Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

16/01/2010

Les poings sur les i.........

14/01/2010

À L'ÉCOUTE DU MALI...

Koiki di Wiki pour Afel Bocoum?

Il dit  qu'il est un musicienguitariste et chanteur malien, né à Niafunké en 1955.

Afel Bocoum est né d’une mère peule et d’un père sonrhaï, musicien. Ayant fait des études agricoles, il travaille à partir de 1978 dans le secteur du développement agricole1.

En 1968, âgé de 13 ans, Afel Bocoum rejoint son oncle Ali Farka Touré, natif aussi de Niafunké, au sein du groupe Asco2. Il quitte le groupe en 1978 mais poursuit sa collaboration avec Ali Farka Touré pendant une trentaine d’années.

Dans les années 1980, il fonde son propre groupe qu’il baptise Alkibar — ce qui signifie « messager du grand fleuve », en langue sonrhaï. Il utilise des instruments traditionnels comme la njarka (violon à une corde), la njurkel (guitare à deux cordes), la calebasse, à côté de la guitare acoustique3. En 1997, il produit un premier album.

Afel Bocoum chante principalement en sonrhaï, sa langue maternelle, mais aussi en tamasheq, la langue des Touaregs, ainsi qu'en bambara1. Ses chansons évoquent l’évolution de la société malienne, la reconnaissance de la femme, les mariages forcés, le respect.

Discographie 

  • 1999 : Alkibar
  • 2002 : Musique du Mali avec d'autres artistes
  • 2006 : Niger

Afel Bocoum
envoyé par Agnese

 

10/01/2010

Au bord de la crise..... de nerfs....

Simon Johnson, du MIT et du Peterson Institute for International Economics est le 4e, après Ambrose Evans Pritchard, Gerald Celente et Zero Hedge a annoncer le Grand Crash. Il a déclaré sur CNBC que "la crise vient tout juste de commencer" et que sur le "court terme les banques ont gagné", mais pas sur moyen terme: "des choses folles vont se passer car les banques se croient maintenant tout permis et le système financier devenu fou". Il a aussi ajouté que la Fed est folle de laisser sortir des milliards à 0% pour être reinvestis au Kazakstan et ailleurs ... dans tous les cas, les douze prochains mois vont être intéressants car nous nous préparons pour une énorme catastrophe". Boum. Cela a fait l'effet d'une douche froide sur CNBC et observez la réaction du présentateur: "Oooh meeen... here we go again...".

 

 

 

 

Donc cette année est celle de tous les risques puisque Zero Hedge note que 2009 a été l'année du gel du crédit et celle de la planche à billets qui a redonné vie au cadavre de l'économie. Quels que soient les calculs, le budget US de 2010 ne tient compte tenu de tout ce qu'elle doit rembourser et tout ce qu'elle doit émettre. "Out of the $2.22 trillion in expected 2010 issuance, $200 billion will be absorbed by the Fed while Quantitative Easing continues through March. Then the US is on its own: $2.06 trillion will have to find non-Fed originating demand. To sum up: $200 billion in 2009 and $2,1 trillion in 2010. Good luck.". Et selon Zero Hedge, il ne reste que 3 solutions à la Fed: 1) annoncer une nouvelle planche à billets... 2) augmenter les taux d'intérêt (boum) et 3) organiser la chute de Wall Street ce qui permettrait de mettre les comptes à zéro... avec un -30% minimum... Dans les trois cas, c'est une saignée à la Molière, mais dans tous les cas, les bons du trésor US ne sont qu'un immense système Ponzi qui va forcément exploser à un moment. Le plus tard possible... 

07/01/2010

Marcoeur à la clarinette, Lubat au piano...

Comme dit le proverbe: Noël aux tisons Pâques au balcon, il en existe un autre pas mal non plus: Quand Marcoeur est à la clarinette, Lubat est au piano....
Albert Marcoeur et ses frangins, lesquels chantaient dans les années 70 "c'est raté c'est raté, quand on s'énerve on rate toujours... sévissent toujours, avec autant de talent...
D'habitude il n'y a que des belges pour faire des choses comme ça... Allez, nos petits de Bourgogne....

Et puis on a aussi notre BERNARD LUBAT (lou Gascon) et Patrick Auzier, ces deux-là, côtoyés il y a bien longtemps entre Béarn et Landes, déménagent et démangent...
 

Deux de perdus... La fête continue...

Vic chesnutt, Lasha de Sela disparus, c'est une semaine chargée en émotions lourdes... Comme c'est pas notre habitude de sortir la planche à chialerie, même si y en a gros sur la patate, il en reste des artistes qui font toucher le ciel bleu... Ani Difranco, elle, est encore bien vivante... alors hommages aux morts et honneurs aux vivants... De la lignée des Moriarty, des Cat Power... du song, du sang, de l'âpre gris qu'on roule entre les doigts, du swing... Du vivant aussi...

 

ani-difranco.jpg

 

 

04/01/2010

Quand Vic Chesnutt fout le camp... Il nous reste Carla Bruni....

Décidément... c'est la série noire.... voir les hommages à ces deux-là sur le blog Ressacs il y a quelques mois...... bon Dieu que c'est rageant... On essayera de se consoler comme on pourra....

Sourions quand même au dérisoire de l'existence... il nous reste Carla Bruni...

 

vic_guitarCROP.jpg

 

 

 

 

Ce qu'en dit le Carnet du Monde:

Né le 12 novembre 1964, à Jacksonville, en Floride, cet enfant adopté a grandi à Pike County, en Géorgie. Dans ce Sud profond, il se révèle un auteur-compositeur précoce. "Aussi loin que je me rappelle, j'ai toujours composé des chansons", se souvenait-il pour Le Monde, en 1995, "même quand je recevais une fessée, j'en inventais une". Accompagné d'une guitare sèche, ce musicien volontiers mélancolique et solitaire est marqué très tôt par le folk et le verbe de Bob Dylan et Leonard Cohen, les humeurs sombres de musiciens country comme Willie NelsonHank Williams ou Johnny Cash.

Il a 18 ans, après une soirée arrosée, un accident de la route le prive de l'usage de ses jambes. Loin de décourager sa vocation musicale, ce handicap précipite ses envies de quitter son Sud rural, pour la ville universitaire d'Athens. C'est là que Vic Chesnutt se consacrera à ses chansons et à la peinture. De sa chaise roulante, immergé dans la bohème locale, il se façonne un répertoire marqué par l'alcool et une ironie maniaco-dépressive. Seul ou avec un groupe, il écume les bars de la ville jusqu'à ce qu'un admirateur bouleverse son destin. En l'occurrence Michael Stipe, chanteur du groupe REM, star du rock alternatif, originaire lui-même d'Athens, qui en 1990, lui permet d'enregistrer son premier album, Little, puis un deuxième, West of Rome.

Sans jamais accéder à un large public, Vic Chesnutt, sa poésie cruelle, son humour noir et sa voix écorchée ont fini par séduire un important noyau de fans parmi lesquels beaucoup de critiques rock et d'artistes. En 1996, ces derniers lui rendront hommage dans une compilation, Sweet Relief II : Gravity of the Situation, enregistrée au profit des musiciens malades sans couverture sociale. Vic Chesnutt avouait d'ailleurs crouler lui-même sous les dettes en raison de frais médicaux entraînés par les nombreuses opérations qu'il avait subies. Cet album de reprises de ses morceaux comptait, entre autres, comme interprètes, REM, les Smashing Pumpkins, Garbage, Sparklehorse, Mary Margaret O'Hara et même Madonna.

En vingt ans, cet auteur-compositeur aura enregistré une quinzaine d'albums. Certains sont âpres et anguleux, d'autres témoignent d'un cafard plus lumineux et mélodique comme le formidable Is the Actor Happy ? (1995), souvent considéré comme son sommet artistique. Nombre de groupes et de musiciens de renom auront collaboré avec Vic Chesnutt, tels Lambchop, Elf Power, le guitariste de jazz Bill Frisell, ou récemment les Montréalais de The Silver Mt. Zion, pour l'album North Star Deserter, séduits comme d'autres par ce chanteur, grinçante incarnation de la vulnérabilité.

 

 

Ce qu'en dit  THIERRY COLJON

James Victor, dit Vic Chesnutt, est mort le jour de Noël, à l’âge de 45 ans. Il n’est jamais sorti du coma dans lequel l’avait plongé sa tentative de suicide. Il y a vingt ans, nous découvrions Little, le premier album de ce petit bonhomme doté d’un humour cinglant, voire désespéré.

Victime d’un accident de la route à l’âge de 18 ans, le natif d’Athens, Georgia, était resté paraplégique, se produisant sur scène dans une chaise roulante. On n’oubliera jamais ce concert au Printemps de Bourges qu’il n’a cessé de ponctuer par des « Jack Cheeraaack », tellement il fut amusé d’avoir serré la main du candidat président de la République. On le revit encore en première partie de Kristin Hersh à la Luna ou même au Travers, puis au Botanique.

Vic Chesnutt, c’était une voix et une plume, un véritable songwriter folk aux accents et fulgurances rock, chassant sa mélancolie à coup de grattes électriques. Ses deux premiers albums ont été produits par un ami proche : Michael Stipe de R.E.M., qui n’a jamais hésité à dire que Vic avait beaucoup influencé le groupe. En 1995, quand on rencontre Vic pour nous parler de son quatrième album Is the actor happy ?, il était dans tous ses états car il apprenait l’accident cérébral dont venait d’être victime son ami Bill Berry, le batteur de R.E.M. (à qui il avait d’ailleurs acheté sa maison). Mais Vic n’était pas l’ami que des Géorgiens. Même s’il n’a jamais vendu énormément d’albums aux Etats-Unis, l’Europe étant son principal marché, il avait bénéficié du plus bel hommage de ses pairs sur l’album philanthropique Sweet relief II : gravity of the situation, constitué uniquement de ses chansons reprises par R.E.M., Garbage, Smashing Pumpkins, Joe Henry, Cracker, Indigo Girls, Sparklehorse et… même Madonna.

« Je les connais tous, ce sont des amis. Tous sauf cette fille, comment elle s’appelle déjà ? Madonna ? », nous avait-il raconté à l’époque, amusé et fier à la fois. Car c’était un sacré lascar, le Vic. Dès le petit-déjeuner, il était déchaîné, bourré d’une énergie qu’on retrouvait sur scène et qui lui servait à dynamiter la plus désespérée des chansons, et d’histoires drôles qu’il racontait pour dédramatiser l’horreur de la vie. « J’étais soûl quand j’ai eu mon accident de voiture, nous avait-il raconté, mais ça ne m’a pas empêché de continuer à boire comme un trou. J’ai toujours bu, depuis que je suis gosse. L’alcool est une drogue horrible. Ivre, vous faites des choses regrettables, je suis bien placé pour le savoir. »

Vic n’a cessé d’enregistrer des disques. On retiendra surtout North Star deserter, enregistré en 2007 dans une chambre d’hôtel à Montréal. Il avait l’art de réaliser des chefs d’oeuvre en quelques jours. Il venait de publier l’album At the cut ainsi queSkitter On Take-Off réalisé avec Jonathan Richman. On l’a également vu dans le film Sling blade, avec Billy Bob Thornton, sur une musique de Daniel Lanois. Vic connaîtra certainement une gloire posthume tellement son oeuvre est riche de grandes chansons et de collaborations réussies avec Bob Mould, Kristin Hersh, Lambchop, Bill Frisell, Von Dyke Parks, etc.

Sa voix, ses plaintes déchirantes, sa science des arrangements et son amour immodéré pour l’alcool l’ont rapproché d’un Robert Wyatt qui a réussi, lui, à détruire ses démons. Vic nous a quittés et on ne rit plus.

 

Le blues est là... Quand Lasha s'en va....

 

LHASA DE SELA NOUS A QUITTE.

4 January 2010 par Jeff   Dans DECOUVERTENEWS

La transition 2009/2010 se fait décidément dans la douleur. Douleur de perdre des artistes de talents et trop méconnus. Après Vic Chesnutt, c’est au tour de Lhasa De Sela de s’en aller. Atteinte d’un cancer du sein, contre lequel elle menait un combat depuis 21mois, Lhasa a finit par lâcher prise et mourir.

Âgée de 37 ans, Lhasa De Sela avait séduit à nouveau avec un dernier album édité en 2009. C’était alors mis en place une tournée, malheureusement écourtée face à l’état de santé de la chanteuse. Une nouvelle fois, c’est bien trop tard, que beaucoup s’apercevront du talent immense de cette artiste. C’est dans ce genre de cas, que nous prenons conscience de l’importance de mettre en lumière d’artistes aussi riches et exclus d’un moule conformiste absurde.

Le meilleur hommage que nous pouvons rendre à Lhasa est tout simplement de se plonger dans son univers musical et plus généralement créatif. Fille d’une mère photographe et d’un père écrivain et professeur d’espagnol, elle a sillonné les Amériques et c’est très certainement de là, que lui vient sa richesse scénique. Une présence sur scène proche de celle d’une artiste de théâtre constamment habitée par ce qu’elle évoque. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Lhasa avait lancé son dernier album sobrement intituléLhasa au Théâtre Corona de Montréal.

Lhasa De Sela devrait être inhumée à Montréal, une ville métissée, à l’image de la chanteuse. 97ruedurock, vous propose de découvrir Lhasa à travers plusieurs extraits de ses différents albums

 

 

_resize_picture_portal.php.jpeg

 

 

09/12/2009

Made in Chinatown....

 

47100846.jpg

 

 

02/12/2009

Babylo-pyrénéen ou la multiplication des identités...

Une journée dans la vie du maire de Bessonville

Ceci est un simple conte. Réveillé avec un large sourire, le maire de Bessonville est très honoré de l'invitation du préfet pour débattre de l'Identité nationale. Il a des choses à dire, lui. Pas un vendu comme beaucoup d'autres !

Il se jette sous la douche mais le chauffe-eau ne marche plus ; obligé de se laver à l'eau froide. Un café vite avalé, il appelle le plombier qui lui répond : « Pas de souci, je vous envoie Hamid. »

L'élu fronce les sourcils et demande s'il n'y a pas un français. Et l'artisan répond : « Désolé je n'ai que Hamid de disponible ce matin… Sinon, Eric mais ça ne sera qu'après-demain. » Le maire n'est pas à un jour près, de plus l'eau froide n'a jamais tué personne. Ca lui rappellera le régiment.

Sur l'autoroute, sa voiture se met à fumer et l'oblige à se garer sur l'aire d'arrêt d'urgence. Il téléphone au dépanneur et, en attendant, appelle le secrétariat de la préfecture pour signaler son retard. C'est un homme toujours ponctuel.

Enfin un Français ! 

Peu après, la dépanneuse se gare. Le maire satisfait de la rapidité mais blémit à la vue du noir en salopette de travail qui lui tend la main. Il refuse de la lui serrer, sans doute à cause du cambouis. Pas envie d'arriver dégueulasse à la préfecture. Professionnel, le dépanneur ouvre le capot et diagnostique une bielle coulée ; il doit tracter le véhicule jusqu'au garage.

Pendant ce temps là, l'élu du peuple français rappelle la préfecture pour s'excuser à nouveau de son retard. La voiture installée sur la plate-forme, le dépanneur propose au maire déjà très en retard de le déposer à son rendez-vous avant de se rendre au garage. L'édile refuse d'un geste agacé et pianote sur son mobile.

Enfin un Français, soupire-t-il rassuré en montant dans le taxi.

Dénouant sa cravate, il commence à parler :

« Vous vous rendez compte cher Monsieur, ils sont dix millions dans notre pays… dix millions qu'on paye à rien foutre. Des bons à rien qui saccagent nos villes. Ils ont raison les Suisses de voter contre ces putains de minarets. Bientôt on sera obligé de porter la gandoura et de voiler nos femmes. Ils nous volent même le prix Goncourt. Moi, si c'était moi, je les foutrais tous à la baille. »


Le chauffeur de taxi freine d'un coup sec.

- Vous pouvez descendre s'il vous plait, demande-t-il .

L'élu, décontenancé, lâche :

- Mais… mais….

Le chauffeur sort et ouvre la portière à l'arrière :

-Leroy Rachid pour ne pas vous servir.

Avec une demi-heure de retard, le maire arrive dégoulinant de sueur devant l'immeuble de la préfecture. Sans un regard aux mots « Liberté, égalité, fraternité » inscrits dans la pierre de taille au dessus de l'entrée, il franchit le porche. Bien décidé à défendre vaille que vaille l'honneur de l'identité nationale !

Le garde républicain, un petit noir rondouillard, lui demande de décliner son identité.

- L'invitation ne vous suffit pas ?

-Non, il faut aussi une pièce d'identité.

Soudain, le maire se rend compte qu'il a oublié sa sacoche dans sa voiture. Il explique la situation au garde républicain qui refuse de le laisser entrer sans une pièce d'identité. L'élu se met en colère et le garde républicain finit par appeler son supérieur. La secrétaire du préfet descend et règle le problème.

Nouvel accident

Très en verve et remonté, l'élu de Bessonville reprend ce qu'il a dit - d'une manière plus policé - au chauffeur de taxi. Ses alliés politiques, certains gênés, acquiescent avec des hochements de tête discrets. Puis la parole est donné à un autre élu choqué par ce qu'il vient d'entendre. Les débats terminés, le préfet invite tous le monde à venir partager un apéritif républicain.

