière. Tout à coup, dans le coin de mon œil, j’ai perçu un mouvement, comme si un oiseau venait de s’envoler au-dessus des montagnes d’amplis. Et en levant la tête, j’ai vu Jeff, accroché à plusieurs mètres de haut juste au-dessus de la scène, suspendu dans les airs. C’est le truc le plus incroyable que j’aie jamais vu. Je me suis dit qu’un type capable de faire ça ne vivait pas sur la même planète que nous. » (Rolling Stone, février 2003)

Pour écouter Jeff Buckley, cliquez ici

07/03/2007

Bonne Nouvelle !

medium_miniature-1.jpg



Dorénavant vous pouvez retrouver GAB'S sur WEBMATIN.

04/03/2007

Et si l’avenir des petits éditeurs passait par un raccourci ?

S’adapter à un marché en perte de vitesse.

Un chiffre à connaître : cinq millions de tonnes de papier sont imprimées par an en France et un quart de ce tonnage part directement à la poubelle, sans jamais arriver à son objectif… Aucune autre industrie pourrait tolérer une telle gabegie, car c’est toute cette industrie qui s’effondrerait. Un quart du prix du produit est dû à l’erreur de processus de fabrication et de distribution du produit. On le voit, l’absence de gestion sérieuse dans ces deux domaines coûte très cher à cette industrie dont l’évolution du chiffre d’affaire en baisse commence à préoccuper sérieusement les états majors. Ce marché est maintenant entrée dans sa phase de récession et les effets vont se faire douloureusement ressentir d’abord sur les petits éditeurs…



L’éditorial de Louis Dubost des éditions l’Idée Bleu est révélateur du malaise qui règne actuellement au sein des petits éditeurs. Ecoutons son discours :


Nouvelles (mauvaises) du p'tit commerce des muses...

Depuis quelques temps déjà, et ça s'accélère depuis quelques mois, les conditions d'existence deviennent difficiles pour les éditeurs dans un « marché » du livre très mollasson, karchérisé par la grande distribution de l'ultralibéralisme triomphant sur tous les marchés, donc, après celui de la musique il y a quelques années, aucune raison que celui du livre fasse exception!

Les librairies indépendantes qui soutiennent nos livres, sont fragilisées à l'extrême, les ventes des best-sellers leur échappe de plus en plus - elles se font dans les « grandes surfaces »….
…. et par Internet - de sorte que, privés de trésorerie pour assurer les échéances de fin d'année, les libraires vident les rayonnages et opèrent des « retours » massifs : du coup, les éditeurs en subissent les dommages collatéraux et se trouvent asphyxiés par le manque de trésorerie.

Quant au militantisme, il est devenu comme quasi un mot grossier dans un tel contexte. Il reste encore, trop éparpillés - problème : comment les informer de nos publications -…
…Il semblerait que ce qui s'accélère en ce moment n'est pas de l'ordre conjoncturel, mais bien plus profondément structurel. Une mutation radicale s'opère dans nos modes de vie, il va donc falloir faire avec.

Pour l'heure, sans être critique, notre situation est difficile. Comme celle de tous les métiers du livre. Le livre a-t-il encore un avenir? Oui, affirme notre pessimisme indécrottablement lucide, mais autrement. Reste à inventer les façons de procéder et d'être: ce qui ne devrait pas, en principe, effrayer des...poètes! ( habitués aux vaches maigres aurait-il pu conclure)


Louis Dubost constate :
Premièrement ; que le marché est en train de changer et il craint à court terme de ne plus y avoir sa place,
Deuxièmement ; que sa trésorerie de ce fait est malmenée par des retours massifs d’où sa situation difficile.
Troisièmement ; que malgré cela un avenir lui semble possible…
Donc à partir de l’hypothèse qu’un avenir est possible, nous allons essayer de comprendre comment les petits éditeurs pourront tenter de se maintenir sur le marché. Mais avant d’aller plus loin il est intéressant de se pencher sur ce que dit Chris Anderson, rédacteur en chef de Wired.


Nous ne savons penser qu’en termes de best-sellers – nous pensons que si une œuvre n’est pas un Hit, elle ne se vendra pas et par conséquent, qu’elle ne remboursera pas ses coûts de production. En gros, c’est une logique selon laquelle seulement les Hits ont le droit d’exister. Or des personnes comme Vann-Adibé et les responsables de iTunes, Amazon et Netflix ont découvert que les “bides” se vendent aussi. Et parce qu’ils sont tellement plus nombreux que les succès, l’argent qu’ils rapportent peut rapidement créer un formidable nouveau marché.

Quand on n’a plus à payer les étagères de présentation et même, dans le cas de services de distribution numérique tels qu’iTunes, ni de coûts de reproduction, ni pour ainsi dire de coûts de distribution, un bide devient une vente comme les autres et garantit la même marge qu’un succès. Les Hits et les “bides” sont, d’un point de vue strictement économique, égaux. Tous les deux sont de simples enregistrements dans une base de données, que l’on appelle en cas de demande, aussi intéressants l’un que l’autre à proposer à la vente. Brusquement, la popularité n’a plus le monopole de sa profitabilité.


Etonnant comme raisonnement non ?

La dématérialisation du stock ou le POD ( print on demand).

Au colloque l’Avenir du livre à Sciences Po le 22 février, on à beaucoup parlé de la dématérialisation du livre… et de la spécificité de l’objet livre qui ne s’accordait pas avec cette dématérialisation. On peut ne pas croire à la dématérialisation du livre au profit de l’écran et sérieusement envisager la dématérialisation du stock, ce qui est une nuance de taille.

C’est la solution qui semble s’imposer pour maintenir la rentabilité de l’activité des petits éditeurs car certains produits ne sont rentables qu’à long terme. Entendons nous bien, quand il s’agit de non rentabilité : c’est sur le court terme et la rotation rapide, mais pas sur le long terme. Ce qui change terriblement la donne. En effet, même un produit difficile à vendre sur le cours terme peut devenir rentable, voir très rentable sur le long terme, le cas d’école de En attendant Godot est ici plus qu’exemplaire. En effet il semblerait que le livre produit culturel réponde difficilement à la théorie dominante que le commerce peut tout vendre et sait tout vendre en un laps de temps de plus en plus réduit.
Chaque typologie de produit à son rythme d’existence. Le manga se vend au japon sur une semaine maximum, trois jours disent les plus optimiste, après si le stock est en rupture, si votre tirage de 250 000 exemplaires est épuisé dés le premier jour et si vous avez des demandes énormes et que vous ne pouvez pas réimprimer avant une semaine, vos ventes sont définitivement perdues, ce n’est pas la peine de réimprimer.
A l’opposé de cet exemple on sait qu’un ouvrage de poésie aura un rythme d’écoulement très lent, quelques dizaines d’exemplaires par an. Et une mévente dans des secteurs à rotation lente n’est pas synonyme de non qualité, Beckett en a été la preuve. Quel éditeur aurait misé sur Delerm à ses débuts?


Par quel coup de baguette magique cela serait-il une solution ?

Le zéro stock ou stock minimum est préconisé dans toutes les industries sauf dans le livre…
- Parce que le processus de fabrication oblige à faire des séries relativement importantes (de 1000 à 3000 exemplaires en fonction du type de produit)
- Parce que le processus de distribution diffusion l’oblige à présenter à de nombreux points de vente en même temps le produit et donc à multiplier les risque de mévente.

En dématérialisant le stock, on diminue les coûts de fabrication et de fait, le point mort d’un ouvrage, puisqu’on fait en partie l’économie de l’impression, des frais de stockages. Donc en ayant immobilisé moins d’argent on peut espérer dépendre de moins d’exemplaires vendus pour retour sur investissement. Ce qui est différent d’une rentabilité moindre.
Par contre processus oblige, cette dématérialisation du stock ne peut se faire que sur des produits très spécifiques. Du texte essentiellement.
Pas étonnant donc que les pépiniéristes d’auteurs aient depuis toujours adoptés la stratégie de « la durée de longue vie » de l’ouvrage, puisqu’il s’agit de leur survie en milieu hostile et ils l’ont fait avec des tirages en offset qui ont plombé leur trésorerie, ce qui ne sera plus le cas avec l’impression numérique.
Cette stratégie ressemble étrangement à celle de la "longue traîne".


Des arguments en faveur de l’impression numérique…

En effet ; la vente s’y fait à coup sûr, puisque impression à la demande ou avec des stocks réductibles à l’unité. Le petit éditeur n’a quasiment pas d’avance de trésorerie à faire ou si peu qu’il peut se constituer un catalogue cohérent très rapidement. Et l’éditeur n’a pas à subir l’effet pervers des retours de fin d’année.
Pour la même somme immobilisée sur un ouvrage imprimé en offset, il peut en sortir quatre en numérique et multiplier ses chances de vendre des exemplaires d’auteurs totalement inconnu comme pouvaient l’être à l’époque Delerm, Bobin, Autin Grenier, Metz et les autres.
Imaginez un roman de mille pages d’un inconnu. Le simple fait qu’il soit en offset oblige l’éditeur qui désire le produire à l’imprimer à mille exemplaires pour que la production d’un tel ouvrage soit rentable. Et s’il ne se vend pas, ou peu. La perte est aussi importante.
En imprimant par petite quantité en numérique, on prend le pari sur la durée et non plus sur l’effet de masse, car cela ne procure que peu de surface visible au produit. La promotion se fait via les circuits classiques, ou via l’outil Internet et de bouche à oreille, lentement. Actuellement même si on sait pertinemment qu’on ne peut tabler que sur cinq cent ventes, mais qu’effet de pile oblige, on se doit d’offrir au regard du public cette marchandise pour lui donner une chance d’être vendue. Il faut donc repenser tout le système de production, distribution, exploitation du livre.
Pour des ouvrages de fabrication complexes, comme les cartonnés. Il est bien sûr que ce type de production ne peut pas s’adapter au procédé numérique. Je vois mal comment caler une chaîne de reliure pour cinquante exemplaire. Mais en théorie rien d’impossible.
On le voit cet démocratisation des moyens va provoquer un véritable appel d’air qui permettra à nombre de petits éditeurs de s’engouffrer dans cette brèche Des éditeurs comme Rhubarbe, il y a deux ans ne possédait aucun titre au catalogue alignent déjà une production intéressante où se dessine une vraie ligne éditoriale. Cette démocratisation aura son revers, puisque n’importe qui pourra faire n’importe quoi et certains parlent déjà d’anarchie… Ce qui fera la différence sera le rapport avec le texte…


Ce qui importe, c’est le coefficient…

Le coefficient de la profession c’est le fatidique chiffre cinq, bien que mon expérience m’a appris que pour nombre de groupes on pensait en fonction d’un coefficient dix ou douze. J’en ai eu l’exemple à mon dernier poste de chef de fabrication. Alors prononcer ce mot devant mes amis me cloue immanquablement au pilori du traître qui assure sa pitance par ailleurs comme fonctionnaire et pérore des âneries.
Cela induit le fait que nombre d’ouvrage ne seront pas publiés parce qu’ils ne trouveront pas avec le procédé d’impression offset le public qui lui permettra de se maintenir dans ce coefficient.
Actuellement les éditeurs lorsqu’ils cessent l’exploitation d’un titre, déstockent et soldent les ouvrages et de fait ils perdent les droits sur les contrats signés. L’exploitation via l’Internet et l’impression sans stock permettra au texte de perdurer sur le marché et à l’éditeur de continuer à proposer l’ouvrage à la vente sans se départir du contrat. Pour des éditeurs de poésie, il est impossible de réimprimer et d’immobiliser leur argent sur des réimpressions aux ventes plus qu’aléatoires.

L’éditimpribraire, ou un raccourci possible de la chaîne du livre.

La chaîne du livre redeviendra-t-elle celle du dix-neuvième siècle, qui était celle de l’éditeur imprimeur libraire. Dans quelques années, quand les presses numériques seront vraiment très performantes, et je suis sidéré de la vitesse à laquelle la qualité d’impression et la productivité progresse avec ce matériel ; quel procédé d’impression sera le mieux adapté à au marché ?
Ce ne sera pas la première fois que le marché imposera une mutation technologique ;
Ne verrons-nous pas naître des libraires éditeur imprimeur qui posséderont des bases de données. Et le texte et l’image seront imprimés à la demande sur un site de production et l’ouvrage pourra être distribué à l’unité par la poste ou produit dans un délai de quelques heures et fourni au client qui passera le prendre chez l’éditimpribraire. Car ce qui compte, c’est bien la pertinence du contenu et non pas le processus de fabrication de l’objet. Et les amis typographes qui s’escriment encore à faire de l’édition typographique en plomb et bois gravés, je les considère d’abord comme des maîtres typographes, qui exercent un savoir faire de métier ancien. En effet ce qui fait la différence entre un éditeur et un typographe talentueux c’est le contenu de l’objet et non pas l’objet. Le texte, tout simplement. Combien ai-je vu de ces maîtres du plomb s’escrimer superbement avec du vélin d’Arches sur du texte qui ne méritait d’être lu que d’un œil distrait.
Alors que les conservateurs des vieux métiers se rassurent, il y aura encore des vieux métiers à conserver. On sait déjà que certaines presses numériques ont un rendu de qualité égal ou supérieur au procédé offset. L’étendue du gamut (capacité de reproduction des couleurs) est plus large sur une IGEN 3 de chez Rank Xerox que sur n’importe quelle presse offset. Pour laquelle il faudra passer en exachromie (impression en six couleurs) et non plus en quadrichromie (impression en quatre couleurs) pour récupérer l’écart de qualité qui se creuse entre les deux procédés au profit de l’impression numérique. Bien sûr ce matériel n’a pas encore atteint la cadence de production des presses offset, mais ce n’est qu’une question de temps.
Que n’ai-je entendu sur « Le Livre » ? Ce mot-là fait tomber en pamoison la moitié de l’engeance humaine fréquentée. Combien d’ennemis farouches m’aura value cette réflexion « Le contenant n’a aucun intérêt, ce n’est jamais que de la cellulose de la colle et du fil à coudre » ? Et c’est dit avec l’expérience de celui qui a noirci comme conducteur de machines, ou les as fait noircir comme fabricant dans la presse et l’édition, des milliers de tonnes de papier. C’est le contenu qui est intéressant pas l’objet.


