13.04.2008

L'habit ne fait pas le moine chinois....

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TIBET : Enquête sur une photo manipulée - (*false picture inquiry)
MICHEL COLLON


Regardez bien cette photo « Soldats chinois déguisés en moines », que vous avez sans doute reçue ou recevrez bientôt. Elle circule beaucoup sur le Net, avec le commentaire : « Londres - 20 mars - Le GCHQ, l'agence gouvernementale de communications qui surveille électroniquement la moitié du monde depuis l'espace, a confirmé l'accusation du Dalaï Lama, selon laquelle l'Armée Populaire de Libération chinoise, déguisée en moines, a provoqué les émeutes qui ont tué ou blessé des centaines de Tibétains... »
La photo accusatrice

Cette photo est censée le prouver, et elle a donc indigné beaucoup de gens. Maintenant, regardez attentivement cette photo, et jouons au jeu des sept erreurs...

Les 7 erreurs...
1. Avez-vous déjà vu une « photo - satellite » prise avec un tel angle de vue ?
2. On nous dit que les soldats se déguisent en moines pour jouer les agents provocateurs. Sont-ils assez stupides pour mener une telle opération secrète en pleine rue ?
3. On nous dit que la photo est récente, juste avant les événements. Qu'est-ce qui le prouve ?
4. J'ai interrogé un ami connaissant le Tibet. Il dit que cette photo ne peut avoir été prise ce 14 mars, sous un soleil printanier, car le printemps n'est arrivé que le 21 mars cette année au Tibet.
5. Il me dit aussi que ces couleurs des vélo - taxis de Lhassa ont changé à partir de 2005.
6. Il dit également que ces uniformes des policiers ne sont plus utilisés depuis longtemps.
7. Il fallait donc mener une petite enquête qui nous a fait découvrir une toute autre version...

Mais alors d'où vient-elle ?
En réalité, la photo date de 2003. Lors du tournage d'un film, les moines ont refusé de jouer les figurants. Ce sont donc des soldats qui en ont été chargés, et ils reçoivent ici leurs uniformes de figurants. Pratique courante là-bas, semble-t-il. En tout cas, rien à voir avec les récentes images TV montrant des moines exercer des violences et détruire des magasins à Lhassa.
Bon, ça semblait tellement gros qu'il fallait quand même vérifier. Eh bien, en fait, vous pouvez trouver confirmation sur... le site pro-indépendantiste qui diffuse la photo 'accusatrice' :
http://buddhism.kalachakranet.org/chinese-orchestrating-riots-tibet.htm

La photo y est sous-titrée : This is not an uncommon 'tactical move' from the Chinese government, as could be seen on the back-cover of the 2003 annual TCHRD Report
This photo was apparently made when monks refused to play as actors in a movie, so soldiers were ordered to put on robes. (Ceci n'est pas un 'mouvement tactique' inhabituel de la part du gouvernement chinois, comme on peut le voir sur la couverture arrière du rapport 2003 du Tibetan Centre for Human Rights and Democracy. Cette photo semble avoir été prise lorsque des moines ont refusé de jouer dans un film, de sorte que des soldats ont reçu instruction de porter ces robes.)
Interrogé sur cette manipulation, le webmaster du site a répondu qu'il a quand même associé la photo au texte accusant les Chinois « afin de montrer le genre de leurres que les Chinois ont utilisé dans les émeutes récentes ». Chacun appréciera cette déontologie journalistique.
Ensuite, toutes sortes de groupements ont purement et simplement supprimé ce commentaire pour faire croire que la photo était récente et qu'il s'agissait d'une conspiration de l'armée chinoise. Depuis, la photo fait le tour du monde...

