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18/01/2010

Pierre Guitton....

Pierre Guitton c'est beau tout simplement... Comme lui, sa façon d'être au monde, sa vie, sa peinture... Pierre tel quel, sans autres arguments que ses pinceaux pour dire... ce qu'il sent, perçoit, depuis toujours... Pierre peint, Pierre est peintre... Rien à dire d'autre...
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19/06/2009

Y a pas de mal à se faire du bien...

Lhasa de Sela c'est comme Vic Chesnutt, Léonard Cohen, Concha Bulka, Ani di Franco, Abed Azrié; des artistes avec un tel duende que vous sentez que ces gens vivent au bord du gouffre, au bout d'eux même. Et quand ils chantent votre peau se couvre de chair de poule et raisonnablement vous ne pouvez allez contre ce sentiment d'immensité qui vous envahi. Ces êtres sont transparents, nus, et cette transparence les rends intemporels...

Koi ki di wiki sur le duende?

Manuel Soto Loreto dit Manuel Torre gitan espagnol né à Jerez de la Frontera (Cadix) en 1878 mort à Séville en 1933 était un chanteur (cantaor) et auteur de cantes flamenco.


Abed Azrié 

Manuel Torre est né dans le quartier de San Miguel, le 5 décembre 1878 fils de Tomasa Loreto Vargas, de Jerez, et de Juan de Soto Montero, de Algeciras, lui meme cantaor non professionnel et était le neveux de Joaquín La Cherna, cantaor et auteur de Siguiriyas. Il commence à chanter dans les cafés de Jerez sous le surnom de El niño Torre surnom attribué à cause de sa grande taille. Il rencontra Enrique El Mellizo qui l'initia au chant flamenco et dont il repris le répertoire. Il fait ses début professionnel en 1902 à Seville et enregistre ses premiers disques en 1909. En 1922 il est invité lors du concours de cante jondo qui se déroule à Grenade à l'initiative de Federico Garcia Lorca et Manuel de Falla. Devenu indigent et atteint de tuberculose , il meurt le 21 juillet 1933 dans son fauteuil. Sa famille n'ayant pas les moyens de payer son enterrement, le cantaor Pepe Marchena organisa un spectacle en son hommage afin de recueillir des fonds pour payer les obsèques. Une plaque commémorative et un buste à son effigie orne la place où il est né. Ses deux fils Thomas, et Pépé Torre ont aussi été chanteurs de flamenco.

Concha Bulka

Il est considéré comme l'un des plus influent cantaor gitan du début du xxe siècle, et fut l'une des figures représentatives du style de cante de Jerez. Il a laissé une quarantaine d'enregistrements réalisés entre 1909 et 1931, qui donne une faible idée de ses talents, Antonio Mairena précise: « Les amateurs de flamenco qui ont seulement entendu ses enregistrements, ne connaissent que son ombre, car il a fait tous ses enregistrements dans un état inconscient »1. Sur scène ses prestations impressionnaient le public, c'est à son propos que Garcia Lorca parla pour la premiere fois de « Duende » pour qualifier un état de transe lors de l'interprétation d'un chant flamenco. Manuel Torre le qualifiait ainsi: « Tout ce qui possède des sons noirs a du Duende »2. Il s'est spécialisé dans les chants primitifs tels les siguiriyas et les soleás, mais interpréta aussi des chants de type andalous comme les tarantas et les mineras ainsi que des saetas (chants religieux entonnés à cappela lors de la semaine sainte ).

 

Lhasa de Sela

 

Vic Chesnutt


 

 

Léonard Cohen

14/06/2009

hey, hey baby hey

Un petit coup de blues....

Patrick Hantz est guitariste, je l'ai connu dans un autre siècle... il y a de cela trente cinq vies.... dans un autre espace temps, un autre système solaire... je l'ai croisé à nouveau il y a une quinzaine d'années dans le couloir à Odéon... j'ai entendu ces accords de Dadi, je me suis arrêté... j'ai regardé le type jouer... à la fin du morceau je lui ai demandé: vous êtes Patrick Hantz? Il m'a regardé avec un air de tomber d'un échafaudage... vous me connaissez? Oui on se connaît... on était au bahut ensemble, il y a vingt ans... tu touchais déjà à Dadi... mais qui tu es? On s'est croisé souvent dans le métro... je m'arrêtais pour l'écouter dans le grand couloir de Montparnasse. Il y avait toujours beaucoup de monde pour l'écouter... pas étonnant, ce type est un monstre à la guitare... puis un jour il a disparu. Il a quitté Paris pour la Bretagne...  plus aucune nouvelle jusqu'à ce jour, où tapant son nom par curiosité sur Internet, j'ai retrouvé sa trace...

 

26/05/2009

comité pour le sauvetage des riches!!!!!!!

Le Collectif « Sauvons les riches », dans le cadre de la campagne Europe-Ecologie, vise à instaurer un revenu maximal autorisé européen, de l’ordre de 30 fois le revenu médian, au-delà duquel les revenus seraient massivement imposés, sur le modèle qu’avait instauré Franklin Roosevelt en 1942, qui a fait chuter les inégalités aux Etats-Unis pendant 40 ans. Dans ce but, les jeunes contestataires, armés de baguettes de pain et de paquets de spaghettis, interpellent à leur manière nos amis les riches, accros à un mode de vie destructeur, non-généralisable, et finalement tellement triste.

06/02/2009

Une vie d'artiste

09/12/2008

Quand Pélieu s'amuse encore....

Claude grand farceur devant l'éternel barbu, continue à nous jouer de ses blagues... On a du retard à la parution... et pour cause... quel farceur ce Claude... Je récapitule dans le désordre... mon disque dur qui lâche, les chèques qui reviennent à leur expéditeur, le CD pour l'imprimeur qui s'égare dans la nature... le code barre de la couverture qui n'est pas bon, les fichiers qui arrivent de partout avec des mise en forme tordues impossibles à déverouiller, des images dont on à perdu la trace des auteurs, pas dans le bon poids de fichier... un original envoyé en recommandé qui s'égare... etc.... etc... Sacré Claude tu nous auras beaucoup fait rire... Des coquilles dans l'intro de la Crevaille qu'on a oublié de soumettre à l'auteur tellement préoccupé par tous ces lézards qui apparaissent à chaque instant... A Quel sorcier as tu recours cher Claude...Si je m'en réfère à Cocteau: je plaint les petits anges... La vache! qu'est ce qu'ils doivent prendre...

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le code barre de la crevaille

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26/11/2008

Pascale Emmanuelle Voillot

J'ai publié en son temps Pascale Voillot aux éditions Ressacs, une paie... Vingt cinq balais au bas mot... un petit livre pour enfant... pour apprendre à écrire... Il doit m'en rester un ou deux exemplaires par là... Depuis plus de nouvelles... Et en tapant son nom sur internet la voila qui réapparaît... Je cherchais à savoir ce que sont devenus les auteurs que j'ai publié par le passé du moins pour ceux que je sais encore en vie... La vie d'artiste ça use son homme aussi vite que la mine de sel... Surtout quand le talent n'est pas récompensé par quelques oxymorrons de temps à autre... Pascale a gagné sa vie comme prof de dessin... Ce qui ne l'a pas empêché de continuer de produire ses toiles... En voici quelques unes pour le plaisir des lecteurs de ce blog...


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Anthropophagie masculine

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La foule

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La salle des profs


25/06/2008

Une bonne note au passage

Une dame qui dit du bien du Cap'tain, alias Alain Jégou... on va pas se priver de le faire rougir, le gonzeau...
c'est par là que ça se passe en Cliquant là...

23/06/2008

Good news from Pélieu galaxy's......

La maquette de l'ouvrage collectif est en cours d'élaboration. Déjà les couvertures sont prêtes ainsi que le bulletin de souscription. L'iconographie nombreuse et variée a été en grande partie fournie par Benoît Delaune. Tout ça prend forme... Ceux qui le désirent peuvent souscrire dès maintenant à l'ouvrage...

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Auteurs, artistes et musiciens ayant participé à l’ouvrage :
 
Jeffery Beach, Pamela Beach-Plymell, Claude Beausoleil, Victor Bockris, Yves Buin, Michel Bulteau, Henri Chopin, Pradip Choudhuri, Vincent Degrez, Benoît Delaune, Erró, Lawrence Ferlinghetti, Lucien Francoeur, Daniel Giraud, Paul Grillo, Bernard Heidsieck, Pierre Joris, Alain Jouffroy, Théo Lesoualc’h, Gerard Malanga, Matthieu Messagier, Barry Miles, Jean-Marc Montera, Thurston Moore, Philippe Morin, Liam O’Gallagher, Ray Ortali, F.J. Ossang, Nicole Peyrafitte, Jürgen Ploog, Charles Plymell, Roxie Powell, Bernard Pozier, James Rasin, J.N.Reilly, Richard Saba, Edward Sanders, Bruno Sourdin, Lucien Suel, Laki Vazakas, Jacques Villeglé, Carl Weissner, Samuel Wilcox.
Traducteurs : Mary Beach, Benoît Delaune, Jean-Marie Flémal, Béatrice Machet.


Pour recevoir le bulletin de souscription CLIQUEZ ICI



La Crevaille est le dernier texte de Claude Pélieu. Ecrit peu avant sa mort, il est demeuré inédit. Il sera édité à l'occasion de la sortie de l'ouvrage collectif pour les souscripteurs. La maquette de couverture de La Crevaille est faite avec le carnet de bloc notes rouge scanné de Claude Pélieu.



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LA CREVAILLE

Introduction de Pierre Joris

Claude n’ignorait rien de la gravité de sa situation: son titre nous le dit fort bien. Et il savait quand s’arrêter : il boucla le ms. de La Crevaille un mois avant sa mort, le datant « Juin-Novembre 02» en bas de la dernière page. Page d’un bloc note sténo marque « Pen-Tab » à spirale métal, 80 feuillets de 15 X 22 cm, papier à teinte verte et à lignes, chaque page divisée verticalement par une fine ligne rouge. CP en a rempli 48 pages, dont une douzaine recto/verso, en utilisant la séparation verticale pour créer des textes en vis-à-vis.
S’il ne s’y est pas tenu complètement, l’idée de départ du texte est formulée sur le verso du deuxième feuillet :
Haikus et tankas
∑ ⎛
à choisir courts poèmes
à sélectionner & notes en bas
de la page
il ya q.q.’ « encadrés »
ou mise en page
avec différents
caractères
en fait
une suite
à soupe de lézard
qui a vu le jour
dans les salles d’attente
d’un hôpital.
C’est sans doute en partie parce qu’il se savait affaibli par la maladie qu’il choisit d’entrée des formes assez minimalistes — même si, l’énergie de Claude étant ce qu’elle était, c.à.d. débordante même en ces mois d’hospitalisation, il ne réussit jamais à s’y calfeutrer. Pas de bord, qu’il ne faut immédiatement prendre par (s)abordage — et donc pirater. On pourrait aussi lire ses indications « haïkus —> à choisir / à sélectionner » comme une suggestion pour découper dans les notes des poèmes se con-formant plus nettement à l’esthétique formelle du haïku ou du tanka. Mais ce n’est évidemment que Claude qui aurait pu faire cela — pour ma part il me paraît évident que je n’ai le droit que de reproduire les notes telles que Pélieu nous les a léguées.
Deux figures emblématiques sont collagées sur la couverture cartonnée du bloc-notes : recto, un petit collage de deux timbres Andy Warhol, verso, la tête de Céline, avec un centimètre (américain, donc marqué en pouces) enroulé au niveau du coup — écharpe, corde, ressort-cobra ? Sur la page de garde, où réapparaît un timbre Warhol, Claude a collé un extrait d’article sur son travail (que je n’ai pas encore réussi à identifier) qui dit en partie :
Je n’exagère rien en comptant Claude Pélieu, poète français installé sur la côte Est des Etats-Unis, au nombre des plus puissants écrivains de ces trente dernières années. Si toute civilisation est bel et bien une forme de la sensibilité rendue visible par une suite continue de symboles, alors Claude Pélieu demeure à ce jour un révélateur sans équivalent du monde occidental. Sa poésie saluée très tôt par Allen Ginsberg et William Burroughs, reste injustement minorée en France. Comme toute pratique d’écriture véritablement armée, l’œuvre de Claude Pélieu, dans ce pays subit une véritable mise sous séquestre éditoriale. Par pesanteur d’établissement, par auto-intoxication et moisissure, davantage que par idéologie. Sans insister sur le caractère parfaitement clairvoyant de ses écrits, éditer et lire Pélieu aujourd’hui, c’est faire entendre l‘autre voix. C’est rendre le réel à sa clarté coupante pour les cinq prochaine décennies du siècle qui balayeront les derniers forçats de la sensiblerie spongieuse, la mélancolie-crampon et les nains trapézistes à faux nez qui encombrent.
Ça a dû le requinquer tant soit peu durant ces derniers mois, lui qui avait eu si peu de réconfort critique, et n’en avait jamais demandé. Savoir que l’on commençait — peut-être — à le lire sérieusement (sérieusement ? — disons d’un « sérieux » pélieutien, qui d’ailleurs reste à définir entre dada et andy) aura apporté, je pense, un nano-réconfort, même si Claude (s’il pouvait me lire) éclaterait d’un gros rire en me lançant, « Eh ! Pierrot, ça me fait une belle jambe ! » Ou au moins une béquille pour unijambiste.
Blaguer avec lui aide un peu, avant tout aujourd’hui, à la lecture de ce « testament » qu’il ne voulait pas en être un, même s’il savait en le rédigeant que ça risquait de le devenir.

Albany, 21 novembre 2005

La crevaille
banalités déchirantes
toutes les vies
dans les abîmes du feu
Directos en enfer
Et pas de commission -

Picole & foirade
défonce & tristesse
pub d’enfer
pour les pochetées
du malaise –



ce matin
on m’a demandé
si je pouvais payer
les frais des pompes
funèbres (j’ai donné
l’adresse d’un gus
poète embourbé
dans l’indigence)


à part
pour la connerie
on pourrait être
n’importe où
avec n’importe qui –


les agents secrets
du spectacle sont
partout –
les mots de WSB
se sont évaporés –
quels rôles vont
jouer les inséminés
involontaires au
milieu de ce siècle ?



12/06/2008

Claude Pélieu (3)

Ce texte de Claude Pélieu à été publié pour la première fois par Benoit Delaune de façon confidentielle... quelques dizaines d'exemplaires en photocopie...


