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11/01/2009

Vic Chesnutt

Pour ne pas désespérer de l’espèce humaine il existe des gens comme Vic Chesnutt qui vous font croire qu’on peut encore repousser les limites quand on est acculé à force de n’avoir plus rien. Il fait exister encore une porte de secours vers laquelle se diriger. Un miracle étant rare dans ce monde autant en profiter immédiatement.
Au carrefour des Cohen, Russel, Guthrie, Buckley, il y a le petit Vic, abandonné dans sa poussette. Méchamment amoché par les fées qui se sont penchées sur le landau.C’est lui qui descendait les marches dans le film du cuirassé Potemkine. Une tête d’allumé de première. Chesnutt va à l’essentiel. Il dépouille comme on le dit d’une eau forte et la teinte de l’empreinte toute en manière noire devient lumière. Un drôle de type à écouter toutes affaires cessantes.
Vous dire que ce type m'a filé la chair de poule, c'est peu... Fort et bon comme un alcool vieux...

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Pour commencer vous pouvez vous jeter ça derrière la cravate....

et puis s'il vous reste un doute remettre ça, si vraiment vous êtes d'un autre monde et que vous ne croyez pas ce que je dis

10/01/2009

René Barde- Charlotte (2)

Comment vous dire cette joie, lorsque dans cette valise en carton ouverte devant moi j'ai vu apparaître les manuscrits de René Barde tout jaunis, écris à la plume d'écolier de cette graphie nette, précise, belle... Dessinée avec cette minutie d'écolier appliqué. Une émotion intense en ayant l'impression de découvrir un trésor. De remonter des fonds de la terre, enfouie dans l'or du temps, la matière vivante de la parole. Plusieurs manuscrits, des aphorismes, et un gros pavé de mille pages. Puis ce texte intitulé Charlotte dont j'ai évalué le calibrage à environ cent cinquante mille signes. Un petit roman. Encore inédit, et dont je vous offre, Bernard Collet m'en pardonnera, les quelques premières pages....

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René Barde dans sa mansarde en 1962
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Charlotte ( 2 )
Parfois la porte d’un de ces lieux s’ouvrait, une clameur en sortait : bruits confus de voix dans lesquelles chantaient la bière, l’alcool et le plaisir ; puis tout redevenait lointain, la porte s’étant refermée.
Mais l’obscurité et le silence n’allaient pas de paire dans la rue : des hommes y chantaient des louanges au bon vin ou râlaient des choses ineptes. Il y en avait toujours sur le chemin qui allaient d’un bar à l’autre par groupe, se tenant par le bras, souvent obstinés à ne pas perdre l’aplomb qui parfois les trahissait.
C’est qu’on était dimanche et lendemain de paye. Ah ! On était loin du calme village qu’avait été Nasinghem ! C’avait été un petit centre mi-usinier, mi-campagnard et les quelques ouvriers qui y demeuraient ne s’y distinguaient pas des paysans de mœurs toujours rassises.
Mais depuis que la fabrique de coton s’était agrandie, avait quadruplé ses métiers, la population avait bien augmenté… Hé ! de quoi ? De la roture, de bricoleurs, de claque-la-dent, l’écume des environs. Et on lâchait un « milliard de D… » qui montrait la colère retenue, elle eut été vaine. Puis, ils augmentaient toujours de nombre… Les baraquements aménagés pour eux ne suffisant plus, ils entraient dans les maisons comme locataires.
La plupart n’avaient pas de femme – elle est encombrante au nomadisme – et que peut-il se passer quand chaque homme n’a pas sa femme ?… Et de ces gens qui sapaient si fortement les coutumes - aussi vieilles que le clocher qui avait vu naître et fondre bien des générations – plus d’un avait déjà empli son casier judiciaire.
- Oui ! tout a bien changé, les voilà tous amis de nos gars et de nos filles disaient les mères outrées.
Car ceux là n’étaient pas fâchés de ce revirement des habitudes ; les contraintes pesaient aux jeunes du village qui supportaient toute la dureté de la vie d’ouvrier, sans profiter de l’agrément qu’elle leur offrait.
Auparavant on ne savait qu’aller le soir travailler au jardin ou se louer pour quelques heures après l’usine à un fermier qui payait peu. Mais maintenant, le soir, c’était le brin de toilette, la danse, la boisson et la course aux belles. C’était inconciliable avec les penchants traditionnels.
Il y eut bien au début quelques bons frottements entre ceux du pays et les nouveaux venus, à tel point que les gendarmes en patrouille se faisaient, eux aussi, mettre à mal. Tantôt un parti, tantôt l’autre formait des complots pour venger des camarades qui avaient eu à souffrir la rudesse d’un poing sans douceur.
Mais après quelques échauffourées, le nombre étant pour l’envahisseur, il fallut en rabattre ; et tout finit par s’arranger. Attelés au même travail, leurs peines et leurs besoins étant communs, la camaraderie n’eut plus d’autres agents de trouble que les surprises de la vie ordinaire, telles la jalousie pour les belles ou parfois, après boire, la vague envie de montrer que l’on a du sang et des muscles.
Un cafetier eut l’initiative de louer un piano automatique et d’aménager une salle pour les danseurs ; huit jours après dix de ces instruments étaient installés dans le village. Les estaminets ne désemplissaient plus. Une fois la pension payée le reste de la semaine tombait dans la caisse des comptoirs.
Les vieux du village qui avaient l’habitude de s’assembler pour jouer tranquillement aux cartes dans leurs estaminets attitrés en avaient été vite vidés.


Et toujours en librairie La soupe à la chaussette de René Barde aux éditions l'Arganier


02/01/2009

Bienvenue en 2009

"La faisabilité politique de l'ajustement", de Christian Morrisson*
Quelques conseils des ECONOMISTES de l'OCDE aux POLITIQUES pour casser la résistance sociale à la marchandisation des services publics. Qui nous manipule ? Comment allons-nous être mangés ?

Profiter de la situation
- "Si un gouvernement arrive au pouvoir au moment où les déséquilibres macro-économiques se développent, il bénéficie d'une courte période d'ouverture (4 à 6 mois) pendant laquelle l'opinion publique le soutient et il peut rejeter sur ses prédécesseurs l'impopularité de l'ajustement. Grâce à ce soutien, les corporatismes sont temporairement affaiblis et il peut dresser l'opinion contre ses adversaires. Après ce délai de grâce, c'est fini." (Page 24)

Diviser l'opinion publique
- " (Un gouvernement) doit se ménager le soutien d'une partie de l'opinion, au besoin en pénalisant davantage certains groupes. En ce sens, un programme qui toucherait de façon égale tous les groupes serait plus difficile à appliquer qu'un programme discriminatoire, faisant supporter l'ajustement à certains groupes et épargnant les autres pour qu'ils soutiennent le gouvernement". (page 17)
- " La plupart de ces réformes (structurelles) frappent certains groupes tout en bénéficiant à d'autres, de telle sorte qu'un gouvernement peut toujours s'appuyer sur la coalition des groupes gagnants contre les perdants". (page 18)

Casser les résistances, les corporatismes et les syndicats
- "L'autre obstacle tient au corporatisme, plus il existe de groupes d'intérêt puissants et bien organisés, plus la marge de manœuvre du gouvernement est réduite". (…) toute politique qui affaiblirait ces corporatismes serait souhaitable. (…) cette politique soulèvera des résistances, mais il vaut mieux que le gouvernement livre ce combat dans une conjoncture économique
satisfaisante, qu'en cas de crise, lorsqu'il est affaibli. (Elle) peut prendre
plusieurs formes : garantie d'un service minimum, formation d'un personnel qualifié complémentaire, privatisation ou division en plusieurs entreprises concurrentes, lorsque cela est possible". (Page 23)
- "Un gouvernement qui veut accroître ses marges de manœuvres et rendre plus flexible une société, aurait intérêt à affaiblir d'abord tous les corporatismes ». (Page 24)
- "La grève des enseignants n'est pas (…) une gène pour le gouvernement mais elle est indirectement dangereuse, puisqu'elle libère la jeunesse pour manifester. Ces grèves peuvent donc devenir des épreuves de force difficiles à gérer". (Page 29) "Les grèves comportent un inconvénient sérieux, celui de favoriser les manifestations. Par définition, les grévistes ont le temps de manifester. Surtout les enseignants du secondaire et du supérieur (qui) libèrent une masse incontrôlable de lycéens et d'étudiants pour les manifestations, un phénomène très dangereux". (Page 26)

La suite au prochain post... car suite il y a bien sûr....