Un verre à la main, le maire de Bessonville s'approche d'un vieil homme bardé de décorations et dit :

- Ca fait du bien de se retrouver entre bons français. Mais on les aura et… On s'occupera aussi des violeurs d'enfants. Faudra remettre la peine de mort ! Si je le tenais ce Badinter…

Il baisse le ton pour ajouter :

- Eux sont plus difficiles à repérer car ils n'ont pas de minarets. Tous à la télé, ils ont le bras long mais… on finira par le couper.

Le vieillard relève sa manche et dévoile un numéro tatoué sur son poignet :

- Jacques Lévy, déporté et résistant.

Le maire de Bessonville, victime d'un malaise après la gifle de Jacques Lévy, a dû être hospitalisé d'urgence. Selon son épouse jointe il y a une heure, son époux se trouve actuellement entre les mains du meilleur chirurgien de la région : « Malika Abdala ».

Espérons que l'élu retrouvera ses esprits et bien entendu sa pièce d'identité.

Merci à Luis Régo et « le tribunal des flagrants délires » sans qui ce petit texte n'aurait pu voir le jour.


27/11/2009

l'adieu aux larmes, etc....

Derrière Camus, l'adieu au livre au ministère de la Culture

A la Foire du Livre de Francfort le 14 octobre (Johannes Eisele/Reuters)

D'une main, le président de la République veut déterrer Albert Camus pour le panthéoniser et, de l'autre, il enterre le livre et la lecture en France. Effectivement, un décret daté du 15 novembre supprime carrément le poste de directeur du livre et de la lecture au ministère de la Culture pour le transformer en directeur général des médias et des industries culturelles.

 

L'effet Camus n'est donc qu'une manœuvre du prestidigitateur de l'Elysée pour camoufler la casse annoncée du livre en France. Bien joué ! Un beau leurre médiatique, sans compter les éructations nauséabondes de Eric Raoult jaloux de ne pas passer à la postérité comme Marie N'Diaye.

Très peu d'échos de cette suppression dans la presse, à part François Bon et l'excellente initiative - salutaire provocation au débat public -malheureusement pas du tout suivie de Lalie Walker et Francis Mizio.

Les fossoyeurs du livre ont-ils gagné la guerre ou juste une bataille ?

Le livre avait déjà beaucoup de mal à résister à la conjoncture économique et à notre époque de l'image. Et pour l'aider, notre ministre de la Culture, auteur lui-même et neveu d'un passionné de littérature, n'a pas trouvé mieux que de supprimer la direction qui lui était consacrée. Une page se tourne, peut-être la dernière.

Très mauvais horizon pour les auteurs, lecteurs, libraires, bibliothécaires, critiques, éditeurs, traducteurs… sur une planète éditoriale qui n'était déjà pas au beau fixe. Après la Poste, l'Education nationale, le secteur de la Santé, la série noire continue au pays de Voltaire.

Mais, cette fois, la casse de la lecture et du livre risque de passer complètement inaperçue. Une manif de bibliothécaires, auteurs, libraires, éditeurs, journalistes, attachées de presse, sera sans aucun doute moins efficace qu'une prise de bitume par des cheminots, pompiers, enseignants.

La marge de manœuvre est aussi étroite que l'esprit des technocrates ayant eu cette belle idée. Ont-ils lu dans leurs livres d'Histoire que les dictateurs adoraient au dessert les livres flambés ? Bien sûr, j'exagère et cette suppression n'a rien à voir avec la période sombre du pays de René Char. Cela dit, attention à la crise de foie démocratique.

Frédéric Mitterrand n'en parlera pas à Montreuil

Dix jours après ce décret s'ouvre le salon international du livre Jeunesse à Montreuil. Frédéric Mitterrand quittera son quartier de la place Valois pour aller l'inaugurer. Quel sera le contenu de son discours d'ouverture ? Fera-t-il allusion à la grande décision prise récemment ?

Pas du tout. Il évoquera le rayonnement de la littérature jeunesse et saluera le travail réalisé par tous les acteurs de la chaîne du livre sans qui cette manifestation ne pourrait se tenir :

« La vitrine de notre pays qui s'est toujours battu pour la création littéraire. Blabla…. Merci à untel, merci à une telle… »

 

Et, cornaqué par une poignée de collaborateurs, il ira serrer les mains qu'on lui désignera et retraversera la Seine. Sur le chemin du retour, il relira « Martin Eden » de Jack London et trouvera formidable la trajectoire de cet auteur né sans livres. Espérons que le décret du 15 novembre ne vienne pas perturber sa lecture.

A quand le dernier livre publié, les librairies transformées en bars branchés, les bibliothèques en horlogeries de luxe, les maison d'édition en boîte de nuit… Autres temps, autres mœurs. Mais pas de panique, nous pourrons regarder en boucle les œuvres de Dany Boon et, pour changer de registre, celles de Jean-Marie Bigard. Peut-être aurons-nous droit aux oeuvres complètes de Guaino ?

Albert Camus écrivait « Je fus placé à mi-distance de la misère et du soleil ». Aujourd'hui, on aurait plutôt tendance à écrire : « Nous survivons entre casse sociale et inculture bling bling“'.

PS : Cher Ministre de la Culture-sans-livres, jetez un p'tit coup d'œil gauche de l'entrée du salon du livre Jeunesse et vous découvrirez un ‘magnifique'’ camp de Roms à ciel ouvert dans la carcasse d'une usine. Cette vision vous rappelera-t-elle la lecture de Panait Istrati ?

26/11/2009

C'est à cause de la vache que vous ne dormez guère....

Drôle, voire jubilatoire...

Et bon appétit....

 

Copier cloner | Copy and clone from louis rigaud on Vimeo.

21/11/2009

Sauvons les riches (suite) !!!!!!!

Suite au référendum lancé par les Verts, citoyennes et citoyens obwaldiens se prononcent le 29 novembre sur ce que tout le monde appelle entre temps des «zones pour riches». Le professeur lausannois Jean Ruegg, de l’Institut des politiques territoriales et d’environnement humain, émet quelques doutes sur la démarche choisie par les autorités obwaldiennes.

Le canton d’Obwald aimerait se réserver la possibilité de créer des «zones d’habitation de haute qualité d’intérêt cantonal», destinées à des contribuables jugés particulièrement intéressants. Suite au référendum des Verts, le peuple se prononce le 29 novembre sur la révision de la loi cantonale sur les constructions. Neuf périmètres possibles sont présentés dans la . Ils doivent jouxter une zone à bâtir. Une telle zone n’est activée que si un acheteur se présente. Un règlement en fixe les conditions d’utilisation. La commune, le Conseil d’Etat, puis le Grand conseil se prononceront sur l’attribution définitive du terrain. émet des réserves envers les intentions des autorités obwaldiennes.

 

08/11/2009

Travailler moins pour gagner plus !!!!!!

Les Français sont les plus productifs au monde nous apprend le Business Insider

24/08/09 Business Insider - [traduction : Michel G. ]
Une nouvelle étude d’UBS a montré que les Français travaillent moins d’heures par an que le reste du monde. En moyenne, dans les plus grandes villes du monde, les gens travaillent environ 1902 heures par an et encore plus longtemps dans les villes asiatiques et du Moyen-Orient. En France, Lyon et Paris, les villes prises en compte dans l’étude, n’atteignent même pas les 1600 heures.
Pour Business Insider, si on s’arrête à ce chiffre, cela signifierait que les Français sont feignants mais ce serait se tromper complètement. Selon le site américain, la vérité est qu’ils sont les gens les plus productifs du monde.
Ainsi les Français se classent en dix-huitième position pour le PIB (Produit intérieur brut) par habitant et atteignent leur haut standard de niveau de vie en travaillant 16% de moins que les autres et 25% de moins que les Asiatiques.
Pour le site économique, si on compare leur PIB par habitant au nombre d’heures travaillées, ils ont le meilleur retour sur investissement possible. Selon leur calcul, la France a un revenu de 25,10 dollars par heure travaillée et par habitant contre 24,60 dollars pour les Américains.
Business Insider conclut ainsi: «On ne gagne pas juste en travaillant dur. On gagne en travaillant intelligemment… et moins. Comme les Français savent le faire».

27/10/2009

lhasa de sela

 

 

 

26/10/2009

Allez un dernier petit doigt, juste pour la route!!!!!

Quand le geste d'une simple citoyenne vaut mieux que tous les discours des tyrans....

 

 

un petit doigt.jpeg

Même si cette image est un faux grossier, ce qui est prouvé, à cette adresse: http://www.hoaxbuster.com/hoaxliste/hoax.php?idArticle=80...

La représentation d'une réalité est-elle la réalité? Voir : ceci n'est pas une pipe de Magritte....etc... mais bien un doigt d'honneur....

 

20/10/2009

Dans une démocratie couchée....

44279843_p.jpg

Combien coûte un intellectuel assis ?

 

Par Mouloud Akkouche 

Traqué à ses débuts dans les cours de collège, il doit fermer sa bouche, baisser la tête et raser les murs. Au lycée, ça va un peu mieux. Parfois, il se fait remarquer avec un mégaphone pendant des luttes politiques, durant le cours de philo et lors de débats avec des intervenants invités par les profs. Puis, le bac en poche, il décide d'entrer à l'université, Sciences Po, Normal Sup ou dans d'autres grandes écoles de la République.

A ce moment là s'opère un changement car les cartes sont redistribuées.

N'en déplaise à ceux qui occultent l'existence de classes sociales, il y a l'étudiant obligé de trimer pour remplir le frigo et l'autre, débarrassé de toute contingence matérielle. Celui concentré sur un cours passionnant autour de l'œuvre de Deleuze et son voisin de banc qui, de temps en temps, se laisse distraire par sa facture d'électricité impayée planant au-dessus de l'amphi. Même sans empêcher les relations humaines, les barrières sociales n'ont pas disparu, juste devenues moins visibles. Surtout dans les sphères intellectuelles, artistiques et politiques.

Un savoir peu monnayable qui fait honte

Des années plus tard, ce brillant étudiant se retrouve sur le marché du travail. Tant de labeur enfin récompensé. Pas du tout ! Il est montré du doigt comme dans la cour du collège. Improductif ! Pourquoi avoir perdu autant de temps sur les bancs de la fac. Fallait prendre une filière plus courte et efficace sur le plan professionnel. Et toujours quelqu'un lors d'une soirée pour balancer la fameuse phrase -citée de mémoire- d'Audiard :

« Un intellectuel assis va moins loin qu'un con qui marche. »

 

Qui dénigre cet étudiant à peine sorti de l'université ? Le citoyen lambda, la classe politique, les journalistes, les humoristes, certains slammers se targuant de ne jamais ouvrir de livres, les trolls frustrés agrippés à leur clavier… D'un seul coup, cet étudiant sérieux et ayant dédié une grande partie de sa jeunesse à des études très poussées se retrouve démuni. Un énorme travail réduit à néant.

Peu à peu, il va rejoindre la cohorte -nommée ainsi par deux auteurs- des « intellos précaires ». Souvent honteux de posséder tant de savoir, un savoir plus tellement monnayable à l'heure actuelle. Pas le seul dans son cas. De plus en plus rares, les diplômés en sciences humaines trouvant une place à la hauteur des recherches effectuées. Que deviennent-ils ?

Aigris ou -et- confinés dans un rôle sans aucun rapport avec leurs études. Par dépit, quelques-uns passeront de la matière grise à grisée… et finiront poète ou alcoolique. Ou les deux. Aimeraient-ils troquer tout leur savoir contre un dixième de reconnaissance public d'un Cauet ou Arthur ? Cela dit, le tableau n'est pas si noir car un certain nombre d'entre eux dégotent des boulots dans l'édition ou la presse audiovisuelle. Pas mal aussi sur Internet. Tout n'est pas perdu pour tout le monde.

Force est de reconnaître que les intellos issus de ces « usines à penser » sont parfois caricaturaux et frôle même le pathétique. Un chroniqueur de France Culture, évoquant un débat filmé à Beaubourg, avait dit : « Il y a donc eu une captation de cet événement. » Captation est sans doute le terme adéquat mais pourquoi ne pas être plus simple. D'autres chroniqueurs parlent de commettre un livre ou encore pire : un opus. Voilà que je me mets aussi à les dénigrer !

Sans doute suis-je aussi perméable que la plupart d'entre nous à la simplification à outrance du langage. Après tout, chaque corps de métier possède sa terminologie spécifique. Pourquoi pas les milieux culturels ? Quand un auteur ou un journaliste -souvent à la bourre- lâche « Faut que je ponde 8000 signes pour demain ! », le néophyte ouvre des yeux ronds.

Un investissement à long terme

Même si le ton de quelques chroniqueurs m'agace, je reste persuadé que France Culture est une radio vraiment importante, une radio enviée par nombre de pays. En espérant que la direction de Radio France, malgré le diktat des impératifs financiers, lui accordera toujours une grande attention. Nous avons besoin d'elle et des autres radios publiques qui peuvent d'ailleurs allier populaire et qualité. Gosse, mon père m'obligeait à écouter Radioscopie de Jacques Chancel sur France Inter en affirmant :

« Je comprends presque rien de ce qui se dit mais je suis sûr que c'est bon pour toi. »

 

Pourtant l'ouvrier analphabète aurait pu décréter que ces blablas radiophoniques n'avaient aucun intérêt concret. Pas des paroles qui remplissent un caddie au supermarché. Cette émission de Jacques Chancel serait aujourd'hui taxée d'intello et reléguée au cœur de la nuit. Grâce à ce rendez-vous quotidien, j'ai pu écouter Jacques Brel, Yehudi Menuhin, le professeur Barnard… La liste est longue. Chaque jour, un univers inconnu se glissait dans mon oreille. Combien d'autres élevés aussi en partie par la radio publique ?

Bien sûr, certains rétorqueront que les intellos dans leur tour d'ivoire sont loin des préoccupations des vrais gens. Qui sont d'ailleurs ces vrais gens ? Existent-ils des fausses gens ? Ce discours tendant à ridiculiser le moindre penseur, où toute tentative de réflexion approfondie, est extrêmement dangereux. Comme beaucoup d'entre nous, je sombre aussi de temps en temps dans cette facilité. Pourquoi ? Paresse intellectuelle ou manque de curiosité ? A cause de la fatigue du boulot, la famille, les soucis… Ou de plus en plus écrasés par le discours ambiant cherchant à tout niveler.

Evidemment, il ne s'agit pas de rejeter toute la culture de divertissement, le foot -que j'aime bien suivre- ni d'obliger qui que ce soit à lire en boucle « La Société du spectacle ». La culture, comme l'amour et l'amitié, ne doit pas être imposée. Certains ne manqueront pas de répliquer : chacun est libre de lire ce qu'il veut ou regarder le film de son choix, appuyer ou pas sur le bouton de la télé. Avons-nous tous la même liberté de choix ?

Combien rapporte donc un intello assis ? Beaucoup plus qu'on ne peut imaginer, de plus un excellent investissement à long terme. Ce collégien, vanné car intello binoclard et ayant plus de trois mots de vocabulaire, mettra au point la voiture du futur, un vaccin contre le sida ou un traitement révolutionnaire de la maladie d'Alzheimer. Et l'étudiant penché des années durant sur ses cours obtiendra un prix Nobel dont tout le monde sera fier. Ce jour là, ces « p'tits copains » d'école et les décisionnaires le dénigrant car non rentable salueront sa force de travail.

Les intellos assis font avancer la société tout entière.

article publié par Rue 89...

28/06/2009

Le curé qui nous a laissé un trou...

 

Les coups de gueule de celui-là nous manquent...

23/06/2009

La folle galopade du cheval mort

NDLR: en lisant Fano je n'ai pas pu m'empêcher de penser à Pélieu. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser à Cendrars. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser à Ezra Pound... Depuis que j'ai lu Fano Je n'arrive pas à lire un type qui aurait une parenté avec ceux-là sans penser, tiens ça me fait penser à Fano...
Je recommande La lecture de Fano à tous ceux que je croise sur mon chemin en disant :
-Hé Fano vous connaissez? 
-Qui vous dites? 
-Fano des Carnets du dessert de lune!!!!
En général on me regarde comme si j'étais un cinglé... Pas grave, pas grave... 
-Les carnets de quoi?
-Du dessert de lune! 
-Mais qui a trouvé un nom pareil?
-Un éditeur belge...
-Ils sont bizarres les belges, et vous avez dit comment?
-FANO!!! sans point sur le i....

L'auteur
Né en 1947, Daniel Fano a fait le journaliste à Bruxelles de 1971 à 2007. Encouragé par Joyce Mansour, Henri Michaux et Dominique de Roux, il est entré en littérature en 1966. Auteur culte depuis sa révélation par Marc Dachy et Bernard Delvaille en 1973-74. Après Un Champion de mélancolie (Editions Unes, 1986), il a subi un long silence éditorial qui ne s'est arrêté qu'avec la publication de Fables et fantaisies aux Carnets du Dessert de Lune, en 2003. Ses ouvrages parus depuis lui ont valu le Prix de la SCAM Belgique en 2007.