Souvenons-nous…

L’impression avec la ronéo de nos années de révolution culturelle valait bien toutes les belles impressions typographiques du monde. Le Dé bleu, Le Castor Astral, toutes ces micros entreprises ont fait un impressionnant travail de découvreur de talent, tout en débutant avec les moyens techniques dérisoires, celui des militants de l’époque… La ronéo coincée dans le garage ou la cave entre le congélateur et la machine à laver.
Certains d’autres de ces petits éditeurs sont passés par le plomb, car à cette époque, les imprimeries bazardaient leurs casses pour gagner de la place dans les ateliers et plutôt que de fondre les caractères certains imprimeurs préféraient les donner à ces jeunes illuminés aux yeux d’apôtres. C’était le moyen le moins cher qui leur permettait de publier malgré une absence cruelle de trésorerie. La revue Travers, et les éditions Folle Avoine, sont de ceux-là. Ce n’est pas les moyens techniques qui fait l’éditeur, mais le grain de folie qui l’anime. Et son approche du texte… Voilà pour le passé, mais qu’en sera-il de l’avenir ?


Retrouvez cet article sur Lekti-Ecriture.com

03/03/2007

Du monde littéraire

medium_15.jpg

Collage: Maryvonne Lequellec

Ce texte est extrait de Putain d'Etoile paru en 2003.

J’ai écrit par dépit, pour me servir une meilleure part de gâteau, avec un casting choisi, des éclairages et un script maîtrisés. Dans la réalité, tout fout le camp, en tous sens, sans prise sur le cours des jours. J’ai gaspillé mon temps à chercher un sens, perdu souvent la raison, noyé mes illusions, pour m'apercevoir que tout ça est dérisoirement inutile.
En contemplatif j’ai cru pouvoir m'inventer une emprise sur la réalité, voire la supplanter avec un stylo. Arrive le moment de trouver un éditeur pour ce paquet d’inepties et c’est à ce moment quelle revient au galop ; la grande réalité...
Je le confirme, je suis bon à rien, mais prêt à sortir le grand jeu pour réussir. Mettre des talons aiguilles, des collants résilles, une perruque. Faire la folle, accepter toutes les fantaisies, les vices, les coups tordus, le knout, la cravache et j'en passe. J'étais prêt à tout. Tout. Tout. Pourvu qu'on me publie. Malheureusement, j'ignorais avec qui je devais passer mes week-ends. Personne ne m'a jamais présenté l'ogresse des auteurs. Je ne suis pas regardant, ni dégoûté, pourvu qu'on m’imprime. Il faut déjà avoir des relations pour s'en faire d’autres. Je me serais contenté d'une simple place de treizième couteau, dans une boucherie de quartier.
Si j'avais eu l’embryon d’une réponse positive d'un éditeur, j'aurais au moins eu une raison de m'entêter, de me bastonner avec ce roman. Mais là, rien… Quelques lettres, que j'ai soupçonnées être des modèles du genre, me sont parvenues. Je résume: entre deux genres, propos justes, force dans la description, saura toucher le lecteur, mais, vu la conjoncture, nous ne pouvons pas vous publier.
Ecrire pour empiler des feuilles ne sert à rien. Alors on balance son manuscrit en désespoir de cause, au petit bonheur la chance, à un éditeur dont on croit que c'est le métier, le sacerdoce, la profession de foi, « Le Livre ». À les écouter, du livre en voici, du livre en voilà, mais ils s'en tamponnent le coquillard. Du blé par-ci, de la fraîche par-là, passez la monnaie, de l'oseille en paquet. Pas vu je t'embrouille. Je m'énerve, c'est plus fort que moi ! Quand je parle de ces gens, je deviens atrabileux, désagréable, et il ne faut pas me chauffer longtemps.
En attendant, il faut bien survivre. Deux éléments essentiels à sauvegarder, manger et écrire. Le reste n'est que luxe, voire même luxure. Avoir un travail à côté m'a toujours sauvé la mise. Une saleté de boulot de pue-la-sueur, qui m'a rempli la bedaine, en attendant la gloire ou une autre fadaise…
Quand disparaît la magie de l'écriture, arrive l'ennui, terrible et mélancolique, qui rend atone toute journée, indépendamment des événements. Pas le moindre goût à baguenauder, pas même pour la bagatelle. Ça ressemble à un électroencéphalogramme plat. On sent se liquéfier l'intérieur. Les quelques neurones disponibles sont victimes de tétanie. Dans un état indéfinissable, on se momifie vivant. Traîner du lit au frigo, ouvrir un yaourt, fumer une cigarette, siroter une canette pour essayer de dissiper ce brouillard intense qui persiste devant les yeux. Rien n'attire l'attention. Rien n'est acceptable. On se croirait sur le Chemin des dames, en plein hiver, quand le vent descendu de Russie fouaille les rares arbres. Le ciel résonne du coassement des corbeaux, seuls êtres vivants en ces lieux. Ils attendent qu'une rafale de shrapnels vienne vous arracher la tripaille pour festoyer.
Si vous n'avez jamais mis les pieds dans ces endroits qui portent encore des traces abominables de l'histoire, un jour de frimas en janvier… Allez-y, vous comprendrez mon allusion. Il faut avoir vécu là-bas, pour appréhender le moral d'un type qui n’a plus de prise sur rien et ne travaille pas à l'inspiration. Évidemment, une âme bien pensante dira que la lecture peut compenser ce mal à vivre. Certes... Mais l'ersatz est médiocre. J’ai plus souvent trouvé de littérature dans la rubrique des faits divers de La Dépêche Libérée que dans une ambiance décrite par un plumitif pré-pubère. Le quotidien, il faut se le coltiner, au ras des fraises, quand on a décidé de s’attaquer au naturalisme. C’est la seule école pour ce genre-là. Dans ce jeu-là il faut souvent passer par la case prison, et surtout ne pas avoir la prétention de pondre des pages pour la postérité. Peu m’en chaut d’avoir des lecteurs quand je ne respirerais plus cet oxygène. Ici et maintenant, vite et bien. Désolé si l’image du poète romantique prend un coup de manche de pioche derrière la nuque…
Avec le froid, la vie quitte le corps en commençant par le bout des doigts. Les membres se recroquevillent et deviennent des appendices superflus, du bois mort… La tête se rétrécit à la taille d'un œuf et s'alourdit au point de vouloir exploser. Tout est indécent. Les mots prononcés contre cette malédiction n'y font rien. On reste persuadé qu'on aurait dû en finir au moment où tout s'écroulait. Il ne faudrait pas survivre aux instants de bonheur et en profiter pour partir aux fraises la paix dans l'âme. Devenir transparent lorsqu’on atteint la perfection... Un soulagement envahit. Enfin il n'y a plus rien à perdre, ou à prouver. Le cerveau saturé se déconnecte. Le corps ressent une douleur irradiante qui confisque les poumons, le cœur, la gorge, le bas du dos, excite les tripes et coupe en deux. À quoi bon faire le niais et donner dans la grimace ? J'aurais voulu que tout s'arrête là. Que la boule m’échappe et dégringole en bas de la colline.
J'ai eu l'adresse de la maison d'édition au hasard d'une revue de poésie imprimée en ronéo baveuse sur du papier qui peluchait, avec une couverture en kraft et des agrafes rouillées. J'ai encore envoyé le manuscrit, comme on jette un coup de pied dans la première poubelle qui passe à portée. Et alors que je n'y croyais plus, une lettre m'est arrivée. Le directeur littéraire m'accusait d'avoir commis un crime de jeunesse. Il m'en voulait de n'avoir pas réussi à dégager la substantifique moelle. Selon lui, toute la matière était là, mais empesée, engluée, mal fagotée. Je devais dégraisser et jeter des chapitres entiers muscler tout ça en soulevant le poids des mots. J'ai bien été obligé de convenir de la précipitation, par manque d’expérience. Je m'étais contenté du minimum, alors que je prétendais frapper la cible au cœur. Ma fierté en a été écornée. Il avait raison le bougre. Pour atteindre mon objectif j’avais besoin d’un minimum de recul et de lucidité.
Je pouvais consentir à quelques sacrifices sans que le sujet n'en soit dénaturé. Une matière dense, on ne peut pas l'altérer, même en supprimant des phrases, des paragraphes, des chapitres. Ils sont tous contenus en un seul. Le noyau dur, au fond de l'abîme.
Rien à dire, le zouave avait foutrement raison. Je ne sais pas pourquoi mais je me sentais en confiance avec lui. Sans fioriture, à la hussarde, sans circonvolution, il était allé droit au but... Probablement les salamalecs manquaient, mais cela avait le mérite d'être clair, précis, net et sans bavure. Trop mou là! Trop direct là! Virer les deux tiers! Ça irait bien mieux ainsi. Emploi catastrophique des virgules, accord des temps déplorable. Recomposer les trois quarts ! Il sentait que l’électricité passait, malgré tous les défauts de branchement. Au final, il me publierait.
Le dernier mot méritait que je m'y arrête. Puisqu’il allait me publier, j’étais prêt à subir tous ses vices… Je courberais l’échine j’obéirais au doigt et à la botte, je lui lécherais les mains, les pieds, j’en ferais des tonnes… Car personne d'autre avant lui n'avait daigné jeter un seul regard sur mon prurit verbeux...
Si je me méfiais des états d'âme de tous les banquiers de l'encre, lui m'inspirait le respect. Il ne tirait de son travail que son rachitique salaire. Pas comme ces bouffeurs de papier. Il payait de sa personne, lui. En vrai assistant il aidait les parturientes de mon genre condamnées à accoucher leurs textes en beuglant et ça l’amusait. Ce type avare de sourire, au regard franc et pas trop patibulaire, en connaissait un rayon sur le métier. Je n'étais pas le premier dans le genre ni le dernier qu'il avait publié. À l'en croire, j'avais de la chance. Je n'étais pas en train de pourrir au fond d'une geôle pour de sombres raisons politiques. De quoi je me plaignais ? Il m'énervait avec sa critique cinglante et sa dent dure. Mais je savais qu'il avait raison, entièrement raison, totalement raison.
Il fallait simplifier pour dominer parfaitement le sujet. Devenir un acrobate de la phrase, un trapéziste de la formule et ne pas s'engluer dans des figures absconses. Je pensais avoir dompté la façon, mais il m'infirmait et il me fallait l'accepter. J’avais l'impression que la proie allait m'échapper sans que j’en ai goûté la saveur. Pas assez fine, la mouture ne dégageait pas totalement son parfum dans le breuvage. À l'aveugle, dans le vide et sans les mains, je devais me jeter à l'eau. Avec lui, j'en ai bavé. J'ai dit souvent, amen. Et comme un vicieux j'en ai redemandé. Et ça l'amusait. Et j'en aurais accepté encore plus, parce que c'était ça ou crever.
Ma théorie sur l’intemporalité n'avait pas produit l'admiration, loin de là. Trop alambiquée à son goût mon concept de chronologie à l'orientale, de scénario à tiroirs. Pas assez maîtrisé. Je devais le comprendre de moi-même ou à l'usure.
Je me suis vissé au bureau, qu'il fasse soleil ou que la montagne soit recouverte de neige. Rien dans l'existence n'avait autant d'intérêt que ces feuilles. Ma vie dépendait d'elles. J'ai ramassé toutes mes forces dans le seul but d’attraper au moins une érection dans ce grand lupanar littéraire et pouvoir miser une seconde fois. Je devais acquérir la rigueur qui me faisait défaut. Quelle foutaise… J'étais jeune, pas bien démoulé, pas assez tordu et je me déroulais le grand cinéma.
En jardinier, je taillais d'un petit coup sec la phrase encombrée. Elle se redressait. Les adjectifs intempestifs, les répétitions inutiles allaient choir dans la sciure. Poussé par le seul désir d’être publier, couper dans la matière devenait un acte rituel. Cela a pris du temps. Pendant des semaines, des mois, essorer chaque phrase, la soupeser, la tâter, la comparer. Je lui ai retourné le manuscrit langé, pouponné, sans cataplasme inutile, ni branli-branla de poète mal inspiré, comme il me l’avait demandé...
Couvert de ratures, des bouts de feuilles recollées, le paquet de feuilles ressemblait à une copie de film muet qui aurait séjourné dans une malle humide. Seul un masochiste se serait esquinté les yeux sur un tel torchon. Il m'a obligé à tout retaper et je l’ai fait...
Il pensait, qu'en resserrant encore quelques boulons on obtiendrait un résultat plus probant. Il suffisait de s'y remettre. Cela en valait la peine. Pour la énième fois j’ai encore trifouillé dans le capot. J'avais, à mon insu, gagné en densité. Un peu comme si j’avais réduit des confitures en pâte de fruits
J'avais toute la vie pour moi. J'écrivais pour ne plus avoir l'impression d'une existence inutile. À qui d'autre raconter mes salades? Avec deux doigts et la régularité d'un métronome, le tic-tac des touches emplissait mes journées libres. Page à page j'avançais. La ramette diminuait. Il l'a relu. Il restait encore quelques broutilles, mais le ravalement avait eu lieu. Il en convenait enfin.
Seulement il n'avait plus la fonction qui lui aurait permis de me publier, éjecté de son poste pour de sombres raisons financières. Triste époque. Il me publierait c'est sûr: mais quand? Chez qui? Il cherchait une autre crêmerie. Il me donnerait des tuyaux. Il ne fallait pas désespérer et soumettre à d'autres le manuscrit. Il n'était pas le seul éditeur dans ce foutu pays. Je n'en doutais pas un instant. Aussi, plutôt que de perdre mon temps à écrire des fadaises que personne ne lirait jamais, j'ai rangé hors de ma vue le tas de feuilles dans un placard, pour en être définitivement débarrassé.
Faute de mieux, j'ai décidé de pratiquer l’onanisme et de me faire si possible sévèrement plaisir. Écrire pour écrire. Balancer toute la sauce. Faire gicler les contraintes. Culbuter ces bigoteries du langage prononcées avec coquetterie, la lèvre en cul de poule. Le bon mot où s'épanouit la beauté de l'esprit. À la tronçonneuse et à la dynamite, oui… Du viol de langue, en iconoclaste voyou. Pourquoi se retenir?
Défroquer le verbe, empaler la phrase, cracher la formule, éructer l’adjectif, roter à l’aise et se promener avec les roubignolles à l’air. Puisque c’est râpé pour la gloire et mal barré pour l’Académie, que le casse-croûte est plus qu’aléatoire, pourquoi se compromettre avec ces tyrannies?
N’attendre rien de personne procure une certaine liberté. Se foutre de la contrainte grammairienne, des lois de la syntaxe, de celles du marché et de ses margoulins. Le jus de quotidien est bien plus truculent que tous ces styles qui reniflent le « à la manière de »… Niaiseries et fadaises cousues de fil blanc pour pisse copie et bas bleus. Du jazz, du blues, de l’acide, mais pas de la littérature, encore moins de poésie. Regardez comme j’écris bien ! Alors elles arrivent ces médailles ? Comme ils sont intelligents les beaux premiers des meilleures ventes… Je préfère l’honnêteté du cirque. Une seule pirouette ratée et le trapéziste va avec ses côtes tâter la sciure. Pas comme ces gigolos qui s’en sortent en étalant leur culture…
Pas étonnant que le brave directeur littéraire ne comprenne rien au bruit des ateliers, à la monotonie du travail sur machine, aux odeurs de solvants, d’encre, de colle, de papier, à la fatigue, à la sueur. Le brave homme a-t-il déjà ressenti l’excitation quand démarrent les rotatives et le plaisir d’avoir fini un travail. Retranché dans son bureau, il n’a jamais roulé que sur la voie royale et pense que son intellect va lui permettre d’éclairer son jugement. Sérieux, notre homme croit aux valeurs du système, comme à une assurance qui le protégerait du néant de l’existence. Il se raccroche comme il peut au bastingage par peur des requins. Pitoyable Pierrot nyctalope, juste bon à finir cloué sur une porte. Cet homme n’est qu’un pioupiou, un simple dé pipé, dans ce grand business. Les lettres de refus qu’il écrit sont dictées uniquement par le banquier de service au blaser impeccable, avec rangers au pieds et parabellum à la ceinture. Le galonné du commerce, c’est lui le grand clown à la chemise brune, le prescripteur de la soupe, l’Auguste qui dicte tout le tintouin.
Notre directeur littéraire avec ses lunettes en écailles, ses vestes en cachemire, tweed, ou laine de vigogne n’est là que pour la façade. Les auteurs sont des êtres si sensibles qu’ils ne peuvent entendre le discours de la raison économique supérieure. Il tient la méthode des camps d’extermination où on diffusait la musique aux victimes pour les rassurer sur leur avenir. Dans ces bouges, les charmantes potiches à l’entrée assurent le décorum, car chez les éditeurs il n’y a pas encore de gorilles comme dans les grandes surfaces. Un magasin sans pitbulls à l’entrée ne peut pas être sérieux. Rien à tirer. Quel illuminé attenterait au dernier manuscrit du philosophe à la mode. Même la concurrence ne s’y intéresse pas, et malgré ça l’Auguste de ce grand cirque se fait du pognon. L’apparence est sauve. Nous sommes entre gens qui savent lire, n’est-ce pas ?