22/12/2008

Front de libération du colibri

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Si comme moi vous êtes sensible au charme utopique du colibri, faites le savoir autour de vous...


20/12/2008

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Une nouvelle de Mouloud Akkouche


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45 degrés dehors, 34 à l’intérieur. Même volets fermés, l’appartement sous les toits était une fournaise. Allongé en short et torse nu sur un canapé, il dégoulinait de sueur. Les yeux cernés par une chasse nocturne aux moustiques, chasse rythmée par la sono des bars au pied de l’immeuble.
« On assiste depuis ce matin à un phénomène incroyable. Les gens se ruent sur les ventilateurs… »
_ Pas moi ! grommela-t-il en éteignant la radio.
La chaleur conjuguée au manque de sommeil, plus le courriel matinal de la banquière « Découvert largement dépassé. Veuillez rappeler d’urgence et ne plus vous servir de votre carte de crédit. », généraient une montée de bile. Et, condamné à rester dedans à cause de la canicule, sa nervosité risquait de croître. A moins que le coup de fil fut positif. Le patron d’une boîte devait l’appeler dans la journée pour proposer un poste deux fois mieux payé que le sien. Surtout ne pas rater l’appel.
Des bourdonnement firent trembler les murs.
_ Pouvait pas choisir un autre jour !
Il pestait contre les ouvriers qui intervenaient sur les canalisations. L’eau coupée jusqu’au soir. Il retourna s’asseoir et enfonça les écouteurs dans ses oreilles. Mais, très vite, il se releva du canapé brûlant et fit les cent pas.
Il écarta deux lames du volet. Personne dans les rues ni sur les terrasses.
Sur le bureau, une montagne de facture non ouvertes et de cartons de recommandés. Les étagères vidées des livres et C.D, tous revendus à très bas prix. Sa collection de B.D aussi.
Tout débuta par un spam ouvert par erreur : la pub d’un casino virtuel sur Internet. Cliquez ici et vous serez riche sans bouger de chez vous ! proposait une blonde avec un décolleté qui colonisait une partie de l’écran. Pourquoi pas, se dit-il sans imaginer où l’entraînerait ce premier clic. Au début, il gagnait beaucoup puis, peu à peu, alternait pertes et gains. Jusqu’au moment où les pertes s’enchaînèrent. Mais il voulut se refaire, empruntant même pour continuer de jouer. Bouffé par les nuits blanches, il ne fichait plus rien au boulot. Déjà deux mois d’ arrêt de maladie, les yeux rivés sur le casino virtuel. Persuadé de finir par toucher le jack pot.
Son mobile sonna.
_ Salut maman.
Il fronça les sourcils.
_ Mais non, je ne te fuis pas. Ecoute, je…
Elle l’interrompit et parla très vite. Il éloigna le téléphone, la voix s’égosillait dans le vide.
_ Ecoute, je…
Que dire ? Il regrettait d’avoir répondu. D’habitude, son numéro s’affichait. Elle laissait des messages qu’il effaçait sans même les écouter. Pas envie de s’étaler.
_ Je suis en déplacement pour mon job. J’ai un max de boulot en ce moment.
Elle ne le croyait pas.
_ Allô… Tu m’entends.
Il sortit sur le palier.
_ Quoi ? Je ne t’entends plus… Je te rappelle plus tard.
Un ouvrier posa un regard interrogateur sur lui avant de reprendre le perçage du mur.
Elle criait au bout du fil.
_ Je ne t’entends plus.
Il rentra et claqua la porte .
La chaleur avait encore augmenté. Il ouvrit le frigo: deux bières et un reste de pizza. Il décapsula une cannette, but une gorgée puis passa la bouteille sur son front.
Impossible de tenir en place. Corps poisseux, plus qu’une boule de sueur et d’impatience. Et ce mobile qui ne sonnait pas ! Il se déshabilla et s’allongea entièrement nu. Le lino le rafraîchit un peu.
Adossé contre le mur, il fixait le mobile posé entre ses jambes. Des heures qu’il attendait. Il n’ a pas que moi, je l’intéresse pas, il appellera plutôt en fin de journée… Toutes les hypothèses circulaient dans sa tête. Plus le temps avançait, plus les pessimistes s’imposaient. Il décida de composer le numéro de son –peut-être – futur patron. « Désolé, il est en rendez-vous extérieur. Je peux prendre un message ? ». Il lui raccrocha au nez. Rendez-vous extérieur, grommela-t-il, et moi je suis coincé ici comme un con !
Bien sûr, il aurait pu demander de l’aide à sa mère. Mais les intérêts avec elle étaient plus lourds que ceux de la banque. Sans compter les conseils en tous genres. Il vida la deuxième bière et s’amusa à faire rouler la cannette sous son pied.
La fin d’après-midi tirait à sa fin. La chaleur n’était pas retombée. Il avait la gorge sèche. L’épicier lui ferait bien crédit pour une bouteille d’eau. Mais dans l’escalier, son mobile ne passait pas ; s’il appelait à ce moment là ?
Il s’allongea sur le dos et ferma les yeux.
Soudain, il se précipita dans la cuisine et arracha tous les casiers du frigo.
_ Y en a marre !
Il se recroquevilla à l’intérieur et ferma la porte, son mobile dans la main.



La dernière parution de Mouloud.
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15/12/2008

René Barde

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Comment vous dire cette joie, lorsque dans cette valise en carton ouverte devant moi j'ai vu apparaître les manuscrits de René Barde tout jaunis, écris à la plume d'écolier de cette graphie nette, précise, belle... Dessinée avec cette minutie d'écolier appliqué. Une émotion intense en ayant l'impression de découvrir un trésor. De remonter des fonds de la terre, enfouie dans l'or du temps, la matière vivante de la parole. Plusieurs manuscrits, des aphorismes, et un gros pavé de mille pages. Puis ce texte intitulé Charlotte dont j'ai évalué le calibrage à environ cent cinquante mille signes. Un petit roman. Encore inédit, et dont je vous offre, Bernard Collet m'en pardonnera, la première page....


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La nuit était si noire qu’on distinguait à peine les maisons blanchies s’alignant le long de la route départementale qui traverse le village de Nasinghem.
Il pleuvait ; des passants pataugeaient dans la boue qui est l’élément des routes dans les campagnes, où comme l’on dit, le Bon Dieu ne passe jamais. Les clapotis des pieds se confondaient aux crépitements des rafales qui battaient dans les fenêtres avec le bruit chantant d’une criblure de grain tombant dans un grenier.
De temps en temps une auto passait à fond de train sur la route ; à la lumière de ses deux phares, on voyait des silhouettes se précipiter vers l’étroit trottoir et se blottir dans l’embrasure des portes pour se garer des éclaboussures.
La pluie en tombant devant les rayons lumineux blanchissait comme une tamisure d’argent, avant d’aller piquer de son éclat la boue qui luisait d’un or clair sur fond noir à la lumière des projecteurs.
L’auto passait, rapide, tombant dans les flaques, souillant sur son passage les devantures des maisons. Puis tout redevenait noir. Souvent le chauffeur était salué par une kyrielle d’injures abominables qui se perdaient avec le bruit des bars regorgeant d’hommes.

09/12/2008

Quand Pélieu s'amuse encore....