1622590062.JPG



Il est encore possible de publier des livres tout à fait originaux, difficiles à classer, à définir ou à résumer. Ainsi de La vie est un cheval mort, dernier tome de la tétralogie que Daniel Fano publie aux Carnets du Dessert de Lune. Ce livre fait suite à trois autres romans, mais il n’est sans doute pas nécessaire d’avoir lu ceux-ci pour lire celui-là : de toute façon, c’est à une expérience de lecture inhabituelle que l’on est convié ici.
Les premières pages semblent appartenir à un roman policier : on a affaire à des armes et à des personnages aux noms étranges, contenant un nom propre connu (Patricia Bartok, Jimmy Ravel), un nom commun évocateur (Monsieur Typhus) ou présentant une structure improbable (les mots « Inspecteur et Flippo » désignant une personne unique). Mais, très vite, la scène dans laquelle on croit être entré se démultiplie et se fragmente : on a l’impression que les cartes narratives se sont mélangées, que d’une ligne à l’autre on passe à un tout autre point du récit. Puis, ce récit lui-même est abandonné pour laisser place à de tragiques morceaux d’histoire récente : quelques paragraphes sont consacrés, çà et là, à la violence guerrière, à l’antisémitisme, au terrorisme, aux exactions américaines en Irak, à Baader, à Khadafi, au Che Guevara, à Arafat, à Mao, à Staline, à Mobutu ou à Goebbels. À ces paragraphes se mêlent d’autres où, sans transition, il est question de mannequins anorexiques, d’actrices porno, de stars de la pop américaine, Elvis, Madonna, Marilyn Manson, de rappeurs bling-bling, d’un conférencier qui explique que « la société qui a remplacé celle des dinosaures touche à son terme », d’actrices hollywoodiennes, de Clausewitz qui professe que jamais l’humanité ne renoncera à la violence, de l’exposition de cadavres plastinés du docteur Von Hagen, de « l’épilation intime », de la « villa penchée » dans Le Mépris, de Desperate housewifes, de la cigarette dans un mouchoir de La dame de Shanghai, de « la modernité de Rimbaud qui tourne le dos au moderne », d’Internet, d’Iphigénie selon Euripide ou Racine, des filles du Crazy Horse, des journalistes qui confondent métonymie et métaphore, des considérations de Rousseau sur la masturbation, du joueur d’échecs Bobby Fisher, de Chostakovitch, du décolleté Wonderbra et des bas Dimanche devenus les panty Dim, etc. Certains de ces motifs ne sont présents qu’une fois, d’autres reviennent avec insistance. Et de temps en temps réapparaissent les personnages fictifs, dont l’activité consiste à perpétrer de nombreux assassinats. Ils reviennent d’ailleurs parfois tels quels : les pages 52 et 133, qui les mettent en scène, sont identiques.
Daniel Fano veut-il à travers cette construction habile et insolite faire passer un message ? Si l’on se place du point de vue politique, deux lectures sont possibles. Ou bien il s’agit de dénoncer d’un même mouvement la violence guerrière et l’instrumentalisation du corps de la femme – double dénonciation qui ne peut qu’entraîner une adhésion unanime. Ou bien il faut considérer qu’en racontant les horreurs perpétrées par les uns et les autres, Fano cherche à annuler toute distinction entre la gauche et la droite, la bande à Baader et les nazis, les Israéliens et les Palestiniens, Bush et Chavez, les talibans et Massoud, les attentats sanglants et les films pornographiques, toutes choses étant égales dans l’abjection… Cette seconde position, on le voit, est nettement moins consensuelle. Et, comme l’écrivain se trouverait dans la situation paradoxale qui consiste à émettre un discours contre l’idéologie, c’est-à-dire contre le discours, la déconstruction profonde du texte servirait alors à éviter la construction idéologique. Si la politique est ici omniprésente, elle se limite en effet à des faits sanglants. La profondeur est atteinte paradoxalement par la mobilité constante de la surface – et non par la fouille obstinée.
Mais peut-être, troisième hypothèse, Fano ne cherche-t-il pas à transmettre un message. Il aurait alors seulement besoin de dresser un constat, si amer soit-il, sans rien espérer de sa formulation. Et son moyen d’expression est alors la littérature, même s’il s’aventure aux frontières de celle-ci. « Son ouvrage est essentiellement polyphonique », explique un communiqué de presse. Je dirais plutôt qu’il est dodécaphonique : on entend une voix unique, celle de l’auteur, mais qui passe le plus rapidement possible par toutes les possibilités de la gamme, en juxtaposant les motifs sans se soucier de la vieille harmonie tonale. Il en résulte un livre grave et envoûtant, plus facile à lire qu’il n’y paraît à première vue, un livre qui ne ressemble à nul autre…
… si ce n’est au Repaire du biographe, que le même Daniel Fano fait paraître à La Pierre d’Alun. Il s’agit d’un livre illustré par Jean-François Octave, où l’on retrouve certains des personnages fictifs de la tétralogie, ainsi que quelques-unes des obsessions de l’auteur, notamment les stars hollywoodiennes. Le repaire est cependant moins dur que La vie est un cheval mort. Voilà deux entrées différentes pour accéder à l’univers éclaté mais cohérent de Daniel Fano.

Laurent Demoulin
© Le Carnet et Les instants N°157

Daniel Fano, La vie est un cheval mort, Bruxelles, Les Carnets du dessert de Lune, 2009, 148 p., 17 €.
Daniel Fano, sérigraphies de Jean-François Octave, Le Repaire du biographe, Bruxelles, La Pierre d’Alun, 2009, 75 p. 32 €

22/06/2009

L'île aux fleurs

Vous venez de voir la suite de l'épisode de l'arraisonement  du Yatch du très très très gentil Monsieur Lagardère et de ses immensément adorables invités d'honneur -comme notre très grand nouveau philosophe B.H.L sept fois entarté par l'affreux terroriste pâtissier - ainsi que du très immense et gentil, gentil grand homme qui inventa la cédille: Thierry Ardisson, du tout doux et rondelet Xavier Darcos, de l'adorable bambi du paquet Bonux: Ariel Dombale - lequel a été sauvé in extremis par de jeunes et joyeux étudiants, car ils se dirigeait vers l'île aux fleurs... Vive ces joyeux jeunes gens, vive notre président et ses gentils amis, vive la sympathique soirée, vive la jet set et son immense gentillesse et sa brillante élite...

19/06/2009

Y a pas de mal à se faire du bien...

Lhasa de Sela c'est comme Vic Chesnutt, Léonard Cohen, Concha Bulka, Ani di Franco, Abed Azrié; des artistes avec un tel duende que vous sentez que ces gens vivent au bord du gouffre, au bout d'eux même. Et quand ils chantent votre peau se couvre de chair de poule et raisonnablement vous ne pouvez allez contre ce sentiment d'immensité qui vous envahi. Ces êtres sont transparents, nus, et cette transparence les rends intemporels...

Koi ki di wiki sur le duende?

Manuel Soto Loreto dit Manuel Torre gitan espagnol né à Jerez de la Frontera (Cadix) en 1878 mort à Séville en 1933 était un chanteur (cantaor) et auteur de cantes flamenco.


Abed Azrié 

Manuel Torre est né dans le quartier de San Miguel, le 5 décembre 1878 fils de Tomasa Loreto Vargas, de Jerez, et de Juan de Soto Montero, de Algeciras, lui meme cantaor non professionnel et était le neveux de Joaquín La Cherna, cantaor et auteur de Siguiriyas. Il commence à chanter dans les cafés de Jerez sous le surnom de El niño Torre surnom attribué à cause de sa grande taille. Il rencontra Enrique El Mellizo qui l'initia au chant flamenco et dont il repris le répertoire. Il fait ses début professionnel en 1902 à Seville et enregistre ses premiers disques en 1909. En 1922 il est invité lors du concours de cante jondo qui se déroule à Grenade à l'initiative de Federico Garcia Lorca et Manuel de Falla. Devenu indigent et atteint de tuberculose , il meurt le 21 juillet 1933 dans son fauteuil. Sa famille n'ayant pas les moyens de payer son enterrement, le cantaor Pepe Marchena organisa un spectacle en son hommage afin de recueillir des fonds pour payer les obsèques. Une plaque commémorative et un buste à son effigie orne la place où il est né. Ses deux fils Thomas, et Pépé Torre ont aussi été chanteurs de flamenco.

Concha Bulka

Il est considéré comme l'un des plus influent cantaor gitan du début du xxe siècle, et fut l'une des figures représentatives du style de cante de Jerez. Il a laissé une quarantaine d'enregistrements réalisés entre 1909 et 1931, qui donne une faible idée de ses talents, Antonio Mairena précise: « Les amateurs de flamenco qui ont seulement entendu ses enregistrements, ne connaissent que son ombre, car il a fait tous ses enregistrements dans un état inconscient »1. Sur scène ses prestations impressionnaient le public, c'est à son propos que Garcia Lorca parla pour la premiere fois de « Duende » pour qualifier un état de transe lors de l'interprétation d'un chant flamenco. Manuel Torre le qualifiait ainsi: « Tout ce qui possède des sons noirs a du Duende »2. Il s'est spécialisé dans les chants primitifs tels les siguiriyas et les soleás, mais interpréta aussi des chants de type andalous comme les tarantas et les mineras ainsi que des saetas (chants religieux entonnés à cappela lors de la semaine sainte ).

 

Lhasa de Sela

 

Vic Chesnutt


 

 

Léonard Cohen

14/06/2009

hey, hey baby hey

Un petit coup de blues....

Patrick Hantz est guitariste, je l'ai connu dans un autre siècle... il y a de cela trente cinq vies.... dans un autre espace temps, un autre système solaire... je l'ai croisé à nouveau il y a une quinzaine d'années dans le couloir à Odéon... j'ai entendu ces accords de Dadi, je me suis arrêté... j'ai regardé le type jouer... à la fin du morceau je lui ai demandé: vous êtes Patrick Hantz? Il m'a regardé avec un air de tomber d'un échafaudage... vous me connaissez? Oui on se connaît... on était au bahut ensemble, il y a vingt ans... tu touchais déjà à Dadi... mais qui tu es? On s'est croisé souvent dans le métro... je m'arrêtais pour l'écouter dans le grand couloir de Montparnasse. Il y avait toujours beaucoup de monde pour l'écouter... pas étonnant, ce type est un monstre à la guitare... puis un jour il a disparu. Il a quitté Paris pour la Bretagne...  plus aucune nouvelle jusqu'à ce jour, où tapant son nom par curiosité sur Internet, j'ai retrouvé sa trace...

 

01/06/2009

Le cauchemar de Darwin (suite)

Peut être avez-vous vu ce drôle de poisson sur les étalages des poissonneries : le Panga. Les poissonniers ont souvent du mal à nous expliquer sa provenance et pourquoi son prix est si peu élevé. Un document de M6, nous éclaire sur le sujet.


Panga signifie force enMorée il est produit à l’échelle industrielle sur leMékong au Vietnam. Ce poisson se reproduisait difficilement en liberté, car les femelles devaient remonter aux sources du fleuve pour frayer. Comme pour les saumons, la course à la vie était dure et les naissances limitées. Mais le grand génie de l’homme réussi à changer tout ça ! Un chercheur s’est en effet aperçu qu’en injectant aux femelles pleines des hormones recueillies dans de l’urine de femme enceinte séchée cela permettait de déclencher la pontes des alvins. Les femmes enceintes produisent en effet beaucoup d’hormones qu’elles rejettent dans leurs urine, il a suffi donc à ce chercheur de recueillir ces rejets et de les déshydrater pour mettre au point des doses (vendue environ 1€) administrable par injection aux mères Panga. Résultat, les femelles Panga se délestent d’environ 500 000 Alevins par ponte.

L’élevage des poissons se fait ensuite dans de grands parcs sur leMékong. Leur principale nourriture est une farine importée duPérou, elle est élaborée à partir de déchets de poissons mélangés à du Manioc, du Soja (OGM ?) et à diverses céréales. Une nourriture bien différente de celle que l'animal absorbe à l'état sauvage, qui vient de l’autre côté de la terre en avion et qui n’offre aucune traçabilité sérieuse. Une fois le gavage terminé, les fermiers n’ont plus qu’à relever leurs filets pour récupérer les fruits de leur élevage. Le poisson sera ensuite découpé en filet par des ouvriers chinois payés à la pièce puis envoyé congelé par avion vers l'Europe. Sachez donc que ce poisson vendu à prix discount est le produit de la mondialisation et de la transgression des lois naturelles, qu’on ne maîtrise pas vraiment leur alimentation et que sa commercialisation à grande échelle est très gourmande en pétrole donc en émission de CO2.

26/05/2009

comité pour le sauvetage des riches!!!!!!!

Le Collectif « Sauvons les riches », dans le cadre de la campagne Europe-Ecologie, vise à instaurer un revenu maximal autorisé européen, de l’ordre de 30 fois le revenu médian, au-delà duquel les revenus seraient massivement imposés, sur le modèle qu’avait instauré Franklin Roosevelt en 1942, qui a fait chuter les inégalités aux Etats-Unis pendant 40 ans. Dans ce but, les jeunes contestataires, armés de baguettes de pain et de paquets de spaghettis, interpellent à leur manière nos amis les riches, accros à un mode de vie destructeur, non-généralisable, et finalement tellement triste.

25/05/2009

Du grain à Mouloud

Egalité républicaine : un Mc Do, une Sciences-po
Par Mouloud Akkouche


De passage à Paris, j'ai vécu une dizaine de jours dans un studio du VIIe arrondissement. Riverain éphémère, je me suis promené dans le quartier. En passant devant le collège Stanislas, les lycée Montaigne et Henri-IV, Sciences-Po, j'ai regardé ces jeunes gens en me disant : celui-ci sera juge, l'autre avocat, éditeur, cinéaste, journaliste, militant de l'ultragauche…

Cette belle jeunesse -plutôt uniforme- sous le soleil parisien était sympathique. Très joyeuse. Leur apparente désinvolture me fit penser à celle de mes gosses et à ceux de mes amis. Choisir sa vie est quand même le plus beau cadeau que nous puissions offrir à notre progéniture. Et je suis intimement persuadé que beaucoup de parents sont habités par ce rêve.

A Montreuil, un mélange de surface
Une demi-heure après, je me retrouvais à Montreuil : ma ville natale. A la sortie du métro, cette commune prisée par les agents immobiliers pour ses lofts offre un semblant de métissage social. Je dis semblant car un grand nombre d'enfants de bobos ne fréquente pas les écoles communales de leur secteur ; plutôt celles des villes plus nanties comme Saint-Mandé et Vincennes ou des établissements du type Montessori ou Decroly. Mais, quoi qu'on puisse penser, le centre-ville bénéficie d'un véritable foisonnement culturel ou le coude du plombier côtoie celui de l'artiste peintre. Comme disait Antoine Blondin : avec deux Whiskies, il fait beau partout. Et les différences fondent au moins jusqu'à la fermeture du bar….

Poussé par un irrépressible accès de nostalgie, je décidais de grimper dans le Haut-Montreuil -si haut que les habitants n'auront pas le droit comme les autres au Vélib. Ce quartier pas desservi par le métro où je fus écolier semblait étrangement détaché du reste de la ville, du pays. Comme dans les écoles des VIe et VIIe arrondissement de la capitale, les élèves se ressemblaient tous : uniformes eux aussi. Certes pas le même genre d'uniformité. Différents de beaucoup de jeunes montreuillois deux kilomètres plus bas, et à des années lumière du collège Stanislas. Un seul point commun à tous ces jeunes : leurs âges. Et l'énergie.

Que dire ? Que penser ? Le sujet ayant tellement été traité qu'il en devient presque vidé de sens, juste du grain à moudre pour les sociologues. Pourtant, debout devant mon collège, je ne pus m'empêcher de penser à la putain de difficulté de se frayer un chemin à travers ce labyrinthe de misère pour choisir sa vie. Juste autorisé à choisir sa survie. Comment continuer de croire que ces gosses appartiennent à la même trinité républicaine : liberté, égalité, fraternité. Dans certains quartiers, elle pourrait être rebaptisée : loyers impayés, électricité coupée, fin de droits.

Exporter Paris en banlieue ?
De retour à Paris, je passais en pleine nuit boulevard Saint-Germain. Près de la rue Saint-Guillaume, je me remémorais l'initiative du patron de Sciences-Po : proposer à des enfants issus de banlieue « défavorisées » un cursus scolaire dans son prestigieux établissement. Une espèce de Mercato de la matière grise dans les périphéries. Même si je trouve son initiative totalement inopérante, force est de lui reconnaître le mérite de la proposition. Contrairement à lui, je n'ai pas la moindre amorce de solutions : juste des interrogations. Et beaucoup de contradictions.

Mais tout de même étrange que ce responsable, sans doute très cultivé et humaniste, n'ait pas pensé à franchiser Sciences-Po dans ces contrées lointaines de France… A croire qu'il est persuadé que tout est foutu d'avance et, contraint et forcé par une dérive inévitable du système scolaire, accorde à quelques-uns la possibilité de quitter le navire pendant le naufrage. Et laisse les autres -moins compétitifs- se noyer. Pourquoi pas offrir au moins les mêmes chances éducatives à tous et sur tout le territoire ? Un Mc Do, une Siences-Po ? Bref, des jeunes séparés par quelques stations de métro « évoluent » dans le même pays, pas dans le même monde. Et on voudrait qu'ils sachent tous se tenir dans le monde.

La nuit suivante, accompagné d'un copain d'enfance aujourd'hui sans papiers, nous nous sommes arrêtés à « l'Old Navy », un bar de nuit. Sirotant une mousse, nous évoquions cette période où, descendus des hauteurs de Montreuil, nous nous accordions des haltes dans ce bistrot pour parler de littérature et peinture, avant de retourner à pieds ou en bus de nuit chez nos parents. Belle époque où les mains ne s'accrochaient pas sur les poitrines mais se serraient…

Dans les beaux quartiers, la force (de l'ordre) tranquille
Puis, après avoir essoré ensemble le passé, ce copain décida de me raccompagner dans mon antre provisoire. Près d'un ministère, son visage se crispa. Habitué aux nombreux contrôles d'identités à Montreuil où il réside toujours, il voulait s'échapper par la première rue à droite. Pourtant très proches et complices depuis longtemps (le premier à me faire lire Rilke), l'un et l'autre constations d'un seul coup que la ville lumière, si souvent arpentée et aimée à la folie, n'était plus du tout la même pour nous deux. Chacun d'un côté d'une frontière administrative, séparés par l'absence d'un rectangle de plastique dans sa poche.