Prise de tête dans les booths du peepshow du nouveau millénaire — vieux jeune homme gore zézayant, radotant en mixant les mythes des avant-gardes, l’homo Gamus dans la biosphère numérique enregistrant la couleur du temps. Blacks de plus en plus gris, engloutis par le bleu Klein, exilés sur l’étoile de la Mort — terrorisme ludique, ah ! terminus Prozac, on remixe la merde de toutes ces années, Gleen O’Brien exhumait la scène post-punk, que sont devenus Legs McNeil, Yves Adrien ? Michel Bulteau me parlait souvent de Pacadis — la douce lumière malade de ces années-là, TERMINUS SMACK — un spliff d’enfer dans la buée secrète de l’automne, branlette sur la table d’injection, surboum ringarde dans le couloir de la mort, burlesco-glauque, refoulé destroy — Juju & Java délirent et foutent le feu simultanément à une mosquée & une synagogue — et que se passe-t-il dans les coulisses opa-ques du pouvoir gangrené par la violence ? court-circuitées du karma les crevures — faudrait reprogrammer leurs systèmes de valeurs et les enfermer dans les bars à putes de Technopolis — Johnny Destructo, le panard cosmique rétrozen du crooner qui a pris un coup de vieux, qui touille son vieux trip hippie bien barge, harmonica, tignasse dreadlockée, le blues de chez nous, putain d’actu ! Zapocalypso Now ! l’Éclate Totale ! la grande mouille — poésie de prisu, médiocrité & pluie malade. Quelqu’un dit : « Il n’y a pas de pays plus irréel que la France », « Et la Belgique ! » — esprit des ténèbres à l’âge du CLIC, est-ce un bon plan Mr. Gooddeal ? on change l’or en salade niçoise, l’audimat explose, WHO WANTS TO BE A MILLIONNAIRE ? gonflette finale avec les stars gérontes, terreur hallucinante, Marks & Spencer, Castorama, Leroy-Merlin — pages scotchées sur victimes-alibis — de quelles « valeurs fascisantes » parlez-vous ? — d’ici on voit les choses en se téléchargeant, les idoles crament facilement.



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Collage Claude Pélieu

02/06/2008

Autour de Claude Pélieu

On travaille ferme ces temps-ci avec Benoit Delaune et Alain Jégou pour mettre au point l'ouvrage collectif qui rendra hommage à Claude Pélieu. Benoit a ressorti de ses cartons les collages nombreux reçus pendant ces années de New York envoyés par Claude Pélieu ou Mary Beach...
Difficile de faire des choix dans autant de matière, de matériau. Ginsberg, Gregory corso, Patty Smith... Et la vie incroyable du frenchie au milieu de tout ça....
Tiens une photo juste une seule de leur quotidien: Mary, Claude et Allen et un quatrième...

On va essayer de retranscrire tout ça avec les témoignages de beaucoup de monde...

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« Écraser les souvenirs comme des feuilles mortes » par Claude Pélieu


Je tourne les pages d’un magazine, et quelques mots d’Alain Jégou surgissent : « Paroles de sable de l’ailleurs défoulé » — la poésie est partout comme Dieu n’est nulle part disait Jacques Prévert — bombardiers furtifs, bombes à gui-dage laser, missiles de croisière, infoguerre sur écrans multiples, BLITZKRIEG GAY, sabotage structurel — les beaufs, NETOYENS marqués du signe de la Bête, écologie de la peur, nouveau matos infirmatique — chiffres, codes, crocs de brume biochimique bactériologique — tristesse défonçant les murs-espions de Technopolis — loubards débiles, hommes de main, métis à cervelle étroite — guerre interactive, échos dans les vitrines, trous dans les étoiles — la vie ? « Yup !... make it cheap !... Dis-moi quelque chose Glandu ! Fais-moi peur ! »... passeport pour nulle part, banalités, images ridées — rêvé que Kaufman & Salinger dansaient sur un tas de chiens policiers tondus sous l’œil amusé d’Ezra Pound — au fond des yeux la rançon de la lumière, comme une ombre, troublant les saisons — lune mauve nimbant les sous-bois de la colline du chien, bruits du temps, nus comme des amandes — pensées déracinées, lessivées au fond d’une mosaïque d’arcs-en-ciel — images scotchées sur les enfants d’Icare — vi-site de mon ex-femme, les feuilles mortes ont recouvert l’alibi de sa jeunesse — j’ai noté : le gros cul de l’intello fait du même lard que celui du prolo — tu vas vioquir et ça te coupera les fantasmes ras la touffe — bleu indigo enfermé dans les châ-teaux de tweed.


29/05/2008

l'Adieu au compagnon qui tire sa révérence... Dominique Autié

Banni dans l'enfermement du regard,
Empreintes d'humains, ombres vivantes malgré tout,
Ces destins piétinés persistent comme la faim.
Aucune honte n'affleure les lèvres.
L'insignifiance est devenue possible.

L’annonce du crépuscule donne proximité à l'innocence.
Dans l'aube des rues porteuses de tant de destins
psalmodier l'oraison charnelle du remord d'amour.
Le silence supplémentaire cueille à la radio
l'étrange symphonie des bonimenteurs.

La pluie fine n'est pas un hasard au fond des cours
Elle retient l'abandon où se reposer pendant ces escales
Comme un ouvrage à terminer loin de tous.

Ceux qui témoignent, riposte dérisoire,
Le font ceint de hoquets et de douleur
Sans joindre les mains, hantés par l'âme des morts.
Comment accepter, l’abjection du quotidien ?

Esprits autant vivants que morts
Apaisés par le seul savoir.

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L'hiver nous laisse sans voix
Cultivant des moissons sur des terres ingrates
Il faut découvrir des noms pour chaque semence.

Vivant dans le miroir des lieux-dits
Nous marchons vers le désert de nous-même
Aveugles aux feux brûlants dans la nuit.

Le Métal forgé nous étreint.
Les perles de la mémoire nient le désespoir
Arceau de l'instant qui soutient
La voûte du temps où nous ployons.
Que nous reste-t-il à conquérir ?
La vie s'est vidée effrayante.
L'homme s'est tu et a haussé les épaules.

Il n'avait pas la parole
Pour apprendre à désapprendre.

Dominique Autié est parti dans la nuit de lundi à mardi,
des suites de sa maladie.

Bon voyage à toi, compagnon de l'encre et du papier,
des mots et du savoir, du silence et de la discrétion,
de la compassion et des colères, tendre avec les faibles,
et de salve d'acier avec les lâches, furieux contre
les imbéciles qui savent et patient avec ceux qui apprennent.

Merci encore pour tout ce que tu m'auras enseigné
pendant ces trois ans de travail auprès de nos étudiants
du BTS édition de Toulouse... Cela a été une grande leçon de noblesse.
Un repère pour les années à venir.
Bien fraternellement aux tiens qui restent.




15/12/2007

Le chant des gnaouas

ABDELJALIL KODSSI

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l'étrange destin du barbier de la place Jemma el Fnaa


Sur le net je cherchais des informations sur Geoffrey Oryema, je suis tombé en arrêt devant la photo d'Abdeljalil dont j'avais perdu la trace. Il n'était plus coiffeur sur la place Jemma el Fnaa et je n'avais pas retrouvé son adresse, car il avait quitté Marrakech pour Barcelone. C'est grâce à feu Jean Michel Zangronitz, alors directeur du centre culturel français de Marrakech que je l'avais rencontré et nous avions sympathisé. J'avais lu des textes avec lui en accompagnement et son groupe Mluk el Hawa, lors d'une soirée dans le théâtre de plein air du centre route de la Targa, noir de monde. Lui et son groupe on déchaîné l'auditoire. C'est là que j'ai vu pour la première fois des gens en transe. A l'époque le groupe Mlouk el Hawa répétait dans la maison que Juan Goytissolo leur prêtait en son absence. La voix d'Abdeljalil était déjà puissante, envoutante, chaleureuse.

J'avais écrit ce texte, publié dans la revue propos de campagne, en pensant à lui...


Assis chez le barbier, j'ai contemplé le bruit furieux de la place rouge. Offert la gorge tendue je regardais dans la glace cet homme qui affûtait une lame luisante. Et s'il lui venait l'idée de me trancher la gorge ?
J'ai eu un moment de panique. D'une main le coiffeur me tendait la peau, de l'autre tenait le rasoir. La caresse du métal me rongeait les poils. J'ai fermé les yeux pour ne pas montrer mon désarroi. La lame en grattant lentement glissait sur mes veines.
Le bruit de l'acier se répercutait dans les mâchoires. Aucune expression sur le visage du barbier ne laissait présager un tel dessin. J'avais choisi d'accepter et je pensais que quoi qu'il advienne, en me soumettant à la mort, je renaîtrais à mon destin.
Quelqu'un décidait à ma place et me laissait la possibilité de vivre. Je n'avais plus à choisir. Peut-être ne me tuerait-il pas, mais prendrait-il le soin de me balafrer affreusement. Mon sang giclerait sur les flacons de parfums, le fauteuil, le miroir, la céramique blanche. Sur le visage il m'a passé de l'eau chaude, puis froide après m'avoir massé avec un onguent. Il m'a détaché la serviette du cou. Je payais et sortais heureux d'être encore vivant. La cigarette du barbier au parfum gras de haschich achevait de se consumer dans le cendrier.


au devenir d'un Maalem gnaoua



Fils d’une famille gnawa de la région de Marrakech, le chanteur et multi-instrumentiste Abdeljalil Kodssi a officié depuis son enfance au sein de nombreuses formations gnawa, ce « blues du maghreb ». Co-fondateur des mythiques Nass Marrakech, il a joué et enregistré avec des pointures aussi diverses que Al Tall, Jorge Pardo ou Don Cherry.
Après sa carrière avec le groupe Nass Marrakech, et un premier projet solo, Mimoun, produit par Omar Sosa, Abdeljalil Kodssi revient avec Oulad Fulani Ganga, un album enregistré avec Javier Mas.
Riche de ses expériences musicales et humaines, il a édité son album intitulé Mimoun (la chance). Il a facilement convaincu Omar Sosa de jouer avec lui, tellement convaincu que le cubain a décidé de produire l’album !


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KODSSI est comme une figure hybride entre les grandes figures du rock, du jazz, du flamenco et de la musique gnawa, avec son adoption de l'art comme mode de vie. Il résiste à toutes formes de réduction de son art de jouer et de chanter, qui est sa forme d'être. Kodssi se maintient contre vent et marées comme un homme de la rue qui ne conçoit pas la vie sans musique, la musique sans vie : la vie sans vie.

Musicien, barbier, acteur, économiste, bricoleur et médium, dans chaque geste et dans chaque sourire de cet homme, se matérialise un instinct de fraternité. Balsamique, invincible, mythique, ce tendre grand frère de tous, Abdeljalil Kodssi, est le patriarche en fonction d'un clan imparable. Le prénom et le nom d'une certaine compréhension de la musique qui donne du sens à la vie."

VÍCTOR ANDRESCO Extraits de l'article portrait El Gran Hermano

à la reconnaissance internationale



1977: Abdeljalil Kodssi s'expatrie de son Maroc natal pour se dédier à la musique. Sur la place de Marrakech, dans son propre salon de coiffure, il régnait jusqu'à lors comme le meilleur barbier de la ville.

1980: Abdeljalil édite son premier album avec sa formation Mlouk El Hawa, s'en suit quatre autres avec une sortie annuelle et des tournées dans les pays arabes.

1984: Rencontre avec Juan Goytisolo qui va marquer un tournant décisif dans sa carrière artistique puisque c'est grâce à l'écrivain qu'Abdeljalil et son groupe sorte pour la première fois en Espagne à l'occasion de la présentation au public de l'une des oeuvres de l'écrivain. La rencontre a lieu dans le salon de coiffure d'Abdeljalil où les passants ont pour coutume de venir s'asseoir et prendre le thé. Juan Goytisolo découvre la musique de Jalil et decide de le présenter à son ami et plus grand rockeur espagnol Miguel Ríos, qui croit également au talent d'Abdeljalil.

1985: Les multiples apparitions d'Abdeljalil sur les scènes et dans les médias espagnols résultent très fructueux pour l'artiste: il joue avec son groupe dans les villes comme Madrid, Barcelone, Salamanque, Valence ... et entre en contact avec le groupe Al Tall qui leur facilite l'accès à la scène Française avec un premier concert à Marseille.

1986: Kodssi continue à jouer avec Mlouk El Hawa et sont invités pour la seconde année consécutive au Festival Troubadour de Valence. La collaboration artistique de Mlouk El Hawa avec le groupe Al Tall remporte un tel succès auprès du public, qu'ils décident d'enregistrer un album ensemble: Chirk El Andalus. C'est l'année où ils sortent également un nouvel album : Gemah El Frek. Abdeljalil continue son ascension en Espagne et au Maroc.

1987: Rencontre avec Hassan Hakmoun, musicien marocain vivant aux Etats Unis et qui collabore avec des musiciens tels Don Cherry et Peter Gabriel. A Berlin, Hassan présente Abdeljalil à Don Cherry, et Abdeljalil Kodssi est invité à jouer avec eux et Adam Ordorf à Berlin. S'en suit une tournée européenne en Autriche, en Allemagne, en Belgique, en Italie et en Suisse. Abdeljalil est invité aux tournées américaines et sa collaboration avec Hassan Hakmoun, Don Sherry et Adam Ordorf se maintiennent jusqu'en 1995, année de la mort de Don Cherry à Málaga.

1990: Kodssi rencontre Aziz et Sherif, les musiciens actuels de Nass Marrakech, au centre culturel français de Marrakech. L'entente artistique entre les trois musiciens est tellement fusionnelle, qu'ils décident d'enregistrer un album ensemble avec l'appui toujours de Juan Goytisolo.

1991: Nass Marrakech participe au prestigieux Festival GREC de Barcelone et le groupe s'établit définitivement dans la capitale catalane.

1995/1997: Années pendant lesquelles Abdeljalil Kodssi est sollicité par le groupe Ektal et Javier Mas, grâce aux multiples apparitions et succès remporté par Nass Marrakech sur la scène espagnole.

2000: Abdeljalil enregistre avec Javier Mas et Jordi Rallo, Tamiz, album de musique Arabo andalouse .La même année, il rencontre Omar Sosa au Womex de Berlin qui lui tombe dans les bras.

2001: Le second album de Nass Marrakech sort sous le titre de Bounderbala. Avec la colaboration artistique d'Omar Sosa, au piano, et Jorge Pardo, au saxophone.Elu meilleur album de l'année 2001 par l'Association Nord-americaine de Musique Indépendante.

2002: Publication du premier album Mimoun d'Abdeljalil Kodssi en solo, grâce à la réalisation et production artistique d'Omar Sosa pour Ventilador Music.

On trouve ses productions chez son éditeur espagnol Ventilador

IL est diffusé en france par Mosaic Music
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koi ki di wikipédia sur les ganouas?



Selon de vieux et rares érudits Gnaouis, la musique et les rituels Gnawas, tirreraient leurs origines du Vaudou. Ces pratiques ont du se métamorphoser pour survivre et adopter l'islam comme religion afin d'assurer leur continuité (de même pour leurs cousins qui ont dû adopter le christianisme en Amérique).

Les Gnaouas ou Gnawas sont les descendants d'anciens esclaves issus de populations d'origines d'Afrique Noire (Sénégal, Soudan, Ghana...) Il furent amenés par les anciennes dynasties qui ont traversé l'histoire du Maroc et en partie celles de l'Algérie et de la Tunisie, en commençant par l'empire Almohade pour les travaux et les bâtiments des palais et le renforcement des armées. La constitution en confréries des gnaouas à travers le Maroc s'articule autour de maîtres musiciens (les mâallems), des joueurs d'instrument (quasi exclusivement les qraqech - sorte de crotales - et le gambri), des voyantes (chouaafa), des médiums et des simples adeptes. Ils pratiquent ensemble un rite de possession syncrétique (appelé Lila au Maroc, Diwan en Algérie) et où se mêlent à la fois des apports africains et arabo-berbères pendant lequel des adeptes s'adonnent à la pratique des danses de possession et à la Transe.
Le festival d'Essaouira au Maroc est un haut lieu de rassemblement annuel de cette confrérie.