Claude grand farceur devant l'éternel barbu, continue à nous jouer de ses blagues... On a du retard à la parution... et pour cause... quel farceur ce Claude... Je récapitule dans le désordre... mon disque dur qui lâche, les chèques qui reviennent à leur expéditeur, le CD pour l'imprimeur qui s'égare dans la nature... le code barre de la couverture qui n'est pas bon, les fichiers qui arrivent de partout avec des mise en forme tordues impossibles à déverouiller, des images dont on à perdu la trace des auteurs, pas dans le bon poids de fichier... un original envoyé en recommandé qui s'égare... etc.... etc... Sacré Claude tu nous auras beaucoup fait rire... Des coquilles dans l'intro de la Crevaille qu'on a oublié de soumettre à l'auteur tellement préoccupé par tous ces lézards qui apparaissent à chaque instant... A Quel sorcier as tu recours cher Claude...Si je m'en réfère à Cocteau: je plaint les petits anges... La vache! qu'est ce qu'ils doivent prendre...

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le code barre de la crevaille

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08/12/2008

Walden ou la vie dans les bois.....

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portrait de Henry David Thoreau


Traduction française de Louis Fabulet

Quand j'écrivis les pages suivantes, ou plutôt quand j'en écrivis le principal, je vivais seul dans les bois, à un mille de tout voisinage, dans une maison que j'avais bâtie moi-même, au bord de l'Étang de Walden, à Concord, Massachusetts, et je ne devais ma vie qu'au travail de mes mains. J'habitai là deux ans et deux mois. A présent me voici pour une fois encore de passage dans le monde civilisé.

Je n'imposerais pas de la sorte mes affaires à l'attention du lecteur si mon genre de vie n'avait été, de la part de mes concitoyens, l'objet d'enquêtes fort minutieuses, que d'aucuns diraient impertinentes, mais que, loin de prendre pour telles, je juge, vu les circonstances, très naturelles et tout aussi pertinentes. Les uns ont demandé ce que j'avais à manger; si je ne me sentais pas solitaire; si je n'avais pas peur; etc., etc. D'autres se sont montrés curieux d'apprendre quelle part de mon revenu je consacrais aux oeuvres charitables; et certains, chargés de famille, combien d'enfants pauvres je soutenais. Je prierai donc ceux de mes lecteurs qui ne s'intéressent point à moi particulièrement de me pardonner si j'entreprends de répondre dans ce livre à quelques-unes de ces questions. Dans la plupart des livres il est fait omission du Je, ou première personne; en celui-ci le Je se verra retenu; c'est, au regard de l'égotisme, tout ce qui fait la différence. Nous oublions ordinairement qu'en somme c'est toujours la première personne qui parle. Je ne m'étendrais pas tant sur moi-même s'il était quelqu'un d'autre que je connusse aussi bien. Malheureusement, je me vois réduit à ce thème par la pauvreté de mon savoir. Qui plus est, pour ma part, je revendique de tout écrivain, tôt ou tard, le récit simple et sincère de sa propre vie, et non pas simplement ce qu'il a entendu raconter de la vie des autres hommes; tel le récit que, par exemple, il enverrait aux siens d'un pays lointain; car s'il a mené une vie sincère, ce doit, selon moi, avoir été en un pays lointain. Peut-être ces pages s'adressent-elles plus particulièrement aux étudiants pauvres. Quant au reste de mes lecteurs, ils en prendront telle part qui leur revient. J'espère que nul, en passant l'habit, n'en fera craquer les coutures, car il se peut prouver d'un bon usage pour celui auquel il ira.

L'existence que mènent en général les hommes est une existence de tranquille désespoir. Ce que l'on appelle résignation n'est autre chose que du désespoir confirmé. De la cité désespérée vous passez dans la campagne désespérée, et c'est avec le courage de la loutre et du rat musqué qu'il vous faut vous consoler. Il n'est pas jusqu'à ce qu'on appelle les jeux et divertissements de l'espèce humaine qui ne recouvre un désespoir stéréotypé quoique inconscient. Nul plaisir en eux, car celui-ci vient après le travail. Mais c'est un signe de sagesse que de ne pas faire de choses désespérées.

Si l'on considère ce qui, pour employer les termes du catéchisme, est la fin principale de l'homme, et ce que sont les véritables besoins et moyens de l'existence, il semble que ce soit de préférence à tout autre que les hommes, après mûre réflexion, aient choisi leur mode ordinaire de vivre. Toutefois ils croient honnêtement que nul choix ne leur est laissé. Mais les natures alertes et saines ne perdent pas de vue que le soleil s'est levé clair. Il n'est jamais trop tard pour renoncer à nos préjugés. Nulle façon de penser ou d'agir, si ancienne soit-elle, ne saurait être acceptée sans preuve. Ce que chacun répète en écho ou passe sous silence comme vrai aujourd'hui, peut demain se révéler mensonge, simple fumée de l'opinion, que d'aucuns avaient prise pour le nuage appelé à répandre sur les champs une pluie fertilisante. Ce que les vieilles gens disent que vous ne pouvez faire, vous vous apercevez, en l'essayant, que vous le pouvez fort bien. Aux vieilles gens les vieux gestes, aux nouveaux venus les gestes nouveaux. Les vieilles gens ne savaient peut-être pas suffisamment, jadis, aller chercher du combustible pour faire marcher le feu; les nouveaux venus mettent un peu de bois sec sous un pot, et les voilà emportés autour du globe avec la vitesse des oiseaux, de façon à tuer les vieilles gens, comme on dit. L'âge n'est pas mieux qualifié, à peine l'est-il autant, pour donner des leçons, que la jeunesse, car il n'a pas autant profité qu'il a perdu. On peut à la rigueur se demander si l'homme le plus sage a appris au cours de sa vie quelque chose qui ait une réelle valeur. Pratiquement les vieux n'ont pas de conseil important à donner aux jeunes, tant a été partiale leur propre expérience, tant leur existence a été une triste erreur, pour de particuliers motifs, suivant ce qu'ils doivent croire; et il se peut qu'il leur soit resté quelque foi capable de démentir cette expérience, seulement ils sont moins jeunes qu'ils n'étaient. Voilà une trentaine d'années que j'habite cette planète, et je suis encore à entendre de la bouche de mes aînés le premier mot d'un conseil précieux, sinon sérieux. Ils ne m'ont rien dit, et, probablement, ne peuvent rien me dire à propos. Ici la vie, champ d'expérience de grande étendue, inexploré par moi; mais il ne me sert de rien qu'ils l'aient exploré. Si j'ai fait quelque découverte que je juge de valeur, je suis sûr, à la réflexion, que mes mentors ne m'en ont soufflé mot.

Certain fermier me déclare : « On ne saurait vivre uniquement de végétaux, car ce n'est pas cela qui vous fait des os »; sur quoi le voici qui, religieusement, consacre une partie de sa journée à soutenir sa thèse avec la matière première des os; marchant tout le temps qu'il parle, derrière ses boeufs, qui, grâce à des os faits de végétaux, vont le cahotant, lui et sa lourde charrue, à travers tous les obstacles. Il est des choses réellement nécessaires à la vie dans certains milieux, les plus impuissants et les plus malades, qui, dans d'autres, sont uniquement de luxe, et dans d'autres encore, totalement inconnues.