Pour éviter d'attirer l'attention de la maréchaussée, nous restâmes sur le même trottoir de la rue de Babylone en devisant de poésie… comme avant Hortefeux et Besson. Occupés à monter la garde dans leur véhicule, les flics, après un bref regard sur les deux passants, continuèrent eux aussi leur conversation. Plus loin, il me sourit et lâcha : « Moralité : vaut mieux être sans-papiers dans les beaux quartiers. »

Mais aussi écolier.

texte publié pour la première fois par Rue 89

Ndlr: l'ami Mouloud m'a signalé son texte et c'est parce que je le trouve bien écrit et surtout témoignant parfaitement de la trajectoire de deux copains qui furent proches et qui sont maintenant séparés par une barrière administrative infranchissable que j'ai décidé de le repasser...

 

 

16/05/2009

Eduquons, et c'est pas une insulte!

03/05/2009

Train des indes...

Climbing the Ghats by MG (Aug. 12, 2007) from Mani Vijay on Vimeo.

Le train poussif avançait péniblement, tiré par une locomotive diesel en zigzaguant sur les rails tortueux qui s’élançait entre les plantations de thé. Dans une vallée large et ensoleillée, le convoi grimpait dans ces paysages qui semblaient peignés et sagement taillés par un jardinier scrupuleux. Pas un arbrisseau plus haut que l’autre. Impeccablement. De loin les champs dessinaient un puzzle verdoyant dans lequel se faufilaient les ouvrières. Parfois, ça et là, dans le paysage perçaient des villages verts ou bleus, de terre battue et couverts de tôles de zinc qui se reflètaient comme des plaques d’argent. Accrochées à flanc de colline, les maisons sont serrées les unes contre les autres pour économiser le terrain. Ces villages aux maisons de poupées ponctuaient de leur présence cette épaisse moquette végétale dans laquelle parfois des drapeaux rouges, marqués de la faucille et du marteau, faidaient des point comme des perles de sang dans cette immense étendue. Tout le paysage courait sur ces monts dodus d’où émergeaient quelques grands arbres aux troncs  noirs qui montaient droit au ciel. Ils étendaient des maigres branches où poussaient des feuilles éparses dispensant un semblant d’ombre.

Jadis, ici, ce n’était qu’une forêt primitive, où vivait paisiblement le tigre, l’éléphant, le perroquet, le paradisier. La terre, il a bien fallu, comme tout le reste, qu’elle crache son profit et qu’elle devienne rentable. Tondue et pelée sous la houlette des dominants. Un immense bâtiment au toit vert frappée du sigle de la famille Tata, collecte tout ce thé. Qui veut travailler ici doit posséder des arpents de terre. Les terres, les récoltes, les hommes, les routes, le ciel bleu, tout ici leur appartient. Cela semble bien impossible de pouvoir échapper à leur empreinte.

Dans la gare attendait une locomotive à vapeur qui crachait déjà son nuage blanc et le conducteur actionna le sifflet. On aurait pu croire à un modèle réduit. Changement de motrice, nous voilà après une longue demi-heure, attelés à cette nouvelle machine qui siffle, peste et avance en grimaçant sur ses rails. Deux trains par jour sur cette ligne construite au début du siècle dernier par les Anglais qui allaient se mettre au frais en altitude, en attendant la mousson. Temps modernes obligent, la montée s’effectue au diesel, la descente au charbon. Le convoi s’ébranle lentement. Quand nous abordons la descente, les freineurs installés sur les plates-formes à l’extérieur des wagons, un à chaque extrémité, tournent la manivelle en laiton brillant de leurs freins pour contenir l’accélération du convoi. On dirait un être vivant. Le dragon crache ses escarbilles et des petits feux s’allument ça et là le long de la voie. Souvent des débuts d’incendie ont noirci le bord des rails. Le petit train avançait lentement malgré la descente. Passer de deux mille à trois cents mètres d’altitude, sur une distance de trente kilomètres, rend l’exercice périlleux. A l’arrêt d’une gare entourée de hauts arbres, où, sous les frondaisons, à l’abri de la lumière, on cultive le cardamome, des bandes de singes encadrés de vieux mâles aux babines retroussées montrent leurs crocs. Des femelles flanquées de jeunes grimpés sur le dos surgissent et courent après le train. Ces agiles soudards regardent à l’intérieur des wagons prêts à chaparder tout ce qui passe à leur portée. Une distance de quelques mètres seulement sépare cette horde de petits humains accourus aux sifflement de la locomotive qui s’arrête là au milieu de nulle part. Des singes, il en arrive de partout ; des arbres, des rochers. Certains sont assis sur le ballast et attendent des fruits ou des gâteaux que des hindous ne tardent pas à leur jeter. Ce ne sont alors que courses poursuites cavalcades et bagarres entre mâles dominants quand un plus jeune s’empare d’une part de nourriture avant le chef.

Ces petits humains ont le contour des yeux plus blanc qui se détache sur leur pelage marron, comme s’il était maquillés. Cela leur donne un regard si expressif qu’ils vous dévisagent avec presque autant d’intensité qu’un mendiant attendant en souriant son aumône. Le cul posé à même la pierre, excités à la vue de la nourriture, les impudiques exhibent des sexes turgescents, sortis en érection de leurs fourreaux. Des femelles s’approchent plus près encore des wagons. Un gros mâle monte sur le toit, tandis qu’un autre s’installe entre les deux wagons à la place désertée par le freineur parti boire un thé épicé au buffet de la gare miniature. Sur le ballast, les macaques attendent près des hommes qui boivent et mangent des samosas debout au buffet. Leurs silhouettes font comme si d’étranges chiens s’étaient mélangés à une troupe d’humains. Ils gardent une distance de sécurité, bien qu’ils sachent ne pas craindre pour leur vie.

Soudain, des cris proviennent d’un des wagons. Un mâle s’est emparé du biberon qui dépassait d’un sac et nonchalamment presque avec agilité a rejoint la frondaison d’un acacia flamboyant, mordant la tétine pour mieux disposer de ses mains et escalader le tronc. En sécurité sur une haute branche, narguant le public des humains, il a arraché le tétine et il a bu lentement le lait. Fier de son forfait, le soudard provoquait l’assistance des voyageurs incrédules par tant d’audace et d’intelligence et pour rire de ce bon tour joué aux humains, quand il a eu fini de boire le lait qui lui dégoulinait des babines, il a laissé tomber le biberon qui ne l’intéressait plus. On se serait attendu à le voir roter d’aise. 

 

Précis d'humiliation

Par Bernard Noël

noel.jpg



Toujours, l’État s’innocente au nom du Bien public de la violence qu’il exerce. Et naturellement, il représente cette violence comme la garantie même de ce Bien, alors qu’elle n’est rien d’autre que la garantie de son pouvoir. Cette réalité demeure masquée d’ordinaire par l’obligation d’assurer la protection des personnes et des propriétés, c’est-à-dire leur sécurité. Tant que cette apparence est respectée, tout paraît à chacun normal et conforme à l’ordre social. La situation ne montre sa vraie nature qu’à partir d’un excès de protection qui révèle un excès de présence policière. Dès lors, chacun commence à percevoir une violence latente, qui ne simule d’être un service public que pour asservir ses usagers. Quand les choses en sont là, l’État doit bien sûr inventer de nouveaux dangers pour justifier le renforcement exagéré de sa police : le danger le plus apte aujourd’hui à servir d’excuse est le terrorisme.
Le prétexte du terrorisme a été beaucoup utilisé depuis un siècle, et d’abord par les troupes d’occupation. La fin d’une guerre met fin aux occupations de territoires qu’elle a provoquées sauf si une colonisation lui succède. Quand les colonisés se révoltent, les occupants les combattent au nom de la lutte contre le terrorisme. Tout résistant est donc qualifié de « terroriste » aussi illégitime que soit l’occupation. En cas de « libération », le terroriste jusque-là traité de « criminel » devient un « héros » ou bien un « martyr » s’il a été tué ou exécuté.
Les héros et les martyrs se sont multipliés depuis que les guerres ont troqué la volonté de domination contre celle d’éradiquer le « terrorisme ». Cette dernière volonté est devenue universelle depuis les attentats du 11 septembre 2001 contre les tours du World Trade Center : elle a même été sacralisée sous l’appellation de guerre du Bien contre le Mal. Tous les oppresseurs de la planète ont sauté sur l’occasion de considérer leurs opposants comme des suppôts du Mal, et il s’en est suivi des guerres salutaires, des tortures honorables, des prisons secrètes et des massacres démocratiques. Dans le même temps, la propagande médiatique a normalisé les actes arbitraires et les assassinats de résistants pourvu qu’ils soient « ciblés ».
Tandis que le Bien luttait ainsi contre le Mal, il a repris à ce dernier des méthodes qui le rendent pire que le mal. Conséquence : la plupart des États – en vue de ce Bien là - ont entouré leur pouvoir de précautions si outrées qu’elles sont une menace pour les citoyens et pour leurs droits. Il est par exemple outré que le Président d’une République, qui passe encore pour démocratique, s’entoure de milliers de policiers quand il se produit en public. Et il est également outré que ces policiers, quand ils encombrent les rues, les gares et les lieux publics, traitent leurs concitoyens avec une arrogance et souvent une brutalité qui prouvent à quel point ils sont loin d’être au service de la sécurité.
Nous sommes dans la zone trouble où le rôle des institutions et de leur personnel devient douteux. Une menace est dans l’air, dont la violence potentielle est figurée par le comportement des forces de l’ordre, mais elle nous atteint pour le moment sous d’autres formes, qui semblent ne pas dépendre directement du pouvoir. Sans doute ce pouvoir n’est-il pas à l’origine de la crise économique qui violente une bonne partie de la population, mais sa manière de la gérer est si évidemment au bénéfice exclusif de ses responsables que ce comportement fait bien davantage violence qu’une franche répression. L’injustice est tout à coup flagrante entre le sort fait aux grands patrons et le désastre social généré par la gestion due à cette caste de privilégiés, un simple clan et pas même une élite.
La violence policière courante s’exerce sur la voie publique ; la violence économique brutalise la vie privée. Tant qu’on ne reçoit pas des coups de matraque, on peut croire qu’ils sont réservés à qui les mérite, alors que licenciements massifs et chômage sont ressentis comme immérités.D’autant plus immérités que l’information annonce en parallèle des bénéfices exorbitants pour certaines entreprises et des gratifications démesurées pour leurs dirigeants et leurs actionnaires. Au fond, l’exercice du pouvoir étant d’abord affaire de « com » (communication) et de séduction médiatique, l’État et ses institutions n’ont, en temps ordinaire, qu’une existence virtuelle pour la majorité des citoyens, et l’information n’a pas davantage de consistance tant qu’elle ne se transforme pas en réalité douloureuse. Alors, quand la situation devient franchement difficile, la douleur subie est décuplée par la comparaison entre le sort des privilégiés et la pauvreté générale de telle sorte que, au lieu de faire rêver, les images « people » suscitent la rage. Le spectacle ne met plus en scène qu’une différence insupportable et l’image, au lieu de fasciner, se retourne contre elle-même en exhibant ce qu’elle masquait. Brusquement, les cerveaux ne sont plus du tout disponibles !
Cette prise de conscience n’apporte pas pour autant la clarté car le pouvoir dispose des moyens de semer la confusion. Qu’est-ce qui, dans la « Crise », relève du système et qu’est-ce qui relève de l’erreur de gestion ? Son désastre est imputé à la spéculation, mais qui a spéculé sinon principalement les banques en accumulant des titres aux dividendes mirifiques soudain devenus « pourris ». Cette pourriture aurait dû ne mortifier que ses acquéreurs puisqu’elle se situait hors de l’économie réelle mais les banques ayant failli, c’est tout le système monétaire qui s’effondre et avec lui l’économie.
Le pouvoir se précipite donc au secours des banques afin de sauver l’économie et, dit-il, de préserver les emplois et la subsistance des citoyens. Pourtant, il y a peu de semaines, la ministre de l’économie assurait que la Crise épargnerait le pays, puis, brusquement, il a fallu de toute urgence donner quelques centaines de milliards à nos banques jusque-là sensées plus prudentes qu’ailleurs. Et cela fait, la Crise a commencé à balayer entreprises et emplois comme si le remède précipitait le mal.
La violence ordinaire que subissait le monde du travail avec la réduction des acquis sociaux s’est trouvée décuplée en quelques semaines par la multiplication des fermetures d’entreprises et des licenciements. En résumé, l’État aurait sauvé les banques pour écarter l’approche d’un krach et cette intervention aurait bien eu des effets bénéfiques puisque les banques affichent des bilans positifs, cependant que les industries ferment et licencient en masse. Qu’en conclure sinon soit à un échec du pouvoir, soit à un mensonge de ce même pouvoir puisque le sauvetage des banques s’est soldé par un désastre?
Faute d’une opposition politique crédible, ce sont les syndicats qui réagissent et qui, pour une fois, s’unissent pour déclencher grèves et manifestations. Le 29 janvier, plus de deux millions de gens défilent dans une centaine de villes. Le Président fixe un rendez-vous aux syndicats trois semaines plus tard et ceux-ci, en dépit du succès de leur action, acceptent ce délai et ne programment une nouvelle journée d’action que pour le 19 mars. Résultat de la négociation : le « social » recevra moins du centième de ce qu’ont reçu les banques. Résultat de la journée du 19 mars : trois millions de manifestants dans un plus grand nombre de villes et refus de la part du pouvoir de nouvelles négociations.
La crudité des rapports de force est dans la différence entre le don fait aux banques et l’obole accordée au social. La minorité gouvernementale compte sur l’impuissance de la majorité populaire et la servilité de ses représentants pour que l’Ordre perdure tel qu’en lui-même à son service. On parle ici et là de situation « prérévolutionnaire », mais cela n’empêche ni les provocations patronales ni les vulgarités vaniteuses du Président. Aux déploiements policiers s’ajoutent des humiliations qui ont le double effet d’exciter la colère et de la décourager. Une colère qui n’agit pas épuise très vite l’énergie qu’elle a suscitée.
La majorité populaire, qui fut séduite et dupée par le Président et son clan, a cessé d’être leur dupe mais sans aller au-delà d’une frustration douloureuse. Il ne suffit pas d’être la victime d’un système pour avoir la volonté de s’organiser afin de le renverser. Les jacqueries sont bien plus nombreuses dans l’histoire que les révolutions : tout porte à croire que le pouvoir les souhaite afin de les réprimer de façon exemplaire. Entre une force sûre d’elle-même et une masse inorganisée n’ayant pour elle que sa rage devant les injustices qu’elle subit, une violence va croissant qui n’a que de faux exutoires comme les séquestrations de patrons ou les sabotages. Ces actes, spontanés et sans lendemain, sont des actes désespérés.
Il existe désormais un désespoir programmé, qui est la forme nouvelle d’une violence oppressive ayant pour but de briser la volonté de résistance. Et de le faire en poussant les victimes à bout afin de leur démontrer que leur révolte ne peut rien, ce qui transforme l’impuissance en humiliation. Cette violence est systématiquement pratiquée par l’un des pays les plus représentatifs de la politique du bloc capitaliste : elle consiste à réduire la population d’un territoire au désespoir et à la maintenir interminablement dans cet état. Des incursions guerrières, des bombardements, des assassinats corsent régulièrement l’effet de l’encerclement et de l’embargo. Le propos est d’épuiser les victimes pour qu’elles fuient enfin le pays ou bien se laissent domestiquer.
L’expérimentation du désespoir est poussée là vers son paroxysme parce qu’elle est le substitut d’un désir de meurtre collectif qui n’ose pas se réaliser. Mais n’y a-t-il pas un désir semblable, qui bien sûr ne s’avouera jamais, dans la destruction mortifère des services publics, la mise à la rue de gens par milliers, la chasse aux émigrés ? Cette suggestion n’est exagérée que dans la mesure où les promoteurs de ces méfaits se gardent d’en publier clairement les conséquences. Toutefois à force de délocalisations, de pertes d’emplois, de suppressions de lits dans les hôpitaux, de remplacement du service par la rentabilité, d’éloges du travail quand il devient introuvable, une situation générale est créée qui, peu à peu, met une part toujours plus grande de la population sous le seuil du supportable et l’obligation de le supporter.
Naturellement, le pouvoir accuse la Crise pour s’innocenter, mais la Crise ne fait qu’accélérer ce que le Clan appelait des réformes. Et il ose même assurer que la poursuite des réformes pourrait avoir raison de la Crise… Les victimes de cette surenchère libérale sont évidemment aussi exaspérées qu’ impuissantes, donc mûres pour le désespoir car la force de leur colère va s’épuiser entre un pouvoir qui les défie du haut de sa police, une gauche inexistante et des syndicats prenant soin de ne pas utiliser l’arme pourtant imbattable de la grève générale.
Pousser à la révolte et rendre cette révolte impossible afin de mater définitivement les classes qui doivent subir l’exploitation n’est que la partie la plus violente d’un plan déjà mis en œuvre depuis longtemps. Sans doute cette accélération opportune a-t-elle été provoquée par la Crise et ses conséquences économiques, lesquelles ont mis de la crudité dans les intérêts antipopulaires de la domination, mais la volonté d’établir une passivité générale au moyen des media avait déjà poussé très loin son plan. Cette passivité s’est trouvée brusquement troublée par des atteintes insupportables à la vie courante si bien - comme dit plus haut – que les cerveaux ont cessé d’être massivement disponibles. Il fallait dès lors décourager la résistance pour que son mouvement rendu en lui-même impuissant devienne le lieu d’une humiliation exemplaire ne laissant pas d’autre alternative que la soumission. Ainsi le pouvoir économique, qui détient la réalité du pouvoir, dévoile sa nature totalitaire et son mépris à l’égard d’une majorité qu’il s’agit de maintenir dans la servilité en attendant qu’il soit un jour nécessaire de l’exterminer.