"Photos - satellites" ? Ce n'est pas la première fois...
1. Ce n'est pas la première fois qu'on prétend nous démontrer la vérité avec des photos - satellites. En 1990, les Etats-Unis ont prétendu disposer de photos - satellites (qu'ils n'ont jamais montrées) « prouvant » que Saddam Hussein allait envahir l'Arabie Saoudite. Ce truc de diabolisation a joué un grand rôle pour manipuler l'opinion. J'ai analysé ce médiamensonge dans mon livre Attention, médias ! (page 21)
2. En 2003, les Etats-Unis ont diffusé des photos - satellites « prouvant » que l'Irak possédait des armes de destruction massive.
3. Plus récemment, ils ont récidivé contre l'Iran (taisant le fait qu'Israël possède deux cents têtes nucléaires illégales).

Une image peut-elle mentir ?
C'est donc le moment de rappeler qu'on peut mentir avec des images. Sans parler des techniques graphiques actuelles, de grands cinéastes comme Chris Marker ont brillamment démontré comment un commentaire peut faire dire n'importe quoi à une image et sembler crédible. En fait, l'image elle-même ne nous dit pas :
1. Quand et où elle a été prise.
2. Ce qu'elle montre vraiment.
3. Ce qu'elle cache (à côté, avant, après...)

Tous, nous nous sommes déjà fait piéger par de telles images dans le passé. Certes, chacun se fera son opinion sur la question du Tibet en essayant de vérifier les deux versions, en étudiant les intérêts en jeu des deux côtés, notamment de George Bush que le Dalaï Lama* admire tant. Mais en tout cas nous avons droit à une info non manipulée. Nous suggérons aux personnes qui ont diffusé cette image de diffuser aussi le rectificatif. Merci pour votre attention.

MICHEL COLLON
* Note de pm - Le Dalaï Lama est un diplomate contraint : a-t'il le choix ?


02.03.2008

Les bonnes blagues de l'oncle Georges

“Si c’était une dictature, ce serait

incroyablement plus facile,

seulement dans la mesure ou

JE suis le dictateur.”


— Washington, DC, le 19 déc 2000

01.03.2008

Naître rien.....

© Sophie Spitéri

Français pendant 50 ans, il court après sa nationalité, Abdelkrim Fodli attend de la cour d'appel qu'elle lui restitue ses droits


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dessin: TLéo que vous retrouvez sur son site en cliquant ici.
Abdelkrim Fodli, Français depuis l'âge de trois mois avait toujours obtenu sans difficulté sa carte d'identité.


"Français je suis, Français je mourrai. Je fais confiance à la justice de mon pays." Une confiance que, pour l'instant, les juges n'ont pas manifestée en retour à Abdelkrim Fodli. Français depuis l'âge de trois mois - il a aujourd'hui 52 ans -, cet habitant de Grasse avait toujours obtenu sans difficulté passeport et carte d'identité. Il vote à chaque scrutin, tenant même, parfois, un bureau. Jusqu'à ce que, en 2004, le tribunal d'instance de Cannes lui annonce que, son père, ayant perdu la nationalité française le jour de l'indépendance de l'Algérie, lui-même, sa mère, sa soeur ne l'étaient plus non plus.

Pas même apatride, Abdelkrim Fodli tombe alors dans un trou noir juridique. L'affaire était évoquée, hier, devant la cour d'appel d'Aix-en-Provence, ultime étape d'une course d'obstacles judiciaire. Dernier espoir de récupérer ce bien qu'on ne ressent précieux que lorsqu'on le perd : la nationalité et donc la citoyenneté. La cour rendra sa décision le 3 avril.

Contre lui, Kafka et Courteline se donnent la main. En 1962, les accords d'Évian octroient la nationalité française aux Algériens qui en font la déclaration. Kadour, le père d'Abdelkrim vivant et travaillant en France, opère cette démarche, en 1963, au tribunal d'instance de Gap. Mais lorsque, quarante ans plus tard, il réclame la trace de cette déclaration, son avocat ne reçoit qu'un extrait informatique indiquant "classé sans suite". La déclaration d'option pour la nationalité française a-t-elle été enregistrée, rejetée ? Impossible aujourd'hui de savoir.