Il semble à d'aucuns que le territoire de la vie humaine ait été en entier parcouru par leurs prédécesseurs, monts et vaux tout ensemble, et qu'il n'est rien à quoi l'on n'ait pris garde. Suivant Evelyn, « le sage Salomon prescrivit des ordonnances relatives même à la distance des arbres; et les préteurs romains ont déterminé le nombre de fois qu'il est permis, sans violation de propriété, d'aller sur la terre de son voisin ramasser les glands qui y tombent, ainsi que la part qui revient à ce voisin ». Hippocrate a été jusqu'à laisser des instructions sur la façon dont nous devrions nous couper les ongles : c'est-à-dire au niveau des doigts, ni plus courts ni plus longs. Nul doute que la lassitude et l'ennui mêmes qui se flattent d'avoir épuisé toutes les ressources et les joies de la vie soient aussi vieux qu'Adam. Mais on n'a jamais pris les mesures de capacité de l'homme; et on ne saurait, suivant nuls précédents, juger de ce qu'il peut faire, si peu on a tenté. Quels qu'aient été jusqu'ici tes insuccès, « ne pleure pas, mon enfant, car où donc est celui qui te désignera la partie restée inachevée de ton oeuvre? »

***

Biographie en résumé
Écrivain américain. Disciple de Ralph Waldo Emerson, il "fut un non-conformiste résolu. Après avoir vécu seul dans une cabane au bord d'un étang dans les bois, Thoreau publia Walden, récit de cette expérience, dans lequel il prêche la résistance aux diktats de la société organisée. Ses écrits expriment la tendance à l'individualisme fortement enracinée dans l'âme américaine" (Portrait des USA. Chapitre 10." L'Amérique et les arts" (Service d'information du Département d'État américain).
Dans son essai La désobéissance civile ( Civil Desobedience, 1849) Thoreau proclame son hostilité au gouvernement américain, qui tolère l’esclavagisme et mène une guerre de conquête au Mexique. « Pas un instant, je ne saurais reconnaître pour mon gouvernement cette organisation politique qui est aussi le gouvernement de l’esclave. (…) Je pense qu’il n’est pas trop tôt pour les honnêtes gens de se soulever et de passer à la révolte. Ce devoir est d’autant plus impérieux que ce n’est pas notre pays qui est envahi, mais que c’est nous l’envahisseur. » L’essai eut une grande influence sur le Mahatma Gandhi et sur Martin Luther King.

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30/11/2008

La Denise est passée à cinq heures...

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Michel Malnuit autoportrait

Malnuit a publié de son vivant un certain nombre de textes dont La denise est passée à 5 heures. Mon intention est non seulement de rendre disponible toute l'oeuvre publiée de Malnuit, mais aussi de publier celle qui ne l'a pas encore été...
Pour certains manuscrits dont il a fallu corriger et revoir le texte- passages incompréhensibles écrits sous l'emprise de l'alcool- passages entiers à supprimer qui n'amène rien au lecteur... Ce travail je le fais sous le contrôle de Bédé, alias Françoise Malnuit.
Traduire Malnuit en français sans altérer le substantifique moelle c'est un travail absolument étrange qui se situe à mi chemin de la traduction et du rewriting. C'est de la traduction sans en être...
Du rewriting sans en être... Il suffit parfois simplement d' aérer le texte par des retours à la ligne, mettre des points, là où parfois il n'y a que des virgules qui en saccades finissent par plomber l'appétit du lecteur...
Terribles décision à prendre et à assumer... Cela a été étrange de découvrir la force du texte sous les scories qui l'encombraient... De redécouvrir cet auteur quasi inconnu et d'être persuadé là encore de toucher du doigt une grande oeuvre... Un peu comme celle de René Barde... ces deux là ne se connaissaient pas n'avaient rien en commun et pourtant...

un petit extrait


Le feu, dans l’âtre, et sous la daube... puis au clope... Bédé bientôt suivie des autres et clic et clac ! tant qu’on y est... La faim. La soif. La neige.
—Neige alors drue !
— Souaf souafeuse et faim de loup !
— De loup hou-hou,
— De fofifon et, hé hé : de ragoût ragoûtant !...
— Alors... à table !
Et que je te verse. Corbières. Rasades.
— Vin cuit pour celles qui…
— Oh oui bien volontiers merci !
— Santé !
— Conservation !
— Y avait longtemps !...

Nos aises... Taillées dans le fameux gros pain nos aises, taillées dans ce qui reste du pâté…
— A moinsse, qu’on en aye racheté...
Taillées dans les bavettes, des sur-mesure pour chaque une et chaque un. Et les toutous qui tournent et virent, et le fuego qui crépite, et dehors les flocons
— Dis-donque ce coup-ci c’est parti !...
Parti la neige... parti la daube... et les vins lourds, Bordeaux, Vieux Pape...
— Y a...vait pas un... ptit Minervois ?...
— M’inerve pas ac ton Minervois ...
Tournée aller tournée retour, je suis peu pour ces lourds je m’en reviens à ceux qui tachent. Et qu’à se tendre les plates et qu’à se tendre les vides et se remplir les vides et se vider les pleins et s’envoyer tout ça qu’assurément c’est pas dégueu…
— Pas plus haut que le bord merci et si tu veux savoir t’as qu’aller dire à Polbocu qu’il est venu pour lui le temps de le rendre son tablier ah si ah si !...
Et les douces effluves ondulantes me serinent à la serinette l’opulence et le dénuement... la blanche neige symbol... hic ! eee, j’entends « Mazio t’es un inquiet » fin de citation sans date et moult fois réitérée ni vraie ni fausse donc vraie, ou fausse... la solitude la communion... tu parapport à je... me sentais rien qu’un œil, pas voyeur mais voyant... petit peu voyeur quand même.
—Plaisir... de voir c’est boire des yeux !...
De boire...
En me dressant bien haut les antennes hors des gaines et j’avais l’air... ou pas... comme ça...
— Recul approche...
— Et recul et approche...
— Et re... cula... prrroche...
— Loin...
— Pas là...
— Où ça ? ...
— Ailleurs.
— Où ça ?...
— Qui quoi...
Bédé. Ma gauche. La joie... ou l’abrutissement. Jaja. Coucou.
— R’un coup de daube, cette...
— Vindieu !...
Moment... moment un tant soit peu durable un... tant soit peu total... un temps... soit peu qui fut !... rempli comme les estomacs ! Petit délire tant soit peu rien. Rempli de mots. Pas les ceux qui volaient bien sûr, ceux-là... perdus ! tous envolés !... qu’on retrouverait dans les murs... dans le lambris sous les dessins... dans le four à pain qui sert de sac à vin... dans les festons de la nappe blanche à festins... dans le paillon des chaises... dans la boîte à cigares, lesquels itou partent en fumée ! Mots morts sitôt qu’on les a dits, vivants tout juste l’instant des bouches et de ces goûts qui les tapissent, tissage ou modelage, ou sculpture d’air... et l’air qu’a le sculpteur souvent très convaincu pas toujours convaincant, jactant cette drôle d’histoire de bonhomme antérieurement cheval et en voici la preuve mais restez donc assis : ayant perdu un fer il s’en est souvenu précisément où ça... et il l’a retrouvé... Ou celle-ci encore plus bizarre tout autant authentique et qui dit que l’individu ici-présent pour le plaisir commun Couraudon Le Besset... serait, comment douter ? un des, pour pas dire ze ! unique survivant de l’hécatombe du Montségur... « enchanté, verse m’en un »...
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photo Bédé