© Bernard Noël

voila ceki di wiki sur les publications du nobelisable Bernard Noël/......

Chez P.O.L.
La Maladie du sens, 2001
Le 19 octobre 1977, Flammarion, 1979, rééd. 1998
Treize cases du je, 1998
La Langue d'Anna, 1998
Portrait du monde, 1988
La Reconstitution, 1988
Onze romans d'oeil, 1988
Journal du regard, 1988
Le Reste du voyage, 1997
Le Syndrome de Gramsci, 1994
L'Ombre du double, 1993
Chez Fata Morgana
Le tu et le silence, Fata Morgana, 1998
La rumeur de l'air, Fata Morgana, 1986
La moitié du geste, Fata Morgana, 1982
L'été langue morte, Fata Morgana, 1982
D'une main obscure, Fata Morgana, 1980
Le Château de Hors, Fata Morgana, 1979
Une messe blanche, Fata Morgana, 1977
À vif enfin la nuit, Fata Morgana, 1968
Chez d'autres éditeurs
Le Roman d'Adam et Eve, L'Atelier des Brisants, 2001
Magritte, 1998
À côté de pourquoi, Æncrages & Co, 1995
L'Espace du désir, l’Écarlate, 1995
La Maladie de la chair, Petite bibliothèque Ombre, 1995
La Castration mentale, Ulysse fin de siècle, 1994
La Chute des temps, poésie/Gallimard, 1993, ISBN 2-07-032773-6
Le Château de Cène, Jérôme Martineau, 1992
Écrit de la mer, Æncrages & Co, 1991
Les premiers mots, Flammarion, 1990
La rencontre avec Tatarka, Talus d'Approches, 1986
Fables pour ne pas, Unes, 1985
L'enfer, dit-on…, Herscher, 1983
La chute des temps, Flammarion, 1983
Poèmes 1, Flammarion/Textes, 1983
Bruits de langues, Talus d'Approches, 1980
Lecture du chilom, Brandes, 1977
L'Outrage aux mots, Pauvert, 1975
Treize cases du je, Flammarion, 1975
Le Dictionnaire de la Commune, Hazan, 1971 (Flammarion, coll."Champs", 1978, 2 vol.)
La face de silence, Flammarion, 1967 (Prix Artaud)
Extraits du corps, Minuit, 1958
Les yeux chimères, Caractères, 1953
Œuvres poétiques [modifier]

Aux éditions de la galerie Remarque
D'un regard l'autre ill Paul Trajman
Extraits du temps ill Leonardo Rosa
Lettre verticale ill Leonardo Rosa
Aux éditions Unes , éditions de tête et éditions courantes
Fable pour cacher,1982. ill Serge Plagnol
L'air est les yeux,1982.ill. J. Voss
A partir de la fin, 1984.
La vieille maison, 1984. ill. Serge Plagnol
Fable pour le vent, 1985.ill. J.J. Ceccarelli
Fables pour ne pas, 1985.ill. G. Pastor
Carte d'identité, 1986. ill. C. Deblé
Fenêtres fermées, 1987. ill. C. Deblé
Extraits du corps, 1988. ill. G. Pastor
Le Lieu des signes, 1988. ill. J.J. Ceccarelli
La grille du temps, 1995. ill. Olivier Debré
Où va la poésie? 1997.
Vers Henri Michaux, 1998.
Correspondances, 1998. ill. C. Reins et Fred Deux
Petit traité du tu, 1998. ill M. Latil
Aux éditions de la Canopée
L'Ombre du double ill. par Thierry Le Saec
Aux éditions A Travers
Un silence lapide ill. par Jacques Clauzel
La Chute des temps
L'Eté langue morte
La Moitié du geste
La Rumeur de l'air
Sur un pli du temps
Le Syndrome de Gramsci (1993)
La Langue d'Anna (1998)
Aux éditions L'Atelier des Brisants
Onze Voies de fait / Héloïse et Abélard (2002)
Aux éditions Fissile
Sonnets de la mort (2006)
Livres d'art [modifier]

Aux éditions Belfond
Les peintres du Désir
Aux éditions Flammarion
David, Paris (1989)
Aux éditions galerie Remarque
livre d'artiste ill Paul Trajman D'un regard l'autre
livre d'artiste ill Leonardo Rosa Extraits du temps
livre d'artiste ill Leonardo Rosa Lettre verticale
Aux éditions Unes
(tirages de tête et éditions courantes)
Fable pour cacher,1982. ill Serge Plagnol
L'air est les yeux,1982.ill. J. Voss
A partir de la fin, 1984.
La vieille maison, 1984. ill. Serge Plagnol
Fable pour le vent, 1985.ill. J.J. Ceccarelli
Fables pour ne pas, 1985.ill. G. Pastor
Carte d'identité, 1986. ill. C. Deblé
Fenêtres fermées, 1987. ill. C. Deblé
Extraits du corps, 1988. ill. G. Pastor
Le Lieu des signes, 1988. ill. J.J. Ceccarelli
La grille du temps, 1995. ill. Olivier Debré
Où va la poésie? 1997.
Vers Henri Michaux, 1998.
Correspondances, 1998. ill. C. Reins et Fred Deux
Petit traité du tu, 1998. ill M. Latil
Aux éditions l'Entretoise
livre d'artiste ill. par Bernadette Griot-Cullafroz
Extraits du corps
Aux éditions de la Canopée
livre d'artiste ill. par Thierry Le Saec L'Ombre du double
Aux éditions Le silence qui roule
Dans l’écart, Collectif, ill. de Marie Alloy.
voir l'ouvrage (diffusion Art Point France)

07/04/2009

Hé Daniel Fano vous connaissez ?

63-b.jpg


Les peintures sont de Jean Rustin

NDLR: en lisant Fano je n'ai pas pu m'empêcher de penser à Pélieu. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser à Cendrars. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser à Ezra Pound... Depuis que j'ai lu Fano Je n'arrive pas à lire un type qui aurait une parenté avec ceux-là sans penser, tiens ça me fait penser à Fano...
Je recommande La lecture de Fano à tous ceux que je croise sur mon chemin en disant
-hé Fano vous connaissez?
-Qui vous dites?
-Fano des Carnets du dessert de lune!!!!
En général on me regarde comme si j'étais un cinglé... Pas grave, pas grave...
-les carnets de quoi?
-Du dessert de lune!
-Mais qui a trouvé un nom pareil?
-Un éditeur belge...
-ils sont bizarre les belges, et vous avez dit comment?
-FANO!!! sans point sur le i....

L'auteur
Né en 1947, Daniel Fano a fait le journaliste à Bruxelles de 1971 à 2007. Encouragé par Joyce Mansour, Henri Michaux et Dominique de Roux, il est entré en littérature en 1966. Auteur culte depuis sa révélation par Marc Dachy et Bernard Delvaille en 1973-74. Après Un Champion de mélancolie (Editions Unes, 1986), il a subi un long silence éditorial qui ne s'est arrêté qu'avec la publication de Fables et fantaisies aux Carnets du Dessert de Lune, en 2003. Ses ouvrages parus depuis lui ont valu le Prix de la SCAM Belgique en 2007.



DANIEL FANO entretien avec ROGER LAHU

Avais-tu un projet très précis en te lançant dans la tétralogie et lequel ?


- A l'origine, au printemps 2003, je voulais juste poser un acte d'amitié. Jean-Louis Massot, en publiant Fables et fantaisies (un choix de petites proses retrouvées), m'avait sorti de dix-sept ans de silence éditorial et, pour l'en remercier, il m'a semblé qu'il fallait lui assurer ma fidélité. Je lui ai donc promis quatre livres, un par année, produits expressément pour lui. Je voulais donner à cette suite un caractère testamentaire. Le premier tome s'est développé comme une sorte d'inventaire de choses du passé que je devais ne pas oublier, mêlées à des choses à faire avant de mourir. Evidemment, l'aventure de l'écriture m'a conduit sur des chemins inattendus. L'ouvrage est assez léger, à mon sens, parce que je ne savais pas jusqu'où je pouvais aller, je me retenais pour ne pas embarrasser Jean-Louis, que je ne connaissais pas assez. Quand je lui ai livré L'Année de la dernière chance, j'ai compris qu'avec lui, je pouvais aller bien plus loin, plus fort. D'où Le Privilège du fou et Sur les ruines de l'Europe, où, au lieu de dribbler gentiment le journal intime et l'autobiographie, je me suis enfoncé avec détermination dans le cauchemar de l'Histoire.

Ce "cauchemar climatisé" dont parle Henry Miller, n'est-ce pas ? Tu en exprimes toute l'horreur - mais aussi l'absurdité, voire les côtés risibles - en utilisant une technique d'écriture qui s'apparente au cut-up de William Burroughs - autre grand contempteur des Temps Modernes. Acceptes-tu cette "filiation" ?

- Je serais bien présomptueux de m'autoproclamer héritier spirituel de Burroughs, mais il est évident qu'il figure au premier rang des écrivains qui ont formé ma vision du monde et ont influencé ma façon d'écrire. Ceci dit, je ne fais pas dans le cut-up, je suis plutôt coutumier de la parataxe.

Peux-tu expliquer comment, au juste, tu travailles : comment accumules-tu la somme énorme de références en tous genres qui grouillent dans tes livres, comment les assembles-tu, comment mixes-tu fiction et "données brutes" ?

- D'abord, je lis beaucoup de journaux, de magazines, je lis les articles et interviews sur les faits de société, les guerres en cours, en soulignant des phrases, des paragraphes qui, pour moi, sont symptomatiques de la confusion des esprits et de l'ensauvagement radical de l'humanité. Je les découpe et les classe par thèmes dans des chemises. Quand j'y reviens, je cherche des correspondances, des connexions possibles entre ces informations, je les soumets au régime des coïncidences et des contradictions. Parallèlement, je parcours des "vieux" ouvrages historiques centrés sur tous les conflits depuis la Guerre d'Espagne, achetés chez les bouquinistes, où je pointe des anecdotes et réflexions qu'on retrouve rarement dans les publications actuelles. Je procède avec ce matériau livresque de la même façon qu'avec le matériau presse. Je ne réalise jamais de collage de fragments bruts, je transforme "en littérature" dès que je porte sur le papier la première version de la plus petite à la plus grande séquence. Chaque séquence est construite sur des jeux d'échos, d'assonances. A l'intérieur de la séquence, je peux réactiver des pratiques observées, par exemple, chez les Objectivistes américains (Reznikoff, Zukowski) ou les Formalistes russes (Chklovski, Tynianov). J'insère aussi des micro-fictions de mon crû, très Série Noire ou roman d'espionnage, avec des personnages imaginaires et récurrents dont la création est, pour la plupart d'entre eux, antérieure à la tétralogie (Monsieur Typhus est apparu vers1978). Je n'ai raconté là que le tout début du processus de composition mais ça donne une idée de comment je bricole mon affaire, non ? C'est difficile d'en rendre compte "en général". C'est une sorte de cocktail où entrent tant d'ingrédients à doses tellement variables ! Ainsi, pour écrire Sur les ruines de l'Europe et sa suite, je me suis spécialement intéressé aux films d'horreur, où j'ai découvert une dimension politique, subversive même, alors que je m'attendais à y trouver essentiellement du Grand-Guignol.

Jeux d'échos… Assonances… Objectivistes américains : autant de références indirectes à la poésie, même si aujourd'hui la question des "genres" littéraires est en grande part obsolète, considères-tu ton travail d'écriture comme un travail de poète ou de prosateur ?

- Ce que je publie au Castor Astral (La Nostalgie du classique en 2004 et, en juin 2007, Comme un secret ninja) passe immédiatement pour de la poésie - à cause du dispositif "en drapeau", sans doute. Pour la tétralogie, c'est moins évident, bien que je trace derrière des œuvres assurément poétiques (j'aurais dû ajouter les Cantos de Pound, La Terre Vaine de T.S. Eliot, Mobile de Butor), c'est d'abord la prose qui est visible. En fait, il s'agit de "poésie dans la prose", plus précisément de poésie narrative, un peu dans la ligne (brisée, d'accord) de Nazim Hikmet et de ses Paysages humains. Personnellement, je trouve qu'il y a trop de lyrisme dans Le Privilège du fou et Sur les ruines de l'Europe. La "suite", La Vie est un cheval mort, sera plus hybride, mélange de "vrais" poèmes (que j'appelle poèmes appliqués) et textes journalistiques - voire dépêches "sans style", par exemple (modèle: Paterson de William Carlos Williams). Moi, j'aime que ça gratte, grince, tousse et boite. Poésie, oui, mais à cloche-pied.

Quels livres de poésie "à cloche-pied" ou plus "appliqués" - pour reprendre tes "appellations" - font partie de ta bibliothèque essentielle et t'accompagne depuis longtemps ou depuis peu ?

- Quand je parle de "poésie à cloche-pied" ou de "poèmes appliqués", je parle exclusivement de ma production à moi. Considérant la barbarie du monde, je ne peux qu'ironiser sur le caractère futile, dérisoire de ma petite entreprise. Qu'est-ce que c'est que ce type qui n'est dupe d'à peu près rien, qui acquiesce à la condamnation d'Artaud ("Toute l'écriture est de la cochonnerie") et persiste néanmoins dans l'illusion littéraire ? Mettons que ce fils d'ouvrier a investi ce mode d'expression de la caste bourgeoise et qu'il en a fait un usage décalé, hors de son rôle de divertissement, de soumission caractérisée à "l'ordre des choses". Dans mes bons jours (soit, ils sont rares), même si c'est très amateur, très limité, tout ça, je me dis que ce n'est pas si mal, après tout.


Paru dans Liqueur 44 n°79, décembre 2006.

dessin de couv de la vie est un cheval mort paru aux éditions Les carnets du dessert de lune.
cover cheval.JPG



LE CHANT DES ARMES


Parus presque simultanément, La vie est un cheval mort (Les Carnets du Dessert de Lune) et Le repaire du biographe (La Pierre d’Alun) proposent une exploration étourdissante des zones les plus sombres du « cauchemar de l’Histoire ». Les assemblages textuels de Daniel Fano inventorient les horreurs du passé tout en se confrontant à un présent détraqué.

En 2003 Daniel Fano publiait Fables et fantaisies, après dix-sept années de silence, sous l’égide de Jean-Louis Massot. Ayant posé cet « acte d’amitié », il promet à l’éditeur des Carnets du Dessert de Lune une tétralogie dont le premier tome – L’année de la dernière chance – paraît l’année suivante. Suivront Le privilège du fou (2005), Sur les ruines de l’Europe (2006) et aujourd’hui La vie est un cheval mort.
Dans la lignée de ses prédécesseurs, cet ultime opus de la tétralogie – dont Graziella Federico a illustré les couvertures – est un texte long et volcanique, opposé polaire des poèmes et miniatures qui constituent La nostalgie du classique et Comme un secret ninja, parus respectivement en 2005 et 2007 au Castor Astral. Malgré ce format inhabituel, on retrouve tous les éléments qui nourrissent l’œuvre de Daniel Fano, à savoir les rapports entre politique, médias et violence
Les soixante-quatre sections de La vie est un cheval mort déploient le panorama cauchemardesque d’un monde enfermé dans la contemplation morbide de son propre spectacle, un monde où tout message, immédiatement digéré par le Moloch de l’ère contemporaine, est réduit à un borborygme vidé de tout sens. Plus court, et enrichi d’illustrations de Jean-François Octave, Le repaire du biographe peut s’envisager comme une œuvre sœur, hantée par la même vision – quoique que moins résolument pessimiste.
Les deux textes s’abreuvent à la même source : le spectacle médiatique désormais perpétuel à l’œuvre dans nos sociétés occidentales. En ressort une observation apocalyptique de notre monde où passé et présent se chevauchent en une cacophonie cruelle, tableau rêvé d’un Jérôme Bosch de l’ère post-atomique où des actrices porno devisent avec des terroristes uruguayens, où Auschwitz résonne de tubes disco, où Goebbels tape sur l’épaule de Mick Jagger sur fond de trafic de cadavres et de dessous chics.
Beretta et Bacardi, Mao et Madonna.
Ouvrages polyphoniques, La vie est un cheval mort et Le Repaire sont des travaux d’assemblage. Daniel Fano puise sa matière dans les journaux, les magazines et les livres d’histoire politique. Réécrits et recomposés, les fragments sont ensuite disposés dans un jeu d’assonances et de possibles liens souterrains :

Au début du mois, cinq cents policiers avaient envahi le bidonville, jeté la population entière hors de ses habitations, l'avait forcée à rester à plat ventre dans la rue des heures durant.
Des fouilles et interrogatoires, il ressortit qu'une trentaine de ces personnes pouvaient être qualifiées de suspectes : elles furent abattues sur place, à bout portant.
Les stars du porno cèdent à la tentation du tatouage : « Un tattoo, c'est un atout de séduction supplémentaire… comme un bijou, en fait. Chez les filles, c'est très sexe, et ça renforce le côté viril des garçons. »
Priscilla Sol en a deux, Alyson Ray en a trois : un petit papillon “derrière l'omoplate”, un scorpion, « mon signe astrologique », sur la fesse droite, et sur le mollet même côté, une rose : « Je ne sais pas pourquoi, parce que je n'aime pas trop les fleurs ».