Bien qu'il ait produit une carte d'identité française de son père, l'acte de mariage en 1940 et un relevé de carrière établissant une implantation permanente en France, le tribunal de Nice a refusé, à son tour, de le considérer Français. Pour son avocate, Catherine Cohen-Seat, "c'est inextricable, intenable". Même le procureur de Grasse a refusé de livrer les enquêtes faites avant de lui délivrer une licence 3 d'exploitation de débit de boissons. Et pour l'obtenir, la loi exige pourtant la nationalité française.

Pour corser l'affaire, le coup aurait pu être rattrapé en entérinant sa présence en France depuis sa naissance. Cette procédure s'appelle l'acquisition de la nationalité par possession d'état. Sauf que les juges lui encore opposé un refus, exhumant une vieille condamnation, aujourd'hui non avenue. "On détruit psychologiquement ma famille et moi. Ma femme a peur, j'ai pris dix-huit kilos".

Le permis de conduire qu'il voulait renouveler ne lui pas été restitué et l'autorisation provisoire de conduite pas renouvelée alors qu'il doit accompagner son fils paraplégique à l'hôpital. Le passeport de sa fille, âgée de 12 ans, lui a été retourné, détruit par la préfecture. Toute une famille dans le trou noir juridique…

23.02.2008

Bad News from the stars........

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C'est un dessin de notre Ballouhey national du monde qu'on en a qu'un comme lui et que même qu'on en fera pas un élevage...

09.02.2008

l'application de la théorie du battement d'ailes de papillons....

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LE MONDE | 08.02.08 | 15h21 • Mis à jour le 08.02.08 | 15h21

Pour la première fois, un insecte est parvenu dans la nature à développer une résistance à une toxine produite par une plante génétiquement modifiée pour l'éradiquer. Helicoverpa zea, une noctuelle ravageuse du coton, vient d'administrer aux Etats-Unis une démonstration brillante de la théorie de l'évolution : quand une population est soumise à une pression de sélection, la survenue de mutations peut favoriser sa perpétuation.

Un tel phénomène de résistance aux toxines sécrétées par des OGM avait déjà été induit en laboratoire. Mais il n'avait encore jamais été détecté dans les conditions d'agriculture réelle, rapporte un article mis en ligne le 7 février par la revue Nature Biotechnology.

Bruce Tabashnik et ses collègues de l'université de l'Arizona y présentent leur compilation d'une décennie d'études conduites sur six espèces d'insectes visés par des toxines produites par des cotons et des maïs transgéniques cultivés en Australie, en Chine, en Espagne et aux Etats-Unis. A ce jour, notent-ils, seule Helicoverpa zea est parvenue à résister à une toxine, Cry1Ac, produite à partir d'un gène tiré de la bactérie Bacillus thuringiensis (Bt).

Les premières chenilles de papillon résistantes ont été détectées à partir de 2003, dans des champs de l'Arkansas et du Mississippi. Certaines étaient capables de survivre à des doses de toxine 500 fois plus élevées que celles tuant ces insectes, dans les mêmes parcelles, avant l'introduction de ce coton dit Bt.

MAINTIEN DE ZONES "REFUGES"

Pour faire face à ce phénomène de résistance, les promoteurs des OGM préconisent le maintien de zones "refuges", semées en plantes conventionnelles, où sont conservées des populations d'insectes sensibles à la toxine ayant pour avantage de "diluer" par croisement le caractère résistant des individus mutants.

Cette stratégie semble fonctionnelle, mais à condition que les refuges soient "abondants", prévient M. Tabashnik : en Arkansas, où 39 % de la population d'Helicoverpa pouvaient trouver pitance dans des champs non OGM, la résistance a pu apparaître et pourrait, au rythme actuel, être totale d'ici neuf ans.