medium_image_upload-1.gif
Si vous désirez vous procurer Putain d'Etoile Cliquez ici

28/02/2007

Particules

medium_Mernuit.2.gif

Collage: Maryvonne Lequellec
Pour retrouver le travail de Maryvonne Le Quellec


Par Isabelle Ryser


Les marines transpirent : le phare est à l’envers. Sur l’écran, un électroencéphalogramme étale ses platitudes, le vent, le vent pousse des feuillées, des lunes de caprice à l’utérus intact. On sait qu’en packs bruns, les cirages de pleurs se délitent dans la cale. Depuis le grand départ, j’ai la chacone entre les jambes du lion, il y pousse une rivière de dents et c’est avec des outrances de panière que je siffle mon thé de terre noire, de cui-cui etc. En dehors de ces atours, alors que je vérifie les étincelles, est-ce la chance en verre que je distingue entre vos yeux blindés ? Voyez le soleil en plissant les paupières, voyez sa gueule dans le four ! La génération mûrit des entrejambes singulières, sans complément ni adjectivité. C’est à qui chante le Nil reconverti et la pilule d’Himalaya. Les montagnes secréteront toujours des giclées d’ascétisme, des vases clos, des arrière-cours et demains enchanteurs. Vous prierez vous aussi pour la palme d’allégeance, pour le blason d’azur et de boots à clochettes.
Quand vous voulez, je vous ferai le paysage d’un seul bras agacé par la mine, je vous parlerai des mangas de banane qu’on sertit dans le cœur d’apsaras. Après-coup, un chat lira les commentaires traduits dans un argot de charentaises. En attendant, pensez à la charogne et foutez-la d’asters.

Sur le mât de misaine, pour conjurer l’angoisse, les marines brûlent la vie au gaz des pensées et, chaque soir, la cendre graisse le ciel tout gris.


Dans la houle, le souvenir d’un moustique émiette le cri qu’on tire du drap plié, droit et bord à bord, sans alluvion. Pas d’écho dans allée centrale. Les moines se penchent au-dehors pour trouver la blessure du thorax que la silhouette assassine sans modèle - une feuille tombe, patte en l’air.

Les toits se couvriront d’écume et toi, déesse aux cheveux d’hévéa, d’une vrille du doigt tu perceras les trous ! Farauds les univers qui dansent, pusillanimes les verts de gris aux manchettes d’offices ! Les lointains se consument, l’équinoxe en gésine effectue sa poussée, là, dans la cible d’une mousse métallique pour une rugosité d’un âge qui mord, d’un âge qui loge à l’escalier.
J’aurais voulu manger la châtaigne violette d’un cancer de la plèvre mais les vaches en caserne louchaient vers la sortie. Ma main tremblante cuvait sur le papier l’ombre d’ancêtres qui s’attaqueraient au lit, au feu jamais éteint, aux seins des jeunes filles allaitant des boutons. Peau de balles pour faire ciel étoilé.


Isabelle Ryser n'a encore rien publié, vous la retrouverez encore dans l'avenir sur mon blog...
Si un éditeur de poésie est intéressé, il sait où me joindre...

27/02/2007

Sondé spatio temporel......

Notre petit Ballouhey hebdo...

medium_120-23-2-sondages.gif

25/02/2007

ROUGE A RÊVES

Une petite nouvelle de Mouloud Akkouche
Merci à Elie ( 7 ans ) pour le titre

medium_derrière1.gif

Collage: Maryvonne Lequellec

Michel grimpa l’escalier en titubant et ouvrit la porte de la salle de bains.
Virginie lui jeta un œil noir.
- Qu’est-ce que tu veux ?
Un pâle sourire aux lèvres, il dévisagea sa femme en petite tenue, une brosse à cheveux à la main. Une éternité sans glisser ses doigts entre les boucles blondes.
- Je… Je…
Elle secoua la tête.
-Toi, tu as encore trop bu.
- N’y va pas Virginie.
Elle poussa un soupir avant d’enfiler sa robe légère, la bleue, celle choisie ensemble.
- Laisse tomber.
- Je voudrais qu’on se parle, bredouilla-t-il en s’asseyant sur la baignoire.
- Tu sais bien que c’est fini entre nous.
Elle se parfuma et ajouta :
- Si d’ici la fin du mois tu n’as pas fini par trouver un logement, c’est moi qui partirai.
Il blêmit.
- Non, non. Je vais trouver.
- On verra bien.
- Tu peux sortir de la salle de bains, souffla-t-elle.
- …
- Je peux pisser en paix quand même !
Il regagna le salon et se servit un verre de cognac. Comme tous les week-ends depuis près d’un an, il s’affala dans le canapé et essaya de penser à autre chose, oublier qu’elle le trompait. Et que jamais il ne pourrait lui donner un enfant.
Fardée comme une collégienne à sa première sortie, Virginie apparut sur le palier. En équilibre sur des talons hauts, elle descendit lentement l’escalier. Il ne pouvait détacher ses yeux de cette intime étrangère. Elle le narguait, c’était sûr.
Il se jeta sur le paquet de cigarettes.
- C’est pas comme ça que tu trouveras un logement un jour, lui reprocha-t-elle.
Il baissa les yeux.
- Si, si.
- Ressaisis-toi, Michel.
- Laisse-moi une chance…
-Pourquoi faire ?
Il se redressa sur le canapé.
- Pour nous… reconstruire.
- C’est fini Michel. Tu ne me fais plus rêver.
Il se leva et s’approcha d’elle.
- On adoptera un enfant…
Il avait balancé cette phrase comme s’il venait de tirer sa dernière cartouche.
- C’est… c’est trop tard.
D’un geste maladroit, il essaya de lui prendre le bras. Elle recula d’un pas.
- Je te dégoûte, c’est ça.
Virginie posa un regard attristé sur le fantôme de l’homme qu’elle avait aimé plus de 12 ans. Depuis une quinzaine de jours, une irrépressible culpabilité entamait sa détermination. Par trois reprises, elle avait été tentée de replonger dans les bras de l’ex, mais à chaque fois, les souvenirs les plus insipides de leur quotidien avaient repris le dessus.
Ce ventre qu’il ne pourrait jamais transformer...
- Tu peux pas foutre notre histoire à la poubelle comme ça, dit-il. C’est pas possible !
Virginie détourna les yeux du fantôme bouffi d’alcool et lâcha :
- C’est plus la mienne.
La fin du mois du mois de novembre approchait sans que Michel n’ait dégoté un appartement; il n’en avait d’ailleurs jamais cherché. Par trouille de trouver en rentrant la maison vidée des affaires de Virginie, il quittait chaque soir, très tôt, son labo pour se retrouver le plus longtemps possible avec elle. Virginie était rarement là, elle évitait de le croiser. Le cœur de Michel se serrait lorsqu’elle passait à quelques centimètres de lui… Presque peau contre peau. Et elle ne le voyait pas. Cette indifférence l’exaspérait plus que tout le reste. Il n’était plus qu’un meuble à déménager…
Le dernier vendredi de novembre, Michel prit son après-midi. Il rassemblait ses affaires dans une grosse mallette quand la porte de son bureau s’ouvrit. Vêtu d’un costume de lin, un grand blond avec une queue de cheval lui tendit la main.
- Salut Michel, fit-il avec un air jovial, je t’invite ce soir chez moi. Je fais une bouffe.
Interloqué, il ne serra pas la main du nouveau commercial et le dévisagea sans un mot. Cette phrase lui parut étrange comme si elle ne pouvait s’adresser à lui. La moindre seconde était aspirée par son problème de couple et, les autres, collègues, amis, voisins, n’étaient plus que des silhouettes s’éloignant de plus en plus. Des figurants. Seul son travail de chimiste lui donnait un peu de répit. L’œil vissé sur son microscope et, tandis que sa vie privée se disloquait, il se concentrait au-dessus de sa paillasse à la recherche de nouvelles formules chimiques toujours plus performantes. Son bras de fer avec l’infiniment petit était devenu son ultime refuge pour échapper à la folie ou au suicide.
- Eh ! tu viens ou pas, insista-t-il.
Après un hochement de tête négatif, Michel saisit sa mallette et emprunta le couloir qui donnait sur la porte de sortie du grand immeuble vitré. Il marchait vite. Par groupe de deux ou trois, les employés de la société s’émiettaient dans les rues du quartier en quête d’un restaurant.
- Bon week-end Michel.
Il aurait volontiers étranglé son assistante.
***
-Vous déjeunez seule ?
- Non, j’attends quelqu’un.
En lissant sa moustache, le serveur proposa :
-Un petit apéritif pour patienter ?
L’œil dans le vague, elle marqua un temps d’hésitation et commanda un Kir.
Attablée devant la vitrine, Virginie fumait, regard perdu dans la rue piétonnière. Depuis sa rencontre avec Jacques, elle sentait que la vraie vie était à portée de main. Et ne la laisserait pas passer. A trente huit ans, plus de temps à perdre.
Son portable sonna.
Elle rama parmi un tas d’objets et de papiers avant d’attraper le téléphone.
- Allô.
- C’est Jacques.
Un sourire sur le visage de Virginie.
- Tu es où ?
Il se racla la gorge.
- Je suis encore au bureau.
Elle pâlit.
- Mais tu m’avais dit que…
- Ecoute Virginie, je parle doucement : ma femme est à côté. On pourra pas passer tout le week-end ensemble.
- Mais tu m’avais dit que nous allions à la Baule.
Il s’éclaircit une nouvelle fois la voix.
- Ma femme a annulé son départ et je suis coincé.
Virginie serra très fort son portable. Elle était comme un gosse qui, après avoir rameuté tout le monde sur la plage pour admirer son château, découvre un tas de sable sans forme. Elle réprima une larme. La poitrine dans un étau, elle sentit poindre les premiers signes de la crise de nerfs. Virginie commençait à ne plus croire que Jacques quitterait sa femme pour vivre avec elle… et mettre au monde leur bébé.
Elle expira un grand coup.
- Il faut que tu lui en parles, Jacques.
- Tu crois que c’est facile, rétorqua-t-il d’une voix agacée. Je t’ai promis et je le ferai, mais sois patiente.
- Jusqu’à quand ?
Ne t’en fais pas, Virginie.
- On se voit quand alors ?
- Ce soir. Ma femme part dans deux heures chez son frère et elle ne rentre que demain à 15H. À ce soir.
D’un geste sec, elle balança le portable dans la gueule ouverte de son sac.
‘’ J’en ai marre ! ‘’
Elle fouilla du regard les passants en se demandant si, eux, vivaient leur vraie vie.