À ces extraits tirés du réel s’ajoutent des microfictions élaborées par l’auteur, réminiscences de la Série noire et des fictions hardboiled américaines, où l’on retrouve Monsieur Typhus, Rosetta Stone, Jimmy Ravel et Patricia Bartok, personnages récurrents dans une grande partie de l’œuvre de Daniel Fano (voir, entre autres, Un champion de mélancolie et Souvenirs of You) et s’agitent à la manière de pantins sortis d’un film d’espionnage de série B :

Jimmy Ravel se retourna (vitesse de serpent), pointa sur la silhouette bondissante le canon de son Beretta 9 mm.
Monsieur Typhus frappa du tranchant de la main au larynx : le gominé glissa dans la matière cervicale de son acolyte.

Cette violence stylisée peine cependant à égaler la sauvagerie du réel. Le repaire du biographe évoque Mao souriant « avec beaucoup de douceur quand on lui montrait les photos de Liu Shaoqi supplicié en train de mourir dans ses excréments ». Dans La vie est un cheval mort, le laconisme de la description de l’assassinat de Kennedy à travers le film de Zapruder rend la scène encore plus saisissante : « Tout de suite après, c’est l’image 313, la tête qui explose. »
Si la technique de montage-assemblage de Daniel Fano évoque les cut-up pratiqués par William Burroughs – dont l’influence est manifeste et revendiquée –, l’auteur préfère se définir comme un « coutumier de la parataxe ». Procédé propre à rendre la langue parlée, il est ici utilisé pour juxtaposer une multitude de paroles désincarnées. La technique de Fano recrée ces bruits de fond chers à Don DeLillo, bande sonore d’une époque saturée d’informations, productrice de discours où annonces d’attentats, messages publicitaires et déclarations galvaudées sont reçus sans aucun ordre de valeur : les textes de Daniel Fano sont la reproduction du langage déshumanisé d’une société qui l’est tout autant, des « textes-machines » qui fonctionnent à la manière d’une TSF détraquée ou celle d’un appareil photo dont l’objectif alternerait sans cesse entre le grand angle le plus édifiant et le plan rapproché le plus trivial.
Malgré le travail de réécriture que nous avons observé sur les différents fragments, la présence du poète ne se manifeste que dans le travail de mémoire (l’auteur admettant parler de lui à travers les allusions historiques post-1947 – année de sa naissance) et la mise en séquences de voix qui ne sont pas les siennes. Cette science de l’effacement au profit du réel, Fano la tire du modernisme américain, des collages journalistiques de Dos Passos et de William Carlos Williams à la poésie objectiviste de Zukofsky et Reznikoff. Ce dernier défend l’idée d’un auteur « qui ne décrit pas directement ses émotions mais ce qu'il voit, ce qu'il entend, qui s'en tient presque à un témoignage de tribunal. » On pourrait considérer cette attitude, dans cette époque où chaque discours est désormais potentiellement récupérable et réversible, comme une stratégie de défense contre cette même récupération : en se faisant témoin, le poète évite toute prétention moralisante et donneuse de leçon. Il ricane, tout au plus, comme au sujet d’Ulrike Meinhof :

Une Angela Davis dopée au romantisme germanique.
Elle a des yeux inexpressifs.
Sa disgrâce physique n'a pas été étrangère à sa décision de se consacrer tout entière à la cause révolutionnaire.
Elle considère les abat-jour comme des objets de luxe : là où elle se pose, ils sont impitoyablement supprimés.
Elle apparaît comme un exemple typique.
Sa révolte est celle des enfants gâtés contre l'ennui distillé par une société de consommation sans suspense parce que sans dangers.
Elle n'a manifestement pas potassé son Lénine, sans quoi elle aurait su que les faits sont têtus.

Cet humour grinçant serait-il le porte-à-faux nécessaire pour empêcher les textes de Fano de tomber dans le piège du nihilisme ? Il insuffle en tout cas une dimension jubilatoire à ces deux ouvrages, que l’on peut envisager, aux côtés de son œuvre tout entière, comme les fragments éparpillés d’un témoignage terminal au procès du monde contemporain.
Jean-François Caro

64-b.jpg


La vie est un cheval mort, Bruxelles, Les Carnets du Dessert de Lune, 2009, 148 pages.



Voici le quatrième tome de la tétralogie inaugurée en 2004 avec L'Année de la dernière chance et poursuivie avec Le Privilège du fou et Sur les ruines de l'Europe.

D'ampleur plus vaste, cet opus est peut-être le plus marqué par l'humour – un humour noir et glacé à souhait. L'auteur y traite beaucoup (mais pas seulement) du terrorisme durant les quatre dernières décennies, des Tupamaros à Al-Qaida en passant par la Bande à Baader et Septembre Noir.

Chroniqueur du chaos, le moraliste se garde bien de jouer les prêcheurs, de servir une cause partisane. C'est qu'il est réfractaire aux formatages idéologiques, d'où qu'ils viennent. Donc, ici, pas de démonstration appliquée, pas de message univoque, mais un montage de faits avérés, divulgués dans la grande presse ou dans des livres qui furent d'une brûlante actualité. L'auteur ne se contente pas de déboulonner les vieilles et les nouvelles idoles, il montre le si peu de différence qu'il y a entre un journal télévisé et un film pornographique, il balaye toutes les illusions possibles, il montre les progrès d'un désastre inéluctable, le genre humain fasciné par son propre suicide en cours. Il n'est pas cynique, indifférent au sort du monde puisqu'il flirte avec la satire, ne manque pas une occasion de brocarder les formes les plus médiatisées de la vulgarité et de la grossièreté, de la bêtise arrogante et criminelle. Simplement, il se souvient de l'histoire de Loth dans la Bible : il sait que rien ne sera sauvé

Son ouvrage est essentiellement polyphonique. Il ne pose pas à l'auteur omniscient, il opère un montage de voix multiples, de paroles contradictoires, antagonistes, paroles creuses, futiles, odieuses, corrompues par les propagandes ("Le Docteur Goebbels envoie des messages de félicitation à tous les maîtres actuels de la communication, de l'information. Il reconnaît que les nazis n'étaient que des amateurs dans l'art de l'euphémisme"). Il enregistre le lourd déficit de la pensée, l'emprise totalitaire des esprits confus, il fait tourner le carrousel des mots dont le sens a été neutralisé, explosé, dispersé ("démocratie", "révolution", etc.).

Ses personnages imaginaires (particulièrement, Monsieur Typhus, Rita Remington, Rosetta Stone, Jimmy Ravel et Patricia Bartok) sont plus présents que jamais pour mieux souligner les horreurs de l'Histoire : en effet, malgré leurs prodigieux efforts réitérés , ils ne parviennent jamais à égaler – pas même à approcher – les "héros" du réel dans les actes crapuleux qu'ils commettent.

La fin de la tétralogie ne signifie nullement que l'entreprise est clôturée. Elle ouvre au contraire quantité de pistes qui déboucheront sur de nouvelles expériences et publications, notamment Typhus et compagnie (extraits déjà parus dans les revues Liqueur 44 et Luna-Park), d'ores et déjà promis aux Carnets du Dessert de Lune.


BULLETIN DE COMMANDE.pdfBULLETIN DE COMMANDE

à télécharger

en cliquant ici




70-b.jpg



03/04/2009

Quand Charley tape son souk.....

NDLR: Charley Plimmell, un furieux de la bande de Cherry Valley, un pote à Claude Pélieu et Mary Beach, un survivant de la beat, un dinosaure en somme, un type bien sympathique qui se demande ce qu'il fout encore dans ce monde quand tous ses copains sont déjà partis brouter l'herbe de la grande prairie céleste...
Interview traduit par Flémal, le même qui traduit les prochain ouvrages de Pélieu en français... Une fine équipe je vous dis que ça...
cp-l_69632e2464410ac29579eeebb05343c4.jpg


Par Doug Holder

Dernièrement, j’ai fait circuler un mail demandant à des poètes ce que signifiait être « un poète raté ». Le poète A.D. Winans me mit en rapport avec le poète Charles Plymell qui – avec ironie – me proposa d’organiser un cours sur ce sujet énigmatique tout en me demandant, en guise de paiement, un chèque substantiel et/ou une réserve de came.

Charles Plymell est un poète et écrivain dont on néglige souvent l’implication dans la scène littéraire beat des années 50 et 60. Originaire de Kansas City, il quitta New York City au début des années 60 pour s’installer à Gough Street, San Francisco, où il partagea une maison avec Allen Ginsberg et Neal Cassady, dès 1963. Bien qu’il ait un peu en retrait par rapport à des personnages de la Beat tels Jack Kerouac et Allen Gisnsberg, Charles Plymell eut une grande influence. Sur sa petite presse des éditions « Charry Valley », il a publié des auteurs beat comme William Burroughs, Robert Peters et Herbert Huncke. Ginsberg a dit de Plymell qu’il était la première personne à l’avoir initié à la musique de Bob Dylan.

Plymell a eu une énorme influence dans le domaine de la BD beat, et il publia le premier numéro de ZAP COMIX sur sa presse, à San Francisco. Plymell a déclaré qu’il travaillait d’arrache-pied sur cette interview en compagnie de sa femme, l’éditrice d’avant-garde et cofondatrice de « Cherry Valley Editions », Pamela Beach, en cette torride journée de juin.

cpcollage1.jpg


Vous êtes généralement connu comme « poète beat ». Est-ce une définition correcte ?
C’est chiant de ne pas être connu du tout, je présume, et c’est là le hic. Sautez sur la renommée quand vous le pouvez, ou adaptez votre esprit à plus de pénombre. Burroughs a dit un jour qu’il ne s’était jamais vu dans la peau d’un beat. Il voyait toujours la façon littéraire de dire les choses. Moi pas, si bien que je suis toujours embourbé dans les marécages sémantiques. Est-ce « correct » ? Je suppose que ce l’est, dans un sens littéraire historique où les étiquettes servent de désignations rapides dès qu’elles adoptent des connotations plus larges débordant sur l’histoire sociale. Par exemple, j’ai été très réticent, durant toutes ces dernières années, à contribuer à la Beat Scene de Kevin Ring, parce que je n’ai jamais pu considérer Bukowski, Fante et bien d’autres comme beat, mais à la brosse plus large, même si la couche est plus fine, elle étale l’étiquette à dessein, et nous y sommes justement. Justifier mes réticences pourrait sembler stupide. Mais non, personnellement, je déteste être éclipsé par une mouvance. En tant qu’outsider passionné, c’est toujours un signe que mon œuvre est demeurée à la périphérie d’un groupe. Selon mes propres normes, c’est tout aussi bien, toutefois. Je n’ai jamais aimé de sauter dans le biotope de quelqu’un d’autre (pour plus d’une nuit, du moins).

Vous avez dit que le Kansas City des années 50 avait été votre milieu favori, même quand vous étiez à Haight, dans les années 60. Pourquoi ?
Pour de nombreuses raisons, j’ai passé ma jeunesse à aller voir les géants du jazz, de la musique de couleur, du rhythm’n’blues hors des sentiers battus, et les chansons traditionnelles des grands noms dans les beuglants à un dollar l’entrée. Les jeunes de Haight n’ont pas cette éducation culturelle. Nous étions également à même d’avoir tout le peyotl que nous voulions et nous avions des rituels très enthousiastes sur les rives du cours d’eau. Personne n’était conscient de ce qu’il se passait quelque chose, sauf nous, si bien qu’il n’y avait pas d’ennui. Quand j’écris, à propos de mon ami de longue date, Ronnie le rapide, alias Barbitol Bob, qu’il me lisait du Pound au « Zip’s Club », c’était bien avant qu’on ait entendu parler de la Beat. Nous n’étions pas au fait des derniers phénomènes culturels de Life ou Time, mais nous n’en avions que faire. Nous passions nos nuits à la benzédrine et à la boo (marihuana), faisant le tour des clubs avec les musiciens des orchestres et les présentateurs des clubs, comme Mickey Shaughnessy, l’acteur, tout en discutant, en rigolant, en faisant les dingues jusqu’à l’heure du petit déjeuner ou en roulant hors des sentiers battus pour aller rendre visite – et fumer et boire avec eux – aux gars du style Fats Domino, et sa Caddy de 49, venu de La Nouvelle-Orléans. On allait dans un petit club où il y avait un peu de monde toute la nuit, sans discontinuer. Nous avions quelque chose de particuler, dans le Midwest, nous planions des journées entières d’affilée en achetant dans les drugstores des trucs bien plus forts que les amphétamines que Kerouac utilisait quand il écrivait. Je n’en ai jamais entendu parler du tout ailleurs, dans les autres classiques de drogues ni dans la littérature. Bob et moi avions été en taule ensemble à Wichita, en tant qu’ex-étudiants de l’école supérieure et petits truands du comprimé, mais nous lisions toujours de la grande littérature et nous avions toujours à notre disposition les grands noms de la musique au « Mrs. Dunbar’s Barbeque ». Il y a des choses qui doivent se passer en temps voulu et à l’endroit voulu, et qui ne sont pas censées se reproduire. Nous avions même étudié le zen et aussi ce new age de merde !
Je peux toujours me rappeler les années et ce que je faisais d’après les voitures que j’avais. En 49, pourtant, j’étais du côté des Dakota, à bosser sur un caterpillar (plus tard, Neal – Cassady – s’est approprié une partie de l’histoire pour un riff) près de la réserve et j’avais emprunté une Dodge 48 à un ami de mon père qui devait rentrer au Texas. Les permis de conduire, ça n’existait pas, à l’époque, dans cet État, de sorte que j’étais redescendu vers l’Oklahoma et que j’avais rejoint ma mère, qui travaillait dans un show de cascades en bagnole, planant par-dessus une rangée de voitures ou fonçant à travers une palissade en feu… enfin, ce genre de trucs. J’ai eu une nouvelle Chevrolet 51 à San Antonio que j’ai conduite jusqu’en Californie du Sud, où je suis resté un bout de temps. Puis retour au Kansas et descente sur Guadalajara et retour, puis un voyage à Baja pour me procurer de la benzédrine et de l’herbe et ma 38 Special, après quoi, j’ai suivi la saison des rodéos, chevauchant des taureaux Brahma et des broncos à cru. Travaillé dans les pipelines, aussi. Puis je suis allé un bout de temps à Hollywood, où j’ai acheté ma Buick Roadmaster 53 et je suis remonté dans l’Oregon pour travailler avec une équipe de dynamiteurs et construire un barrage sur le fleuve Columbia. J’ai acheté un remorqueur pour vivre dessus ; je l’avais baptisé le « Little Toot » (le petit coup de sirène). Puis je suis parti pour le Montana, l’Idaho et le Wyoming avec ma sœur, qui écumait les villes comme prostituée. Puis retour à Kansas City et à Wichita pour les cérémonies du peyotl et j’ai ensuite travaillé pour le Santa Fe, après quoi, je suis remonté, en traversant Denver et en refranchissant le col où j’étais passé tout môme, dans la Buick 39 de ma mère, et je suis retourné à San Francisco. Ce ne sont que quelques faits saillants des années où j’avais de nouvelles voitures, ou assez nouvelles, qui correspondaient à mes voyages de l’époque. J’ai rencontré Neal en 62 et ce fut alors qu’il me lut certains de ses péripéties marquantes du bouquin. De façon assez compréhensible, je n’étais pas tellement emballé, de sorte qu’il ne m’en a lu que deux ou trois passages. J’aimais rouler avec lui et l’amener au boulot sur ma moto.
Ainsi donc, à l’époque où je suis retourné une fois de plus à San Francisco (directement à droite, en décrochant de la Benzedrine Highway, route 66, mon trajet habituel et la découverte de Kerouac, en 1962). J’habitais dans le premier pâté de maisons juste au-dessus et après Ashbury, à Haight Street. Un couple d’autres amis de Wichita et les gens qu’ils fréquentaient étaient là. Conner avait une expo à la Batman Gallery et Ronnie le rapide vivait avec sa famille dans une Chevrolet 52. Je travaillais comme imprimeur et j’imprimais donc des trucs sur le côté. Je créais des collages et j’ai eu une expo à la Batman Gallery aussi et, en plus, je réalisai deux ou trois films en 16 mm qui firent fureur. Ils sont allés à l’Ann Arbor Film Festival, par le biais de mes amis de Wichita. Nous avions du LSD de Sandoz, puis de l’Owsley. On ne parlait pas encore d’« acide ». Nous avions également de la mescaline pure provenant d’un labo en Angleterre. Brautigan et moi, nous sommes allés nous asseoir dans un café et avons observé les changements qui s’étaient produits dans le quartier. Ç’avait été un vieux quartier russe avec de grands cafés qui servaient des pirogues farcies et de la bonne nourriture… Malheureusement, tout cela devait se barrer en couille et il me vint à l’esprit que les nouveaux venus n’étaient guère débrouillards et que la plupart d’entre eux n’avaient pas d’éducation formelle, comme les beat qui avaient constitué la précédente scène, centrée autour de City Lights et de l’attention naitonale qu’avait suscitée le mot « fuck » (baiser). Ainsi donc, je demandai à Brautigan ce qu’il advenait d’eux. Il donnait en plein dans leurs signes extérieurs. Neal me rappelait les gens avec qui j’avais glandé dans les années 50 depuis Denver jusqu’à K.C. Je m’entendais bien avec lui et, plus tard, quand Ginsberg revint d’Inde en 63, lui et Neal allaient partager l’appart de Gough Street avec moi. Je crois que Ginsberg connaissait le côté sauvage de Neal et qu’il me considérait comme une force stabilisatrice. Ainsi, j’emmenais Neal avec moi, à moto, pour qu’il se rende à son boulot, dans un magasin de pneus Goodyear situé sur Van Ness, puis j’allais à mon propre boulot, à l’imprimerie, comme les gens ringards des années 50 dont les jeunes parlent aujourd’hui. Eh bien, avec tout le cirque qu’il y avait en ville, ça n’allait pas durer longtemps !
Quelqu’un vient justement de m’envoyer une note disant que Bo Diddley est mort. Il venait de l’ancienne musique de rhythm’n’blues et de couleur que j’écoutais dans les années 50. Il était l’un des nombreux originaux qui n’ont pas reçu leur dû, du moins pleinement. Une anecdote, à ce propos : Nous vivions à un pâté de maisons ou deux de l’Avalon Ballroom, dans un appart où nous imprimions Zap, et nous organisions des soirées à poil et quelqu’un nous avait rendu visite pour nous dire de nous amener et d’aller voir le groupe qu’il faisait passer. Un drôle de nom : Pink Floyd. Un autre « nom étrange » jouait à l’Avalon à cette époque où le groupe du jour faisait salle comble, attirant des foules de hippies et jouant à fond une musique psychédélique dans des flashes de lumières stroboscopiques. Une nuit, on avait baissé les lumières et il y avait une douzaine de personnes à peu près. Bo Diddley prit place au bas de la scène, sur le devant du parquet de danse et commença par dire : « Merci, merci, merci ! Et me voici, maintenant, et je vais jouer rien que pour VOUS ! », comme s’il avait voulu insister sur l’absence d’héritage culturel, éducatif et branché des nouveaux arrivages de jeunes. Naturellement, comme nous vivions au même endroit, nous avions des billets de faveur déposés à City Lights pour aller voir Janis Joplin & Big Brother au Fillmore, quelques pâtés de maisons plus loin, dans la direction opposée. Après être passés à City Lights pour prendre les billets, la nuit s’élargit avec d’autres endroits encore où faire un arrêt, nous mettre à planer et, finalement, louper une performance historiquement importante là où les Joplin, Doors, Dylan, Rolling Stones et autres Beatles allaient bientôt réintroduire la grande musique traditionnelle qui avait été oubliée.
Bien que San Francisco dût devenir une ville bâtie sur le rock’n’roll dans les années 60, alle allait finalement devoir payer un tribut au jazz et au blues de Kansas City des années 50 pour parachever sa grandeur. Ma nostalgie couvrait les deux décennies.
tornadocover.jpg