02/12/2007

Rétrospective Malnuit

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et Réédition des Crobards



Si Kerouac avait été peintre et cycliste, il se serait appelé Malnuit. C’étaient bien-là leurs seules différences, à ces deux-là, pour le reste, ils buvaient autant l’un que l’autre et tous deux sont morts de leur éthylisme. Si l’ivresse n’a jamais fait le talent, Malnuit, aussi bien comme peintre que comme écrivain était bourré de talent.
Publié aux éditions Gallimard par Lambrisch dans la revue Le Chemin. La Grande Maison n’a ensuite plus accepté un seul de ses manuscrits. Pas assez ou trop... Allez savoir les impératifs de la mode littéraire et du business... Enfin, je ne vais pas cracher dans la soupe, sauf pour lui donner plus de goût, puisque grâce à cette défaillance, j’ai le plaisir aujourd’hui de le publier. Malnuit, c’est tout simplement le contraire de bonjour... Etrange karma lui aurait dit Michaux alors qu’il était allé lui rendre visite en vélo...
Il n’est pas né non plus, le bon jour, faut croire.
Malnuit, je l’ai côtoyé alors que l’alcool n’avait pas encore accomplie son oeuvre. C’était dans une autre vie, dans un autre siècle, lorsqu’il n’était pas complètement ringard de croire en une utopie de vie meilleure. Le temps nous a prouvé qu’on s’était fourvoyé. Les paysages de banlieues ont remplacé ceux des collines béarnaises d’alors.
Ses Crobards donnent déjà à entendre les craquements de son âme qui n’ont jamais cessé. Il désirait connaître la vie tout d'un bloc. Qu'elle lui rentre dans les veines comme un shoot maximum, une envolée de cheval blanc. Rien ne lui suffisait. Guère plus haut qu'un adolescent, mince et frêle, il se dégageait de lui une énergie fabuleuse. Il ne donnait pas l'impression d'être rachitique, mais solidement enraciné dans l'existence...
Ses discussions étaient des pugilats où chacun apprenait à palper ses limites. Tout était prétexte à parler, et parler donne soif. Pissant sur le pas de la porte, le regard perdu dans les montagnes, il continuait à éplucher la vie. Rien n'aurait pu tarir le flot des idées qui venaient se heurter dans son crâne. Angoissé par la mort et les années terribles qui s'avancent et serrent en tenaille dans leurs bras jusqu'à étouffer, il interrogeait tout et tout le monde sur le sens de la vie. Il continuait à chercher, sachant l'absence d'issue.
Il ne faisait que cela, survivre, chaque instant chassé par l'autre. Il tenait ses armes, un pinceau et un stylo. Le seul but à atteindre était de boucler chaque jour, en même temps que le soleil se couche, en ayant vécu debout et non à genoux. Il invectivait les morts et les imbéciles, tous les deux pareils. Il se savait vivant, en doutait quand même, mais ne se voyait pas vieillir. Il n’a pas vieilli non plus.
Son talent de parleur m'a toujours impressionné. Il pouvait monopoliser l'attention et boire toute la nuit sans sombrer dans un coma éthylique ou dans des propos ridicules et tenir son auditoire en haleine. Il me décapait la cervelle, bouleversait mon univers et en reculait les limites.
Et tant pis s’il s’en est allé prématurément, bien que ça laisse à ceux qui l’ont connu un arrière goût d’inachevé, dans cette nuit de novembre, ironie du sort, le même jour qu’Ytzac Rabin.. Aujourd’hui en le publiant je veux rendre hommage à ce qu’il a été, à ce qu’il m’a apporté alors que je rentrais juste dans le monde des adultes.
Malnuit n’est pas mort, puisqu’il publie encore...


Les Crobards



Crobards, de Michel « Mèze » Malnuit, pourrait n’être, de prime abord, que la chronique titubante d’un groupe de jeunes gens fréquentant les Beaux-Arts de Grenoble, au milieu des années soixante. Toutefois, près de cinquante ans plus tard, le texte révèle une essence bien plus riche : le texte, débridé, grave, cocasse, est en quelque sorte le testament d’une génération qui s’amenait, avec ses gros sabots, dans la révolte de Mai 68, foulant aux pieds à la fois une vie d’adolescent et les années dociles de Papa de Gaulle. Crobards révèle en fait, de l’intérieur, cet insatiable et subversif appétit de mots, d’ivresses, de questionnements et surtout de créations.
Il s’agit ici d’une première édition véritablement critique, plus de trente ans après sa parution confidentielle. À l’époque, le texte fut imprimé avec les moyens du bord, sans autre discernement que l’urgence, dans la facilité de l’ébullition post-soixante-huitarde, et surtout aucun travail éditorial n’avait été fait…
« Bédé », celle qui fut si longtemps la compagne de Malnuit, a saisi mot à mot le texte originel, et nous avons fait ensemble ce travail de relecture indispensable, celui que l’on demande à n’importe quel auteur avant publication. Malgré les pépites que le texte recélait, la veine n’était pas travaillée et le minerai brut : digressions oiseuses, délires éthyliques, logorrhées de peu de sens, ponctuation fantaisiste… Ce travail de galibot a été long et délicat : il fallait respecter la verve de Malnuit, mais la débarrasser de ces scories pour la livrer la plus pure possible à de nouveaux lecteurs. Ne reste maintenant, à notre sens, que la substance inaltérable de son récit, celle qui peut s’offrir à un plus vaste cercle que celui des copains d’alors.
Il s’agit donc de la remise à flots d’un navire trop longtemps échoué, mais donc le temps n’a pas altéré la véritable structure. Tout juste en a-t-il patiné le bois, pour lui donner plus de noblesse.
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Pour commencer juste un petit morceau pour le plaisir, comme on lèche les plats...



Crobard : n.m. Dessin à main levée qui ne fait qu’esquisser l’image d’un être ou d’une chose. (Petit Larousse – voir : croquis)

Au commencement y’avait le Chaix, tour à tour et en des temps reculés plate-forme de contrebandiers, bordel, relais de poste, rebordel… C’est là que Mandrin le globe-trotter aurait fait sa dernière halte et Jeanjack Rousseau y aurait chopé la chaude pisse fameuse qui le rendit bègue. Enfin soupe populaire, ce qu’il est resté jusqu’à sa mort glorieuse, le Chaix, notre fréquentation assidue ayant notablement assis sa renommée jusqu’à valoir à son blason une étoile, puis deux, puis trente-six chandelles et la faillite. Crucifié qu’il fut le Chaix pour avoir vulgarisé le tour de passe-passe de la Multiplication des pains – brevet déposé.
Heureux les affamés qui ont bouffé au Chaix car il n’y boufferont plus !

Dégueulasse mais pas cher. A midi c’était la flopée, et les coudes dans les côtes, et les haleines et les odeurs et la fumée et la couenne grillée, et les émanations plus ou moins audibles d’origine pas douteuse ; pot-pourri, art total, cour des miracles, messe rabelaisienne, symphonie fantastique pour mandibules en chaleur et grelots coincés et fourchettes à trois dents et à quatre dents, bouillon de culture et bouillon gras, synopsis crado-ubuesque, syzygie des sans-qualités, des sans-familles et des sans pécule, syndicat des sans intérêts, symbiose du bozart sans sous et du sous smicards sous le signe de l’omelette baveuse et dans la reconnaissance du ventre, foire aux tics, kermesse du bœuf, mode, en morceaux, aux carottes, aux lentilles, au jus, à l’eskimo, à la mau-mau, à la mauritanienne et à la dauphinoise, mais surtout à la chaixière qu’on appelait ça (recette : vous prenez les abats inutilisables de l’animal, vous les découpez en cubes anodins et vous faites bouillir deux jours durant dans une sauce vitrioleuse à la salive de syphilitique allongée de colle à bois ayant pour rôle d’intervenir au moment où l’esprit de corps menace de manquer au tout). Pendant que j’y suis, quelques autres spécialités de la maison : le chou farci, l’omelette aux fines herbes, l’omelette au jambon, l’omelette aux champignons, les tomates farcies, le gratin dauphinois, la salade niçoise etc. j’y renonce car sorti du chou farci, du bœuf aux carottes, de la verte, de l’omelette fines herbes et du fromage blanc, il fallait passer commande la veille et le Chaix ignorait la formule, non mais sans blague, qu’est-ce que vous croyez !
La Chaixière, une maîtresse femme s’il en fut, même si depuis l’exode elle avait oublié ce que c’est qu’être femme. Mais soyons juste : quand y’avait plus de bouillon et qu’elle montait sur la table pour rectifier le tableau noir, le génie du sexe, et bien malgré elle, révélait une grâce oubliée derrière les rotules, pas de la meilleure, ô non, mais une grâce, un reflet, un rien, là, à la saignée, à côté de la grosse veine bleue et méandreuse comme un affluent du Doubs. J’en connais qui jouaient aux fléchettes dans ce qui avait été sa paire de fesses, qui n’était plus bien sûr que larges crêpes retombées – Elle tournait pas souvent le dos à l’adversaire la vieille carne ; les dix secondes que durait la pirouette c’était feu à volonté ; les vieux vicelards se retrouvaient à la primaire…
- Tu le fais exprès de mettre ta fourchette sous mes pieds ? Attends un peu que je t’savonne.
Le pauvre bougre se ratatinait comme une figue sèche :
- C’est pas vrai, c’est pas moi
- Quoi tu rouspètes ? Allez et t’avises pas de rev’nir demain !
Mais dès qu’elle avait atterri sur le plancher des vaches la sanction passait au panier, à moins que l’autre ait une tête qui lui revenait pas – ce qui arrivait l’un dans l’autre une fois par jour.
Des copains se sont ainsi fait jeter et n’ont jamais osé y remettre les pieds, au Chaix, preuve que c’était des délicats et qu’ils s’étaient trompés d’adresse (exemple : un ancien qui se sentait béni parce qu’il seyait à côté du chef-cochon – c’était le cartel d’esbroufe chargé de contrarier notre mastication par sa présence intimidatoire – La vieille : « On t’a versé un pot de peinture sur la tête ? Ça fait plus yéyé p’t’être ?
Dommage que j’soye pas ta mère, tu l’aurais ta fessée. Non mais qu’est-ce que c’est qu’ces allures, tu crois que j’te reconnais pas pac’que t’as changé la couleur du poil ? C’est pas l’Moulin Rouge ici, allez, finis ta portion et que j’te r’voie pas avant d’êt’ passé au dégraissage ! » - Le gars revint jamais au Chaix).
Quant aux calottes, si la vieille en menaçait un ou deux, je ne lui ai jamais vu en mettre une. Sauf à MOI. C’était mon lot, mon privilège, personnel et exclusif. La première m’échut un soir au 9ème coup de 9 h. Sèche, précise, du plat de la main sur l’occiput. Le lendemain ou le surlendemain, quand elle remit ça, c’était déjà routine. Pour sûr, j’ai senti plus d’une fois que ces taloches portaient un message : c’était sa façon à la vieille de dire qu’elle nous aimait bien les copains et moi.

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Peinture de Malnuit

Malnuit c'est le contraire de bonjour

Bon, par où commencer à raconter l'histoire...
Par Malnuit, poéte, peintre originaire de St Marcellin, météore, ange de la nuit qui a brûlé ses ailes et ses cordes vocales à la kronenbourg jusqu'à ce soir fatal où il s'est mis au whisky.
Malnuit dit "Méze" est devenu un des personnges qui compose Mollet de Coq, qu'il me pardonne.
Mollet de coq est ce personnage qu'on retrouve tout au long des quatre romans déjà publiés.
Personnage composite s'il en est, puisqu'il est issue de la compilation de quatre portraits: deux peintres tous deux décédés, un louche aventurier et un gosse de la Dass.

Mazio a fait son envolée lyrique, le même jour que Ytzac Rabbin.
Ce qui fait un sacré repère aux orphelins.
Je l'avais publié du temps où j'étais jeune éditeur quand je voulais gagner beaucoup d'argent en publiant de la poésie...
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Photo de Bacase -le grand avec la chemise claire- et de Mazio -le petit avec le polo noir- à St Tropez en 1964.
A l'époque ils vivaient à la belle étoile et faisaient des portraits pour gagner leur pitance; un peu à la Nicolas Bouvier à la seule différence qu'eux partaient pour une aventure de trois cent kilométres et pas de trente mille.
Il avait aussi toute la vie devant eux et pas mal d'illusions à brûler...

Malnuit c'est le contraire de bonjour...
Malherbes (Alain) lui aussi poète de son vivant, avait un nom qui était le contraire de bonne graine...
Tous deux sont décédés de la même façon, noyés dans leur vomi.
Tous deux me téléphonaient à pas d'heure quand la nuit les étreignait.
Des appels au secours pathétiques, une loghomachie incompréhensible, car ivres au bout du fil.
Je travaillais le matin.
Je compatissais à leur éta, mais je ne pouvais plus rien pour eux.
Il m'est reste l'écriture pour honorer leur mémoire.
C'est ma rencontre avec Ballouhey dit "Bacase" au salon du livre de Roman(s) à Romans qui a ramené tout ça en surface.
C'était un week-end de novembre 2006.
Un desinateur originaire du coin raconte à notre table son adolescence.
Il glisse qu'il a fait ses études aux beaux arts de Grenoble dans les années soixante.
La suite c'est lui qui raconte:

" Au repas du Salon du Livre de Romans, je bavardais :
- J'ai fait une première catastrophique et délirante ici chez les curés et puis les profs m'ont pris par le col en me disant d'aller aux Beaux Arts, ce que j'ai fait je suis allé aux Arts de Grenoble. C'était en 64.
- T'étais aux Arts de Grenoble ? T'as du connaître Malnuit ? me dit un arabe à lunettes, chauve et rigolard.
- Ben ouais et même mieux que ça. Il regarde mon badge, me parle de Mazio.
- Mais Ballouhey , t'as pas un autre nom ?
- Ben ouais, chui Bacaze.
- T'ES BACAZE !!??
- Ben ouais,
- Hé ! les gars, je viens de rencontrer un personnage de roman !
- Et puis et toi t'es qui ?
- Said.
- SAID !!! ??
Cul et chemise, bras dessus, bras dessous. Nostalge et maspouineries.
On s'est pas quitté pendant deux jours.
Hé! Hé ! Lui c'est Bacaze, c'est un personnage de roman ! Il a dit ça vingt fois dans la journée.
"Crobards" n'a jamais eu autant de fans.



