04.01.2008

Convoi dangereux

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18.12.2007

Au royaume des aveugles les borgnes n'ont qu'un oeil....

Un fonctionnaire de police devant son écran. La surveillance à distance des ordinateurs privés ne sera autorisée que dans les affaires les plus graves, sous le contrôle de la justice.
Pour combattre le crime organisé et la pédophilie,la future loi d’orientation sur la sécurité va autoriser les services à placer des dispositifs espions sur les Mac et PC.


Les ordinateurs vont-ils devenir les pires ennemis des voyous ?

La police est en passe d’obtenir le droit de placer sur les machines des particuliers et des entreprises des clés de connexion, souvent semblables à des clés USB, pour espionner des suspects dans le cadre d’enquêtes sur la délinquance organisée.

Elle pourra même installer à distance des logiciels pirates, sortes de chevaux de Troie, qui la renseigneront en temps réel sur tout ce qui entre et sort d’un PC ou d’un Mac. Cette autorisation spéciale devrait figurer noir sur blanc dans la future loi d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure (Lopsi 2) que Michèle Alliot-Marie présentera en Conseil des ministres au début de l’année prochaine.

Ce superpouvoir sera bien sûr placé sous le contrôle du juge d’instruction, mais aussi du juge des libertés et de la détention (JLD), notamment pour les en quêtes préliminaires. Et accordé uniquement dans les affaires les plus graves (terrorisme, pédophilie, meurtre, torture, trafic d’ar mes et de stupéfiants, enlèvement, séquestration, proxénétisme, extorsion, fausse monnaie, blanchiment et aide à l’entrée et séjour d’un étranger), dès lors que les faits sont commis en bande.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, la justice ne pouvait autoriser jusqu’alors que le placement de caméras et de mi cros espions dans les lieux privés. Elle n’avait pas le droit d’intervenir de façon occulte sur les ordinateurs qui restaient des sanctuaires, sauf peut-être pour les services de renseignements…

Certes, la police et la gendarmerie pouvaient exiger des informations auprès des fournisseurs d’accès à Internet. Mais les obstacles restaient innombrables.

«Pour échapper aux écoutes sur les téléphones mobiles, par exemple, les gros trafiquants communiquent désormais via leur ordinateur grâce au protocole du logiciel Skype, entièrement crypté. Et la police devient sourde !», déplore un commissaire de la police judiciaire.

Puiser l’information à la source

Autre problème : la taille grandissante des flux de communi cation sur Internet. Les accès des simples particuliers peuvent véhiculer jusqu’à 100 mégas d’informations en instantané. La police ne peut plus tout capter via les fournisseurs qui lui réclament d’ailleurs des frais assez élevés pour répondre à ses réquisitions.

Pour surmonter ces difficultés, la loi va donc permettre à la police de puiser l’information à la source, directement sur la machine.

Comment procédera-t-elle ? Le plus rapide consiste à installer à distance un logiciel espion, ou spyware. Mais de nombreux usagers d’Internet sont désormais équipés de logiciels de nettoyage. La police peut négocier avec les éditeurs de ces anges gardiens in formatiques en leur demandant de ne pas signaler à l’usager la présence de son spyware d’enquête.

Mais elle ne parviendra pas à tous les convaincre. Au reste, «quelle serait sa responsabilité si un hacker (pirate) détournait son programme couvert par en sécurité des systèmes d’information.

La police devra donc entrer dans les locaux privés pour placer son dispositif, pas plus gros qu’un morceau de sucre. Et les serruriers vont sans doute connaître un regain d’activité…


Pour remonter à la source et lire LE FIGARO

22.05.2007

Les fabuleux dessins de Pierre Ballouhey

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Un enfant de coeur (extrait)