Assis dans sa voiture, Michel alluma une cigarette et resta un long moment à fixer sa maison. Grâce à sa promotion, il avait pu acquérir cette villa dans un quartier résidentiel de la ville où se côtoyaient cadres sups et autres notables. Enfin installés dans une maison bien à eux, Virginie et lui avaient lancé des dizaines de projets… Tous brisés contre la porte d’une chambre vide… d’enfant. Les années défilèrent derrière le pare-brise. Des cartons du début quand une nouvelle maison vous tend les bras jusqu’à l’instant où même les murs vous jugent. Des détails enfouis au plus profond de sa mémoire remontaient pour une dernière pirouette avant de disparaître à jamais. Chaque jour, elle le poussait dehors. Inexorable départ. De toute façon, il ne pouvait rester seul dans cette maison. Le camion de déménagement filerait sur l’autoroute , quarante mètres cube de souvenirs inutiles.
Un rictus de haine déforma ses lèvres, il ouvrit la portière.
- Salut Michel.
Sans un mot, il serra la main de son voisin qui n’eut pas le temps d’entamer sa conversation glue et poussa le portail. Il traversa rapidement la pelouse pelée.
Le seuil à peine franchi, il se précipita sur le frigo. Une bière à la main, il enclencha le répondeur.
‘’ Allô Michel, c’est Max, rappelle-moi au bureau s’il te plait. Il y a un petit problème au labo. ‘’
- Démerde-toi ! s’écria-t-il avant de vider d’un trait sa cannette.

Virginie rentra à 17H30 de la banque où elle travaillait à mi-temps depuis trois mois, un horaire choisi pour pouvoir bien s’occuper du futur bébé... Elle déposa son sac sur la commode du patio et monta dans leur… sa chambre.
Souriant, Michel alluma une cigarette et, en sifflotant, s’installa dans un fauteuil encombré de vêtement sales. La télécommande à la main, il rebondit d’une chaîne à l’autre pour s’échouer sur la chaîne sports.
- J’ai décidé de partir dès lundi, martela Virginie.
D’un mouvement lent, il se tourna vers elle. Adossée contre le mur du salon, elle ne portait pas de chaussures.
Ses yeux ne pouvaient se détacher des pieds nus.
-Tu m’entends, Michel ?
Sa voix s’était adoucie.
Sa chevelure détachée faisait comme un rideau devant le visage. Il remarqua qu’elle avait teint tous ses cheveux blancs. Elle écarta la mèche sur son front et accrocha ses cheveux derrière ses oreilles. En croisant son regard, il fut très étonné de ne pas y retrouver le mépris arboré les rares fois où elle avait daigné lui adresser la parole.
- Je m’en fous. Tu fais absolument comme tu veux, finit-il par répondre après un long silence.
- Mais je croyais que tu ne voulais surtout pas rester dans cette maison et que tu cherchais autre chose.
- Je t’ai dit que tu fais comme tu veux. Quand tu m’as trompé, tu ne m’as pas demandé mon avis, alors… continue. On fait comme tu veux.
Cette volte face de son mari la déstabilisa. Elle l’observa un bon moment.
L’œil rivé sur un match de foot, il sentait le poids de son regard.
- Tu pourrais quand même nettoyer ce salon et au moins refermer le canapé.
- Qu’est-ce que ça peut te foutre, tu dors pas dedans !
- Je dis ça pour toi.
- Depuis quand tu t’intéresses à moi, toi.
- Je te préviens qu’à partir de lundi, cette maison sera vide
- Comme tous les jours.
Elle haussa les épaules.
- Tu ne comprendras jamais rien.
- Tu te répètes ma chérie.
Le ‘’ chérie ‘’ excéda Virginie qui s’approcha du canapé. Elle récupéra un cendrier sur l’accoudoir, le vida et le lava avant de retourner à l’étage.
- C’est ça, tire-toi ! grommela-t-il.
Lorsque la porte de la salle de bains se referma, Michel afficha un large sourire.
‘’ Fais-toi belle ma chérie, très belle. ’’ murmura-t-il en ouvrant une autre bière.
A la seconde près, il aurait pu décrire tous les gestes de sa femme à l’étage du dessus. Elle placerait le cendrier sur le bord de la baignoire et allumerait une cigarette avant de se glisser dans l’eau brûlante recouverte d’une épaisse moquette de mousse. Elle fumerait lentement, la tête légèrement inclinée en arrière puis, à la fin de la deuxième ou troisième cigarette, elle jetterait un coup d’œil à l’horloge murale, et, d’un bond, se lèverait, se rincerait et s’essuierait très vite. Puis après avoir revêtu sa robe, elle débuterait son maquillage…
<< Surtout mets une belle couche de rouge à lèvres ma chérie… Et bécote-le toute la nuit, l’autre. >>
Le minable chimiste d’un labo spécialisé dans la dératisation et désinsectisation avait mis au point un nouveau produit. Grâce à cette molécule très performante, il allait encore prendre du galon dans son entreprise.
Et surtout balayer des mois d’humiliation.
Dès que Virginie posera ses lèvres sur celles de son amant, le poison commencera son œuvre insidieuse. Il s’infiltrera peu à peu dans leurs corps et produira un arrêt cardiaque une vingtaine d’heures plus tard. Ils seront piégés. Comme les rats qui, plus méfiants que les amants, envoient le plus vieux d’entre eux pour manger et ne se précipitent à leur tour que si leur doyen ne tombe pas raide mort. Michel n’était pas peu fier de sa découverte jalousée par les concurrents. Certes, il ne pouvait pas donner la vie mais était devenu un spécialiste de la mort.
Quand la première marche de l’escalier grinça, Michel se replongea dans la télé.
- Je m’en vais, fit-elle en prenant son sac à mains.
Qu’est-ce qu’il lui arrive ? se demanda Michel. D’habitude, seul le moteur de la Clio annonçait son départ.
- Tu connais le chemin.
Malgré la décision de ne pas croiser son regard, Il finit par tourner les yeux vers elle.
Le front trempé de sueur, il ne voyait plus que ses lèvres peintes : le rouge de sa vengeance.
- Pour lundi, je voudrais que…
- Tu te répètes.
Elle toussota, un peu gênée.
- On devrait peut-être mettre au point… Je ne sais pas, moi, organiser notre séparation.
- J’en ai rien à foutre, tu prendras ce que tu veux. Et maintenant tire toi et fous-moi la paix !
Il ne réussit pas à réprimer le tremblement de sa voix et la marée montante dans les yeux. Surtout ne pas chialer devant elle ! Elle paraissait si douce, presque comme avant. Il fixa le parquet. Sois fort Michel, se répétait-il pour ne pas tout lui avouer. Penser à autre chose.
Suivre le ballon sur l’écran…
- Il faut que nous décidions pour la maison.
Tendu, il marmonna :
- Il va t’attendre.
- Oh ! Après tout, fais comme tu veux !
Debout devant la fenêtre du salon, il la regarda grimper dans sa voiture et démarrer.
- Tu vas crever... avec lui.
Il alluma une cigarette et resta une longue minute, hésitant, cloué au milieu du salon, puis éteignit la télé et fouilla parmi les C.D empilés sur la table basse. Il choisit Téléphone : le disque de sa première rencontre avec Virginie.
Agitant la tête au rythme de la musique, il était détendu comme si la tension accumulée durant une année s’était évacuée d’un seul coup. Il songea même à l’avenir. Il vendrait la maison et demanderait à son patron de le muter dans leur nouvelle agence espagnole.
Il n’entendit pas la porte s’ouvrir.
- C’est ici la vraie vie !
Et Virginie colla ses lèvres contre les siennes.


Je précise pour tous ceux qui auraient loupé les précédentes interventions du lascar, qu'il m'a envoyé une de ses nouvelles. Elle a été publiée par les Editions In 8, qui par ailleurs font un excellent travail, et Mouloud l'offre aussi aux lecteurs...

medium_codebarrecouv.jpg


A télécharger
codebarretexte.pdf
et bonne lecture.


RUE DES ABSENTS

le nouveau polar de

Mouloud Akkouche

aux éditions In 8.

Cliquez ici,

si vous voulez en savoir plus

sur Les éditions In 8


medium_rueabsentsnet.jpg

17/02/2007

Analyse en plusieurs points pour un vote en faveur du Cochon qui s'en dédit.

medium_119-16-2-anneeducochon.gif


1 Nous constatons que l’objectif dynamise les paradoxes institutionnels de la problématique et des structures. Aussi faut-il envisager une intervention caractéristique.

De fait au niveau représentatif des changements radicaux s’imposent. En effet, la volonté d’excellence révèle des problèmes de dysfonctionnement au niveau analytique auquel il faut mettre un terme.

2 La méthode exige que l’on renforce les processus participatifs pour parvenir aux performances attendues d’un état moderne à quelque niveau que ce soit.

Il faut donc clarifier l’évaluation et la finalité des rapports afin de permettre aux indicateurs de révéler la puissance d’analyse des situations et d’apporter un effet correctif pour qu’enfin le développement stimule les résultats positifs.

3 Enfin mettre aussi un terme à l’expérimentation hasardeuse qui ne peut conduire qu’à des méthodes de management et de recadrages successifs et cumulatifs des différents acteurs, laissant la finalité dans une démarche de diagnostic.

Parvenu à ce stade de l’analyse nous évoquerons la formation clé de voûte de tout le système comme nous le faisions remarquer depuis tant d’années au risque de jouer les Cassandre pour qu’enfin on prenne en considération les besoins clairement identifiés.

Voilà en trois points l’analyse que j’oppose à mes adversaires.

VU le candidat :



Cette analyse a été rédigée avec "Le parler creux sans peine"... ou langue de bois, définie sous le nom de xyloglossie par Dominique Autié... Se reporter à son blog dans la colonne de gauche, en haut... ou cliquez ici Dominique Autié

01:10 Publié dans Analyses | Lien permanent | Commentaires (2)