Ma première rencontre avec Malnuit et sa compagne Françoise dit Bédé illustratrice des livres de Jacques Salomé remonte en 1978 à Lys dans les Pyrénées Atlantiques.
A l'époque, Les Malnuit habitaient Maison Gracie à Asson.
Une sacré époque, et les illusion de mes vingt ans.
Mazio en avait déjà trente six de chandelles sur son gateaux d'anniversaire.
Je raconte ça dans Le Soleil des fous Cliquez ici si vous désirez en savoir plus sur le livre
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Il habitait non loin de chez nous, dans une sorte de château. Une bâtisse début de siècle construite par un illuminé ayant fait fortune. Les corps de bâtiment étaient plantés au bout d'un chemin qui descendait en serpentant depuis le dôme d'une colline. Eloignée de plusieurs kilomètres de toute habitation, la maison était là, massive, posée face aux sommets qui se découpaient dans l'encadrement de la porte. Entre elle et la montagne rien qu'un jet de pierre, un vol de moineau. Sur les pics si étrangement près la veille des jours de pluie, les points blancs ou marron des animaux en pâture dans les estives se distinguaient nettement. Les masses sombres des collines entraient dans la cuisine. Le carillon permanent des cloches résonnait dans la vallée. Quand nous ne les voyions pas nous entendions le bruit de leurs cloches auquel répondait le souffle du vent dans les cimes et le chant des oiseaux.
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Mollets-de-coq payait une misère le loyer de ce château, qui, sur deux étages, se composait de quatre immenses pièces, chacune de la taille d'un grand appartement. Dans la salle du bas, un évier en marbre des Pyrénées et une gigantesque cheminée où aurait pu rôtir un veau et trois moutons. Des placards et des vaisseliers en merisier teintés au sang de bœuf occupaient un pan entier de mur. Des poutres énormes et noircies par le temps donnaient à la maison l'impression qu'elle était posée là pour l'éternité. Le constructeur avait eu de l'ambition. Un large escalier desservait les pièces de l'étage et le grenier. Au rez-de-chaussée, face à la cuisine, la souillarde servait de débarras en même temps que de garde-manger. Dans cette pièce, sorte de cuisine supplémentaire, les anciens propriétaires apprêtaient les confits, le pèle-porc, suspendaient au plafond dans des sacs, les oignons, les châtaignes, le maïs ainsi que des jambons.
Dans cette pièce le linge tentait de sécher alors qu'il pleuvait depuis des semaines, et que l'eau remontait entre les dalles. Sous l'escalier, une porte où l'on pouvait tenir debout y prenait place la barrique de vin, indispensable dans toute maison respectable. A l'étage, les portes du palier s'ouvraient sur trois battants. Le propriétaire au retour des chasses, y avait donné des banquets d'une centaine de couverts. Quelques très vieux dans le pays se souvenaient encore étant enfant avoir participé comme rabatteurs à ces chasses et festins. Le patron était un homme d'avant l'exode de la première guerre, quand toutes les fermes étaient encore habitées et que le village résonnait de l'enclume du maréchal-ferrant et des cris des gamins dans la cour de l'école, quand la vie pour ces gens-là ressemblait à autre chose qu'à une course. Difficile d'imaginer une centaine de personnes assises autour de cette table, allant d'une pièce à l'autre, traversant le palier et se rabattant en forme de fer à cheval. Le maître trônait au milieu de son monde, en pacha amateur de grande bouffe, de vin et de femmes, braillant, riant, bâfrant, buvant, rotant, saoul de vin, ronflant d'aise après avoir copieusement arrosé le giron d'une femme ou d'une servante de sa semence. Tel était l'ancien propriétaire de la maison.
Mollets-de-coq ne lui ressemblait en rien, ou alors il aurait été son ectoplasme torturé qui errait entre ces murs. Menu, maigre, presque insignifiant il n'avait rien de gigantesque encore moins de rabelaisien,. Ses toiles s'entassaient dans la pièce au-dessus de la souillarde. Là, il avait installé son atelier. L'étage jouissait d'un éclairage intense, comparé au rez-de-chaussée où il fallait quelques temps avant de s'adapter à la pénombre lorsqu'on y pénétrait, abruti de lumière. Des tableaux étaient accrochées aux murs ou sur la cloison en chêne massif de l'escalier, d'autres empilées. L'une, non achevée, posée à plat à même la table, une autre coincée dans un chevalet. Il travaillait plusieurs grands formats simultanément, comme si la maison l'influençait.
Dans la salle du bas, sur le côté de l'âtre, la famille entière pouvait tenir au chaud sur des bancelles appuyées au mur, à la veillée au coin du feu quand les ancêtres épluchaient des châtaignes en se racontant des sornettes, des histoires de sorcellerie, des saloperies entre voisins, de vieilles haines accumulées au fil du temps, de rancœurs dont les origines avaient disparu mais qui persistaient. Nous aussi y prenions place quand les dernières flammes n'avaient pas encore achevé la combustion du bois. Alors dans le craquement des morceaux de châtaignier se consumant nous convoquions les fantômes de Giono, Thoreau, Kerouac, Cendrars, pour éterniser l'instant. Les montagnes justifiaient notre raison de penser ainsi et couronnaient de leur majestueuse présence nos réflexions sur le monde. Tout semblait encore possible dans ces contrées presque intactes. La civilisation avait oublié de pénétrer ce cul-de-judas, sis face aux splendeurs des monts ensorcelants de beauté.
Je me trouvais catapulté dans un nouvel univers. On parlait de littérature comme on se tartine une biscotte au petit déjeuner. J'écoutais, je m'abreuvais de connaissances. On ne pouvait pas se tromper c'était la bonne voie, le chemin à suivre pour s'épanouir. Une force me soulevait de terre, je me sentais invincible, du moins je le croyais. On avait banni "l'american way of live" et on le troquait contre notre vision de la voie naturelle de la vie. On se sentait bien autour de sa cheminée.
Mollets de coq vivait un peu de sa peinture. Bien qu'ayant fui rapidement les cours académiques, il avait un coup de pinceau classique. Il avait été viré des arts. Dès la première année; il en savait plus que le prof. La deuxième il l'a passée au bistrot avec les copains. Pas la peine qu'il retourne en cours, il connaissait déjà les glacis, la pénombre, copiait Turner, De la Tour. Il pensait que Rembrandt était mort nombre de fois avant de réussir à peindre ainsi. De l'impressionnisme au surréalisme via l'hyperréalisme, il avait tout emmagasiné à une vitesse vertigineuse et tapait son souk au fond de la classe où il écrivait déjà ses mémoires.
Son talent de parleur m'a toujours impressionné. Il pouvait monopoliser l'attention et boire toute la nuit sans sombrer dans un coma éthylique ou dans des propos ridicules et tenir son auditoire en haleine. Il me décapait la cervelle, bouleversait mon univers et en reculait les limites. Il m'accouchait au monde de la douleur métaphysique. Je me sentais si proche de lui. On parlait le même langage. Nos chemins s'étaient tant de fois croisés. Jamais auparavant je n'avais rencontré un être qui rentrait aussi profondément en lui. Il piochait, creusait, décortiquait et voulait comprendre le pourquoi du comment. L'apparence, autant que les effets de style, le répugnaient. Il haïssait la littérature, et pensait qu'il fallait la broyer. Décroûter l'écriture de son carcan et de sa forme pour découvrir un nouvel univers. Sa maison se transformait en chaire où se partage la parole lorsque des auteurs débarquaient. Moments intenses de palabres.
Ce soir là une auteure est venue nous voir. On est allés la chercher au train. Elle a passé le week-end avec nous. Elle était devenue un mythe depuis le temps que j'en avais entendu parler. D'elle comme de ses écrits émanait le soufre. Ses poèmes avaient la violence des banlieues, mordaient les chairs, secouaient les tabous, décapaient la bienséance au vitriol. Elle a débarqué dans sa robe mauve. Une immense chevelure blonde lui couvrait les épaules. Elle a fait le tour de la propriété. Contraste saisissant: la nature était là, puissante, avec ses masses mille fois plus énormes que les blocs de béton des banlieues. On lui rééditerait son ouvrage épuisé puis on lui en publierait un autre. Elle n'y croyait pas et resplendissait. Elle nous amenait un premier roman dans une chemise. Sa voix de gauloise, son air affranchi, son apparente désinvolture a fait tourner la tête à Mollets de Coq. Il aurait aimé connaître au moins autant sa chair que son âme et voir dans quelle encre elle trempait sa plume. Elle dégageait une puissante attirance qui imprégnait l'air. Elle aimait ça et le criait dans ses poèmes. Peut-être que de l'avoir lue, avant de l'avoir vue, excitait plus encore son imagination. Elle sentait la femme désirable et désirante.
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On a causé de littérature et les Céline, Miller, Dostoïevski et Duras étaient là parmi nous, de sexe aussi. Mollets de coq voulait savoir quel type d'homme elle pouvait bien aimer. Elle était libre et cherchait un fiancé. Mollets de coq, électrique, ne se tenait plus. Il lui aurait bien proposé une partie de jambes en l'air, si elle n'avait été sous le même toit que sa légitime. Il ne comprenait pas que son rêve ne soit pas réalisable. Il se voyait dorloté et cajolé au milieu de deux petites femmes. Il aurait fallu que l'occasion se présente dans d'autres circonstances. Il n'arrivait pas à admettre ce décalage entre l'écriture et la vie de tous les jours. Tel quel, avec ce qu'il avait lu d'elle, il lui aurait sauté dessus derechef. A peine lui aurait-il laissé le temps d'enlever sa culotte de dentelle en soie noire. Elle savait se faire admirer, et naturellement des paires d'yeux se posaient sur sa gorge, sur sa poitrine, sur ses fesses. Elle se sentait désirée et aimait l'être. Mollets de coq aurait voulu qu'elle demeure à portée de ses pinceaux, muse pour peintre. sa démarche était presque dansante. Il la voyait drapée ou déshabillée tel un modèle de Goya, des cheveux blonds, des dentelles et des chairs.
Bien qu'il soit tard il restait de la bière suffisamment pour continuer la nuit. Mollets de coq voulait tout savoir sur ce qui la motivait dans la vie, l'amour, le désespoir, l'attente, la solitude. Il désirait la connaître tout d'un bloc. Qu'elle lui rentre dans les veines comme un shoot maximum, une envolée de cheval blanc. Rien ne lui suffisait. Guère plus haut qu'un adolescent, mince et frêle, il se dégageait de lui une énergie fabuleuse. Il ne donnait pas l'impression d'être rachitique, mais solidement enraciné dans l'existence...

Ses discussions étaient des pugilats où chacun apprenait à palper ses limites. Tout était prétexte à parler, et parler donne soif. Pissant sur le pas de la porte, le regard perdu dans les montagnes, il continuait à éplucher la vie. Rien n'aurait pu tarir le flot des idées qui venaient se heurter dans son crâne. Angoissé par la mort et les années terribles qui s'avancent et serrent en tenaille dans leurs bras jusqu'à étouffer, il interrogeait tout et tout le monde sur le sens de la vie. Il continuait à chercher, sachant l'absence d'issue.
-Avoir besoin de certitudes n'est qu'une preuve d'immaturité. La vie ressemble à un charnier où chacun dévore le voisin pour survivre, a t'il dit.
Il ne faisait que cela, survivre, chaque instant chassé par l'autre. Il tenait ses armes, un pinceau et un stylo. Le seul but à atteindre était de boucler chaque jour, en même temps que le soleil se couche, en ayant vécu debout et non à genoux. Il invectivait les morts et les imbéciles, tous les deux pareils. Il se savait vivant, en doutait quand même, mais ne se voyait pas vieillir.
-Tous ces vieillards fripés sont laids à vomir par manque d'intelligence. Ces vieux flapis qui n'ont jamais su qu'avaler les couleuvres du cauchemar qu'est la vie. Je ne veux pas leur ressembler! J'ai peur de rentrer dans le rang par habitude, par angoisse du lendemain. De faire comme tout le monde. Attendre la trouille au ventre que le temps passe et que les rêves foutent le camp!
D'un seul coup d'un seul il s'est mis à hurler et s'est roulé dans l'herbe. Personne n'avait compris ce qui lui arrivait, sauf moi. Ca ressemblait à un délirium. Il gueulait sa rage face à la douleur qui lui tenaillait le ventre. Dantesque, la crise le cisaillait en deux. Il maudissait le monde et se lamentait sur son génie méconnu. Il avait cru pouvoir réussir sans l'aide de la providence. Il vomissait ses échecs successifs alors que l'horloge continuait à tourner. Il n'y croyait plus, plongé dans le gouffre de son angoisse. Soumis à une séance de torture dont les bourreaux invisibles le charcutaient avec des décharges de cinq mille volts. Il a fini par se calmer tard dans la nuit. Sa copine est restée près de lui pour le cajoler.


La mort de Malnuit, sur un banc public est un fait réel, mais je l'ai imaginé dans un beau jardin, (le jardin Massey à Tarbes) comme un paradis perdu. Parce que c'est à Tarbes que je l'ai vu pour la dernière fois. Je lui avais organisé une exposition à la "Galerie Restaurant". Qui a été pendant la seconde guerre un haut lieu de la résistance, bien qu'étant un bordel. Nos retrouvailles: je les ai déjà publié dans Putain d'étoile aux éditions Paris Méditerranée.
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En voici le texte:

Comme un ennui n’arrive jamais seul, ça évite la monotonie, mon vieux pote Mollets de coq qui errait depuis que sa femme l'avait viré, a rappliqué. Je ne pouvais que la comprendre. Personne ne peut supporter un type arsouillé à la bière du matin au soir. Si par chance il rentrait le soir. Ses bringues duraient tant qu'il avait de l'argent. Il finissait par retrouver le bercail, péteux, lamentable, les yeux pochés, la tignasse en bataille, du sang séché sur le visage, avec une côte fêlée, le nez cassé, une arcade sourcilière explosée. Il se prenait des gamelles tout seul, ou se ramassait des toises par d’autres pochetrons.
Il était revenu chez sa femme mal en point, son affaire de tourisme ayant tourné à la déconfiture, avant qu’elle ne le vire. Ce n'est pas un hasard s’il a rappliqué. Il savait bien, lui aussi, que j’allais le recueillir.
Il fallait lui trouver du fric, et vite. Il possédait un stock de nouvelles toiles et de dessins que personne n'avait jamais vus, ou si peu. Il peignait beaucoup et depuis longtemps mais ne montrait jamais rien. Je lui ai arrangé une exposition dans le restaurant de Tonton Alain.