Au contraire, en Caroline du Nord, où ce pourcentage de refuge était de 82 %, la fréquence de la résistance sera encore presque nulle dans dix ans, prédit-il.

Hervé Morin
Article paru dans l'édition du 09.02.08

23.01.2008

Monnaie de la pièce.....

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19.01.2008

La trés sordide histoire de la vieille femme turque et du glorieux ministre de l'identité nationale confronté a ses abominables chiffres censés prouver son efficacité...

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Peinture: Bob de Groof

Le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale Brice Hortefeux a décidé de suspendre l'avis d'expulsion concernant une Turque de 89 ans, impotente et vivant depuis huit ans chez son fils en Moselle, a indiqué vendredi le ministère confirmant une information de RTL.

L'avis "d'éloignement du territoire" signé le 7 janvier par le secrétaire général de la préfecture de région, ordonnait à Dilber Can, qui souffre d'ostéoporose et de fréquentes crises d'asthme, de quitter la France avant le 7 février, selon le Républicain Lorrain.

Le ministère a expliqué que cette décision de suspension avait été prise en raison de l'état de santé de cette femme qui vivait depuis 1999 à Creutzwald (Moselle), chez son fils Omer, établi depuis 25 ans dans la région et ayant pris la nationalité française.

Mme Can avait demandé sa régularisation à deux reprises, en vain.

Née à Aksaray, près dAnkara, Mme Can vit depuis 1999 chez son fils Omer qui a la nationalité française. Patron dune boucherie à Woippy (Moselle), ce père de quatre enfants subvient aux besoins de sa mère, avait souligné l'avocat de l'octogénaire, Me Franck Colette au Républicain Lorrain.

Le Premier ministre, François Fillon, a fixé récemment à "au moins" 25.000 le nombre d'expulsions d'étrangers en situation irrégulière en 2008, un chiffre identique à celui de 2007.


P.S. la rédaction tient à remercier Gabriel Garcia Marquez pour son aide à trouver le titre de ce triste fait d'hiver...

En voila une excellente nouvelle...

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c'est du beau, du bon, du Ballouhey....

05.01.2008

Un océan de bonheur pour 2008.....

Dans le Nord-est du pacifique, entre la Californie et Hawaï, les déchets produits par les activités humaines et déversés dans les océans seraient acheminés par les courants marins vers un nouveau "continent"* boulimique dont la taille atteint près de 3,5 millions de km² !

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Selon des observations et un suivi effectués depuis plus de 10 ans par l'Algalita Marine Research Foundation, sous l'effet des courants marins, les déchets provenant des littoraux et des navires flottent pendant des années avant de s'accumuler dans deux larges zones connues sous les noms de "Plaque de déchets du Pacifique est" (Eastern Pacific Garbage Patches) et "Plaque de déchets du Pacifique ouest" (Western Pacific Garbage Patches). Ces deux plaques forment la "Grande plaque de déchets du Pacifique" (Great Pacific Garbage Patch), un monstre dont la taille aurait déjà triplé depuis les années 90 et qui s'étendrait maintenant sur 3,43 millions de km², soit un tiers de la superficie de l'Europe ! Il est estimé que ce "continent" de déchets totalise un poids de 3,5 millions de tonnes pour plus de 3,3 millions de déchets par km² ; Greenpeace évoquait fin 2006 près d'un million de déchets par km² dans son rapport sur les débris plastiques et la pollution des océans.
La plaque de déchets du Pacifique flotterait entre Hawaï et la Californie avec une taille deux plus fois importante que l'état du Texas ! La Plaque de déchets du Pacifique ouest se trouverait à l'est du Japon et à l'ouest d'Hawaï.