D’après les interviews que j’ai lues, vous avez été très branché sur les drogues. Des gens comme Bukowski ont juré que la boisson, la bringue, etc. étaient essentielles dans son processus de création. Rétrospectivement, tout ce LSD et le reste, était-ce une entrave ou un adjuvant ?

C’est la vieille question « à plusieurs niveaux », comme nous le disions si souvent, durant cette période. Quelqu’un avait fait remarquer qu’il pensait que nous étions en permanence sur un élévateur ! Il est difficile de répondre. La chimie du cerveau va toujours à l’infini dans de nouveaux territoires. À coup sûr, la spontanéité et l’improvisation dans le lobe frontal sont stimulées quand on retient toute cette fumée de cannabis. Les associations semblent favorables et utiles pour les musiciens de jazz, par exemple, et ça a probablement été prouvé par des expériences anecdotiques et par l’empirisme. Le cannabis, dans d’autres arts qui requièrent en même temps des motifs critiques et symboliques de l’œil au lieu de l’oreille, et toute l’implication entre le langage et le cerveau, semble davantage problématique. Il est essentiel pour les gens créatifs d’emprunter cette voie de l’excès, à moins que, d’aventure, ils ne soient innocents ou idiots. Il me serait impossible de peser ces apports via une étude tellement vague, avec un si grand nombre de variables, de ce qu’est que le substrat de la personnalité sur une masse biochimique. L’étude du cas le plus concret en resterait probablement à Kublaï Khan. Il est étrange que deux des forces les plus motivantes pour l’homme moderne qui apparaissent au sommet du paradigme sont la drogue et l’argent. Dans la colonne B, le sexe et le rock’n’roll. Ou peut-être le sexe tout au-dessus.

Albert Hofmann désapprouvait l’usage récréatif du LSD. Il estimait que les jeunes devraient l’utilioser de façon plus rituelle. C’est votre avis ?
Ouais, j’ai lu sa notice nécrologique récente et j’ai dit que c’était le gars qui utilisait du pain de seigle pour ses toasts et son thé. Oui, il y avait un conseil intelligent dans la notice nécrologique. Le juste milieu est toujours un bon conseil. J’étais plus profondément concerné par la variété que par la quantité. Même avec la benzédrine des années 50, mon corps aurait besoin d’interruptions pour récupérer au lieu de maximaliser le tout, ce qui semblait être une approche universelle pour beaucoup, dans le genre compétition plutôt que selon ce qu’aurait dicté le bon sens commun. Il y avait une certaine excitation à suivre en compagnie de Neal la piste des amphés mais, en réalité, plus il en consommait, plutôt les symptômes de consommation excessive entraient en jeu et son souci de défendre son titre de parleur le plus rapide de l’Ouest devenait plus lassant. Ainsi, il y a toujours un sommet à partir duquel la force rétrograde vers les réalités entropiques.
Il y a toujours eu une demande implicite d’ouverture des portes de l’univers intérieur. Je me souviens de ce que, juste avant l’explosion de Haight, nous étions une flopée à être en plein trip dans un appart au bas de la rue, plus bas que chez McClure. Nous avions fermé les portes à clef et nous exprimions une certaine crainte à propos de retourner là-bas à nouveau. Il y avait des motifs de crainte tout le long du chemin. Les miroires allaient changer votre visage en d’autres visages. Evidemment, c’étaient des fioles Sandoz à l’époque, à moins que Owsley ne fût déjà apparu, alors…Enfin, l’un et l’autre, c’était de la marchandise pure et seuls des fous n’auraient pas eu de trépidations personnelles ou de contre-indications. McClure s’est amené à la porte à peu près au même moment où nous nous dissolvions dans le trip et nous ne l’avons pas laissé entrer. Il avait l’air de plaisanter à propos des trips et c’était très inquiétant pour nous parce que nous avions quitté pour de bon la voie des paysages connus. Je ne sais pas si oui ou non il avait quelque expérience à ce sujet, à l’époque, mais je suis sûr qu’il en aurait pris en se faisant accompagner de ses amis médecins ou, du moins, dans des circonstances très fiables. Il ne fallait pas jouer avec cela dans les environnements normaux de la société. Je tremble rien qu’à imaginer comment les jeunes pourraient en prendre de façon aussi désinvolte. Bien sûr, je ne sais pas à quel degré les doses étaient diluées ou contaminées dès les tout premiers jours. Même une décennie plus tôt, dans les années 50, avec le peyotl, nous gravitions naturellement vers un comportement rituel là-bas dans le fond, vers les berges du cours d’eau. L’expérience en elle-même semblait requérir la cérémonie au moins d’une distorsion dans le souiffle d’une force plus élevée. Je viens de voir une stupide émission de TV sur le peyotl et d’autres expériences flashantes en provenance d’anciens chercheurs s’intéressant à Leary et à Haight. Mon Dieu ! Eh bien, ça montre que la culture est ce qu’il y a de plus contaminé. Et je me suis mis à penser à toutes les distinctions cool et branchées entourant les joints de mes jeunes années et, ensuite, j’ai essayé de m’imaginer Laura Bush et ses amis de l’amicale de l’université en train de fumer de la marihuana. Ha ! La dévaluation et la déflation dissolvent ce qui est mythique. La teinture de l’esprit n’a plus de but une fois qu’elle est moulue dans les saloperies toxiques qui se traînent le long de la voix publique expresse de la technologie accessible à tous. Dieu ne nous donnera que ce que nos mains peuvent faire et ce que nos cerveaux pourront découvrir dans la science. Notre esprit n’a pas jailli de notre image debout. La chimie des drogues se contente de remuer la gueule. Certains aiment se libérer des filets de sécurité sociale, ils haïssent les contrôles et ils chantent la liberté d’effectuer le grand plongeon cosmique. Hart Crane a dit que le fond de la mer était cruel.
city.jpg

City Lights 1963: Phil Whalen, Bob Branaman, Gary Goodrow, Allen Ginsberg, Bob Kaufman, Larry Ferlinghetti, Alan Russo, Charles Plymell


Un grand nombre d’entre nous, les petits imprimeurs, ont des doléances à l’égard de l’« Académie ». Vous aviez une petite presse et ce n’est pas le grand amour non plus entre vous et l’Académie…

Je ne suis plus impliqué là-dedans d’une façon ou d’une autre. La publication a changé beaucoup depuis que j’ai été actif dans le domaine. De toute façon, j’étais quelqu’un qui devait être radié de la liste des donations pour appartenance à des associations d’anciens universitaires. Toute activité institutionnelle a toujours besoin d’un souffre-douleur ou d’un bouc émissaire. De façon assez ironique, il s’agit toujours de la personne qui aurait pu en tirer le meilleur profit. Après une vie d’engagement, je ne lis ma poésie que lorsque des amis organisent un rassemblement intéressant ou lorsqu’un pays à la culture florissante m’invite à un forum. Je suis probablement l’un des rares poètes à avoir besoin d’honoraires pour vivre plutôt que d’un rappel de son curriculum vitae. Si je puis ajouter un peu de rab à mon chèque de sécurité sociale d’à peine 700 dollars par mois, je le fais. Sur le plan des publications, je ne vois plus de poésie et je lis surtout de la physique et je passe de longues nuits à réfléchir à ce que je ne comprends pas et, parfois, je lis ce que mes copains des « comix » me font parvenir. Si je veux conserver des pensées sous forme de combinaisons verbales que j’aimerais revoir, ou si je veux avoir quelque chose à proposer à mes invités, etc., je l’imprime en privé. Cette façon de faire et l’impression on-line, c’est beaucoup plus simple et ça coûte vraiment peu, il n’y a pas de frais de stockage, etc. Je n’ai plus rien à voir avec la subsidiation des publications depuis les années 70. Cela m’a pris un bout de temps avant de comprendre que tout financement, qu’il soit privé ou public, n’aurait rien à voir avec moi. Ma femme me l’a déjà dit il y a bien longtemps. Les gens m’envoient toujours des bouquins dédiés à leur premier maître et flanqués de tout ce blabla reprenant les subventions et distinctions qu’ils ont reçues. Je vois les noms qui réapparaissaient sur le plan du financement lorsque les petites publications sont entrées sur le net : il est assez facile de voir la corruption et de voir qui était l’ami de qui. Je les liquide. Progressivement, j’en reçois moins. J’ai utilisé l’analogie avec le bureau de l’agriculture qui voulait aider les petits fermiers au moyen de subsides. Ils ont gardé l’administration pour eux-mêmes jusqu’au moment où les bureaucraties l’ont emporté sur les petits fermiers. Où il est, ce petit fermier, aujourd’hui ? Peut-être Willie Nelson le sait-il, lui ! Tout le reste, ce sont des spéculateurs qui ont manipulé les subsides. Le monde universitaire et les politicards traditionnels se récompenseront toujours eux-mêmes d’abord et ils créeront leurs légions pour favoriser leurs propres organisations. Au nom du lait ou au nom de l’art, toutes les petites villes ont leurs produits subsidiés et homogénéisés, à l’ère du vinyle.
neon.jpg


Dans une interview accordée à Jon Randall, vous disiez que Ginsberg souscrivait à tout ce qui était politiquement correct et profitablement correct. À une certaine époque, ç’avait été dans la publicité, non ?
J’ai toujours pensé que c’était apparent. Je me rappelle l’avoir emmené à une réunion de dotation nationale où il fit en sorte qu’aussitôt, il parvint à décrocher des subsides pour lui et Peter et tous ses copains du Lower East Side, dont certains m’avaient demandé d’écrire sur eux. À peu près à la même époque, mon ami Rod McKuen était en ville et je lui avais demandé s’il ne pouvait rien faire pour aider Cherry Valley Editions et j’avais demandé à Allen de lire avec pour une soirée bénéfices, mais Allen dit que cela devrait se faire ailleurs et au Kansas, Il ne voulait offenser personne de sa circonscription. Cela, après que je l’avais introduit à sa grande lecture à la bibliothèque Shakespeare de Folger. Il me dit, la première fois que nous nous rencontrâmes, qu’il avait travaillé comme chercheur de marché. Si c’était le cas, je pensais qu’il utilisait toutes ces ficelles à bon escient pour goupiller sa carrière. Il était excellent dans ce genre de chose. Je pensais que c’était une bonne chose à avoir, mais ça demandait un tas de boulot. Il était au téléphone, cette fois. Je ne pense pas que Burroughs faisait de la pub, mais il aimait que d’autres fassent la sienne. Comme il disait : et vous pas ? Bremser, lui, c’était pas le genre. Neal, lui, c’était justement sa force.

Nous avons un ami commun, Hugh Fox, une icône de la scène des petits éditeurs. Récemment, Ibbetson Street Press a publié ses mémoires controversés : Way, Way Off the Road. Comment vous, les gars, vous êtes-vous connectés, à l’époque ?

J’ai connu Hugh surtout à l’époque de l’édition, dans les années 70. Nous avons publié son bouquin et il était copain avec la mère de Pam, Mary Beach, et son mari Claude Pélieu. Il s’en allait toujours à KC ou à Rio avec des histoires incongrues d’un très grand intérêt. Tout ce dont il avait besoin, c’était de quelqu’un qui lui cherchât un marché ! Eh bien, nous étions au Nouveau-Mexique pour une conférence sur la littérature, voici trente ou quarante ans et je m’assis dans un endroit où il y avait des présentations et une bonne femme sur son trente et un vient de mon côté. C’était Hugh ! Plus tard, nous sommes allés à une party, à la maison d’un Mexicain, à l’intérieur du pays. C’était un écrivain dont j’ai oublié le nom, mais le le voyais partout, à l’époque. Manifestement, il avait des lins avec le directeur des programmes qui finit par être soûl et qui se mit à me peloter. Plus tard, à l’hôtel, la directeur eut la chambre en face de la mienne et il ouvrit sa porte, sortit sa bite. Il voulait que je la lui suce. Elle était petite, sombre et recourbée, de sorte que je refusai. Je ne sus jamais si c’était la grande demande ou pas. Cela me frustra parce que j’avais entendu des histoires de gens qui avaient du pouvoir au niveau du gouvernement et qui vendaient leur influence moyennant des rapports sexuels et des histoires du même tonneau, maios je ne connaissais pas le protocole. Pas étonnant qu’ils se fussent donné le nom de fraternités ou confréries. Je présume que ça continue de la sorte aujourd’hui pour beaucoup de gens, comme le foot taper. C’était si peu romantique, mais le sexe sur la scène beat, c’était comme ça aussi. La majeure partie de l’affaire, c’était une industrie du genre service, quasiment clinique. J’avais besoin de faire plus de recherche, dans ce secteur. Au Kansas, tout était considéré comme allant de soi, mais ce n’était pas lié au pouvoir, de sorte que je me sentais comme les hippies ignorants, pas de copains malins, pas de liens avec l’éducation, pas de subventions !