Et je m’allume un clopinet,
— Mmm, pas de doute là-dessus et de loin : j’me préfère le corbières des Corbières à ces velours d’Bordeaux et d’ailleurs qu’on sait même pas d’où j’vous les brade avèque « sans façon » le from des Pyrénées,
— Bien que ça j’aimerais l’aimer c’est pas d’blague
— Tu dis ça
— Mais c’est pas vrai
— Alors goûte-z-y
— ça veut pas »...
Et nia et nia
— Pas insister sinon je pique ma crise je vomis tout j’inonde je vous pleure dans l’assiette je vous renie définitif !...
Et je sais plus tant quoi vous narrer qui soit marrant de ces agapes, qu’ont pourtant bien duré leur couple d’heures à l’aise oh oui ! Sauf ça. Qui nous reviendra à tous à toutes en son temps... chacune... chacun... clair et net. Précis. Incisif. Comme un coup de trique. Comme. Un burin de Rembrandt. La Denise est passée à 5 h. Environ.
Sur le coup j’ai pas fait gaffe en tout cas peu importe sinon, que pour ma part, j’ai dit à ma voisine, Bédé
— Regarde, tu l’as vue ? c’est Denise, la fille à l’Émile...
et je suis sorti pour lui serrer la main bonjour,
— ça va ?
– ça va ...
Et elle a dit aussi :
— Alors ? revenu ? et peut-être aussi « voir les amis ? » et j’ai pu dire
— Oui, quelques jours »...
Alain était près d’elle et il parlaient du vilain temps, et elle avait un seau... fontaine chercher de l’eau oui, de l’eau à la fontaine... Rentré mézigue j’ai repris mon endroit à côté de Bédé
— Tu l’as vue ?
— Oui, pas beaucoup mais j’l’ai vue, oui »...
Parce qu’à Bédé je lui avais dit les deux ou trois choses... qu’elle vivait là avec son père qui l’avait élevée tout seul, sa mère était morte elle était tout bébé... et ça presque incroyable : elle était jamais descendue à Biert au village... toujours restée ici... trois choses à peu près tout. Quasi. Alors. Les questions les problèmes... quasiment le mystère ? mais non. Pas de mystère. Tout clair. Tout net ! Pasque là, ouais... déjà t’à l’heure la sécheresse, rapport à nos agapes... d’agapê qui veut dire amour c’est grec, c’est pas chinois... je pouvais plus. Qu’abréger tout. On est montés. Changer d’endroit et... écouter des musiques et, continuer à causer, fumer, boire se chauffer tout ça. Aux étages. D’où c’est vrai je suis redescendu pour pisser... puis... sur la tôle dressée à moitié à droite de l’entrée j’ai eu l’idée d’écrire au doigt dedans la neige épaisse d’une main « just maried » et « Alain ! ho Alain ! viens voir ! t’as un message !
– Quoi ?
– Un télégramme ! »
Et il a déboulé comme un fou incrédule, j’y ai dit monte là dessus où j’étais, dessus un tas ou la chèvre ou le pétrin qui traîne toujours là à l’envers... il est venu et il a vu et, m’a traité de tous les noms copieux en chipotant d’avoir l’air de se marrer, même ils sont tous radinés voir. On a bien ri. Sinon. Autour et à partir de là je vois que dalle... jusqu’à quand qu’Alain dégringole quatre à quatre on était là-haut... et en bas ça frappe ! Ç’aurait pu être ceux du Ramé ? Plus ou moins attendus vers les pâques rappliqués de leur Nantes, ou bien Rico le peintre... ou l’Émile c’était bien son heure, 7 ou 8 ?... et on bavardait avec Pierre mollo étendu trop bouffé la ceinture relâchée, « Mazio ! descends ! » j’entends, « vite ! »... ah... Isabelle a changé d’œil... elle a dit que c’est l’Émile... Mes godasses...
— Mazio ! t’arrives ? ...
— Et merde, de lacets…
Swann dans les jambes je déboule. Émile, Alain, nerveux les deux, j’ai l’impression,
— Queskia ?
— Denise a disparu... maison fermée de l’intérieur ...
— On y va.
L’Émile déjà là-bas, marmonne, nuit noire, Alain une torche. Rien. Marmonne... et que ça sentirait mauvais... Alain chercher une échelle... était pas aux brebis comme d’habitude tous les soirs... attendu un peu une demi-heure, et alors non y a quelque chose... venu voir, trouvé ça : fermé, c’est du dedans. L’échelle.
— Laissez l’Émile, j’y vais .
Et ça pleut neige gouttes dans les yeux...
— Regardez sur le lit ...
Fouille avec la loupiotte... «
— Y est ?... pas ? »...
— Là-haut
— Oui... y est
Et l’Émile
— Nom de dieu
— Grimpe.
— Attendez !
Déjà haut, près, la torche, Alain donne, passe en bas... son regard !... Là-haut bing ! le carreau badagling ! gling ! réflexe la tête le coude !... et tous les trois l’un après l’autre par la fenêtre et dans la chambre. Denise... sur le lit sur le ventre tête côté. L’Émile est allé tourner le bouton, et
Nom de dieu et va savoir et quelle idée pourquoi ce qui l’a pris
— Qu’est-c... qu’elle a fait ?...
— Qu’est-ce que tu as fait là, dis ! qu’est-ce que tu as fait ? »...
Et Alain et moi on la retourne sur le dos et
— Nom de dieu Mazio...
Il dégage le cou serré «
— Voilà ce qu’elle a fait, voilà !...
Et il sort son inséparable lame, la glisse fébrile mais sûr entre la peau et ce ruban et tchac !... et la Denise elle est bien chaude ! autant que toi ! que moi !...
— Allons, tant que possible, de la méthode...
— Voyons... si le cœur bat.
Je palpe. Et pas le moindre bruit. Retenir ma respiration. Malgré ça j’entends, je sens, que moi, que... dalle ! que... moi ou quoi... ?
Dans mon oreille dessus son sein y avait mon cœur et pas le sien s’il battait j’entendais le mien !... Alors, respiration artificielle. Traction du bras, gauche, droit, une, deux, une, deux, descendre, monter et... je monte descends à califourchon.
— De dieu de merdalors j’aimerais voir ça un peu tiens si t’as fait la conne !
Et han ! et han !... ça marchait pas des mieux. Terrible face à face que je venais d’entamer là. Avec qui ? qui es-tu ? pour nous faire comme ça me faire m’activer s’activer allez ! han !... Je sentais pas très… Je, j’étais pas à l’aise et rien disait sur sa figure si ça pouvait venir,
— Quéchose ?
— Non et non !!!
Redescendre. Entamer bouche-à-bouche. On sera plus en tête-à-tête... je... et... ses yeux mi-clos sur... mi-ouverts que j’ai pas su voir si quoi... Voyons. La bave. Une drôle de bave un peu verte, m’a semblé. Avec la main, j’essuie. Lèvres bleutées légèrement... lesquelles... sur lesquelles... peut-être que jamais... mais les miennes, et pour que ça vive ça nom de dieu,
— Deniiiiiise ! déconne pas !!...
Et qui pouvait me dire où c’est qu’on allait comme ça ? jusqu’où ? combien ? et si c’était utile ? vraiment ?... vraiment ?... Je plaquais bien ma bouche en, d’une main la gauche à deux doigts pouce index lui creusant les deux joues entre les deux mâchoires pour la faire se l’ouvrir et, de l’autre, à deux doigts pareils doigts et main droite je lui bouchais le nez, et l’air c’était le mien que... j’aspirais féroce et je lui donnais tout. Cet air. Que je respire, et qui me sert à quoi ? Qui pouvait tout pour elle. Que j’avais l’impression de sentir refroidir... et une voix, l’Émile :
— Regarde !...
J’ai regardé, très vite levé la tête accommodé mon œil... mais comme quoi tout ça c’était peine perdue. Une étiquette rouge sur un petit flacon minable de rien du tout.
— C’est fini ! c’est fini ! ... l’Émile.
Alain est revenu avec du lait d’abord... qu’est resté sur la table en bas où il a trouvé ce flacon... les filles ensuite , Bédé Isabelle... et Isabelle pour s’occuper d’Émile.
— Et toi Bédé tu viens m’aider.
Appuyer là-dessus les côtes pour sortir l’air que je lui souffle. Pendant ce temps, Alain taille jusqu’aux Jaques chercher la fille Rico que paraîtrait qu’elle est ici et étudiante en médecine à sa cinquième année ! Okay. Alors Bédé mézigue tout ce qu’on sait on croit savoir ! Continuer.
—Dedieu dedieu Denise... l’Émile...
— Isabelle tu t’occupes hein.
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photo Bédé

Et mal aux reins bordel j’en peux plus, courber relever courber relever... souffler tout ! fort ! à y laisser pas que mon air ! tout mon être !... et elle est nettement plus froide ! merde... ça fait rien je m’accroche je la gonfle Bédé la dégonfle et la gonfle, la dégonfle, gonfle, dégonfle, et tant que y a de l’espoir y a de la vie la vie la vie... la vie... la mort... ? non pas la mort non... non... la vie !... la vie, même sans espoir même, sans espoir n’est-ce pas Denise... n’est-ce pas Denise... Denise... hé... tu m’entends ?... me sens ?... sens ?... tu sens ?... hé... dis... la vie... ma bouche... tous ses... tous ces baisers ?... à quoi tu joues... tu jou... is ?... au moins ?... ou mairde !...Denise !... sans blague... quoi... ‘niiiiise !!!... salope !... et chuis poli !... Et ... Oui... Tout ça.
Et bien beaucoup plus d’autres choses me suis je pensé avoir ressenti. Terrible. Époustouflant c’est bien le cas : de l’ancien françois « s’esposser » qui veut dire s’essouffler. J’y reviendrai peut-être... ou pas. Comme si... j’ai mal à dire... ma j’ai besoin... cette fille.
Denise. Trente huit ans, qu’avait tout l’air solide, certaine corpulence on dit, ça peut se dire, et vierge ça peut se dire, du moins ça pouvait que se croire... et fille de l’Émile, un chêne !... cette femme donc.
Comment dire ça. Que ça. Me devenait tout l’important c’est ça. Que ça. Qu’une femme peut devenir. Et qu’elle avait pas pu. J’ai parlé de mystère quand y avait rien qu’un drame... vrai. Et si simple et si plein et si brut. Dur comme c’est dur de vivre. Ici. Elle. Etcétéra et quoi ?... Quand ils sont arrivés j’étais sur le point d’abandon... exténué vidé. Flat !... Et de tout ce temps l’Émile ?...