Marguerite ne perdait pas une miette de mon récit, cela devait lui sembler si abracadabrant. Elle n’a pas eu besoin de me prier pour que je continue mes explications. Parfois elle me disait :
— Bon, tu me diras le reste demain.
Alors j’attendais avec impatience de la revoir pour lui raconter la suite. Une soirée sans Margueritte me paraissait longue.
— Alors t’es prête à entendre la suite, je lui demandais.
— Oui, allez vas-y…
— Au village, à la fin de ma première année scolaire, j’ai eu droit à un prix d’acrobatie. Tout le monde a ri, sauf moi. Je l’ai déchiré leur prix. L’institutrice a prétendu qu’il valait mieux m’avoir comme cireur de parquet et que j’allais coûter cher en fonds de culotte à mes parents. Je passais plus de temps sous la table que dessus. Je ne comprenais pas encore qu’il fallait rester toute la journée sans bouger. Lors d’une inspection, elle nous a fait un cours sur la pomme. À la mienne, il ne restait que le trognon. J’ai su rapidement lire et écrire, alors je suis passé dans la classe des grands. En écoutant leurs leçons je m’ennuyais moins.
En attendant que passe la journée, je regardais dans la bibliothèque, une grande armoire aux portes vitrées. S’y entassaient les éprouvettes, les flacons de couleur, les bocaux contenant, conservés dans le formol, crapauds, vipères, couleuvres, courtilières. Des boîtes, aux couvercles transparents, renfermaient la collection d’insectes exotiques : mygales, papillons verts et jaunes, phosphorescents, poilus, monstrueux, carnivores, capturés à l’autre bout du monde, dans des expéditions meurtrières au fond d’une jungle impénétrable. Je tremblais de frayeur de savoir qu’un jour ces monstres pourraient retirer l’aiguille qui les perforait de part en part et les clouait sur le support de liège.
Une mouette, toutes ailes déployées, prenait son éternel envol au-dessus de ma tête. Elle était venue, lors d’une violente tempête, mourir de ses blessures dans la cour de l’école. Elle demeurait figée, posée là-haut sur le meuble. Je la regardais en imaginant que, moi aussi, je saurais voler bien que n’ayant pas d’ailes, je parcourrais le monde. L’école ne m’a jamais plu, je n’aimais que le dessin, les voyages et les histoires dans les livres, le reste m’ennuyait. Le calcul mental m’amusait aussi. Je répondais souvent le premier.
Même le Père, qui ne savait ni lire ni écrire, comptait avec ses doigts. Il rabattait de la main gauche le petit doigt de la main droite, pour un, et finissait par le pouce pour cinq. Il a appris ainsi. Le Père m’avait demandé de lui enseigner à écrire son nom, juste cela, pas plus.
Lui, qui de sa vie n’avait jamais connu que la pelle et la pioche avec ses larges mains de bois, suait et s’escrimait à poser les lettres les unes derrière les autres, en essayant de tenir un porte-plume. Il voulait apprendre la graphie de son nom, au lieu de paraître idiot et de tremper le doigt dans l’encre pour signer. Il s’appliquait des heures à recopier la même lettre de gauche à droite. Ne l’intéressaient que celles nécessaires à son projet. Je passais ces moments à côté de lui. Je lui tenais la main pour qu’il les dessine correctement et qu’apparaisse le miracle. Alors, heureux, il prenait sa feuille, se massait le front et la regardait comme pour se venger de son destin. Il pliait les papiers soigneusement et les rangeait au fond de sa veste en velours.
Ce sont les seuls instants de sérénité que j’ai gardés de lui. Il aurait tant voulu apprendre ce qu’on nous enseignait à l’école. Il était fier que je connaisse cela et désirait que j’étudie pour lui. Son existence ne valait pas un coup de trique. La souffrance l’avait poursuivi partout. Il était plus résigné que jamais, comprenant que ses enfants, simplement parce qu’ils lisaient et écrivaient, en savaient déjà plus et s’en sortiraient mieux que lui qui avait traversé tous les coups fourrés de la vie. Il pleurait en regardant son nom écrit de ses propres mains.
Quand on m’a demandé de remplir la fiche pour le recensement je n’ai pas su répondre. Pourquoi on me posait des questions pareilles ? Je ne connaissais ni l’âge ni le lieu de naissance du Père. Je pensais encore que j’allais me distinguer si je demandais ce qu’il fallait inscrire. La seule chose que je pouvais dire c’est que je porte le même nom que lui. Personne ne l’appelait jamais par son nom. Personne ne le connaissait, pas plus que son prénom. On le surnommait Bibi, c’est le diminutif de bicot, c’est tout. À peine si l’on savait d’où il venait. Mais il ne voulait pas y retourner, il avait assez bourlingué, qu’il disait. Alors, il avait posé sa musette dans ce coin de terre, pensant qu’il ne pouvait plus rien changer à son destin. On ignorait son âge exact. Un médecin avait inscrit une date, et un sergent recruteur donné un nom au hasard de l’orthographe, et au suivant. On ne savait rien de lui, sinon qu’il parlait avec un accent difficilement compréhensible.