De la journée, je ne savais pas ce que faisait Mollets de coq. Le midi, je le retrouvais au café, devant un demi, son stylo à la main, une Gauloise au bec. Il s'arrachait les boyaux de la tête pour noircir des pages. Il les empilait sur ses étagères avec dix mille autres déjà écrites. Pour quoi? Pour qui? Illisible par un lecteur lambda. Une vie hachée de doutes et de cauchemars, de refus d'éditeurs, d'échecs commerciaux. Il traînait son naufrage. Pourtant sa peinture se vendait bien, mais se séparer de ses petits ne le rassurait pas sur son œuvre. Il se savait génial. Je ne doutais pas qu’aux pinceaux il le fût. En revanche pour lire sa prose, il fallait un mode d'emploi du personnage ou l'avoir fréquenté pour décrypter. Un béotien n’y aurait rien compris. Mais qu’y avait-il à comprendre ?
Au déjeuner il m'attendait, pour manger une salade ou un sandwich, sur le pouce. Peu d'appétit et vite rassasié. Il avait pourtant du mal à entretenir une carcasse de quarante kilos habillée et trempée car il devait absorber beaucoup de liquide. Bourré, il cherchait des noises. Il s'était mis en tête de faire le portrait d'une cliente, qui visiblement attendait quelqu'un. Rien de mal à profiter d’un modèle anonyme. Son carnet à dessin posé entre la table et son estomac, il clignait de l'œil, prenait ses repères. Et la ligne, nette, précise, sans bavure, se déposait toute seule sur le papier. Du maître, il avait la rapidité et l’aisance. Malheureusement, il n’a pas voulu se contenter du seul cadeau qu'une femme fait en se laissant admirer. Pour tenter sa chance, il s'est installé à sa table. Va savoir! Le refus il ne connaissait pas. Il s'est incrusté. La dame attendait un militaire qui ne tarderait pas à venir. Lui n'en démordait pas. Hussard ou général, une muse pareille n'avait rien à faire avec des gens d'armes. Elle devait, sur-le-champ, tout quitter pour le suivre parce qu'il lui avait crayonné le portrait sur un coin de table, en gage d'amour éternel. Elle a jeté un œil dehors, a réglé et s'est empressée de sortir. Il voulait la suivre. Je l'ai retenu. Elle s'est engouffrée dans une voiture de sport rouge, conduite par un officier des commandos parachutistes qui venait de s'arrêter devant le café.
-T'es dingue ou quoi ? Imagine que son type soit descendu !
-Et alors, où est le problème ? Cette femme était trop bien pour ce con !
-Peut-être qu’elle aussi était très conne ! Tu donnes tes dessins à n'importe qui !
-C'était pas n'importe qui !
-La preuve que si. L'art, elle s'en tape ! Que veux-tu qu'elle fasse d'un déplumé comme toi ! Il faut que tu te trouves une fiancée dans ton univers.
-Elles préfèrent les cons !
-Ouais, finalement tu as raison !
Je ne voulais pas le contrarier. Je l'ai laissé à son demi et suis reparti à ma machine, en sachant qu'à la fin de la journée je le retrouverai au même endroit. Peut-être à une table différente, au cas où il aurait fait une autre tentative d'approche infructueuse. Mais je savais devoir le récupérer dans un état de décomposition avancée. Je lui ai trouvé des acheteurs, qui n'ont pas hésité un seul instant à payer le prix demandé. Il entassait dans son portefeuille tout pouilleux des billets de cinq cents francs. Un total de dix mille francs qu’il comptait bien boire.
Pour lui faire la morale, je lui ai dit :
-Tu devrais t'acheter des fournitures.
-Ouais, faudrait que j'y aille !
La galerie où il exposait, faisait aussi restaurant. C'est là que j'avais dragué Inès. Une salle au rez-de-chaussée, une autre à l'étage, et au second des petites chambres. L’endroit avait jadis été un bordel qui avaient caché des maquisards, parfois d'anciens clients revenaient sur le lieu de leur initiation amoureuse. La maison semblait décalée, comme hors du temps. Une moustache de mafieux, un accent du Sud-Ouest à couper au couteau, Tonton Alain avant de devenir restaurateur et accrocheur de tableaux, avait été routier international. Communiste convaincu depuis toujours, il l'était devenu beaucoup moins après ses voyages.
- Con ! Je roulais pour la Russie. Un merdier pas pensable. Les stations, à essence à des kilomètres, on les sent. Je roulais à l'odeur. Les tuyaux étaient percés et personne pour réparer. Tout le monde s'en foutait. Et moi donc. On en mettait autant dans le réservoir qu'à côté, Putain. Un bordel pas croyable ces routes. Défoncées, verglacées. Des paysages à vous congeler le sang. Un ciel noir. Même la neige était sombre ! Des corbeaux en meutes dans le ciel ! De la taille des aigles d'ici. Ils s'abattent sur vous avant que vous ayez pu imaginer ce qui se passe. La fin du monde c'est en Russie. Qu'est ce que ce couillon de Napoléon est allé foutre là-bas ? C'était évident qu'il s’y serait fait bouffer les couilles. N'importe quel crétin comprend ça. À Moscou, j'avais un bon copain. Avec lui je me soûlais à la vodka et je bouffais le caviar à la louche. Putain, c'était le bon temps ! Je ne déboursais pas un rond. Je lui échangeais tout ça contre des blue-jeans que je récupérais au Secours populaire. Je suis pour l'amitié entre les peuples. Je te refile mes vieux futales et tu me balances la vodka et le caviar ! Putain ! Ça m'a guéri du communisme, du stalinisme, des ismes. Parce que figures toi que je suis l’arrière petit-fils du roi des Tchoutchis. Ouais, monsieur ! Du roi des Tchoutchis. C’est un peuple qui habite le détroit de Bering... C’est Staline qui nous a déporté dans le Caucasse. Et moi, je suis arrivé en France je sais pas trop comment…En tout cas dans les couilles de mon père. Ah, la Russie ! J'aimerais bien y retourner pour pêcher le gros. Les bélugas dans le delta de la Volga. Putain, ça c'est du poisson! Ici, même à la pêche, on peut pas être tranquille. Tiens, pas plus tard que la semaine dernière, j'ai pris trois truites au gave! Bon, d'accord, elles faisaient pas toutes la taille réglementaire. Mais, pas de beaucoup! À part une, qui dépassait et de pas mal! Personne à la ronde! Que des arbres! Ça faisait pas une demi-heure que j'étais là, que les gardes me sont tombés dessus. D'où ils sortaient, j'en sais rien! Ils m'observaient à la jumelle, depuis le pont de chemin de fer! Tu parles que je les voyais pas! Ils les ont mesurées. Eh bien, figure-toi, que c'est avec la plus grosse qu'ils m'ont cherché des emmerdes. « Vous voyez pas elle est plus grosse que la taille réglementaire, je leur ai dit! », « C'est un saumon Atlantique ça monsieur, il m'a répondu! » J'en suis tombé sur le cul. Ils avaient fait un lâcher la semaine passée! Ils n'ont rien dit pour les truites, un demi centimètre! Ils m'ont plombé de mille balles pour le saumon. Alors, tu vois, si je peux aller pêcher dans la Volga, là je suis sûr que personne ne viendra me chauffer. Putain! Pas un coin où tu peux être peinard! Si ça continue, on va te mater dans la culotte, pour savoir si tu bandes au moment où il faut ou pas! Putain!
Ça l'énervait d'autant plus que, d'après lui, une heure de pêche en était une volée au paradis. Il empruntait à Fallet sans citer ses sources, mais comment lui en vouloir. Tonton Alain peut raconter des histoires pendant des heures et tant pis si l'auditeur ne sait plus où il en est. Il raconte, à la manière d'un griot et son œil s'allume de malice. Il ne ment pas. Il invente. La nuance est de taille. Un menteur ment, un conteur conte. Si le mensonge est vulgaire, une belle histoire est pleine de noblesse et de talent. Il était impossible de savoir quand il avait quitté le lit de l'anecdote, pour suivre son propre fleuve, emporté par sa verve. Aucune importance. La seule chose qui comptait, c'était de se retrouver autour d'une de ses recettes mitonnées de longues heures, avec un alcool de poire et un bon cigare en guise de pousse café.
-La vie est trop courte pour se faire chier ! À propos, tu ne connais pas des bons peintres pour exposer ? Des types avec un minimum de talent.
-À la pelle !
-Non, au couteau ou au pinceau ça suffira. Je voudrais pas forcément des types connus. Des nouveautés quoi …
-Quand tu veux ça ?
-Dès demain! Façon de causer !
-Tu prends quel pourcentage ?
-Rien. Con !
-Tu ne réussiras pas à faire des affaires avec moi…
-Je me souviens que je suis juif quand je rentre dans un magasin de vêtements ! Je dis : mon oncle c’est le rabbin. J'ai automatiquement une remise de dix pour cent. Tu vois des fois ça sert cette putain de religion. T’es pas le seul à avoir été baptisé au sécateur ! Putain !
Avec Tonton Alain tout devient loufoque, rien n'est sérieux, ni n'en vaut la peine.
-Et je suis devenu communiste à cause des putains de patrons qui m'en ont trop fait chier ! Pour les emmerder je leur montais un syndicat histoire de passer le temps, mais surtout pour me faire des copains. Tu pars du principe que la moitié de la population est à droite et l'autre moitié à gauche. D'entrée tu donnes la couleur du jeu ! Comme ça tu connais ton équipe et tu sais avec qui composer. On perd moins de temps ! Qui on retrouve à gauche ? Ceux qui n'ont pas un rond ! J'arrive pas à comprendre qu'un type fauché soit de droite. Moi, si j'avais eu du pognon, j'aurais été aussi con que n'importe quel type avec du pognon. C'est simple, à gauche, ceux qui n'ont pas de fric et qui en veulent. À droite ceux qui ont la monnaie et qui ne veulent pas en lâcher. La politique c'est tout ce qu'il y a de plus simple. Bon, il y a des exceptions ! Personnellement j'en connais pas !
Il tirait sur son Cohiba et éclatait de rire.
-Du vrai de chez Fidel ! Quel con celui-là ! Il a transformé son île en Center Park avec interdiction de sortir. Il garde les vêtements dans la penderie et si tu veux te barrer c'est en slip, et les maîtres-nageurs sont des requins. Quel con ! Quand je pense qu'il y a toutes ces petites nanas avec des popotins d'enfer. Nom de dieu… Rien que ça, ça vaut le coup d’être communiste!
Et il pouffait de plus belle.
-Quand j'étais routier, chaque semaine je photocopiais mon mouchard que je faisais certifier conforme à la gendarmerie avant de le rendre au patron. Et s’il m’emmerdait en cas de besoin, au moment où il me virait je réclamais mon dû. Les heures supplémentaires, crois-moi que ça fait un sacré pactole. Une moyenne de deux à trois heures par jour, sur quatre ou cinq ans, le tout à trente-trois pour cent. Là-dessus tu ajoutes les intérêts à cinq voir six pour cent. Un sou c'est un sou, con !
-Finalement, t’es vachement caricatural !
-Et toi putain de raton, je vais aller te dénoncer pour gagner encore plus de fric !
Et en concert, de rire.
-Les youpins ce sont les frères ennemis des crouilles, mais ce sont des frères, avant tout ! À quoi que tu crois que le maigrichon cloué sur ses bouts de bois il ressemblait, à Yasser Arafat ou à Claude François ? Rien n'est sérieux quand tu prévois le pire. Te reste plus qu’à assister au spectacle. Mon père a survécu à la Seconde Guerre en tant que juif. Il s'est caché à Vichy où il jouait comme musicien. Personne ne lui a rien demandé. On n'est jamais mieux caché que dans la tanière du loup, con !
Je lui ai montré quelques photos des pastels de Mollets de coq que j'avais en ma possession. Tous deux sont tombés en sympathie après plusieurs bouteilles mises à mal. Mollets de coq a pris pension dans une des chambres inoccupées de cet ancien bordel où il rentrait aux aurores.
Il atteignait des sommets avec sa façon de peindre à la Rembrandt en une heure un portrait avec un coup de patte à faire pâlir d'envie les plus talentueux. Il s'en souvenait en plongeant les yeux au fond de son verre pour y regarder, nostalgique, son image qui se déformait. La réalité enfonce la tête dans l’infamie. Je m'accrochais à mes rêves, seule bouée de sauvetage. Si lui réussissait à vivre en peignant, pourquoi ne vivrais-je pas de l'écriture. Je n'ai jamais eu de gros besoins, un Lévis, un tee-shirt et des sandales pour l'été. Une chemise, un pull et des godillots pour l'hiver. Je ne me plains pas de mon sort. La plus grande des richesses c'est de pouvoir envisager une autre réalité. Si je ne vis pas de mon rêve, je ne peux pas vivre sans rêver. Seule raison de batailler pour avoir la force de relever la tête et de prendre encore une bouffée d'air pour se maintenir en vie. Un soir, Mollets de coq n'est pas rentré à la galerie-restaurant. Je ne me suis pas inquiété. Il reviendrait le lendemain matin, ou dans la journée, la gueule de travers, la bouche pâteuse, les cheveux en pétard. J'ai appelé Tonton Alain. Lui non plus ne l'avait pas vu de la journée.
-Il a juste pris ses papiers et son fric. Il ne doit pas être loin !
-Hier soir tous les deux on s'est mis une cuite ! Après il devait passer chez toi !
-Bon, écoute, si tu le vois dis lui de m'appeler au boulot ou de me laisser un mot ! Je lui ai trouvé un acheteur pour deux pastels ! Du cash et en liquide, l'affaire est convenue !
J'étais en passe de pouvoir me recycler en marchand de tableaux.
-J'ai un certain talent commercial que je devrais mettre à profit pour me sortir de cette impasse, me suis-je pris à rêver. Mollets de Coq peint et moi je lui écoule sa marchandise. Trente pour cent au passage, à deux on pouvait royalement vivre sur sa production !
Les flics ont ramassé Mollets de Coq sur un banc du jardin public. Un coma éthylique bien profond, avec six grammes d'alcool dans le sang. Trop soûl pour tourner la tête sur le côté. Ça ne pardonne pas. Il s'est noyé dans son vomi. Les flics ont trouvé ses papiers, et une affiche de l’exposition pliée dans sa poche. Ils ont téléphoné à la galerie, pour savoir a qui appartenait le cadavre. Personne n'était plus responsable de lui et depuis longtemps, son cerveau encore moins.
Il avait bien choisi le décor pour tirer le rideau. Un de ces jardins botaniques sublime du XVIIIe siècle. Où, à foison, arbres, plantes vertes, fleurs, volatiles, poissons exotiques ont été concentrés en un seul point. L'idée avait été de reproduire une sorte de nirvana. Des paons y faisaient la roue. Des énormes carpes bleues nageaient sous la surface lisse de l'eau où se reflétait un ciel profond au vertige. Dans cette scène d’olympe, parmi les roses odoriférantes, le chant des oiseaux, l'ondoiement des feuilles de palmier et l'ombre des immenses cyprès, il avait choisi de rester.
Il regrettait le ventre de sa mère, alors il est venu dire ses adieux dans un paradis perdu imaginé par un doux rêveur. Un poète qui devait aussi y croire. Mais lui avait eu les moyens d'ébaucher le début de son rêve. Dans ce lieu, quelqu'un avait pensé tout haut et il l'avait senti. On branche ses antennes pour capter, ou alors il faut rester au garage. S'il est un endroit où se rendre en premier dans une ville qu'on s'apprête à découvrir, c'est au jardin public. S’il est pouilleux, désespérément minable, il faut s'empresser de fuir ce bled ventre à terre. Vous n'y croiserez que de sombres abrutis directement débarqués du bouillon primitif. Si, au contraire, le jardin plaît, on peut envisager de s’y installer quelque temps. C'était une des théories de Mollets de Coq. Il s'y plaisait dans ce parc. À en crever.


05/11/2007

Du côté de l'ANTOsphère

N'hésitez pas aprés votre visite Chez Ressacs
à aller faire un tour du côté de l'Antosphère
ça swingue pas mal, par là aussi.....
en cliquant sur le lien
là à gauche....
dans la colonne...