Ainsi, selon Chris Parry, chef de programme d'éducation du public, de la California Coastal Commission de San Francisco, depuis plus de 50 ans, les déchets tourbillonneraient sous l'effet du grand vortex nord-pacifique (North Pacific Gyre) et s'accumulent dans cette zone peu connue . En effet, peu de routes commerciales et peu de bateaux de pêches l'empruntent. A l'image d'un puissant trou noir marin, le vortex attirerait vers lui tous les résidus de notre gabegie insensée. Toutefois, contrairement au trou noir, les déchets ne sont pas "aspirés" mais accumulés et bien visibles.
Le plastique : principal constituant du "continent" de déchets

Jusqu'alors les débris flottants étaient détruits par les micro-organismes mais cela n'est plus le cas avec l'arrivée du fameux plastique. En effet, les plastiques constituent 90 % des déchets flottant sur les océans. Le Programme des Nations Unies pour l'Environnement mentionnait en juin 2006 qu'on trouve en moyenne 46 000 morceaux de plastique par 2,5 km² d'océan sur une profondeur d'environ 30 mètres ! Pire, en certains endroits, la quantité de plastique est six fois supérieure à celle du plancton, maillon élémentaire de la vie dans les océans (Charles Moore, Algalita Foundation)
Selon Greenpeace, sur les 100 millions de tonnes de plastique produits chaque année, près de 10 % finissent dans les océans. Et 70 % des plastiques qui s'aventurent en mer coule et le reste flotte naviguant au grès des courants...

18.12.2007

Iniquité en un seul mot......

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collage Maryvonne Le Quellec


Par Eric Charles

Nous avons appris samedi 15 décembre, dans l’après-midi, l’arrestation, lors d’un contrôle routier, d’un papa d’élèves de l’école Joliot Curie à Champigny. La police l’a emmené au centre de rétention du Mesnil Amelot, menottes aux poignets ! Il est convoqué le lundi 17 décembre à 13 heures 30, au tribunal administratif de Melun, pour statuer sur son arrêté de reconduite à la frontière (terme administratif pour expulsion !).
Nous décidons de l’accompagner à cinq collègues, pour le soutenir. C’est la première fois pour chacun d’entre nous… Et c’est édifiant… Terrifiant…
On arrive avec le papa, à 13 heures 20. On apprend qu’il va y avoir du retard, l’avocate commise d’office n’étant pas encore arrivée. Le papa n’a pas pu contacter d’avocat…
Arrivent petit à petit les personnes, douze pour cet après-midi, qui sont sous le coup d’un APRF. 3 sont accompagnées par la police, arrivées directement du centre de rétention du Mesnil Amelot (proche de l’aéroport de Roissy, c’est bien plus pratique…)
A 13 heures 55, la greffière avertit tout le monde : l’avocate commise d’office ne viendra pas, pour cause de grève illimitée ! La « présidente » du tribunal prend la parole et explique qu’il y a deux solutions :
- Soit les avocats présents acceptent de prendre les dossiers au pied levé (un dossier supplémentaire par avocat) et l’audience peut avoir lieu ;
- Soit les avocats refusent et, dans ce cas là, l’audience aura lieu de toute façon, car les affaires doivent être traitées dans les 72 heures, qu’il y a trop de dossier et qu’il est donc impossible de repousser l’audience !

Un ange passe… Ou plutôt un démon !!! On parle de justice ? De droits pour chaque justiciable ? D’égalité devant la loi ???

Les avocats demandent 5 minutes pour se concerter et reviennent rapidement : ils ont décidé de se répartir les dossiers et demandent un peu de temps pour prendre connaissance des situations et rencontrer leurs nouveaux « clients ». Décision qui nous a paru sage et responsable, même en tant que syndiqué (brisent-ils la grève de leurs confrères ? On s’en fout, c’est trop sérieux !)