13/02/2007

ALLER-RETOUR

Par Mouloud Akkouche

medium_great_he-goat_zoom1.jpg

L’avion ne devait pas tarder à atterrir. Je fermai les yeux et essayai d’imaginer mon village. Plus de dix-sept ans, sans y remettre les pieds. Ce petit patelin de Kabylie où je fis mes débuts de comique. Sur une colline couverte d’oliviers, mes premiers spectateurs n’avaient jamais quitté leurs maisons de pierres sèches. Sauf, ceux massacrés par les mains sans noms.
Une semaine auparavant, en pleine nuit, un coup de fil de mon frangin. Notre mère allait bientôt mourir. Aussitôt, j’avais voulu prendre le premier avion. Ma femme m’avait rappelé qu’un retour en Algérie tenait du suicide.
Sonné par la nouvelle, j’avais passé une nuit blanche. Le lendemain matin, Ali, notre plus jeune fils, m’avait jeté un coup d’œil inquiet. J’étais affalé sur le canapé, les yeux gonflés. Le cendrier plein. Jamais il ne m’avait vu dans un tel état. Aussi désemparé.
Après une hésitation, il s’était penché sur moi pour dire avec son patois de cité :
-Papa, j’ai trouvé un bon plan grave pour que tu puisses partir au bled sans blême.
J’écrasai mon mégot en soupirant.
- Et c’est quoi ton idée ?
Il avait haussé les épaules.
- Tu y vas dans un cercueil comme les vieux qu’on envoie se faire enterrer au bled…
Rouge de colère, ma femme lui avait fondu dessus.
- Ca suffit ! Va dans ta chambre, tu as du boulot.
Avant de refermer la porte, Ali avait posé sur moi un regard étrange ou je pouvais lire: ‘’ Mais putain ! vas-y Pa ! C’est ta mère quand même, y faut que tu ailles.’’ Mon propre gosse m’avait exhorté à me rendre au chevet de ma mère. Sa grand-mère qu’il ne connaîtrait jamais.
Trois jours plus tard, un vieux pote de comptoir me fournissait les papiers d’un faux mort et un vrai cercueil équipé d’un système d’aération bricolé à la hâte. Quant au reste, tout avait été organisé dans les règles, sans oublier la collecte de fonds dans un bistrot pour le convoyage du défunt.
Même dans le sketch le plus délirant, je n’aurais pu coller cette scène: un acteur comique voyageant en cercueil dans une soute à bagages. Quelle connerie. Pathétique. A Alger, j’allais arrêter cette pitoyable comédie.
Le choc interrompit mes digressions. Le boucan faillit m’éclater les tympans. Que se passait-il ? Je redressai la tête et tendis l’oreille. Nous étions à l’aéroport. Après un moment interminable, l’avion finit par ouvrir ses entrailles. Je sentis qu’on me soulevait. Environ une heure plus tard, je me retrouvai hissé dans un véhicule : direction mon village natal.
Excepté Djamel, mon jeune frère- le seul ayant échappé aux mains sans nom- personne n’était au courant de mon arrivée. Pour ne pas éveiller les soupçons, il avait tout réglé par mail de son bureau de comptable dans une usine de chaussures. Son efficacité et sa rapidité m’avaient stupéfié. Meilleur qu’un tour opérator le p’tit frangin ; même ma mère n’était pas au courant.
Pendant le voyage sur les routes sinueuses, le cercueil ne cessa de tanguer et cogner contre les parois. Je m’étais fait une bosse au front. Bras et jambes coincés, visage inondé de sueur. A chaque coup de freins, ma poitrine se serrait. Des heures d’enfer. Je croyais que j’allais devenir fou.
A peine garé, des cris fusèrent. On tira le cercueil vers l’extérieur avant un arrêt brusque, suivi d’un silence. Un très long silence. Une femme gueula, son cri ricocha de femme en femme. Puis des voix d’hommes.
-Mais ce mort là… Il est pas de cette famille.
- C’est vrai, renchérit un autre. On connaît personne de ce nom-là au village.
- Je vous dis que c’est ici, affirma mon frère.
Le cercueil avançait, reculait, comme si les types des pompes funèbres hésitaient à décharger leur livraison. L’un d’eux envisagea d’appeler son patron à Alger. Mon frère commença à le culpabiliser avec le respect dû aux morts et, pour renforcer ses propos, appelait systématiquement Dieu à la rescousse. Tandis qu’il parlait, le bruit s’amplifiait, les voisins devaient tous s’agglutiner autour de la camionnette.
-Je vais devoir appeler mon chef, grommela l’un des employés.
-Tenez, fit mon frère, c’est pour vous.
Le cercueil fut aussitôt soulevé du sol et transporté à l’intérieur de la maison.
Puis plus un bruit. Des minutes qui me parurent une éternité. Qu’est-ce qu’ils foutaient ? Il voulait que j’y passe pour de bon ou quoi ! Je m’apprêtai à pousser un cri quand j’entendis des bruits de pas.
Le couvercle s’ouvrit. Je mis un petit moment à m’habituer à la lumière.
A travers le hublot, j’aperçus le visage rondouillard du frangin et celui de ma mère.
- Alors comment ça va ? demanda-t-il en m’aidant à sortir. Je ne te demanderai pas si tu as fais un bon voyage.
- A tombeau ouvert, répondis-je avec un clin d’œil avant de le serrer contre moi.
Ma mère avait reculé de deux pas et, adossée au mur, elle me dévorait des yeux. Un sourire traversa son masque de douleur. Soutenue par deux vieilles cousines, elle s’approcha à pas si lents que j’avais l’impression qu’elle ne parviendrait jamais jusqu’à moi. Incapable du moindre geste, les bras ballants, je l’accompagnai du regard.
Elle se glissa entre mes bras et pleura.
- Y faut retourner au lit, ordonna le frangin. Le docteur a dit qu’il fallait pas que tu bouges trop.
- Laisse-moi Djamel, ordonna-t-elle. Tu es revenu alors Mohamed. Tu es revenu.
J’allumai une cigarette.
- Oui, maman.
Elle désigna le cercueil:
- T’aurais pas dû venir dans ça. T’aurais pas dû… Ca se fait pas mon fils, c’est une honte.
Je haussai les épaules.
- Je ne pouvais pas faire autrement.
Elle leva les yeux au ciel et commença à m’engueuler comme quand j’étais gosse. A bout d’arguments mais surtout de souffle, elle s’arrêta.
- Maman, je… je…
Telle une propriétaire, elle me fouillait du regard pour retrouver ce qui lui appartenait encore, ce que l’exil et ma nouvelle existence n’avaient pu dérober.
Puis elle se laissa à nouveau tomber dans mes bras.
- Je suis si heureuse de te voir Mohamed.
Son corps frêle, un paquet d’os. Ses sanglots étouffés contre ma poitrine. Ses ongles labouraient mon dos comme pour y inscrire des empreintes indélébiles.
- Mon Mohamed, tu es revenu, répétait-elle avec de plus en plus de difficultés pour respirer.
Inquiet, Djamel me fit un signe discret avant de la diriger d’autorité vers sa chambre.
Prêt à m’effondrer, je détournai la tête et m’accoudai au rebord de la fenêtre.
Une cigarette à la main, je fixai un point invisible dans le champ derrière la maison. Un troupeau de moutons paissait près d’un pylône électrique, de nombreuses habitations avaient poussé sur les champs qui faisaient la fierté de mon père : disparu deux mois avant ma fuite en France. Il m’avait fait promettre sur son lit de mort de ne jamais les vendre et continuer de les labourer. Mal à l’aise, j’avais juré de respecter ses dernières volontés ; mon départ était déjà programmé. Je portai le regard vers le sommet de la colline : il reposait dans sa terre rouge.
- Je… Je suis content de te voir, bredouilla Djamel. Je peux t’en prendre une ?
- Garde le paquet.
- Merci. Ça coûte vachement cher ici.
Nous restâmes assis côte à côte à fumer tels deux potes à la terrasse d’un bistrot. Une conversation sans phrases s'installa entre nous. Les mots, inutiles, se dissolvaient dans la chaleur de cette fin d’après-midi.
- Je dois repartir quand ?
Il fronça les sourcils.
- Demain à 8 heures.
- Non, je veux rester plus longtemps.
- C’est pas possible. J’ai eu Mourad au téléphone. Il a tout préparé avec un mec du consulat de France. Tu partiras avec les papiers d’un coopérant français mort d’une attaque cardiaque. Il va se faire enterrer du côté de Marseille.
- Je peux rester au moins un ou deux jours de plus.
- Non, c’est trop risqué que tu restes ici. T’es pas en sécurité. Ils vont finir par apprendre que tu es là.
Mon absence et les drames ayant ébranlé la famille lui avaient donné l’assurance d’un aîné, celle que je n’avais jamais eue. L’expérience en accéléré du malheur. Il me parlait comme à un petit frère à protéger. Et j’étais infoutu de lui offrir la moindre parole de réconfort. Minable.
- Viens Momo, on va manger.
Avant de me coucher, je poussai la porte de la chambre plongée dans l’obscurité. Je m’assis sur la chaise, à côté du lit. Sa respiration était bruyante et heurtée.
- Tu reviendras quand Momo ? murmura-t-elle en serrant ma main. Faut que tu reviennes vivre ici. Y faut pas que tu laisses Djamel tout seul.
Je baissai les yeux.
- Tu sais que …
- Je sais, m’interrompit-elle. J’espère qu’un jour, tu pourras revenir dans ta maison dans autre chose qu’un cercueil. Quand le sang cessera de couler.
Une quinte de toux commença à la secouer.
-Ce jour-là viendra, ajouta-t-elle après un long moment, j’en suis sûre mon fils. Un jour, notre pays sortira de cette nuit de sang. Tout à une fin, même l’horreur.
Elle cracha une nouvelle fois et conclut :
- Je le verrai pas ce jour-là, moi. Je serai au cimetière à l’ombre des cyprès… avec tes frères et ton père.
Le lendemain matin, j’étais prostré dans la cuisine avec Djamel et deux cousins. Les tasses de café et les clopes ne ralentissaient pas les aiguilles de la vieille horloge bourrée à craquer de dix-sept ans d’absence. Après avoir lâché deux plaisanteries foireuses pour tenter de ressusciter le bon temps où tout le village me surnommait Momo le rigolo, je fixai le carrelage fissuré en de nombreux endroits. Et les images se pressaient au portillon de la mémoire. Momo le rigolo, star comique en Europe, n’était plus qu’un fantôme sans humour, un type qui avait claqué la porte de son enfance et laissé la clef dedans. Paumé derrière une cloison de dérision.
Très mal à l’aise, Djamel précipita les adieux. Il m’entraîna jusqu’à ma mère recroquevillée sur un fauteuil. Dès qu’elle me vit, elle s’appuya à l’accoudoir, sans réussir à se lever. D’un geste agacé, elle demanda à une jeune voisine, immobile dans l’embrasure de la porte, de l’aider.
Incapable de prononcer le moindre mot, je l’embrassai sur les joues en évitant son regard.
- Faut y aller maintenant Momo, ordonna-t-il et me poussa dans le cercueil.
Avec une grimace de douleur, elle se pencha très lentement et embrassa le hublot. Son visage ne décollait plus du rectangle vitré. Une main la tira en arrière.
Djamel se pencha à son tour, visage tendu. Malgré son sourire, je sentis qu’il retenait ses larmes. Un grand pudique le petit frangin.
Il referma le cercueil.

10/02/2007

Lettre à celui qui ne sera jamais un vrai éditeur

medium_Dessins_anatomiques_de_deux_cranes_-_1489.gif


Ce billet est la réponse à la lettre de l'éditeur qui venait de racheter la maison qui me publiait et qui m'annonçait sans autre préambule qu'il soldait les exemplaires qui selon lui ne se vendraient guère plus dorénavant. Ainsi en avait-il décidé...


Cher Max,

Oh, que oui du désarroi. Devant mes pages ainsi maltraitées en constatant que seul le chapitre des chiffres de vente vous avez lu, c’est bien tout. Mon bon ami.
Oh, que oui, éditeur vous êtes, ce titre vous sied.
C….., piètre gérant et de défauts couverts, bien souvent bourrique stupide, n’était pas moins un animal d’humanité pétri avec qui engueulades donnaient du bon. Et à qui je reconnaîtrais jusqu’au trépas d’avoir lu et défendu mes prurits… Idem l’abominable K….., homme de tous les défauts, qui de droits d’auteurs n’a jamais vraiment su ce que ce mot veut dire. Pourtant ces deux Thénardiers ne m’ont pas aussi maltraité que vous, mon bon ami, qui pire qu’a un malpropre avant même de se rencontrer et d’échanger quelques animosités sympathiques et bactéries via postillons m’avez envoyé un diagnostic financier. Sachez qu’on ne se connaît ni des lèvres ni des dents et que n’importe qui m’interpellant ainsi finirait avec un manche de pioche en travers des narines accroché à un portemanteau. Soit je deviens civilisé, soit je vieillis.
Voilà en plus que vous me proposez ces d’exemplaires, à un prix quinze fois supérieur à ce qu’il en est réellement. Je vous solde mon brave et à mes conditions, me dites-vous, alors que ce papier noirci vaut à peine 80 euros la tonne.
Ce que les deux pieds nickelés n’ont jamais osé faire par peur de se faire occire, mon CV de tchétchène patenté et de serbo-croate en faisant foi, vous mon ami, inconscient du danger sans hésiter vous l’avez pratiqué. Quittez vos murs si vous sentez une quelconque odeur de gaz et surtout n’allumez pas la lumière. C’est le seul humour qu’il me reste sinon je me permettrais de dire me voici libéré du pire. Certes, si cela était vrai. Car non content d’envoyer à l’équarrisseur deux titres d'un coup vous mettez sous écrou le troisième.
Manquez vous de galanterie à ce point, ou êtes-vous si exsangue que ces 70 exemplaires de La Honte sur nous, défaut vous feront, en rubrique pertes et profits.
Auprès de quel brocanteur escomptez vous tirer quelques rondelles de cuivre. Est-ce là, l’avenir de notre collaboration ? Vous semblez vous en moquer, telle nouvelle génération qui pense qu’avant et qu’après elle rien n’a existé ni n’existera. Ah dame ! les sauterelles qui s’abattent sur nos terres font moins de dégâts au peuple.
Certes l’économie d’échelle vous guide, mais ne sciez pas tous les barreaux qui peuvent vous mener à grand succès. Que votre chemin soit bien éclairé, c’est plus doulce chose vous souhaiter. Et à votre longue aventure dans ce métier je trinque.

Moins romantique:

Bien sûr que je suis homme à charger ma charrette, car comme l’expression le prétend, on n’est jamais mieux servi que par soi-même.
Faites donc l’arrangement qu’il vous ira avec transporteur ou cariste. Il m’en coûtera trente centimes d’euro l’exemplaire. Et ce uniquement après constatation de ceux-ci. Il ne me dérange point de faire le voyage pour valider l’état et la quantité des ouvrages et vous régler en sonnante et trébuchante contre ces exemplaires, ou chèque certifié, car nenni je n’achèterai les yeux fermés. Si quantité et qualité ne sont pas comme prévue, ma prose au pilon, vous mettrez, doutant qu’un soldeur s’intéresse à ces nanars avec coquilles.

Accord convenu de parole, il me souvient. Et de cette parole j’en suis maître tant qu’elle n’est pas donnée, esclave après qu’elle le soit. Je n’ai prétention de donner leçon, mais comme berbère à réputation d’auvergnat, et, comme de la guerre le nerf en est l’écu, au moment d’icelle venue, de bons chevaux en son écurie sont bienvenus.
A bon entendeur, salut Max.

09:40 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0)

07/02/2007

Le poing sur les lits

Un poil de ç qui manque c’est bien moins grave dans un texte que l’absence de barre au T. Un coup à rester sur le carreau, voyez-vous, et pas n’importe lequel, car il existe des différents entre eux comme le roi et le valet… de carreau.
Pour éviter toute confusion comme aurait dit, -lui qui ne l’était point tant- le philosophe confucéen. Donc, de plus en plus et depuis de puit en puit, de mal en pis je vais en puîné ruiné et non pas en cadet de carrousel bien que roux et de coups roué. Roulant confusément ma bosse dans mon carrosse, car de rosses et de fées point. Hé oui, la fée peine parfois, à trouver un remède à toute chose bien que sa baguette magique sous le bras pèse bien lourd parfois, comme cet humour qui n’en manque pas de pot, où par trois fois, le son du cor nous appela au fond des bois.
Moi, ma fée et moi, parfois nous allons au gré des bois réciter aux épis de blés des Avé en levant le petit doigt. Bon je sais à s’y méprendre, je ne peux me risquer au point de me pendre ou de me méprendre.