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06/10/2007

Bob de groof

Bob, j'ai eu le plaisir de le rencontrer il y a une dizaine d'année, à Vilvoorde. Quand le tram arrivait encore jusque là, et que la séparation linguistique ne l'avait pas encore arrêté...
Avec Anto, on lui avait organisé une expo de ses totems et dessins, dans la galerie de Michel Ray, disparue depuis, sise en face de la maison de la poésie dans le passage qui débouche rue Quincampoix.


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26/06/2007

C'est au pied du mur qu'on voit le Massot

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C'est du 21 au 24 juin que s'est déroulé le 25ème Marché de la Poésie, Place St-Sulpice à Paris 6e.
Tous les participants et le programme en cliquant ici

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Les Carnets du Dessert de Lune y ont fait escale pour la dixième fois en compagnie des éditions Le Pré Carré.
Sous le parasol planté sur l'emplacement nommé FACE D15,
Sur le pont du navire, vous trouverez aussi les autres titres des passagers embarqués depuis le début de l'aventure éditoriale.


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01/05/2007

Un bandonéon mélancolique

Par Mathias Heizmann

Daniel Brel : Quatre chemins de mélancolie
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Croiser la viole de gambe et le bandonéon, réunir un musicien contemporain épris de tango et de milongaet l’un des musiciens baroques le plus célèbre du moment, voilà qui n’est pas habituel.

Dans son remarquable texte d’introduction, Jean-Luc Tamby rappelle les enjeux de cette création : Daniel Brel cherche une musique en forme d’association libre qui renonce à théâtraliser le discours en le pliant à ce que la tradition de la composition nomme un développement. Entièrement tournée vers le passé, elle ne cesse de se souvenir d’autres musiques et joue avec la mélancolie comme d’autres jouent avec leur mémoire face aux impossibles deuils .

Les inventeurs du tango introduisirent dans la danse l’interruption du mouvement * : on pouvait ainsi jouer sur des variations rythmiques infimes et envisager une interprétation dépassant le rythme musical proprement dit. La musique de Daniel Brel se situe elle aussi dans ce type d’espaces, au-delà des figures musicales, sur les plages désertées par ceux qui souhaitent faire de cet art un objet trop palpable.

Que la viole et le bandonéon puisse fusionner à ce point restera pour beaucoup un mystère tout comme restera mystérieux la réussite d’un projet qui touche aux racines subjectives de la musique. Surgie tout droit de ce lieu obscur où se forment les rêves, l’œuvre de Daniel Brel est aujourd’hui indispensable : pour l’avoir simplement compris et si remarquablement jouée, Vincent Dumestre mérite tous les éloges…

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Si nous ne sommes pas en mesure de vous faire écouter la musique de Daniel Brel, les palois auront la chance de l'entendre au THEATRE DU MONTE-CHARGE 7, Rue Rivarès 64000 PAU du 03/05/2007 au 05/05/2007

C'EST L'EVENEMENT A NE PAS RATER

28/02/2007

Particules

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Collage: Maryvonne Lequellec
Pour retrouver le travail de Maryvonne Le Quellec


Par Isabelle Ryser


Les marines transpirent : le phare est à l’envers. Sur l’écran, un électroencéphalogramme étale ses platitudes, le vent, le vent pousse des feuillées, des lunes de caprice à l’utérus intact. On sait qu’en packs bruns, les cirages de pleurs se délitent dans la cale. Depuis le grand départ, j’ai la chacone entre les jambes du lion, il y pousse une rivière de dents et c’est avec des outrances de panière que je siffle mon thé de terre noire, de cui-cui etc. En dehors de ces atours, alors que je vérifie les étincelles, est-ce la chance en verre que je distingue entre vos yeux blindés ? Voyez le soleil en plissant les paupières, voyez sa gueule dans le four ! La génération mûrit des entrejambes singulières, sans complément ni adjectivité. C’est à qui chante le Nil reconverti et la pilule d’Himalaya. Les montagnes secréteront toujours des giclées d’ascétisme, des vases clos, des arrière-cours et demains enchanteurs. Vous prierez vous aussi pour la palme d’allégeance, pour le blason d’azur et de boots à clochettes.
Quand vous voulez, je vous ferai le paysage d’un seul bras agacé par la mine, je vous parlerai des mangas de banane qu’on sertit dans le cœur d’apsaras. Après-coup, un chat lira les commentaires traduits dans un argot de charentaises. En attendant, pensez à la charogne et foutez-la d’asters.

Sur le mât de misaine, pour conjurer l’angoisse, les marines brûlent la vie au gaz des pensées et, chaque soir, la cendre graisse le ciel tout gris.


Dans la houle, le souvenir d’un moustique émiette le cri qu’on tire du drap plié, droit et bord à bord, sans alluvion. Pas d’écho dans allée centrale. Les moines se penchent au-dehors pour trouver la blessure du thorax que la silhouette assassine sans modèle - une feuille tombe, patte en l’air.

Les toits se couvriront d’écume et toi, déesse aux cheveux d’hévéa, d’une vrille du doigt tu perceras les trous ! Farauds les univers qui dansent, pusillanimes les verts de gris aux manchettes d’offices ! Les lointains se consument, l’équinoxe en gésine effectue sa poussée, là, dans la cible d’une mousse métallique pour une rugosité d’un âge qui mord, d’un âge qui loge à l’escalier.
J’aurais voulu manger la châtaigne violette d’un cancer de la plèvre mais les vaches en caserne louchaient vers la sortie. Ma main tremblante cuvait sur le papier l’ombre d’ancêtres qui s’attaqueraient au lit, au feu jamais éteint, aux seins des jeunes filles allaitant des boutons. Peau de balles pour faire ciel étoilé.


Isabelle Ryser n'a encore rien publié, vous la retrouverez encore dans l'avenir sur mon blog...
Si un éditeur de poésie est intéressé, il sait où me joindre...

25/02/2007

ROUGE A RÊVES

Une petite nouvelle de Mouloud Akkouche
Merci à Elie ( 7 ans ) pour le titre

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Collage: Maryvonne Lequellec

Michel grimpa l’escalier en titubant et ouvrit la porte de la salle de bains.
Virginie lui jeta un œil noir.
- Qu’est-ce que tu veux ?
Un pâle sourire aux lèvres, il dévisagea sa femme en petite tenue, une brosse à cheveux à la main. Une éternité sans glisser ses doigts entre les boucles blondes.
- Je… Je…
Elle secoua la tête.
-Toi, tu as encore trop bu.
- N’y va pas Virginie.
Elle poussa un soupir avant d’enfiler sa robe légère, la bleue, celle choisie ensemble.
- Laisse tomber.
- Je voudrais qu’on se parle, bredouilla-t-il en s’asseyant sur la baignoire.
- Tu sais bien que c’est fini entre nous.
Elle se parfuma et ajouta :
- Si d’ici la fin du mois tu n’as pas fini par trouver un logement, c’est moi qui partirai.
Il blêmit.
- Non, non. Je vais trouver.
- On verra bien.
- Tu peux sortir de la salle de bains, souffla-t-elle.
- …
- Je peux pisser en paix quand même !
Il regagna le salon et se servit un verre de cognac. Comme tous les week-ends depuis près d’un an, il s’affala dans le canapé et essaya de penser à autre chose, oublier qu’elle le trompait. Et que jamais il ne pourrait lui donner un enfant.
Fardée comme une collégienne à sa première sortie, Virginie apparut sur le palier. En équilibre sur des talons hauts, elle descendit lentement l’escalier. Il ne pouvait détacher ses yeux de cette intime étrangère. Elle le narguait, c’était sûr.
Il se jeta sur le paquet de cigarettes.
- C’est pas comme ça que tu trouveras un logement un jour, lui reprocha-t-elle.
Il baissa les yeux.
- Si, si.
- Ressaisis-toi, Michel.
- Laisse-moi une chance…
-Pourquoi faire ?
Il se redressa sur le canapé.
- Pour nous… reconstruire.
- C’est fini Michel. Tu ne me fais plus rêver.
Il se leva et s’approcha d’elle.
- On adoptera un enfant…
Il avait balancé cette phrase comme s’il venait de tirer sa dernière cartouche.
- C’est… c’est trop tard.
D’un geste maladroit, il essaya de lui prendre le bras. Elle recula d’un pas.
- Je te dégoûte, c’est ça.
Virginie posa un regard attristé sur le fantôme de l’homme qu’elle avait aimé plus de 12 ans. Depuis une quinzaine de jours, une irrépressible culpabilité entamait sa détermination. Par trois reprises, elle avait été tentée de replonger dans les bras de l’ex, mais à chaque fois, les souvenirs les plus insipides de leur quotidien avaient repris le dessus.
Ce ventre qu’il ne pourrait jamais transformer...
- Tu peux pas foutre notre histoire à la poubelle comme ça, dit-il. C’est pas possible !
Virginie détourna les yeux du fantôme bouffi d’alcool et lâcha :
- C’est plus la mienne.
La fin du mois du mois de novembre approchait sans que Michel n’ait dégoté un appartement; il n’en avait d’ailleurs jamais cherché. Par trouille de trouver en rentrant la maison vidée des affaires de Virginie, il quittait chaque soir, très tôt, son labo pour se retrouver le plus longtemps possible avec elle. Virginie était rarement là, elle évitait de le croiser. Le cœur de Michel se serrait lorsqu’elle passait à quelques centimètres de lui… Presque peau contre peau. Et elle ne le voyait pas. Cette indifférence l’exaspérait plus que tout le reste. Il n’était plus qu’un meuble à déménager…
Le dernier vendredi de novembre, Michel prit son après-midi. Il rassemblait ses affaires dans une grosse mallette quand la porte de son bureau s’ouvrit. Vêtu d’un costume de lin, un grand blond avec une queue de cheval lui tendit la main.
- Salut Michel, fit-il avec un air jovial, je t’invite ce soir chez moi. Je fais une bouffe.
Interloqué, il ne serra pas la main du nouveau commercial et le dévisagea sans un mot. Cette phrase lui parut étrange comme si elle ne pouvait s’adresser à lui. La moindre seconde était aspirée par son problème de couple et, les autres, collègues, amis, voisins, n’étaient plus que des silhouettes s’éloignant de plus en plus. Des figurants. Seul son travail de chimiste lui donnait un peu de répit. L’œil vissé sur son microscope et, tandis que sa vie privée se disloquait, il se concentrait au-dessus de sa paillasse à la recherche de nouvelles formules chimiques toujours plus performantes. Son bras de fer avec l’infiniment petit était devenu son ultime refuge pour échapper à la folie ou au suicide.
- Eh ! tu viens ou pas, insista-t-il.
Après un hochement de tête négatif, Michel saisit sa mallette et emprunta le couloir qui donnait sur la porte de sortie du grand immeuble vitré. Il marchait vite. Par groupe de deux ou trois, les employés de la société s’émiettaient dans les rues du quartier en quête d’un restaurant.
- Bon week-end Michel.
Il aurait volontiers étranglé son assistante.
***
-Vous déjeunez seule ?
- Non, j’attends quelqu’un.
En lissant sa moustache, le serveur proposa :
-Un petit apéritif pour patienter ?
L’œil dans le vague, elle marqua un temps d’hésitation et commanda un Kir.
Attablée devant la vitrine, Virginie fumait, regard perdu dans la rue piétonnière. Depuis sa rencontre avec Jacques, elle sentait que la vraie vie était à portée de main. Et ne la laisserait pas passer. A trente huit ans, plus de temps à perdre.
Son portable sonna.
Elle rama parmi un tas d’objets et de papiers avant d’attraper le téléphone.
- Allô.
- C’est Jacques.
Un sourire sur le visage de Virginie.
- Tu es où ?
Il se racla la gorge.
- Je suis encore au bureau.
Elle pâlit.
- Mais tu m’avais dit que…
- Ecoute Virginie, je parle doucement : ma femme est à côté. On pourra pas passer tout le week-end ensemble.
- Mais tu m’avais dit que nous allions à la Baule.
Il s’éclaircit une nouvelle fois la voix.
- Ma femme a annulé son départ et je suis coincé.
Virginie serra très fort son portable. Elle était comme un gosse qui, après avoir rameuté tout le monde sur la plage pour admirer son château, découvre un tas de sable sans forme. Elle réprima une larme. La poitrine dans un étau, elle sentit poindre les premiers signes de la crise de nerfs. Virginie commençait à ne plus croire que Jacques quitterait sa femme pour vivre avec elle… et mettre au monde leur bébé.
Elle expira un grand coup.
- Il faut que tu lui en parles, Jacques.
- Tu crois que c’est facile, rétorqua-t-il d’une voix agacée. Je t’ai promis et je le ferai, mais sois patiente.
- Jusqu’à quand ?
Ne t’en fais pas, Virginie.
- On se voit quand alors ?
- Ce soir. Ma femme part dans deux heures chez son frère et elle ne rentre que demain à 15H. À ce soir.
D’un geste sec, elle balança le portable dans la gueule ouverte de son sac.
‘’ J’en ai marre ! ‘’
Elle fouilla du regard les passants en se demandant si, eux, vivaient leur vraie vie.

Assis dans sa voiture, Michel alluma une cigarette et resta un long moment à fixer sa maison. Grâce à sa promotion, il avait pu acquérir cette villa dans un quartier résidentiel de la ville où se côtoyaient cadres sups et autres notables. Enfin installés dans une maison bien à eux, Virginie et lui avaient lancé des dizaines de projets… Tous brisés contre la porte d’une chambre vide… d’enfant. Les années défilèrent derrière le pare-brise. Des cartons du début quand une nouvelle maison vous tend les bras jusqu’à l’instant où même les murs vous jugent. Des détails enfouis au plus profond de sa mémoire remontaient pour une dernière pirouette avant de disparaître à jamais. Chaque jour, elle le poussait dehors. Inexorable départ. De toute façon, il ne pouvait rester seul dans cette maison. Le camion de déménagement filerait sur l’autoroute , quarante mètres cube de souvenirs inutiles.
Un rictus de haine déforma ses lèvres, il ouvrit la portière.
- Salut Michel.
Sans un mot, il serra la main de son voisin qui n’eut pas le temps d’entamer sa conversation glue et poussa le portail. Il traversa rapidement la pelouse pelée.
Le seuil à peine franchi, il se précipita sur le frigo. Une bière à la main, il enclencha le répondeur.
‘’ Allô Michel, c’est Max, rappelle-moi au bureau s’il te plait. Il y a un petit problème au labo. ‘’
- Démerde-toi ! s’écria-t-il avant de vider d’un trait sa cannette.