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Peinture Michel Malnuit: "Elle est partie" 140 x165 acrylique sur toile, rajout de tissu et de verre

27/11/2008

Pelieu Whas here.....

C'est parti à l'imprimerie... L'ouvrage collectif et La crevaille... Une dizaine de jours de retard seulement sur le planning... Que dalle pour ainsi dire... On fera mieux la prochaine fois c'est sûr... Pélieu c'est qu'un début ... C'est un puits, une mine, l'homme... et avec les moyens contemporains de production c'est aisé de reproduire avec peu de capitaux au départ son oeuvre pour continuer à la faire vivre... Mais ça c'est le petit punk, doctor en litteratur, rien que ça qui s'y colle, j'ai nommé le sieur Delaune...
Le Cap'tain lui il va continuer à faire le secrétaire et à rameuter les foules, et moi à me taper le boulot de mise en page... Bref on change pas une équipe qui gagne à être connu... Pélieu est en de bonnes mains... 9 litres au cent pages... mais c'est du diesel, ça tourne sans à coups...

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26/11/2008

Pascale Emmanuelle Voillot

J'ai publié en son temps Pascale Voillot aux éditions Ressacs, une paie... Vingt cinq balais au bas mot... un petit livre pour enfant... pour apprendre à écrire... Il doit m'en rester un ou deux exemplaires par là... Depuis plus de nouvelles... Et en tapant son nom sur internet la voila qui réapparaît... Je cherchais à savoir ce que sont devenus les auteurs que j'ai publié par le passé du moins pour ceux que je sais encore en vie... La vie d'artiste ça use son homme aussi vite que la mine de sel... Surtout quand le talent n'est pas récompensé par quelques oxymorrons de temps à autre... Pascale a gagné sa vie comme prof de dessin... Ce qui ne l'a pas empêché de continuer de produire ses toiles... En voici quelques unes pour le plaisir des lecteurs de ce blog...


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Anthropophagie masculine

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La foule

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La salle des profs


24/11/2008

Pélieu and Beach are not dead

Photo Allen Ginsberg

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La Crevaille et Cut Up sont fins prêts à partir chez l'imprimeur... Le tirage sera fait en fin de semaine.... Merci tout particulier à Lu Pélieu, à Benoît Delaune, à Alain Jégou... à Jaime Prat Corona

et aux auteurs, artistes et musiciens ayant participé à l’ouvrage :
Jeffery Beach, Pamela Beach-Plymell, Claude Beausoleil, Victor Bockris, Yves Buin, Michel Bulteau, Henri Chopin, Pradip Choudhuri, Vincent Degrez, Benoît Delaune, Erró, Lawrence Ferlinghetti, Lucien Francoeur, Daniel Giraud, Paul Grillo, Bernard Heidsieck, Pierre Joris, Alain Jouffroy, Théo Lesoualc’h, Gerard Malanga, Matthieu Messagier, Barry Miles, Jean-Marc Montera, Thurston Moore, Philippe Morin, Liam O’Gallagher, Ray Ortali, F.J. Ossang, Nicole Peyrafitte, Jürgen Ploog, Charles Plymell, Roxie Powell, Bernard Pozier, James Rasin, J.N.Reilly, Richard Saba, Edward Sanders, Bruno Sourdin, Lucien Suel, Laki Vazakas, Jacques Villeglé, Carl Weissner, Samuel Wilcox.
ainsi qu'aux traducteurs :
Mary Beach, Benoît Delaune, Jean-Marie Flémal, Béatrice Machet.
Grâce à vous Claude and Mary are not dead...

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Claude Pélieu en 1963 photo Lu

16/11/2008

la petite renarde rusée....


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Résumé
La Renarde, qui retient l’attention de chacun dans la forêt, finit par se faire attraper par le Garde-chasse. Mais sa captivité est de courte durée ; elle parvient, après avoir égorgé les poules du Garde-chasse, à s’enfuir, au grand désarroi de celui-ci. De retour dans la forêt, elle séduit un renard et fonde un foyer avec lui. Mais la renarde n’est pas faite pour mener une vie paisible : Harašta, venu braconner, la tue, presque par mégarde. Le Garde-chasse est dépité : ce n’est pas lui qui a obtenu la peau de la renarde, dont il voulait faire un manchon pour sa femme. Il retourne dans la clairière où il avait rencontré en premier lieu la renarde, et croit rencontrer une jeune renarde. Mais il est victime de son désir, qui le berce d’illusions : ce n’est qu’une grenouille.

A propos de l’œuvre La Petite Renarde rusée est inspirée à Janácek par une série de bandes dessinées parues dans un quotidien de Brno, le Livode noviny. Comme le rédacteur en chef de ce journal dispose d’espace, il persuade Rudolf Tesnohlidek de rédiger des textes susceptibles d’accompagner une série de caricatures découvertes à Prague, exploitant le thème de la chasse. C’est ainsi qu’en 1920, parait en livraisons régulières La Petite Renarde à l’oreille fine, qui suscite immédiatement l’enthousiasme de Janácek. Cette œuvre ne saurait se prêter à une approche strictement rationnelle ou analytique.
Elle n’est pas le produit de la rencontre de deux grands génies dramatiques (tel Verdi et Schiller, ou Mozart et Beaumarchais), mais simplement le fruit de la lecture régulière d’un quotidien. Cette œuvre provient de l’intérêt d’un compositeur qui aspirait à « chanter la majesté des montagnes, la douceur de la pluie tiède, le froid cuisant des glaces, les fleurs des champs et les étendues enneigées […] le chant d’amour des oiseaux et les cris perçants des rapaces […] et le bourdonnement assourdissant des milliers d’insectes … »
Les animaux ne sont que mouvement. Et ce n’est que grâce au mouvement, grâce à la musique, que l’on peut capter quelque chose de l’esprit de la forêt. Cet opéra constitue donc un véritable défi, en matière de scénographie notamment. Il requiert de la part des animaux une danse, un chant, animés de toute la sauvagerie, la violence mais aussi de tout l’humour dont ils sont capables.

L’œuvre à l’Opéra national de Paris On a longtemps considéré qu’il était impossible de mettre en scène cet opéra où se côtoient des hommes et des animaux ; d’ailleurs, de nombreuses tentatives ont échoué. Mais en 1956, au Komische Oper de Berlin, les intentions de Janácek se sont trouvées pleinement réalisées dans la production merveilleuse de Walter Felsenstein qui a su associer d’une façon étonnante le réalisme et la musicalité. La représentation à Paris de ce spectacle, un an après sa création à Berlin, fut une révélation pour ceux qui ont pu y assister et l’œuvre fut donnée plus de 120 fois dans les quatre années qui ont suivi, sans rien perdre de la qualité étonnante des premières représentations. La Petite Renarde rusée entre enfin au répertoire de l’Opéra national de Paris pour la saison 2008-2009 dans une mise en scène d’André Engel, sous la direction de Dennis Russell Davies.