06/02/2007

Et pendant ce temps-là, Gaston Floquet se fout de sa notoriété

medium_hommage-danse.jpg

Le débat qui suit provient de Wikipédia... Et il s'agit bien de Gaston Floquet... Pour ma part je n'y prendrais pas part...
J'ai croisé pas mal de gens qui avaient les mains dans la production picturale ou plastique, qu'importe le médium et si Gaston Floquet n'est pas un peintre qui a révolutionné la peinture, il a produit une oeuvre intéressante, il me semble.
Je comprends couic à la notoriété et la reconnaissance par des gens dont c'est le rôle de reconnaître le travail de ceux qui travaillent. Mais il y a des choses que je comprends, j'éprouve plus de vibrations à l'oeuvre de Malnuit qu'à celle de Klein... Dois-je pour autant être désespéré de ressentir la peinture comme un abruti.
Malnuit n'est pas connu, et ne le sera probablement jamais. Il est crevé, ivre mort, comme un chien sur un banc public, ce qui ne retire ou n'ajoute rien à son travail. Mais que faisaient les gens dont c'est le travail de reconnaître le travail des autres. Qui se serait penché de son vivant sur ce type ingérable. M'est souvenir que je lui avait organisé un rendez-vous avec la galerie du Parvis à Tarbes et qu’au bout de dix minutes il montrait sa bite à Roger Sevelle. Des souvenirs de cet acabit, ceux qui l’ont connu peuvent en raconter à la pelle. Plus fasciné par l’échec que par la réussite.
Quel officiel serait allé chez le vieil ours de Gaston, boire avec lui un whisky dans une chope pour lui proposer une exposition dans un quelconque musée? On est pas vraiment dans le même registre, l'un est celui du fonctionnaire parvenu à un statut, l'autre celui de l'artiste inconnu, d'où souvent une légère incompréhension, n'est-ce pas?
J’avais promis que je ne prendrais pas part au débat, voilà c’est fait…


Le débat en question

Pour utiliser un exemple, l'actuelle Wikipédia: Pages à supprimer/Gaston Floquet pointe un artiste dont j'ai le sentiment qu'il ne devrait pas avoir sa place sur Wikipédia. Je signale que je le connais pas, que j'ai pas de rancoeur, que je m'en fiche de Gaston et que la peinture c'est pas mon dada : Mon explication est un cas de figure (et ne correspond pas à ce que j'écrirai comme motivation).
Donc Gaston Floquet est un artiste régional de France. Il est au musée du Mans, suite à une donation. C'est à dire que le musée a accepté de le recevoir en cadeau gratuit (ça engage peu...), (1*) pouvant toujours le laisser moisir dans ses fonds. Que certains contributeurs connaissent l'artiste, l'apprécient ou soient capable de rédiger un discours critique ne compte absolument pas. Nos avis et jugements esthétiques personnels ne comptent pas ! Car nous devons relater seulement des points de vue référencés et notables : qui a dit quoi, qui pense quoi...etc. Ce sont les principes fondateurs de wikipédia.
La question est alors : Quels seront les références et sources notables permettant de justifier les textes ultérieurs de l'article ? Un jeune responsable culturel local, avec un DEA d'histoire médiéval ? Un article dans une revue artistique sans notoriété nationale ? Un commissaire d'expo inconnu hors de sa région ? Un article dans la gazette locale, qui traite également de l'exposition artistique du collège Boudin ? Un responsable de musée, qui ne s'est pas engagé personnellement dans une quelconque publication à propos de Gaston ? Vous négligerez alors de mettre des références, par malhonnêteté ?
Bref, Gaston figurera dans Wikipédia, avec l'impossibilité de fournir des sources sérieuses de référence à toute critique raisonnée. La seule source de référence deviendra l'association des Amis et Admirateurs de Gaston. L'article sera sans pertinence. Pas sérieux pour un article encyclopédique. --ironie + 8 décembre 2006 à 14:50 (CET)
medium_le-roi-du-qatar.jpg

Le roi du Qatar
Exemple intéressant. Je fouille un peu le site des dits Amateurs de Gaston Floquet ; j'y trouve deux préfaces de catalogues, brèves et polies : l'une du conservateur du musée d'Alençon et l'autre d'un « critique d'art », à l'occasion d'une exposition à Compiègne. Je ne me sens pas la compétence pour juger si elles sont suffisamment doctes pour être de bonnes sources pour un article d'encyclopédie, je me contente de les pointer : manifestement nous avons tout de même un peu plus que simplement « l'association des Amis et Admirateurs de Gaston ».
Une fois ceci dit, notons quand même qu'on n'est pas obligé d'exiger que tout article consacré à un artiste contienne des observations de l'ordre de la critique. Une fiche factuelle (lieu de naissance et de mort, artistes fréquentés et école de rattachement, musées où des oeuvres sont visibles) me semble pouvoir être d'intérêt encyclopédique pour des artistes mineurs. Le risque est évidemment que des Amis Fanatiques de l'artiste, voire l'artiste lui-même s'il est encore vivant et comprend l'intérêt d'une fiche promotionnelle, ajoutent des passages critiques (dithyrambiques, forcément dithyrambiques) non sourcés. Dans l'article Floquet une phrase comme « Quant à l'homme il était un Personnage. D'une grande culture, il créa et se créa sa vie durant. » n'est pas d'une gigantesque qualité encyclopédique. Bon maintenant ce genre de phrase creuse, s'il n'y en a pas trop, ne pourrit pas trop l'article - les informations fausses qui pullulent partout me gênent davantage. Voilà un petit bilan donc de la situation Gaston Floquet qui me semble en effet une excellente base de réflexion pour savoir jusqu'où descendre. Touriste * (Discuter) 8 décembre 2006 à 15:02 (CET)

Impossible de vérifier, tes deux liens émanant du site des Amis de Gaston... Et même si je suis porté à croire, ça me semble pas suffisant du tout. J'ai placé la barre plus haut. Wikipédia n'accepte la biographie ni des scientifiques mineurs, ni des groupes musicals régionnaux. De la même manière, j'ai refusé l'article d'un artiste professionnel exposant à Paris, New York, Londres (galerie commerciales), avec des critiques universitaires, car il avait pas de notoriété suffisante. Tu sembles impressionné par les institutions, mais les musées et expositions ne sont pas comparables entre eux quant au prestige et à la notoriété. Un étudiant Beaux-Art de 25 ans doué se fera acheter une toile par une FRAC. Fraichement diplomé, il peut exposer (collectif) dans un musée de province si son travail est intéressant. Et il montera facilement son expo dans n'importe quel patelin, où il a des contacts. (je compare pas Gaston). Et des comme ça, y'en a des milliers en France, Europe ! On peut de même ajouter la bio de tous les artistes thésards (références et expos parfois notables), tout les noms d'enseignants des facs et écoles d'art (référence et expo...), la bio du moindre commisaire. Le bazar total, avec une bio de Marcel Duchamp (le Einstein de l'art) aussi longue que celle de Gaston.
En fait, le problème Gaston, c'est qu'il s'agit d'une quasi auto-promo, soit une contribution externe. Non que je veuille faire une attaque ad hominem contre le contributeur. Mais son acte n'est nullement initié dans l'intérêt de Wikipédia, mais dans celui seul de la notoriété de l'artiste. On ne peut donc attendre d'effort de neutralité, ou la nécessaire réserve dans le jugement sur la possible suppression de l'article. Que deux ou trois contributeurs actifs du projet art, prennent l'initiative de créer et suivre l'article, on pourrait croire que celui-ci sera rédigé avec la neutralité et la pertinence nécessaire. Mais là, mise à part des WikiGnomes non-spécialisés en Art, qui aura la compétence et surtout l'envie de s'occuper de la correction du fond ? Toi ?
« les informations fausses qui pullulent partout me gênent davantage ». Cet argumentaire minimise les dangers parce qu'il s'agirait seulement de peinture, d'Art... Je te renvois à la conscience de ton propre système de valeur, et non à un principe en soi ou une logique universelle. Pour plein de gens dans mon monde et pour mon système de pensée, la propagande des pseudo-sciences, les polémiques politiciennes, les données erronées de l'histoire nazie ou la véracité des informations sur le Big Bang, sont des détails très futiles et anodins, au regard de l'importance (vitale) des questions d'Art. L'art n'est un « divertissement sans danger », que pour ceux qui placent leurs illusions ailleurs. --ironie + 8 décembre 2006 à 17:33 (CET)
medium_et-madame.jpg

et madame la reine du qatar...

(1*) Pour entrer au musée d'Alençon il a fallu l'aval du Conseil des Musées de France...

Pour ceux qui veulent en savoir un peu plus sur le personnage qu'était Gaston Floquet, il suffit de cliquer sur son nom dans la colonne de gauche dans la rubrique peintres... oui là, juste où vous avez le doigt... cliquez avec la souris... Voila, vous vous retrouverez chez le Gaston.

05/02/2007

Un petit dessin de Gab's

medium_carnage-a-bagdad-1.jpg

03/02/2007

EN ROUTE POUR LA GLOIRE...

ILS ONT SELECTIONNE LE BLOG DE RESSACS


Cliquez ici pour voir l'événement

02/02/2007

Rituel portuaire

Photo de Maggie Taylor...
Pour visualiser son travail se reporter à son lien dans la rubrique photographe.

medium_almost_alice23.jpg


Par Alain jégou
J’accoste toujours dans un port avec la pénible impression de rejouer une scène mille et une fois répétée, de retrouver un vieux rêve inachevé, une fantaisie mentale bâclée et ennuyeuse abandonnée lors de ma dernière partance.
J’aborde le quai avec la même apathie de cœur que lorsque je me laisse emporter par mes plus glaireux cauchemars.
Je baigne dans le flou douteux et tire la vilaine tronche tant l’arrive me pèse.
Vaseux et mollasson, le corps dépenaillé, la silhouette avariée, la dégaine délirante et inquiétante d’un terre-neuvas en fin de campagne, je m’affale sur le plancher des vaches et des beaufs, la tête encore toute criblée de souvenances belliqueuses et maculée d’embruns vachards.
Je me traîne aux premiers pas, avant le premier verre. Largué, il me faut ramer pour revenir à la civilisation, retrouver la bonne case, le poste qui me revient et convient à mon état douteux, reconnaître les flonflons du bal ringard, me remémorer pour rejouer la petite musique de la vie sur terre, réintégrer ma place dans la formation populeuse, réapprendre à chaque fois les gestes de l’intégration et de l’intranquillité citadine.
Les guibolles à la chôle en un roulis farfelu qu’il est bien mal aisé de compenser, il me faut réapprendre à poser le pied pour me mouvoir sur un sol figé.
Cette fois encore, de retour d’une marée de quinze jours particulièrement éprouvante, je n’avais en tête que désirs de beuveries et d’étreintes féminines, que frôlements de peaux fêtardes et débridées . Oublier dans l’outrance de la bamboche pochtronne et charnelle, dussé-je y laisser mon salaire de deux semaines de mer, toutes les plaies et bosses qui balisaient ma ligne de vie.
Après avoir franchi la coupée, avoir posé mes ribouis sur le bitume dégueu, puant le jus de poiscaille et la pisse de chiens errants, j’embouquai une rue glauque et mal famée, dont la réputation n’était plus à faire dans la tronche des aminches des tempêtes, des racleurs d’océans, des bourlingueurs des mers d’Irlande, d’Ecosse ou de Bretagne.
C’était une de ces rues comme il en existe dans tous les ports du monde et les romans de Pierre MacOrlan, de Philippe S. Hadengue ou de Francis Carco, correspondant trait pour trait à tous les clichés zonards, avec ses claques et ses bars louches, avec ses putes aux guibolles résillées arpentant l’asphalte et chaloupant généreusement du prose, tous les michetons baveux du gland et chtarbés de la tringlette, les escarpes débutants et les proxos frimeurs, les terreurs de bazar, les fiottes de sanisettes, les obsédés chafouins, les paumés, les camés, et les matelots bruyants aux tatouages surprenants.
Clins d’œil des néons aux couleurs aguicheuses. Fard dégoulinant des façades flétries. Sales odeurs de graillon, de gnôles frelatées et de gogues débordants. Suint de mélopées sirupeuses ou tintouin d’accords hirsutes et agressifs. Smog épais alimenté par le souffle collectif des accros du mégot. Le cadre était parfait et la situation, louftingue à souhait, correspondait à mes inspiration et aspiration du moment. J’avais besoin de fange et de griseries troubles. L’endroit était propice à cela.
Semblable à tous ces naufragés de l’âme qui renâclaient furax après leur « chienne de vie », s’engueulaient, s’injuriaient, se filaient des gnons, se noircissaient, sans frein ni raisonnement, méthodiquement la vasque vasouillarde, gerbant leur trop-plein d’alcool et de rancœur sur les pavés des quais, je m’immisçai vite fait dans le délire ambiant, enfouissant ma carcasse dans l’interlope moiteur d’un rade décati, le plus craspec du cru.
La touffeur et les effluves folasses m’agrippèrent dès le sas et je dus fourrager dans l’hémisphère ad hoc pour chatouiller véloce mes quinquets fatigués et leur intimer l’ordre de se magner le train afin de me fournir le top de l’acuité.
La brume était si dense et le halo du phare qui surplombait le bar si faible et gringalet que nulle image, nul ton décemment présentable ne parvenait à lui fendre la panse. Je dus attendre quelques minutes, immobile et bigrement bigleux, avant de recouvrer un chouia de vision, juste l’essentiel pour pouvoir me mouvoir et atteindre l’abreuvoir sans dommages ni encombres.
La salle était bondée, pourtant peu tapageuse. Chaque client, tant occupé à se bichonner le gosier, se noircir les éponges aux volutes souillons de mégots meurtriers, nostalgiait à l’encan en grelottant du bulbe sur les accents poignants d’une chanson des Pogues.
Un juke-box cacochyme à vitrine burinée éjectait de ses bronches la complainte rocailleuse de l’Irish déjanté. Shane l’artiste avait saisi aux tripes tous les piliers du lieu, fait resurgir de loin, du plus profond d’eux-mêmes, l’émotion bien planquée sous leur glèbe d’idées torves et de nausées mentales.
Il parlait d’un Noël new-yorkais, d’une nuit que j’imaginai, solitaire et glaciale, pesant de toute sa froidure sur l’âpre blessure des cœurs désespérés. Ca suintait la détresse chronique, le mélo alcoolo, le déballage sordide, dans tous les regards présents et le texte de Shane pesait comme une chatte plombée sur les esprits intensément troublés.
Cette chanson me filait le bourdon et je communiai morbide avec tous mes voisins de débine, dans le silence et le recueillement unanimes.
Je pensai alors à Blaise Cendrars et à ses Pâques à New York, son désespoir, sa solitude, son âme en veuve noire, la souffrance des êtres qui lui ravinait le cœur, et sa prière, son poème, ses mots qui me revenaient en mémoire :
« Et votre angoisse et vos efforts et vos bonnes paroles
Qui pleurent dans le livre, doucement monotones. »
J’entendis aussi la voix ténue de la petite Jehane de France :
« Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre ? »
Ses sourires adolescents, éparpillés sur les quais des gares de Samara ou de Novgorod, revenaient en bouquets embaumer ma mémoire.
J’étais aussi à « 16 000 lieues du lieu de ma naissance », me consumant mochement et poivrotant abondamment. Comme d’aucuns chantent pour passer leur temps, je m’évadais malsain pour estourbir le mien.
J’étais à des lustres du temps de mon enfance, le temps bien révolu du bonheur tapageur et de la belle insouciance. J’avais trop tôt morflé et tout laissé crouler, m’étais fait embringuer dans les trips les plus louches avant de m’embarquer pour la grande aventure, la maritime débauche, la seule sublime errance.
Je n’avais aucun respect pour ma santé, mon corps, cette carcasse ouvertement, outrageusement torturée, cette barbaque barbare qui enveloppait, sans conviction aucune, le cœur salement meurtri qu’elle avait pour mission de protéger de toutes agressivités ou fausses amabilités contactées sur le duraille des quais.
Je m’étais forgé au fil du temps la tronche salement ravinée, volontairement rebutante, qui me préservait de tous abordages et ronds de fion vénaux. Du moins je le croyais.
Je déconnais suicidaire et bambochais féroce, mais seul en cause, n’entretenais en toute lucidité que ma propre déchéance, la bourlingue hirsute, le lent et volontaire dérèglement de tous les sens, la défonce programmée en toute connaissance de cause qui seyait à mon état d’esprit du moment.
medium_subj.gif