Virginie rentra à 17H30 de la banque où elle travaillait à mi-temps depuis trois mois, un horaire choisi pour pouvoir bien s’occuper du futur bébé... Elle déposa son sac sur la commode du patio et monta dans leur… sa chambre.
Souriant, Michel alluma une cigarette et, en sifflotant, s’installa dans un fauteuil encombré de vêtement sales. La télécommande à la main, il rebondit d’une chaîne à l’autre pour s’échouer sur la chaîne sports.
- J’ai décidé de partir dès lundi, martela Virginie.
D’un mouvement lent, il se tourna vers elle. Adossée contre le mur du salon, elle ne portait pas de chaussures.
Ses yeux ne pouvaient se détacher des pieds nus.
-Tu m’entends, Michel ?
Sa voix s’était adoucie.
Sa chevelure détachée faisait comme un rideau devant le visage. Il remarqua qu’elle avait teint tous ses cheveux blancs. Elle écarta la mèche sur son front et accrocha ses cheveux derrière ses oreilles. En croisant son regard, il fut très étonné de ne pas y retrouver le mépris arboré les rares fois où elle avait daigné lui adresser la parole.
- Je m’en fous. Tu fais absolument comme tu veux, finit-il par répondre après un long silence.
- Mais je croyais que tu ne voulais surtout pas rester dans cette maison et que tu cherchais autre chose.
- Je t’ai dit que tu fais comme tu veux. Quand tu m’as trompé, tu ne m’as pas demandé mon avis, alors… continue. On fait comme tu veux.
Cette volte face de son mari la déstabilisa. Elle l’observa un bon moment.
L’œil rivé sur un match de foot, il sentait le poids de son regard.
- Tu pourrais quand même nettoyer ce salon et au moins refermer le canapé.
- Qu’est-ce que ça peut te foutre, tu dors pas dedans !
- Je dis ça pour toi.
- Depuis quand tu t’intéresses à moi, toi.
- Je te préviens qu’à partir de lundi, cette maison sera vide
- Comme tous les jours.
Elle haussa les épaules.
- Tu ne comprendras jamais rien.
- Tu te répètes ma chérie.
Le ‘’ chérie ‘’ excéda Virginie qui s’approcha du canapé. Elle récupéra un cendrier sur l’accoudoir, le vida et le lava avant de retourner à l’étage.
- C’est ça, tire-toi ! grommela-t-il.
Lorsque la porte de la salle de bains se referma, Michel afficha un large sourire.
‘’ Fais-toi belle ma chérie, très belle. ’’ murmura-t-il en ouvrant une autre bière.
A la seconde près, il aurait pu décrire tous les gestes de sa femme à l’étage du dessus. Elle placerait le cendrier sur le bord de la baignoire et allumerait une cigarette avant de se glisser dans l’eau brûlante recouverte d’une épaisse moquette de mousse. Elle fumerait lentement, la tête légèrement inclinée en arrière puis, à la fin de la deuxième ou troisième cigarette, elle jetterait un coup d’œil à l’horloge murale, et, d’un bond, se lèverait, se rincerait et s’essuierait très vite. Puis après avoir revêtu sa robe, elle débuterait son maquillage…
<< Surtout mets une belle couche de rouge à lèvres ma chérie… Et bécote-le toute la nuit, l’autre. >>
Le minable chimiste d’un labo spécialisé dans la dératisation et désinsectisation avait mis au point un nouveau produit. Grâce à cette molécule très performante, il allait encore prendre du galon dans son entreprise.
Et surtout balayer des mois d’humiliation.
Dès que Virginie posera ses lèvres sur celles de son amant, le poison commencera son œuvre insidieuse. Il s’infiltrera peu à peu dans leurs corps et produira un arrêt cardiaque une vingtaine d’heures plus tard. Ils seront piégés. Comme les rats qui, plus méfiants que les amants, envoient le plus vieux d’entre eux pour manger et ne se précipitent à leur tour que si leur doyen ne tombe pas raide mort. Michel n’était pas peu fier de sa découverte jalousée par les concurrents. Certes, il ne pouvait pas donner la vie mais était devenu un spécialiste de la mort.
Quand la première marche de l’escalier grinça, Michel se replongea dans la télé.
- Je m’en vais, fit-elle en prenant son sac à mains.
Qu’est-ce qu’il lui arrive ? se demanda Michel. D’habitude, seul le moteur de la Clio annonçait son départ.
- Tu connais le chemin.
Malgré la décision de ne pas croiser son regard, Il finit par tourner les yeux vers elle.
Le front trempé de sueur, il ne voyait plus que ses lèvres peintes : le rouge de sa vengeance.
- Pour lundi, je voudrais que…
- Tu te répètes.
Elle toussota, un peu gênée.
- On devrait peut-être mettre au point… Je ne sais pas, moi, organiser notre séparation.
- J’en ai rien à foutre, tu prendras ce que tu veux. Et maintenant tire toi et fous-moi la paix !
Il ne réussit pas à réprimer le tremblement de sa voix et la marée montante dans les yeux. Surtout ne pas chialer devant elle ! Elle paraissait si douce, presque comme avant. Il fixa le parquet. Sois fort Michel, se répétait-il pour ne pas tout lui avouer. Penser à autre chose.
Suivre le ballon sur l’écran…
- Il faut que nous décidions pour la maison.
Tendu, il marmonna :
- Il va t’attendre.
- Oh ! Après tout, fais comme tu veux !
Debout devant la fenêtre du salon, il la regarda grimper dans sa voiture et démarrer.
- Tu vas crever... avec lui.
Il alluma une cigarette et resta une longue minute, hésitant, cloué au milieu du salon, puis éteignit la télé et fouilla parmi les C.D empilés sur la table basse. Il choisit Téléphone : le disque de sa première rencontre avec Virginie.
Agitant la tête au rythme de la musique, il était détendu comme si la tension accumulée durant une année s’était évacuée d’un seul coup. Il songea même à l’avenir. Il vendrait la maison et demanderait à son patron de le muter dans leur nouvelle agence espagnole.
Il n’entendit pas la porte s’ouvrir.
- C’est ici la vraie vie !
Et Virginie colla ses lèvres contre les siennes.


Je précise pour tous ceux qui auraient loupé les précédentes interventions du lascar, qu'il m'a envoyé une de ses nouvelles. Elle a été publiée par les Editions In 8, qui par ailleurs font un excellent travail, et Mouloud l'offre aussi aux lecteurs...

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A télécharger
codebarretexte.pdf
et bonne lecture.


RUE DES ABSENTS

le nouveau polar de

Mouloud Akkouche

aux éditions In 8.

Cliquez ici,

si vous voulez en savoir plus

sur Les éditions In 8


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02/02/2007

Rituel portuaire

Photo de Maggie Taylor...
Pour visualiser son travail se reporter à son lien dans la rubrique photographe.

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Par Alain jégou
J’accoste toujours dans un port avec la pénible impression de rejouer une scène mille et une fois répétée, de retrouver un vieux rêve inachevé, une fantaisie mentale bâclée et ennuyeuse abandonnée lors de ma dernière partance.
J’aborde le quai avec la même apathie de cœur que lorsque je me laisse emporter par mes plus glaireux cauchemars.
Je baigne dans le flou douteux et tire la vilaine tronche tant l’arrive me pèse.
Vaseux et mollasson, le corps dépenaillé, la silhouette avariée, la dégaine délirante et inquiétante d’un terre-neuvas en fin de campagne, je m’affale sur le plancher des vaches et des beaufs, la tête encore toute criblée de souvenances belliqueuses et maculée d’embruns vachards.
Je me traîne aux premiers pas, avant le premier verre. Largué, il me faut ramer pour revenir à la civilisation, retrouver la bonne case, le poste qui me revient et convient à mon état douteux, reconnaître les flonflons du bal ringard, me remémorer pour rejouer la petite musique de la vie sur terre, réintégrer ma place dans la formation populeuse, réapprendre à chaque fois les gestes de l’intégration et de l’intranquillité citadine.
Les guibolles à la chôle en un roulis farfelu qu’il est bien mal aisé de compenser, il me faut réapprendre à poser le pied pour me mouvoir sur un sol figé.
Cette fois encore, de retour d’une marée de quinze jours particulièrement éprouvante, je n’avais en tête que désirs de beuveries et d’étreintes féminines, que frôlements de peaux fêtardes et débridées . Oublier dans l’outrance de la bamboche pochtronne et charnelle, dussé-je y laisser mon salaire de deux semaines de mer, toutes les plaies et bosses qui balisaient ma ligne de vie.
Après avoir franchi la coupée, avoir posé mes ribouis sur le bitume dégueu, puant le jus de poiscaille et la pisse de chiens errants, j’embouquai une rue glauque et mal famée, dont la réputation n’était plus à faire dans la tronche des aminches des tempêtes, des racleurs d’océans, des bourlingueurs des mers d’Irlande, d’Ecosse ou de Bretagne.
C’était une de ces rues comme il en existe dans tous les ports du monde et les romans de Pierre MacOrlan, de Philippe S. Hadengue ou de Francis Carco, correspondant trait pour trait à tous les clichés zonards, avec ses claques et ses bars louches, avec ses putes aux guibolles résillées arpentant l’asphalte et chaloupant généreusement du prose, tous les michetons baveux du gland et chtarbés de la tringlette, les escarpes débutants et les proxos frimeurs, les terreurs de bazar, les fiottes de sanisettes, les obsédés chafouins, les paumés, les camés, et les matelots bruyants aux tatouages surprenants.
Clins d’œil des néons aux couleurs aguicheuses. Fard dégoulinant des façades flétries. Sales odeurs de graillon, de gnôles frelatées et de gogues débordants. Suint de mélopées sirupeuses ou tintouin d’accords hirsutes et agressifs. Smog épais alimenté par le souffle collectif des accros du mégot. Le cadre était parfait et la situation, louftingue à souhait, correspondait à mes inspiration et aspiration du moment. J’avais besoin de fange et de griseries troubles. L’endroit était propice à cela.
Semblable à tous ces naufragés de l’âme qui renâclaient furax après leur « chienne de vie », s’engueulaient, s’injuriaient, se filaient des gnons, se noircissaient, sans frein ni raisonnement, méthodiquement la vasque vasouillarde, gerbant leur trop-plein d’alcool et de rancœur sur les pavés des quais, je m’immisçai vite fait dans le délire ambiant, enfouissant ma carcasse dans l’interlope moiteur d’un rade décati, le plus craspec du cru.
La touffeur et les effluves folasses m’agrippèrent dès le sas et je dus fourrager dans l’hémisphère ad hoc pour chatouiller véloce mes quinquets fatigués et leur intimer l’ordre de se magner le train afin de me fournir le top de l’acuité.
La brume était si dense et le halo du phare qui surplombait le bar si faible et gringalet que nulle image, nul ton décemment présentable ne parvenait à lui fendre la panse. Je dus attendre quelques minutes, immobile et bigrement bigleux, avant de recouvrer un chouia de vision, juste l’essentiel pour pouvoir me mouvoir et atteindre l’abreuvoir sans dommages ni encombres.
La salle était bondée, pourtant peu tapageuse. Chaque client, tant occupé à se bichonner le gosier, se noircir les éponges aux volutes souillons de mégots meurtriers, nostalgiait à l’encan en grelottant du bulbe sur les accents poignants d’une chanson des Pogues.
Un juke-box cacochyme à vitrine burinée éjectait de ses bronches la complainte rocailleuse de l’Irish déjanté. Shane l’artiste avait saisi aux tripes tous les piliers du lieu, fait resurgir de loin, du plus profond d’eux-mêmes, l’émotion bien planquée sous leur glèbe d’idées torves et de nausées mentales.
Il parlait d’un Noël new-yorkais, d’une nuit que j’imaginai, solitaire et glaciale, pesant de toute sa froidure sur l’âpre blessure des cœurs désespérés. Ca suintait la détresse chronique, le mélo alcoolo, le déballage sordide, dans tous les regards présents et le texte de Shane pesait comme une chatte plombée sur les esprits intensément troublés.
Cette chanson me filait le bourdon et je communiai morbide avec tous mes voisins de débine, dans le silence et le recueillement unanimes.
Je pensai alors à Blaise Cendrars et à ses Pâques à New York, son désespoir, sa solitude, son âme en veuve noire, la souffrance des êtres qui lui ravinait le cœur, et sa prière, son poème, ses mots qui me revenaient en mémoire :
« Et votre angoisse et vos efforts et vos bonnes paroles
Qui pleurent dans le livre, doucement monotones. »
J’entendis aussi la voix ténue de la petite Jehane de France :
« Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre ? »
Ses sourires adolescents, éparpillés sur les quais des gares de Samara ou de Novgorod, revenaient en bouquets embaumer ma mémoire.
J’étais aussi à « 16 000 lieues du lieu de ma naissance », me consumant mochement et poivrotant abondamment. Comme d’aucuns chantent pour passer leur temps, je m’évadais malsain pour estourbir le mien.
J’étais à des lustres du temps de mon enfance, le temps bien révolu du bonheur tapageur et de la belle insouciance. J’avais trop tôt morflé et tout laissé crouler, m’étais fait embringuer dans les trips les plus louches avant de m’embarquer pour la grande aventure, la maritime débauche, la seule sublime errance.
Je n’avais aucun respect pour ma santé, mon corps, cette carcasse ouvertement, outrageusement torturée, cette barbaque barbare qui enveloppait, sans conviction aucune, le cœur salement meurtri qu’elle avait pour mission de protéger de toutes agressivités ou fausses amabilités contactées sur le duraille des quais.
Je m’étais forgé au fil du temps la tronche salement ravinée, volontairement rebutante, qui me préservait de tous abordages et ronds de fion vénaux. Du moins je le croyais.
Je déconnais suicidaire et bambochais féroce, mais seul en cause, n’entretenais en toute lucidité que ma propre déchéance, la bourlingue hirsute, le lent et volontaire dérèglement de tous les sens, la défonce programmée en toute connaissance de cause qui seyait à mon état d’esprit du moment.
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Photo Maggie Taylor...

JAZZ, AMOUR, SILENCE & REVES

L'année 2007 commence en Février aux Carnets du Dessert de Lune.
- Il y a du jazz avec un titre dans la collection Pièces Montées :

VISIONS OF MILES - Textes et dessins : YVES BUDIN
54 planches originales (34 quadri) (20 noir et blanc)
Préfaces : MARC MOULIN et JEAN-POL SCHROEDER
Conception graphique et mise en page : PHILIPPE HAULET
72 pages au format 29,5 x 20,5 cm - ISBN : 978-2-930235-75-2
Prix : 24,00 €

- De l'amour, du silence et des rêves avec trois titres dans la collection Pleine Lune :

AMOUREUSE - EVA KAVIAN-
Proses et Poèmes
Couverture couleur et 24 ill. intérieures en noir et blanc : GEORGES VAN HEVEL
76 pages au format 14,8 x 21 cm - ISBN : 978-2-930235-76-9
Prix : 11,50 €


COUPS DE CISEAUX - PERRINE LE QUERREC & STEPHANIE BUTTAY
Texte : Perrine Le Querrec - Couverture couleur et 32 ill. intérieures en noir et blanc : Stéphanie Buttay
Préface : GERARD SENDREY
78 pages au format 14,8 x 21 cm - ISBN : 978-2-930235-77-6
Prix : 12,00 €


ELLIS ISLAND'S DREAMS - MENACHE
Poèmes - Couverture : ROUDNEFF
Présentation : JEAN-LOUIS JACQUIER ROUX
38 pages au format 14,8 x 21 cm - ISBN : 978-2-930235-78-3 - 8,50 €

Ces 4 ouvrages vous sont proposés en souscription jusqu'au 26 février 2007.
Les 100 premiers souscripteurs des 4 titres recevront un dessin inédit d'Yves Budin,
« Jazzman & Hudson Hornet » imprimé sur papier Greentop Naturel, 170 gr. ,
au format 29,7 x 21 cm, numéroté de 1 à 100 et signé par l'auteur.