ARGUMENT ACTE I Dans la forêt, l’été, des animaux et des insectes vaquent tranquillement à leurs occupations. Un Blaireau fume une pipe ; une Libellule bleue danse avec grâce… L’arrivée du Garde-chasse trouble ce petit monde : le Garde, fatigué, choisit un coin pour s’allonger et faire sa sieste. A peine est-il endormi que le ballet des habitants reprend de plus belle. Le Grillon et la Sauterelle font un petit concert. Une Grenouille essaie d’attraper un Moustique, sous l’œil intéressé d’une Renarde. Mais la Grenouille fait un bond malencontreux et se retrouve sur le nez du Garde, qu’elle réveille. Celui-ci, en ouvrant les yeux, aperçoit la jolie Renarde. Il réussit finalement à l’attraper et rentre chez lui, la Renarde sous le bras. La Libellule bleue pleure son amie perdue. A l’automne, dans la cour de la maison du Garde-chasse, la femme du Garde verse un peu de lait dans une soucoupe pour le Chien et la Renarde qu’elle et son mari veulent élever pour leur fils. Mais la Renarde est triste. Le Chien essaie de lui expliquer qu’il faut se résigner, avant de lui faire des avances pressantes, qu’elle repousse. Il lui faut ensuite subir les agaceries du fils du Garde qui, avec un de ses camarades, vient la taquiner. Elle essaie de mordre les enfants ; la réaction ne se fait pas attendre : le Garde l’attache et la pauvre Renarde reste seule. La nuit tombe alors, la Renarde s’endort et rêve bientôt qu’elle se transforme en une belle jeune fille… Mais quand le jour se lève, elle est toujours Renarde. La femme du Garde, levée à l’aube, jette un peu de nourriture aux poules qui caquettent fièrement. Mais la Renarde attire alors leur attention en entamant une grande diatribe révolutionnaire, prêchant pour une nouvelle conception du monde qui ne devrait plus être dominé par les hommes et les coqs. Les poules demeurent insensibles à cet appel à la révolte et la Renarde, écœurée, se creuse une tombe et déclare qu’elle préfère s’enterrer vivante… Les poules s’approchent alors, et la Renarde bondit et les égorge les unes après les autres. La femme du Garde-chasse a beau sortir de la ferme en criant, le mal est fait. Néanmoins, la Renarde a compris ce qu’elle risque : elle brise son attache et s’enfuit vers la forêt.
ACTE II Revenue dans la forêt, la Renarde, sous l’œil amusé des autres animaux, se moque du Blaireau. Excédé, il quitte son terrier dont prend alors possession la Renarde. Pendant ce temps, à l’auberge du village, le Garde-chasse joue aux cartes avec l’Instituteur en compagnie du Curé. Le Garde se moque de l’Instituteur en raillant la maladresse avec laquelle il fait la cour à sa bien-aimée. Mais celui-ci lui évoque les « exploits » de la Renarde enfuie. Le Curé, lui, se divertit fort avec une citation latine qu’il estime bien à propos. La boisson échauffe toutes les têtes. L’Aubergiste conseille au Curé de quitter l’auberge pour éviter le scandale et promet de raconter un jour en détails l’histoire de la Renarde. Mais le Garde se fâche et quitte l’auberge de méchante humeur. Dans le bois, la nuit, l’Instituteur, ivre, avance en chancelant et en s’apitoyant sur lui-même et sur ses faiblesses. La Renarde passe sa tête derrière une fleur de tournesol et l’Instituteur, comme illuminé, croit voir la gitane Terinka, une de ses anciennes amours. S’élançant vers ce mirage, il trébuche et se retrouve à terre. Le Curé, qui emprunte la route à son tour, aperçoit la Renarde et la confond aussi avec Terinka qu’il a également aimée quand il était étudiant, à tel point même qu’on l’a accusé, injustement, d’avoir été responsable de la grossesse de la jeune fille. Mais l’arrivée du Garde met un terme aux réflexions du Curé, qui tombe dans les bras de l’Instituteur. Les deux hommes sont effrayés par le Garde et craignent qu’il ne leur tire dessus. Le Garde a beau grommeler que c’est seulement sur la Renarde qui se faufile dans les bois qu’il tire, les deux hommes ne sont guère rassurés. La Renarde rencontre un Renard, très beau, et lui raconte l’histoire, arrangée, de sa vie. Le Renard offre à sa belle un lapin qu’il a tué. Les renards s’embrassent et filent le parfait amour. Quand la Renarde emmène son Renard dans la tanière, les commérages vont bon train parmi les animaux de la forêt. Peu après, la Renarde annonce au Renard qu’elle va être mère. On envoie quérir un prêtre, le Pivert, qui marie les amants et toute la forêt applaudit ces noces.
ACTE III C’est l’automne. La forêt est tranquille. Harašta, avec son panier de colporteur sur le dos, s’y avance dans l’intention de braconner. Il avise justement un lièvre mort, tué par un renard et s’apprête à le ramasser, quand il se retrouve nez à nez avec le Garde. Celui-ci le salue ironiquement : aime-t-il sa vie solitaire ? Harašta lui fait savoir qu’il se méprend, puisqu’il va épouser Terinka. Le Garde est comme foudroyé à l’annonce de cette nouvelle. Il pose simplement un piège à renard près du lièvre mort et s’éloigne, abattu. Les enfants de la Renarde dansent joyeusement autour de ce piège posé maladroitement, sous les regards de leurs parents. Mais retentit au loin le chant de Harašta. Tout le monde décampe – sauf la Renarde qui s’amuse à attirer l’attention du braconnier en boitant et dansant avec entrain, jusqu’à ce qu’il trébuche et s’arrache la peau du nez. Alors qu’il se relève, il voit les renards faire « patte basse » sur les poulets de son panier. Il se précipite sur son fusil, tire au hasard et tue la Renarde. Dans le jardin de l’auberge, le Garde boit une bière avec l’Instituteur et lui raconte que la tanière des renards est abandonnée et qu’il n’arrivera jamais à se procurer le manchon promis à sa femme. L’Instituteur rappelle avec émotion que Terinka doit se marier aujourd’hui. La femme de l’aubergiste déplore que ce soit Terinka qui hérite du manchon. Il y a de la mélancolie dans l’air. Le Garde sent le poids des ans et décide de rentrer chez lui, par la forêt. Dans la clairière où il avait attrapé la Renarde, le Garde s’attarde un peu, le cœur plein de nostalgie. Il songe à l’éternel recommencement de la vie dans la forêt. Allongé sur le sol, s’enfonçant dans sa rêverie, il s’endort pendant que tous les animaux s’approchent – jusqu’à ce qu’il se réveille et aperçoive, à la place de la Renarde d’autrefois, une toute petite renarde. Il essaie de l’attraper en se promettant de l’élever mieux que sa mère, mais sa main se referme sur une grenouille. La boucle est bouclée. Le Garde, songeur, laisse glisser son fusil par terre.
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La Petite Renarde rusée en version intégrale sur WWW.OPERADEPARIS.FR
en cliquant ici

11/11/2008

C'est de la matière crise!!!!!!!!!

Une petite vidéo bien sympathiquement pédagogique, qui explique l'Américan way of live...
Un jour on va finir par penser que Bush et consors ont rendu un fieffé service à l'humanité...
Si, si, quand on pourra faire le bilan de tout ça...
On s'apercevra probablement que ce sont eux qui ont accéléré la précipitation du système dans le mur...



Pour continuer si jamais vous aviez un doute sur le sens de votre existence, un petit documentaire sur la différence entre un oiseau et un banquier*.....
L'Argent Dette de Paul Grignon (Money as Debt FR) from Bankster on Vimeo.

* l'oiseau est parfois fatigué de voler...


Et pour le dessert n'oubliez surtout une bonne blague de l'oncle Georges W Bush.......


" Nos ennemis sont innovants

et pleins de ressources,

et nous aussi.

Ils ne cesseront jamais

de penser à de nouvelles

façons de nuire

à notre pays et notre peuple,

et nous non plus."