Photo Maggie Taylor...

JAZZ, AMOUR, SILENCE & REVES

L'année 2007 commence en Février aux Carnets du Dessert de Lune.
- Il y a du jazz avec un titre dans la collection Pièces Montées :

VISIONS OF MILES - Textes et dessins : YVES BUDIN
54 planches originales (34 quadri) (20 noir et blanc)
Préfaces : MARC MOULIN et JEAN-POL SCHROEDER
Conception graphique et mise en page : PHILIPPE HAULET
72 pages au format 29,5 x 20,5 cm - ISBN : 978-2-930235-75-2
Prix : 24,00 €

- De l'amour, du silence et des rêves avec trois titres dans la collection Pleine Lune :

AMOUREUSE - EVA KAVIAN-
Proses et Poèmes
Couverture couleur et 24 ill. intérieures en noir et blanc : GEORGES VAN HEVEL
76 pages au format 14,8 x 21 cm - ISBN : 978-2-930235-76-9
Prix : 11,50 €


COUPS DE CISEAUX - PERRINE LE QUERREC & STEPHANIE BUTTAY
Texte : Perrine Le Querrec - Couverture couleur et 32 ill. intérieures en noir et blanc : Stéphanie Buttay
Préface : GERARD SENDREY
78 pages au format 14,8 x 21 cm - ISBN : 978-2-930235-77-6
Prix : 12,00 €


ELLIS ISLAND'S DREAMS - MENACHE
Poèmes - Couverture : ROUDNEFF
Présentation : JEAN-LOUIS JACQUIER ROUX
38 pages au format 14,8 x 21 cm - ISBN : 978-2-930235-78-3 - 8,50 €

Ces 4 ouvrages vous sont proposés en souscription jusqu'au 26 février 2007.
Les 100 premiers souscripteurs des 4 titres recevront un dessin inédit d'Yves Budin,
« Jazzman & Hudson Hornet » imprimé sur papier Greentop Naturel, 170 gr. ,
au format 29,7 x 21 cm, numéroté de 1 à 100 et signé par l'auteur.

Pour commander le ou les titres, télécharger le bon de commande des éditions les carnets du dessert de Lune en cliquant dessus le bon_de_commande_2007.doc.pdf


Pour en savoir un peu plus, voyez la suite.

medium_medium_miles.2.jpg


YVES BUDIN - VISIONS OF MILES
(…) Moi, ce que je commence par aimer chez Budin, c'est la texture de son trait. Dès que ça part, ça ne convient déjà plus pour une illustration du petit Larousse illustré : ça vit, ça bouge, ça crie, ça chatouille, ça change d'épaisseur aux endroits inattendus, on se demande (comme avec le dessin de la page 59) si ça va être abstrait ou concret, et puis la tension se résout. Et on accepte, on adhère, on approuve et enfin, on adore.
- Notre époque, boulimique d'images, a fini par les décrier - séquelle de la télé? - dans un rapport d'amour-haine très caractéristique de certains comportements religieux. On finirait par en oublier ce que l'image, si vite et avec si peu de moyens parfois, nous apprend. Comment elle nous fait apercevoir en un instant ce dont de longs discours ne permettent même pas de donner une approximation. Napoléon a dit au moins une chose impérissable à ce sujet.
- Et voilà ce que j'aime chez Budin. Son livre (et son talent) ne nous renseigne à première vue que modérément sur l'art, l'histoire et le pourquoi de Miles Davis. Le minimum est qu'on sache au moins ça sur le Picasso de la musique. Mais sur l'art et la vie du très pictogénique Miles, les dessins de Budin nous offrent peut-être autant d'intuitions et d'informations - même si elles sont d'une nature différente - que les plus incontournables ouvrages de longues écritures qui lui ont été consacrés (notamment les bibles que sont les livres de Ian Carr, de Jack Chambers et de Miles lui-même - son autobiographie -).
MARC MOULIN (extrait de la Pré-face A)

(…) Miles. Et Yves Budin. Budin plays Miles - comme on disait Miles plays Bird, Miles plays Gil Evans ou, la plupart du temps, Miles plays Miles. On disait aussi, de Louis Armstrong, de Lester Young ou de Chet Baker (de Louis, de Lester, de Chet) qu'ils jouaient comme ils chantaient, et retour. De même, le dessin et le texte d'Yves Budin résonnent au même diapason ; celui, écorché et fin de nuit d'un dealer de spleen et de lumière noire : à l'image de Miles finalement. CQFD. Je laisse aux spécialistes de la BD le soin de vanter le trait, l'encrage et le reste. Je dis simplement, pour ma part (et pour la part du bleu - un must pour un spécialiste du black and white maculé de rouge) que ce portrait plein de bruit, de fureur rentrée et de silence débordant, apporte, aux antipodes du merchandising ambiant, un supplément d'âme à la paralittérature milesienne et à la paralittérature jazzique en général. (…)
JEAN-POL SCHROEDER (extrait de la Pré-face B (alternate take)

- L'AUTEUR :
- Né en 1974, dessinateur liégois, autodidacte, régent littéraire (français-histoire), passionné de musiques, de littérature américaine, d'Art en général, c'est par les écrits de Jack Kerouac qu'Yves Budin, s'est spécialisé dans l'illustration de l'univers du jazz. Son graphisme nerveux traduit les envolées de ceux qui sont devenus ses musiciens de prédilection : Miles Davis, Coltrane, Parker, Mingus… Il expose régulièrement dans les festivals jazz et a récemment illustré chez le même éditeur « La quadrature du cercle » de Jean-Christophe Belleveaux « Visions of Miles » est sa première publication. Bio, expos, projets et principaux travaux sur : sundancejazz

--------------------

medium_medium_amoureuse.2.jpg



EVA KAVIAN - AMOUREUSE - GEORGES VAN HEVEL
Eva est amoureuse. Il faudrait se dit-elle mettre amour et toujours dans le même poème, mais elle sait que toujours n'existe que pour les framboises écrasées sur les nappes trop blanches alors elle plonge dans la confiture, comme si l'on pouvait se noyer dans un bocal avec l'amour posé au bord. Et l'amour se penche et attrape la cheville déjà sucrée d'Eva mais glisse lui aussi dans les framboises rouges éclaboussant au passage l'entourage qui prend le jus pour du sang. Dans le fond du bocal Eva trouve l'amour accroché à sa cheville et le prend dans ses bras et lui dit pour toujours mon amour, la vie est un poème où l'on ne peut que se noyer. L'amour n'entend rien, avec la confiture dans ses oreilles mais il est bien, dans les bras d'Eva qui pourtant le lâche et lui tourne autour en quelques brasses jusqu'à la ligne sombre entre ses fesses qu'elle trace de sa langue coquine pour laisser une chance à la rime. Avant de sortir du bocal.

- LES AUTEURS:
- Née en 1964 en Belgique, Eva Kavian anime des ateliers d'écriture depuis 1985. Après quelques années de travail en hôpital psychiatrique, une formation psychanalytique et une formation à l'animation d'ateliers d'écriture (Paris, Elisabeth Bing), elle a fondé l'association Aganippé, au sein de laquelle elle anime des ateliers d'écriture, des formations pour animateurs, et organise des rencontres littéraires. L'Académie des Lettres lui a décerné le prix Horlait-Dapsens, en 2004. Elle a reçu le prix Marcel Thiry 2006, pour son dernier roman, « Le rôle de Bart ».

- Georges Van Hevel. Né en 1956. Graphiste et illustrateur, il se tourne d'emblée vers l'affiche et dessine pour le monde de la presse. Il se spécialise dans l'image de marque d'entreprise et le design graphique. Dans les années nonante, il fonde Quidam Studio dont les créations variées n'hésitent pas à intégrer les technologies d'illustration numérique les plus récentes.

--------------------

medium_medium_coups_de_ciseaux.2.jpg

PERRINE LE QUERREC - COUPS DE CISEAUX - STEPHANIE BUTTAY
Elles sont trois femmes fortes autour de Oui-Merci, diversement armées pour ne pas subir l'existence, chacune revendiquant sa condition face à l'héroïne sadique dont elles souffrent toutes à la mesure des émotions provoquées en elles par l'état fragile de leurs sens. Ils sont deux petits mecs faiblards : Le grand géniteur contrit et le poussin anthropophage. L'aîné se répand en concessions fugitives. Et le plus jeune obsessionalise le chant du coq troubadour bas de gamme, à lui tout seul con comme un ballet de ténors dans les solos déchirants de l'impossible jalousie.
Perrine et Stéphanie sont les plus proches parentes de Oui-Merci. Il s'agit d'une trilogie dont le point commun est la souffrance devant le désir d'accomplissement total, au prix du chaos. La destruction de l'autre est une sauvegarde de soi.
Une fable subversive d'utilité pudique ; un paradoxal cri de joie dans toute la détresse du monde réduite à des éclats de style. Femmes, je vous aime !
GERARD SENDREY (extrait de l'avant-propos)

- LES AUTEURS :
- Perrine Le Querrec est née à Paris en 1968. Elle écrit des nouvelles (Fourmilière, Editinter, 2004 et Tu ne liras point par-dessus l'épaule de ton voisin, Éd. Terre de Brume, 2003, adaptée pour le cinéma par Anaïs Vachez). Spécialiste en art contemporain, elle collabore chaque semaine aux magazines culturels en ligne bulbe.com et état-critique.com.
Elle vit et travaille à Paris comme recherchiste-documentaliste indépendante pour de nombreux auteurs et artistes.

- Née en 1968 au bord du Léman, Stéphanie Buttay traversa le lac et découvrit les auteurs de la Collection de l'art brut (Lausanne). Elle commença alors à jeter ses fils et ses lignes sur le papier. En 2005, elle a présenté son travail dans le cadre des Visions et Créations Dissidentes du Musée de la Création Franche (Bègles, Gironde), où elle figure désormais en tant que «créatrice concernée».