Ca peut commencer…
Suivent alors douze vies égrenées dans le tribunal. 12 destins personnels et familiaux. 12 dossiers qui nous semblent solides tant les plaidoiries des avocats dénoncent des atteintes graves de la part des autorités françaises (les préfets), « non présents et non représentés ». De mémoire : atteintes graves à la dignité, violation des droits de l’homme et des enfants, violation de la Convention européenne sur le droit des personnes,… Je n’ai plus en tête les mots juridiques, mais c’est du sérieux pour un novice !
Certains sont en France depuis 20 ans (c’est le cas de notre « papa ») ; d’autres ont un titre de séjour italien ; un autre, kurde, est menacé de mort s’il retourne en Turquie ; un autre a pris 2 mois de prison ferme simplement parce qu’il est en situation irrégulière sur le sol français et a été attendu par la police à sa sortie de prison, direction le centre de rétention ; une autre jeune fille est aussi menacée si elle retourne au Gabon ; un autre, dans deux semaines, aura atteint les 10 ans de présence en France,….
Ca va vite… Un avocat joue les guignols : effets de manche, articulation extrême, pommade sur la « présidente »… C’est un con qui me fait honte et qui cherche à se caser sur une série policière de la « Une »!! Les autres sont plutôt bons, ont bossé leurs dossiers et parlent du côté humain de chaque affaire.
Pour notre « papa », le dossier est bien défendu et surtout assez inattaquable : il est en France depuis 20 ans et voyage beaucoup. Il a pu rentrer souvent légalement en France… Et il nécessite des soins… C’est le dernier a passer.

La « présidente » lève la séance et se retire pour délibérer avec… elle-même !! Toute seule, comme une grande ! Il parait que c’est la procédure légale…

Faut qu’on sorte, l’ambiance est lourde, plombée. Café, bière, grec,… Et attente… On discute avec un avocat et on se renseigne auprès des flics : que se passe t’il si l’arrêté est annulé, s’il est maintenu ? Et ils nous répondent honnêtement. Ils sont venus avec 3 personnes : si l’arrêté est maintenu, ils les ramènent directement au centre de rétention et les démarches pour un avion commencent. Si l’arrêté est annulé, ils accompagnent la personne hors du tribunal, lui redonnent ses affaires et… Bye bye Clara, tu peux rentrer chez toi !

Au bout d’une heure et demie, ça y est, on va savoir.

La « présidente » récite ses sanctions, comme un robot, sans aucun commentaire, sans état d’âme. Sur douze, neuf personnes voient leur arrêté maintenu, trois, dont « notre » papa, sont annulés ! Puis, elle se tire, tout de suite… Restent les quelques rires et, surtout, la douleur. Et là, des flics humains, qui expliquent, qui consolent. Un vieux flic nous lance, pas trop fort : « Je ne comprends plus rien à ce monde… » Nous non plus : d’habitude, les méchants, c’est eux… Mais ils font leur taf et ramènent 2 personnes en centre de rétention, parmi elles la jeune fille, en pleurs, perdue.
Pour trois gagnants, neuf perdants ! Ils perdent tout… Certains s’effondrent, tous sont dignes, parfois résignés, surtout abattus. Ils ont 24 heures pour faire appel…
Qui peut comprendre ça ? Qui peut accepter cette logique ?

Trois sur douze ! Une heure trente de délibéré, toute seule, pour décider de 12 familles ! Parodie de justice, au bon vouloir d’une seule. Indépendance de la justice ? Grosse question qui ne fait plus de doute dans mon esprit ! Faut faire du chiffre, alors faisons-en ! Elle a bien bossé… Tous les dossiers paraissaient solides. Tous étaient humains, dramatiquement humains ! Pour son délibéré, elle n’a plus parlé que de « dossier numéro tant… ». C’est plus facile, on oublie l’humain qui redevient un numéro. La justice ? C’est pas ça !!!

Quand je suis rentré chez moi, ma grande de 11 ans m’a sauté dans les bras en me remerciant d’avoir sauvé ce papa. Si seulement j’avais ce pouvoir… Si seulement l’humanité de cette enfant pouvait se retrouver chez certains adultes…

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