Un ami à moi, Jack Powers, qui a fondé Stone Soup Poets à Boston, dit que « On the Road » de Kerouac l’a libéré des contraintes de son contexte catholique irlandais de Boston. Comment cela vous a-t-il affecté ? Vous avez écrit un bouquin sur un thème similaire : « Last of the Moccasins »…

Ouais, je me souviens de Jack. Il m’avait fait écouter « Blues Eyes Crying in the Rain », de Willie Nelson, au Stone Soup. Je présume que les rebelles d’Austin commençaient à se faire connaître, à l’époque. La version de Willie en était vraiument une, naturellement. Jack m’a regardé avec un regard sans expression quand je lui ai dit que ma mère me la chantait déjà dans le temps. Elle l’avait appris de Roy Acuff à la radio. Le bouquin de Kerouac a été une catharsis pour des tas de jeunots de par le monde entier. Je ne l’ai jamais lu. Neal m’en lisait des passages et j’en ai découvert d’autres dans des anthologies de littérature. Ma catharsis ne peut sans doute pas être mise en rapport avec un événement. Elle était rpobablement sur la route. Je ne suis pas sûr de la ligne du temps quand il écrivit son bouquin, mais j’avais décidément campé à l’arrière d’un vieux camion International (à peu près la même année que l’autocar Further original) et j’avais conduit une Buick 39 de l’autre côté des Rocheuses. J’étais probablement dans les Dakota, à ce moment, dormant dans la prairie. Et, en 52, je retournais à KC pour écouter Jay McShann et, plus tard, Charley Parker. Il était plus vieux et avait une bonne oreille pour le jazz et il était l’un des rares poètes capables de mettre de la poésie dessus. Allen me lisait ses poèmes de Mexico City Blues. Je ne suis jamais entré dans sa prose. À l’exception de son jazz, je ne fus pas impressionné par lui et je pensais que la plupart des gens de la Beat étaient assez ringards, dans les débuts. Je croyais que Huncke était un véritable hipster, Neal un phénomène et que Burroughs supplantait toutes les étiquettes. Ma jeunesse fut très éloignée des mentalités de ward-heads des villes de la côte est. La géographie culturelle était différente. Ma géographie allait du Mississippi à la Californie. La liberté géographique expansive était une catharsis continuelle, pour moi, avec peut-être un peu de peyotl ajouté à la définition médicale ! City Lights publia mon bouquin et, à peu près en même temps, refusa un livre de Kerouac et un autre de Burroughs, ds sorte que je ne sais pas quelle était la situation de l’édition. Mon bouquin se trouvait sur bien des rayons et sans paiement de droits d’auteur. Europa Verlag en Autriche l’a publié et j’ai dû partager l’avance avec City Lights. Plus tard, mes droits furent retransférés et le livre ressortit chez Mother Road, avec la fabuleuse couverture de l’artiste renommé Robert Williams, qui déclara qu’il n’était pas un artiste pour couverture mais qu’il en avait fait une pour moi en raison de mon histoire avec les Comix, du fait que j’avais été le premier éditeur de Zap et que j’étais également le premier à avoir imprimé S. Clay Wilson quand nous vivions à Lawrence, Kansas. En attendant, j’ai refilé mon dernier exemplaire du bouquin avec la couverture de Robert Williams à un collectionneur, un type sourd qui passait par hasard et que j’avais rencontré lors d’une séance de signature de Robert Williams à NYC, voici des années. De sorte que cette publication est rapidement devenue très rare mais quelqu’un (je me demande bien qui) a finalement sorti la version City Lights des caves et les libraires et les collectionneurs ont la première édition de City Lights en vente un peu partout, désormais. J’ai trouvé ça dur, de devoir partager avec des beatniks millionnaires !
cp neal cassady 1963.jpg


Avec Neal Cassidy en 1963

En tant que petit éditeur, je suis intéressé d’en savoir plus sur la petite maison d’édition que vous avez fondée, « Cherry Valley »…

Il serait impossible de faire la liste des publications. Une partie a commencé avec Josh Norton, ici, à Cherry Valley, où nous avons reçu une ou deux petites subventions pour publier, et des poètes et écrivains célèbres ont apporté du travail et des donations. Pam Beach Plymell en sait davantage à ce sujet. Elle l’est également à propos de sa mère, feue Mary Beach, et du volumineux travail de traduction de bouuqins beat de son mari, Claude Pélieu, de leurs propres publications et de leurs archives d’arts visuels. La renommée, c’est ce qui vend les indépendants. Et il vaut mieux faire partie de quelque chose comme un mouvement ou lié aux résultats pour vendre des œuvres originales, de nos jours. Il y a très peu de littérature, chez les éditeurs plus importants. La majeure partie de ce qu’ils font est réservée à des gens qui sont connus à la télévision afin qu’on ait une copie tangible de ce qu’ils pensent. Le livre est devenu plus un phénomène d’archivation et davantage un objet en soi pour les artistes moins connus de notre époque. Nous n’avons pas d’archives pour Cherry Valley. Nous les avons vendues pour assurer nos besoins vitaux. L’université d’État de Wichita en a de complètes, je pense, et Byron Coley et Thurston Moore, à eux deux, en ont de complètes aussi à leur Yod Space de Florence. Ils ont rencontré le dernier poète artiste restant, qu’ils n’avaient pas et que nous avons publié, Paul Grillo, lors de l’expo de Claude et Mary à NYC organisée par John McWhinnie l’automne dernier.

Quels sont les poètes vivants ou morts qui correspondent à vos normes personnelles ?

Je ne subis pas de nouvelles influences parce que je lis surtout de la physique et de la science et des choses que je ne puis comprendre. Je pense que le plus grand esprit poétique de ce pays a été Loren Eiseley. Sa palette était aussi étendue que celle de Shakespeare. Je pensais qu’il n’avait pas un véhicule en prosodie formelle et en genre comme celui de Shakespeare pour utiliser la poésie et que sa prose, dans ses livres, comme « The Star Thrower », était plus poétique que la plupart des œuvres poétiques en général. Fou que j’étais, j’ai essayé de lui suggérer la chose et il m’a répondu humblement qu’il faisait beaucoup d’efforts pour essayer de placer ses mots de façon à ce que l’agencement lui plaise ou quelque chose du genre. Quand je suis allé le voir à son bureau au musée de l’Université de Pennsylvanie, je fus comme pétrifié sur place quand il sortit de son bureau. Un regard sur sa présence tout aussi minuscule m’incita à filer en douce, comme un rat, du musée. Je ne sais pas pourquoi. Son esprit sur la Platte et le mien sur le Cimarron doivent avoir fusionné à Cathedral Rocks, sur la piste nord-sud où l’on entendit la voix de la cérémonie de la « tente agitée », une catharsis sur la piste, en effet. Hart Crane, sorti d’Akron, avant l’industrie littéraire à fric, à l’époque où nous savions ce que coûtait une vraie bouteille de lait, écrivait : « Ils ont joué des ragtimes et des danses à notre porte / et nous les avons surpayé parce que nous en avions envie. » Quelques bouts de viande de Pound, ses admirables traductions – avec Noel Stock – de l’époque de Cléopâtre, prises sur les hiéroglyphes des poteries brisées, ont des allures didactiques ; elles proviennent de la vie de tous les jours, c’est très dans le genre de ce que les poètes m’envoient aujourd’hui. Les « poètes des Iles » et toutes les allusions historiques d’Hérodote. Je n’aime pas les pièces fascistes des Grecs. Les pièces m’ennuient toujours, quoi qu’il en soit, sauf « The Iceman Cometh » (Le marchand de glaces est passé) et certaines des « pièces filmées » de Tennessee Williams. Les Sonnets de Shakespeare et la poésie dans ses pièces. Gore Vidal et Burroughs demeurent toujours actuels. J. H. Fabre, le poète français de la science, les sociétés d’insectes de Wilson. Le dernier écrivain que j’ai lu (je ne lis totalement les œuvres difficiles, mais je picore dedans et je lis des extraits pour réfléchir ou pour guider mes rêves) : « Entangled Minds » de Dean Radin, « Wholeness and the Implicate Order » de David Bohm, bien qu’il se soit mis à blablater et à se réfugier dans le Za Zen, à l’instar de Gary Snyder ou l’un ou l’autre ; Richard Dawkins, « The Selfish Dream », Nadeau et « The Non-Local Universe » de Kafatos, « Body Lectric » de Becker & Seldon, qui a trait aux raisons qui pourraient disperser ou retarder l’intellect national. Cela explique aussi certains trucs de ma propre « voie vers la catharsis » en me rééclairant sur le fait que mes jeunes années se sont passées uniquement avec l’électricité de la terre, qui a une extrémité ouverte, plutôt qu’avec l’électricité produite par l’homme, qui est en circuit fermé. Les autres livres et lectures ont servi à m’aider à concrétiser une théorie que j’imagine depuis longtemps ; des endroits à force de gravité plus faible en tant qu’infime mesure de la force magnétique plus puissante.

---- Doug Holder/ Ibbetson Update/ Juin 2008/Somerville, Mass.


cp-Charles2.jpg


Charles Plymell Publications

Books:
Apocalypse Rose, Dave Haselwood Books, San Francisco, CA, 1967.
Neon Poems, Atom Mind Publications, Syracuse, NY, 1970.
The Last of the Moccasins, City Lights Books, San Francisco, CA, 1971; Mother Road Publications, 1996.
Moccasins Ein Beat-Kaleidoskop, Europaverlag, Vienna, Austria, 1980.
Over the Stage of Kansas, Telephone Books, NYC, 1973.
The Trashing of America, Kulchur Foundation, NYC, 1975.
Blue Orchid Numero Uno, Telephone Books, 1977.
Panik in Dodge City, Expanded Media Editions, Bonn, W. Germany, 1981.
Forever Wider, 1954-1984, Scarecrow Press, Metuchen, NJ, 1985.
Was Poe Afraid?, Bogg Publications, Arlington, VA, 1990.
Hand on the Doorknob, Water Row Books, Sudbury, MA, 2000

Anthologies:
Mark in Time, New Glide Publications, San Francisco, CA, 1971.
And The Roses Race Around Her Name, Stonehill, NYC, 1975.
Turpentin on the Rocks, Maro Verlag, Augsburg, W. Germany, 1978.
A Quois Bon, Le Soleil Noir, Paris, France, 1978.
Planet Detroit, Anthology of Urban Poetry, Detroit, MI, 1983.
Second Coming Anthology, Second Coming Press, San Francisco, CA, 1984.
The World, Crown Publishers, 1991.
Editors' Choice III, The Spirit That Moves Us, New York, 1992.
The Age of Koestler, The Spirit of the Wind Press, Kalamazoo, MI, 1995.
mime-attachment.jpeg

01/04/2009

Moi, je lis le prince Pélieu.....

Ce texte est extrait du recueil collectif autour de Pélieu en librairie sous peu....

cut up couv.jpg


Butagaz



Texte inédit écrit à Colleville en novembre 1993, Butagaz se présente comme une série de notes éparses sur le collage, rédigées en préparation d’une interview de Claude Pélieu par Bruno Sourdin. Butagaz présente de façon clairvoyante et magistrale la vision qu’avait Claude Pélieu du collage et de l’inscription de l’art dans l’histoire.


Cue Cards
for an interview, Déc 93
the one & only
galerie Galea
Elvire Alerini
Centre d’Art Contemporain
& FRAC
Collages – murs d’écrans d’un monde fragmenté. Troubles, séduction, amusement.
Fashion, TV, Spectacles, Advertisement : l’art du 20e siècle.
Le collagiste fait bien ce qu’il fait. Si il le fait mal il recommence encore et encore pour que tout soit OK.
Si la peinture est une plaie ouverte le collage est un pansement sur le film de notre culture et de l’histoire. Le collagiste est un moine, un sage, c’est l’infirmier du vide, du tout, du rien. Un moine lumineux et déviant voyageant, immobile, entre nulle part et ailleurs.
Nous sommes, dit-on, dans les milieux spécialisés, bien informés, des héros culturels, des héros jetables, adaptés aux poubelles, plus ou moins bio-dégradables - comme n’importe quels produits de consommation, bien empaquetés, réduits en miettes entre disparition et simulation.
Nouveau degré POP, nouveau langage, nouveaux signes, nouveaux codes, nouvelles mouvances. Ready made et effacements. Empreintes aléatoires anonymes. Farces et attrapes proliférantes.
Répétitions iconiques.
Rites. Mythes. Répétitions médiatiques. Point d’ironie.
Violence diffuse, lointaine.
Mémoire collective du village global menacé. Domaine public.
La vie ne tient qu’à un film. Emotions diluées dans l’éternité, l’éternullité planétaire, le déchet exilé avec les excès du banal et du quotidien.
Collage : hasard et nécessité.
Je suis un junkie de l’image – régleur de code, éboueur de signes – tatouant la peau du langage.
Collisions des regards.
La coupure mesure les dimensions du temps, de l’espace donné, du passé, du présent, du futur.
États de conscience arrachés à l’accidentel.
Négatifs de la mémoire collective.
Ready-mades aidés.
Ready-médusés dit l’un.
Le hasard est toujours l’invité d’honneur dans le Studio Réalité.
Hyperfiction.
Quant aux « détournements » nous n’avons rien inventé.
L’anonyme bazooké choisit l’envers ou l’endroit.
Action-collage :
Une énigme qui tutoie l’oubli, le passé, le présent, le futur.
Vides et pleins qui attirent l’œil du spectateur. Flash griffant, éraflant, retournant le sur le moment, pour le moment, enchantement, ravissemement, puzzle. La réalité désintégrée.
Résidus anonymes.
Dé/collage muet.
Double langage de l’infirmier du vide.
Télé-Karma pour une autre fois.
Hasard et coup de foudre.
Rassurante étrangeté.
Violence en écho réanimant les images mortes des anonymes médusés.
La peau du collage absorbe, avale, déglutit, cautérise.
Visions hygiéniques disjonctées.
La coupure véritable.
La rédition climatisée de l’entre-deux.
C’est bien du réel qu’il s’agit.
Notre culture POP est chic et cool. Bref, on a déjà tout dit, mais pas comme il le fallait.
Note :
Bon encore des idées en l’air.
Incurable interminable baratin de l’artiste, de l’auteur, du critique, du regardeur avec ses passions, ses illusions, ses ouragans de fictions, ses effractions paisibles.
Bon encore des mots.
L’image-image, le vulgaire, le toc, le vu, l’entendu, le pire, le meilleur, l’imagisme unique et fragmentaire. Bon que dire – le collectionneur PRIVÉ, anonyme en général, a plus d’importance pour l’artiste que l’Administration Totale qui passe les commandes – et que dire des chemins de croix dans l’espace muséal où règne l’éternullité de ces personnes « déplacées » que nous sommes.
Bon, personnellement, un livre de plus, de moins, une expo, une rétro, tout ça m’est égal.
Je suis totalement indifférent, sauf à la moindre des choses.
Bon, encore des paroles en l’air.
Tout peut arriver – par hasard – voilà.
Seule la misère physique et morale est universelle.
Quand on entre dans le village global pop on se retrouve toujours en équilibre précaire. L’exil ne se nourrit plus des ordures imbéciles des souvenirs.
La mémoire nomade du collagiste ose tout et ranime l’histoire du regard moderne.
Espace muséal saturé d’objets inertes et morts. Espace bureaucratique d’une culture niant l’unité de l’âme et du corps, effaçant la modernité, désarmorçant les créations libertaires.
Les consommateurs de la culture et les abonnés toujours absents empoisonnent le radar-lecture, vont de régression en régression.
Le collage s’inscrit dans la chair de l’icône, l’image d’image. Le collagiste fait ce qu’il veut envers et contre tous, traquant le secret d’un mystère, la pièce manquante du puzzle.
Le sens commun du collage :
utiliser les mêmes images qui circulent et s’échangent entre les mondes.
Le non-sens du collage :
conjurer les stratégies perverses et criminelles du médium télévisuel et de la publicité.
Le collage transforme et recycle ce qui est. Donne à voir ce qui devrait être.
Héros jetables célébrant la fin de l’immortalité et de l’événement culturel.
Innocence, plaisir, jeu, dérive, tout ça au cœur d’un univers schizo post-industriel où tout est culture business et management, politiquement correct. Alors coller, déchirer, couper, assembler. Là où il y a à voir se trame le pire, de la politique globale à la détresse du quotidien. Le collage est un moyen de transport.
L’art n’a aucune efficacité politique directe.
La politique n’admet aucun poète, la poésie ne sert aucune idéologie, aucune religion.
L’art ne peut pas être utilisé à des fins de propagande ou de religion.
Warhol et Cézanne allaient à la messe. Les œuvres dites « mystiques » ou engagées en politique restent dans l’estomac des partis et des églises. Il arrive que poètes et artistes entrent dans l’action politique directe, mais là ils abandonnent leurs activités consciemment pour s’y consacrer. Ce sont les idiots, pour ou contre, qui ne digèrent pas. J. G. a bien démontré tout cela.
Si je savais ce qu’est la vie, l’art, Dieu, l’univers, je serais philosophe et j’écrirais des livres.
Malgré le « chiant » institutionnalisme, médiatisé, l’art et l’histoire continuent. Nous en sommes « ready-médusés ».
Censure, crise du sida, marasmes économiques, la planète livrée aux éléments refoulés, à l’intolérance, à la cruauté, à la violence, affectent chacun d’entre nous de près ou de loin.
Les Sous-Cultures mises au monde par l’ancienne contre-culture et la « pop culture » ont poussé la « génération de l’image » - toutes les étiquettes se liquéfient dans le miroir faussé de la culture dominante de tous les pays qui récupère tous ces ratages.
L’inquiétante étrangeté, les clichés médiatiques des contrôleurs et des spécialistes, ceux du monde de l’art, de l’Administration Totale, sont autant de poisons qui déstabilisent et anéantissent ce qui devient de l’art, du « grand art ».
Critiques, conservateurs, archivistes, commissaires, agents très spéciaux, théoriciens, font des artistes ce qu’ils veulent. Artistes sérieux, artistes ratés, artistes maudits, artistes grabataires, artistes mondains, artistes datés, oubliés, standardisés, vidés, officiels, etc. Par exemple : Toute l’Histoire du Rock issue de la culture populaire est reléguée aux oubliettes – le Président Clinton est plus jeune que Mick Jagger – l’art n’est pas de la culture, le travail de l’artiste n’est pas un bilan façonné par la Machine de Contrôle. Tous ces petits bidules + ou – subversifs, osés, bien léchés, bricolés hi-tech, ne nous révèlent aucun mystère. « L’art du collage » : jeu, amusement, farce, mystère, magie, poésie – tout ceci appartient à tout le monde et chacun peut en faire à sa tête.
Infection focale et vocale du « ready-made aidé » nourrit encore la notion d’objet d’art.
Nous savons tout de l’Industrie Culturelle, la Culture dominante, l’effondrement des idéologies, la disparition des utopies, le marché de l’art, les politiques culturelles, le pilonnage médiatique.
Collage, assemblage, montage, ce sont des mots de passe, des pansements sans discours, un dialogue obsolète historique.
Il n’y a pas de « raison d’être », il est merveilleux d’être sans fondations, sans racines, sans langage, redevables à personne.
Colleville, novembre 1993.

Et en prime Charley Plymell en train de lire ses textes, vous êtes gâté vous!!!!!