--------------------

medium_medium_ellis_island.2.jpg


MENACHE - ELLIS ISLAND'S DREAMS - ROUDNEFF
Existe-t-il des pays propices au(x) rêve(s) ? Je n'imagine pas Ménaché s'embarquant pour la terre de l'Oncle Sam, voici bientôt quinze ans, avec semblable question en tête. Il y a longtemps que ce perpétuel exilé dort d'un sommeil trop léger pour succomber aux tentations clinquantes des empires de cocagne. Aux Etats-Unis d'Amérique comme ailleurs, l'espoir vire souvent au cauchemar. La vie cependant s'agrippe à ce quotidien brutal et inhumain « dans une perpétuelle recréation du monde » et c'est précisément là, au cœur de ce no man's land déglingué, que le poète a choisi de mêler sa voix à celle de ses frères de presque silence. Sans un mot plus haut que l'autre, mais avec force, le poème vient cingler le lecteur comme une averse prompte à « faire chanter le feu et le cuivre » en chacune de ses veines.
Jean-Louis Jacquier-Roux (4ème de couverture)

- LES AUTEURS:
-Ménaché est né à Lyon, le 15 juillet 1941. Principales publications : Pavés et Fenêtres, éd. Pierre-Jean Oswald, 1971 ; Fable des matières, éd. du Dé Bleu, 1983 ; Claquemuraille, éd. Fédérop, 1985 ; Ectoplasme à plumes rouges et bonnet de nuit, La Bartavelle éditeur, 1991 ; Célébration de l'œuf, Orage-Lagune-express, 2002 ; Rue Désirée, une saison en enfance, Editions La Passe du Vent, 2004. Une anthologie de ses poèmes a été enregistrée par Alain Carré : Excès de Naissance, éd. Autrement dit, 2004.

- Roudneff. Né en 1933 à Faymoreau (Vendée). Réalise plusieurs livres d'artiste ou illustrés en collaboration avec des poètes, notamment Plier Bagage avec Michel Butor, Michel Dunand, Jean-Pierre Gandebeuf, Jean-Louis Jacquier-Roux, Ménaché, 1997 ; Feuilles de route, avec Jean-Pierre Gandebeuf, 2002 ; Regard sur le silence, avec Jean-Pierre Gandebeuf, Gino Maselli, Ménaché, Philippe Tomasini, 2002.

La nostalgie, camarade... sur un air de Serge Gainsbourg

Je laissais tourner mon magnéto face à cet homme. A combien de wiskys en étions nous. Je l’ignore. Il admirait Hemingway, st Exupéry et Cendrars. Cet homme d’action ne pouvait en aucun cas être stupide. Notre discussion n’avait porté que sur la littérature jusqu’à présent. Je sentais la chaleur du bourbon me battre les tempes. Et j’écoutais. J’avoue que si je n’avais pas gradé ouvert le magnétophone, je ne me serais pas souvenu ce qu’il m’avait raconté.

-Vous les pacifistes vous me faites rire, vous n’êtes que des imbéciles. Vous crachez dans la soupe mais vous ne vous rendez pas compte de ce que vous devez à l’activité de la guerre. Vous voyez mon cher ami, entre gens civilisés on ne peut pas cracher sur la guerre. Parce que c’est l'activité humaine la plus sérieuse qui soit. Rien n'est plus captivant, ne requiert autant d'énergie. La guerre est à la base de toute société. Toute activité humaine, si elle veut progresser, doit s'inscrire dans cette logique. Il n'y a que chez les primitifs, les sous-développés que la guerre ne sert pas le progrès. Ils se massacrent à coups de machette, s'égorgent au tesson de bouteille, se font gicler la tripe à la serpe. C'est pas du travail… On en parle à peine à la télé… vous le voyez bien vous qui êtes dans les médias que ça n'intéresse personne… Quel gâchis !
Alors qu'une bonne guerre moderne, comme on sait les faire ça maintient un Audimat en haleine pendant six mois, un an. Tous les bonimenteurs y vont de leurs pronostics, sur le déroulement des événements à venir. Les petites gens stockent des vivres, on écoule des tranquillisants. L'Audimat progresse, les pages de pub se vendent plus cher. Cela fait marcher le petit commerce, qui en a bien besoin. C’est merveilleux…
Les guerres des pauvres ne valent pas tripette. Un million d’Africains, ça fait moins de bruit qu’une poignée de bon gros pépères pétris de bonnes manières ou qu’un paquet de yankee réduit en poussières. Les guerres des pauvres sont sales, parce qu’elles sont silencieuses. Quelques explosions par-ci, par-là, quelques rafales de mitraillettes. Rien d'autre. Comment voulez-vous faire peur avec ça ? Comment ces difformes du bide, ces maigrichons couverts de mouches peuvent-ils faire trembler la ménagère? Ils sont trop maigres pour être crédibles. A peine réels. Non ?
Toute notre belle technologie ne leur sert à rien. Pas de radar, pas de contre-mesures électroniques, pas de sous-marins, pas d'avions, ni de chars. Il ne consomment rien, pas de bombes à ailettes, à fragmentation, à souffle, au phosphore, à ondes de choc. Pas d'obus, pas de canon, de jeep, d'half-tracks, de véhicules blindés, d'automitrailleuses, de barges de débarquement, de rations de survie, de casques lourds, de parachutes, de planeurs. Rien de tout ce qui fait notre belle civilisation ne les intéresse. Des cailloux, des couteaux, des arcs, des flèches, voilà de quoi se servent les pauvres, pour s'étriper. Une misère, je vous assure.
Chez nous, au minimum, ça finit par un grand feu d'artifice. Je te rase une ville, tu m’en rases une autre. En beauté, Dresde, Hiroshima, Londres. Nous autres, on ne lésine jamais sur la camelote. Qui plus est, maintenant avec la télévision, il faut mettre le paquet. Que les ponts s'écroulent, que ça pétarade, que ça casse, que ça bastonne, de partout. Beaucoup de bruits et de dégâts, pour peu de morts, finalement. Cent mille, deux cent mille, peut être ? De la rigolade. Pendant ce temps-là, à la machette, un million et demi, sans bruit. Avec, par-dessus, une couche d'épidémies de peste, de choléra, ou tout autre virus inconnu. Plus une bonne vieille famine. On frôle les deux millions en quelques semaines. Personne ne peut prétendre à mieux !

medium_saturn_zoom1.jpg

Pour obtenir le même chiffre, dans n'importe quelle guerre qui se respecte, au Vietnam, en 14 ou ailleurs, combien a-t-on utilisé de million de tonne, de napalm, d'agent orange, de gaz moutarde?
Nous, on sait faire durer… Cinq ans, dix, trente, ou deux générations. Pendant ce temps-là, on se hait. Là, en deux mois, plus rien. Ils se zigouillent jusqu’au dernier. Ce n’est pas du travail. Comment voulez-vous après ça, revendre des armes aux survivants pour venger leurs morts ? Ils n’ont aucun sens du commerce. Alors que nos guerres à nous, c’est pas croyable tout ce beau matériel qu'on utilise. Quand j’y pense.
C’est parce que les pauvres ne savent pas se tuer correctement, et qu’ils font ça quasiment avec rien, qu’ils ne peuvent que rester pauvres durablement. Pas étonnant que personne n'en entende parler. Heureusement qu’il reste quelques idiots de médecins français, à cheval sur les principes et arriérés au point de croire encore aux valeurs humaines pour en faire parler. Alors-la ça devient intéressant…
La guerre, c'est trop sérieux pour ne la laisser qu'aux seules mains des intérêts particuliers. Il faut aussi y associer, les publicitaires, les caméras… Le plus de monde possible, je vous dis. Pour vendre du papier il faut de la tripe à chaque repas. Sinon comment les braves gens pourraient se repaître de leur bonheur de vivre dans nos sociétés. Il faut qu’ils puissent mesurer leur joie. Sinon c’est pas du jeu. Il faaut qu’ils aient peur aussi pour qu’on puisse vendre les services de notre police.
Si on les laissait faire, les pauvres se garderaient tout le meilleur pour eux et on n’aurait pas droit à notre show télévisuel.
Même la Rome antique avec ses stades, ses lions, ses gladiateurs, ses esclaves ne pouvait pas en aligner autant de spectateurs. Six milliards d’un seul coup… C’est vraiment joli un puits de pétrole en feu, sur un ciel noir, avec une ambiance de fin du monde. La ménagère de moins de cinquante ans prend une poussée d’adrénaline. Elle court s’acheter des provisions car le pire est à venir. C’est du sérieux, ça... Pas comme ces peigne-culs de pauvres. Pire. Ils font eux-mêmes leurs kalachnikovs, avec des bouts de bois et des tuyaux au fond de leurs gourbis. Il faudrait que la convention de Genève interdise ça. Ils ne devraient avoir le droit de se charcuter qu’avec des vraies armes manufacturées sinon c’est un crime contre l’humanité Sinon à quoi servent tous nos efforts ?
C’est pas le tout de s’étriper, mais dans les règles de l’art, c’est bien plus profitable. Ça donne de l’emploi aux arsenaux. Notre belle industrie qui ne sert plus à rien. Ces saletés de pauvres nous la jouent bégueules et à la déloyale. Nos règlements, nos explosifs, nos tribunaux, nos procès et tout le bastringue ne servent plus à rien. Qu’ils se saignent n’a jamais empêché les mines de diamant de produire, les puits de cracher le pétrole, le pavot de pousser. Le profit est toujours là, malheureusement pas assez juteux. Dans l’échelle de l’économie, on pourrait faire des bénéfices à trois chiffres. C’est à cause de l’incivilité de ces sauvageons qu’on est obligé de se rabattre sur des opérations moins mirobolantes.
Le citoyen honnête en réclame pour ses impôts. On n’a pas le droit de le tromper sur la marchandise. Il faut qu’il ait peur et qu’il soit rassuré par cette noble institution qu’est l’armée. À quoi serviraient toutes ces médailles, ces camions, ces galons, ces défilés, sinon ? Si on n’y prenait pas garde et si on les laissait faire notre belle civilisation serait dangereusement menacée par tous ces primitifs.

20/01/2007

Vendredi Saint, Rouge à lèvre, Sucettes au citron vert

Carl Watson

Pour la seconde fois, ce jour-là, j’étais plongé dans quelque chose que je ne comprenais pas. À l’intérieur, mais sans en faire partie - rien à voir. À la télé, il y avait quantité de pubs pour du savon, des soutiens-gorge, des voitures de sport, des chaînes stéréos, et toutes sortes de trucs qui donnent envie de baiser. Tout ce qu’on voit est censé donner envie de baiser, ou au moins remplacer la baise par le shopping.

Après, ils ont diffusé une émission - un concours de play-back. Apparemment le monde, à l’extérieur, s’était mis au play-back comme à une forme d’expression créative. C’était assez triste, comme situation - emprunter les chants qui célèbrent l’accouplement à la culture de masse. Bon, tant pis. Allons-y. Ça et le reste. Du moment qu’on obtient ce qu’on veut.

Quelqu’un a zappé sur une émission où il y avait des camions aux pneus démesurés qui traversaient le feu, montaient sur des piles de bagnoles qu’ils écrasaient, j’en étais à ma troisième bière, j’ai jeté un coup d’œil autour de moi, et ils avaient tous l’air malades. Et pas seulement malades physiquement, mais dans la tête, aussi. Vous voyez. Les gens me disent qu’il y a trop de colère, en moi. Tant pis.

C’est vrai que je détestais les gens - ça continue, d’ailleurs. Ils ont des tronches graillonneuses et l’haleine chargée. Ils font trop de bruit et leurs halètements sifflants me gênent. Et je vais te dire, si t’as envie d’écouter des respirations sifflantes, des souffles rauques et sonores, c’est ici qu’il faut venir. Même l’horloge ahane comme une vieille bête anémique.

Je regardais l’horloge. Je tuais le temps. Je me disais qu’il fallait que quelque chose meure pour que quelque chose naisse. Je me mettais à philosopher. Il était à peu près trois heures, quand j’ai baissé les yeux et que j’ai vu une goutte de condensation rouler sur le bois brun du bar comme une larme. Et c’était un signe. Au bout du comptoir, un type a ouvert la bouche. À première vue, on aurait qu’il avait du cottage cheese dans la bouche, ou une infection aphteuse. Après, je me suis rendu compte qu’elle était pleine de trucs blancs, comme des vers. J’ai entendu alors un rire violent. Quelque chose a volé à travers la pièce et c’était pas un oiseau de paradis. C’était pas non plus une colombe. C’était petit, dur, brutal et amer. J’ai couru dehors. Il se passait quelque chose, et je ne savais pas quoi.

Le texte de Carl Watson, écrivain américain contemporain, reproduit ci-dessous, est extrait d’un receuil de récits, « Sous l’empire des oiseaux », édité en France par les éditions Vagabonde.

En savoir plus sur Carl Watson

Ecouter un morceau de Johnny Cash

18/01/2007

Le primitivogonopénien

medium_Cerveau_nerfs_craniens_appareil_urinaire.gif


Ainsi appelé il se développe chez le sujet borgne. L’infection se loge dans la cavité orbitale vide et atteint rapidement le cerveau. On a vu chez certains sujets souffrant de cette infection que le cerveau secrète une matière qui dégage une odeur pestilencielle et présente un aspect proche de la soupe de potiron fermentée. Ce virus à tendance à faire voir le monde en noir et blanc au sujet, lequel organise dans la partie de son cerveau encore saine ses relations en deux parties bien distinctes et dispose d’un côté les bons et de l’autre les méchants -représentée par l'inconnu ou toutes différences qui deviennent alors incompréhensibles au sujet .
Le sujet vocifère, éructe et prétend avoir des solutions efficaces pour toutes choses. Il ne supporte que la musique cadencée, la couleur vert-de-gris et les chants simples. On remarque chez le patient une tendance à utiliser plus que chez tout autre sujet la forme du plus que parfais du subjonctif. Nous avons constaté que pour dire il aurait fallu que je le sache, une autres tournure de phrase qui peut donner à croire que l’individu à de l’humour, ce qui n’est pas le cas…
Ce virus sous son aspect terminal pousse le patient à vouloir découper ses voisins à la machette, car ce virus est un dérivé de la branche rwandaise déjà identifiée sur les grands gorilles.
Nous conseillons comme prophylaxie de ne pas fréquenter les patients atteints de cette infection.

La rédaction tient à remercier Léonardo pour le prêt de ses dessins.
Ecouter un morceau de Erik Satie