Pour commander le ou les titres, télécharger le bon de commande des éditions les carnets du dessert de Lune en cliquant dessus le bon_de_commande_2007.doc.pdf


Pour en savoir un peu plus, voyez la suite.

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YVES BUDIN - VISIONS OF MILES
(…) Moi, ce que je commence par aimer chez Budin, c'est la texture de son trait. Dès que ça part, ça ne convient déjà plus pour une illustration du petit Larousse illustré : ça vit, ça bouge, ça crie, ça chatouille, ça change d'épaisseur aux endroits inattendus, on se demande (comme avec le dessin de la page 59) si ça va être abstrait ou concret, et puis la tension se résout. Et on accepte, on adhère, on approuve et enfin, on adore.
- Notre époque, boulimique d'images, a fini par les décrier - séquelle de la télé? - dans un rapport d'amour-haine très caractéristique de certains comportements religieux. On finirait par en oublier ce que l'image, si vite et avec si peu de moyens parfois, nous apprend. Comment elle nous fait apercevoir en un instant ce dont de longs discours ne permettent même pas de donner une approximation. Napoléon a dit au moins une chose impérissable à ce sujet.
- Et voilà ce que j'aime chez Budin. Son livre (et son talent) ne nous renseigne à première vue que modérément sur l'art, l'histoire et le pourquoi de Miles Davis. Le minimum est qu'on sache au moins ça sur le Picasso de la musique. Mais sur l'art et la vie du très pictogénique Miles, les dessins de Budin nous offrent peut-être autant d'intuitions et d'informations - même si elles sont d'une nature différente - que les plus incontournables ouvrages de longues écritures qui lui ont été consacrés (notamment les bibles que sont les livres de Ian Carr, de Jack Chambers et de Miles lui-même - son autobiographie -).
MARC MOULIN (extrait de la Pré-face A)

(…) Miles. Et Yves Budin. Budin plays Miles - comme on disait Miles plays Bird, Miles plays Gil Evans ou, la plupart du temps, Miles plays Miles. On disait aussi, de Louis Armstrong, de Lester Young ou de Chet Baker (de Louis, de Lester, de Chet) qu'ils jouaient comme ils chantaient, et retour. De même, le dessin et le texte d'Yves Budin résonnent au même diapason ; celui, écorché et fin de nuit d'un dealer de spleen et de lumière noire : à l'image de Miles finalement. CQFD. Je laisse aux spécialistes de la BD le soin de vanter le trait, l'encrage et le reste. Je dis simplement, pour ma part (et pour la part du bleu - un must pour un spécialiste du black and white maculé de rouge) que ce portrait plein de bruit, de fureur rentrée et de silence débordant, apporte, aux antipodes du merchandising ambiant, un supplément d'âme à la paralittérature milesienne et à la paralittérature jazzique en général. (…)
JEAN-POL SCHROEDER (extrait de la Pré-face B (alternate take)

- L'AUTEUR :
- Né en 1974, dessinateur liégois, autodidacte, régent littéraire (français-histoire), passionné de musiques, de littérature américaine, d'Art en général, c'est par les écrits de Jack Kerouac qu'Yves Budin, s'est spécialisé dans l'illustration de l'univers du jazz. Son graphisme nerveux traduit les envolées de ceux qui sont devenus ses musiciens de prédilection : Miles Davis, Coltrane, Parker, Mingus… Il expose régulièrement dans les festivals jazz et a récemment illustré chez le même éditeur « La quadrature du cercle » de Jean-Christophe Belleveaux « Visions of Miles » est sa première publication. Bio, expos, projets et principaux travaux sur : sundancejazz

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EVA KAVIAN - AMOUREUSE - GEORGES VAN HEVEL
Eva est amoureuse. Il faudrait se dit-elle mettre amour et toujours dans le même poème, mais elle sait que toujours n'existe que pour les framboises écrasées sur les nappes trop blanches alors elle plonge dans la confiture, comme si l'on pouvait se noyer dans un bocal avec l'amour posé au bord. Et l'amour se penche et attrape la cheville déjà sucrée d'Eva mais glisse lui aussi dans les framboises rouges éclaboussant au passage l'entourage qui prend le jus pour du sang. Dans le fond du bocal Eva trouve l'amour accroché à sa cheville et le prend dans ses bras et lui dit pour toujours mon amour, la vie est un poème où l'on ne peut que se noyer. L'amour n'entend rien, avec la confiture dans ses oreilles mais il est bien, dans les bras d'Eva qui pourtant le lâche et lui tourne autour en quelques brasses jusqu'à la ligne sombre entre ses fesses qu'elle trace de sa langue coquine pour laisser une chance à la rime. Avant de sortir du bocal.

- LES AUTEURS:
- Née en 1964 en Belgique, Eva Kavian anime des ateliers d'écriture depuis 1985. Après quelques années de travail en hôpital psychiatrique, une formation psychanalytique et une formation à l'animation d'ateliers d'écriture (Paris, Elisabeth Bing), elle a fondé l'association Aganippé, au sein de laquelle elle anime des ateliers d'écriture, des formations pour animateurs, et organise des rencontres littéraires. L'Académie des Lettres lui a décerné le prix Horlait-Dapsens, en 2004. Elle a reçu le prix Marcel Thiry 2006, pour son dernier roman, « Le rôle de Bart ».

- Georges Van Hevel. Né en 1956. Graphiste et illustrateur, il se tourne d'emblée vers l'affiche et dessine pour le monde de la presse. Il se spécialise dans l'image de marque d'entreprise et le design graphique. Dans les années nonante, il fonde Quidam Studio dont les créations variées n'hésitent pas à intégrer les technologies d'illustration numérique les plus récentes.

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PERRINE LE QUERREC - COUPS DE CISEAUX - STEPHANIE BUTTAY
Elles sont trois femmes fortes autour de Oui-Merci, diversement armées pour ne pas subir l'existence, chacune revendiquant sa condition face à l'héroïne sadique dont elles souffrent toutes à la mesure des émotions provoquées en elles par l'état fragile de leurs sens. Ils sont deux petits mecs faiblards : Le grand géniteur contrit et le poussin anthropophage. L'aîné se répand en concessions fugitives. Et le plus jeune obsessionalise le chant du coq troubadour bas de gamme, à lui tout seul con comme un ballet de ténors dans les solos déchirants de l'impossible jalousie.
Perrine et Stéphanie sont les plus proches parentes de Oui-Merci. Il s'agit d'une trilogie dont le point commun est la souffrance devant le désir d'accomplissement total, au prix du chaos. La destruction de l'autre est une sauvegarde de soi.
Une fable subversive d'utilité pudique ; un paradoxal cri de joie dans toute la détresse du monde réduite à des éclats de style. Femmes, je vous aime !
GERARD SENDREY (extrait de l'avant-propos)

- LES AUTEURS :
- Perrine Le Querrec est née à Paris en 1968. Elle écrit des nouvelles (Fourmilière, Editinter, 2004 et Tu ne liras point par-dessus l'épaule de ton voisin, Éd. Terre de Brume, 2003, adaptée pour le cinéma par Anaïs Vachez). Spécialiste en art contemporain, elle collabore chaque semaine aux magazines culturels en ligne bulbe.com et état-critique.com.
Elle vit et travaille à Paris comme recherchiste-documentaliste indépendante pour de nombreux auteurs et artistes.

- Née en 1968 au bord du Léman, Stéphanie Buttay traversa le lac et découvrit les auteurs de la Collection de l'art brut (Lausanne). Elle commença alors à jeter ses fils et ses lignes sur le papier. En 2005, elle a présenté son travail dans le cadre des Visions et Créations Dissidentes du Musée de la Création Franche (Bègles, Gironde), où elle figure désormais en tant que «créatrice concernée».

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MENACHE - ELLIS ISLAND'S DREAMS - ROUDNEFF
Existe-t-il des pays propices au(x) rêve(s) ? Je n'imagine pas Ménaché s'embarquant pour la terre de l'Oncle Sam, voici bientôt quinze ans, avec semblable question en tête. Il y a longtemps que ce perpétuel exilé dort d'un sommeil trop léger pour succomber aux tentations clinquantes des empires de cocagne. Aux Etats-Unis d'Amérique comme ailleurs, l'espoir vire souvent au cauchemar. La vie cependant s'agrippe à ce quotidien brutal et inhumain « dans une perpétuelle recréation du monde » et c'est précisément là, au cœur de ce no man's land déglingué, que le poète a choisi de mêler sa voix à celle de ses frères de presque silence. Sans un mot plus haut que l'autre, mais avec force, le poème vient cingler le lecteur comme une averse prompte à « faire chanter le feu et le cuivre » en chacune de ses veines.
Jean-Louis Jacquier-Roux (4ème de couverture)

- LES AUTEURS:
-Ménaché est né à Lyon, le 15 juillet 1941. Principales publications : Pavés et Fenêtres, éd. Pierre-Jean Oswald, 1971 ; Fable des matières, éd. du Dé Bleu, 1983 ; Claquemuraille, éd. Fédérop, 1985 ; Ectoplasme à plumes rouges et bonnet de nuit, La Bartavelle éditeur, 1991 ; Célébration de l'œuf, Orage-Lagune-express, 2002 ; Rue Désirée, une saison en enfance, Editions La Passe du Vent, 2004. Une anthologie de ses poèmes a été enregistrée par Alain Carré : Excès de Naissance, éd. Autrement dit, 2004.

- Roudneff. Né en 1933 à Faymoreau (Vendée). Réalise plusieurs livres d'artiste ou illustrés en collaboration avec des poètes, notamment Plier Bagage avec Michel Butor, Michel Dunand, Jean-Pierre Gandebeuf, Jean-Louis Jacquier-Roux, Ménaché, 1997 ; Feuilles de route, avec Jean-Pierre Gandebeuf, 2002 ; Regard sur le silence, avec Jean-Pierre Gandebeuf, Gino Maselli, Ménaché, Philippe Tomasini, 2002.

20/11/2006

Ballouhey dit Bacase...

Pour l'heure voila un dessin de Pierre Ballouey dit Bacase qu'on retrouve sur son site et qui vient de publier au Editions l'Arganier un recueil de dessins forts cochons, ma foi...

Nouveau :
"Rêves de Cochons"
(le livre)
chez L'Arganier
22 x 22 cm, 72 pages, 16 €.
ISBN 2-912728-50-9
70 dessins beaux, cons et anti-cons.
Prix Anti-Mal-Bouffe à Saint Just le Martel
dans toutes les librairies
et sur Amazon.fr, Alapage.fr et Fnac.fr



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par ailleurs sur son site vous retrouverez tous ses crobards et petits dessins...

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08/11/2006

Une petite toile d'Anto

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06/11/2006

Vient de paraître

Maryvonne

Le Quellec

vient encore

de sévir

aux éditions

du Jasmin



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Maryvonne amie de longue date, a déjà illustré des articles de ce blog.
Pour rentrer en contact avec son éditeur et découvrir son travail :éditions du jasmin

19/10/2006

ANTO journal d'octobre

L'ami Anto qui tient son journal de peintre…
En fait profiter en exclusivité les lecteurs de Ressacs...



Les esquisses d’octobre
Écris au jour le jour Avec des avec et des sens.


Je parcours sur les photos de mes petits boulots
Des commentaires qui asticotent mon vécu… Le plaisir d’y sentir les épreuves et le rythme créatif en noir et blanc.

C’est Lundi et il fait un soleil radieux…Belle journée pour peindre et dessiner en camaïeu de gris.
Photos et autres balivernes argumentent ma journée…

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Tiens voilà les dessins en boîte sur l'ordi.
Technicien et pas des moindres nous devons prendre des précautions pour l’avenir, avoir trace de nos images.
Je prends du temps pour archiver le nouveau boulot pour l'expo prochaine,
dont je t'ai parlé toute à l'heure. Celle de novembre à Akwaaba.

Voilà le premier est plus réussi, enfin à mon sens...

Arpente la complexité d'avoir des enfants dans l'ébauche, le
naturel d'un trait, souvenir blanc de jouissance...

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Mon ami, le plaisir est grand de te le montrer en premier sur ton ordi. Il est classé
dans la "Sans idées autour du ventre"… C’est en cours mais l’idée me plaît. L’art me fait manger. Alors…


Tiens en voici un autre... C'est le travail de ces derniers temps sur un dessin la ville continue à me hanter... Beau temps aujourd'hui...? Les ennuis sont passés... Pour combien de temps...
La télé, elle est cassée. Chouette ... VivE l'imagination!...

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Divagation sur papier autour "d’eux"… Très peu de couleurs...
La gamme des gris emprisonne les strates d'un paysage d'hiver où le coeur y est planté.


Nous sommes mardi 17 octobre et le temps va changer. Cette après midi… Le gris
Voici les deux derniers boulot du jour…
L’envie de continuer la série « sang idées avec du ventre » est intact et pense l’exposer en novembre…

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Le petit baigneur ou la main tendre...

Le lundi, 16 oct 2006, à 16:45 Europe/Paris, Didier Simon a écrit :
Attention,
Le bien être te porte à la famille, espèce de géniteur fou !! écrivait Didier

Et oui...
Prolixe en bonheur...
Gris noir et surtout blanc...


Mon journal a repris vie… Je continue…

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Les montres peuvent s’en retourner.
Le contre-la-montre, j'en n’ai rien à faire... Le temps à l'envers pour un carnet débuté en juillet sous la chaleur d'un été en questionnement.
Et tant pis pour le tour de France... Le mondial a primé.
Au fur et à mesure, le temps passe, les réussites aussi... Allez, attendons les escargots… C’est pour bientôt...


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L’attente…
Dans les grands blancs d'une attente.
Gertrude s'assoit sur son passé le temps d'une petite pause.
La noire d'une pensée, comme le noir d'un sol... La terre en colère.
L'avenir déterminé par l'envie d'un moment tranquille...
L’agitation pour préserver les fumées du temps.

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Baignade
A Rome ou ailleurs sous la chaleur, le couple se rafraîchit à la tombée de nuit.
La baignoire est leur mer et le jeu de sa main évoque en elle;
l'offrande d'un câlin
sur ses petits seins.


Risque et progrès… Tout un programme
Estienne… le jeudi 23 à 11heures… J’y parlerai
C’est décidé. Faut bien semer des graines d’art dans les métiers d’art… C’est mercredi….

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Chamaille
La faim pousse quelques fois le ventre vers un jeu de mains.
La mère protège le chérubin et le ciel réclame l’amour sans retour.


Mercredi, Saïd a appelé…
Me rappelle L’Enfant de cœur notre première collaboration…
Espèce de Chacal…-« Puant »… a t-il ajouté… Un soir.

Nous, les mots ont les peints en noir.
Je lui envoie ses quelque images sans être gris.

Pascal est passé…
Fred a téléphoné
Solange ne travaille pas.
Et moi j’attend l’idée suivante.


Jeudi : on verra bien…