— Washington, DC, Aug 5, 2004-

05/11/2008

Pierre Guitton

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Pierre Guitton avant d'être peintre dessinait pour Zinc dans les seventies et ensuite pour Actuel, A Suivre, Charlie Mensuel, etc.
A ce propos il a quelques anecdotes truculentes sur Choron et ses paiements improbables... Une porte de sortie dans son bureau qui lui permettait de laisser en plan ses créanciers et de partir tranquillement au café.
Une affaire de famille.jpg


Pierre peint. Tous les jours Pierre peint et il n'a jamais cessé de peindre depuis sa naissance. Huit heures par jours Pierre Peint. Il ne sait que peindre. Et produit une oeuvre immensément généreuse, bigarrée, naïve, joyeuse, paisible... Il peint l'amour, l'amitié, le verre de vin, la table, les discussions, les copains. Car Pierre est un taiseux, comme on dit. Il écoute avec ses silences profonds, et quand il ne remue pas la tête pour dire oui, il dit oui. Emprunt de toute la sagesse de l'homme de sa région qu'il n'a jamais quitté : le Lochois.
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J'ai souvenir de l'avoir rencontré pour la première fois chez Mike, il avaient fait les Beaux arts ensemble - je raconte ça dans Ciel de Lune la maison de Mike, ses copains, son décès, un sacré vide - on se revoit parfois lors du solstice de Beaulieu les Loches.
Pierre Guitton c'est une oeuvre à découvrir....
La cueuilleuse.jpg

Atelier Pierre Guitton Bel Air route de Chanceaux 37600 LOCHES Tél : 02 47 59 32 25

Ouvert toute l’année sur rendez-vous


PS: Si vous allez le voir suite à ce post sur Ressacs dites-le lui...

Le pied du mur.jpg


21/10/2008

Bernard Hugues (Le Refus)

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Le Refus

Ce texte devenu introuvable; il doit rester un ou deux exemplaires chez des libraires de livres anciens, publié par mes soins en 1983, va être republié dans son intégralité pour la rétrospective de l'oeuvre peinte de Bernard Hugues qui aura lieu en mai 2009 dans les Cévennes...
Les toiles et dessins qui illustrent sont de Bernard Hugues

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Je ne parlais pas, je ne disais rien. Lui me racontait que c’était agréable. Que c’était très bien. Que je serais content. Que j’étais bien tombé.
Moi je le regardais quelquefois comme ça, vaguement, sans trop lui répondre. J’étais dans la voiture et j’attendais. Je savais qu’il fallait y aller mais je n’imaginais pas plus.
On a suivi une route qui m’a semblé pareille à toutes les routes de plaine, avec ses platanes, ses grandes lignes droites et ses champs ; mais je ne faisais pas vraiment attention au paysage, je ne pensais pas que c’était la première fois que je voyais la Crau, ni même que cette plaine sous le vent, en début d’hiver, était assez triste.
Je me souviens d’un tronçon de route plate et parfaitement rectiligne sur plus d’un kilomètre avec trois dos d’âne successifs qui semblaient être là sans raison, comme si ceux qui avaient construit la route avaient voulu en rompre la monotonie.
On a croisé quelques militaires avec des sacs et de grands manteaux bleus, puis on est arrivé.

Je m’étais déjà fait une idée de ce que ce serait, je crois que je ne m’étais pas tellement trompé. C’était comme ça. Je suis sorti de la voiture, j’ai payé le chauffeur qui m’a dit : « A bientôt », il a ajouté : « Vous aurez l’occasion de la revoir, cette route. » Je lui ai simplement répondu d’un signe de tête, j’ai fermé la portière et j’ai regardé.

Devant moi il y avait deux grands bâtiments jaunes. Sur la droite et sur la gauche, de hauts murs qui s’en allaient assez loin, surmontés de barbelés, et dont la crête était ornée de débris de verre pris dans le ciment. Je me souviens que le soleil levant jouait avec. Entre les deux bâtiments, l’entrée. Un grand portail ouvert mais de suite après barré par une barrière qu’un militaire en faction montait et abaissait chaque fois qu’un véhicule se présentait. De part et d’autre du portail, deux grandes portes ouvertes et que rien n’obstruait.
Un drapeau claquait sec sous le mistral. Je n’ai pas attendu plus longtemps, j’y suis allé carrément.

Je suis passé à côté du grand bâton rouge et blanc et je me suis assis à l’intérieur de la caserne, sous un porche, à côté d’une porte.

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ACTE PREMIER :
chez les militaires.


Il y avait du vent. J’étais entré avec mes papiers à la main ; dès que je me suis assis sur le sol, je les ai posés à côté de moi, j’ai mis un doigt dessus pour que le vent ne les emporte pas, et j’ai commencé à attendre.
Les voitures passaient devant moi, des voitures de militaires, des voitures de gradés, des camions. Le militaire au grand bâton rouge et blanc m’a regardé, étonné, je le comprends. IL était étonné – moi aussi – pourtant pas tout à fait, j’étais là assis par terre à l’entrée de la caserne, c’était normal pour moi et surtout c’était simple. C’est simple de s’asseoir et de ne rien dire.
J’ai attendu quelques minutes. Toujours le militaire devant, intrigué. Ceux qui passaient ne me regardaient pas. Deux militaires avec de grands sacs, qui partaient en permission peut-être, sont passés tout près de moi. Ils ne m’ont pas vu.
J’avais toujours le doigt sur les papiers, j’attendais toujours, et le vent soufflait toujours. Mes cheveux voltigeaient dans tous les sens, je n’avais que ma main à soulever pour les mettre en place. Le soleil passa l’angle du bâtiment et vint sur moi. J’avais un peu envie de rire mais pas trop. Ça allait. J’étais décontracté, j’étais là, tout seul, je savais qu’on allait arriver, j’attendais.

Un militaire est sorti de la porte près de laquelle j’étais assis. J’ai vu ses pieds qui s’approchaient de moi. « Qu’est-ce que tu as ? » Je n’ai rien dis. Je suis resté là, toujours assis, je l’ai regardé une fois puis je n’ai plus fait attention à lui. Il n’a pas compris, pas du tout compris. Il est rentré et d’est là que tout a commencé.
J’ai entendu des bruits de téléphone, des gens qui parlaient. J’ai vu le militaire qui faisait bouger son bâton rouge et blanc aller dans sa petite guérite et prendre le téléphone. Il parlait derrière ses vitres et en même temps il me regardait. Il semblait assez perplexe, ou embarrassé peut-être, comme si aux questions qu’on lui posait il ne pouvait pas trouver de réponse satisfaisante ou raisonnable. J’avais envie de lui sourire, de lui faire un petit signe… mais non, il était là, j’étais de l’autre côté.
Et toujours les voitures passaient, les voitures de civils, les voitures de militaires. Je m’étais aperçu, depuis un moment, que les gros bruits qui venaient des bâtiments en face étaient ceux de moteurs d’avions. Des bruits monstrueux qui, avec le vent, vous donnaient l’impression d’être près de quelque chose d’extraordinaire, quelque chose qui faisait tout vibrer et qui en même temps aurait produit ce grand vent. Ça ne me dérangeait pas outre mesure.

Quelques minutes s’écoulèrent encore – elles me paraissaient longues parce que je m’attendais à ce que tout de suite on me prenne et m’emmène – avant qu’un autre militaire ne sorte et ne me dise : « Qu’est-ce que tu as ? qu’est-ce que tu as ? » Je ne lui répondis pas, je ne le regardai lui aussi qu’une fois, sans avoir même la peine de lever la tête car il s’était accroupi près de moi et me dévisageait. Il me mit la main sur l’épaule : « Qu’est que tu as ? qu’est-ce que tu veux ? » il vit mes papiers, il les prit, les feuilleta. Pendant ce temps deux autres militaires étaient sortis par la même porte et étaient venus le rejoindre. Ils s’étaient mis entre le soleil et moi. Je ne voyais que leurs pieds. Ils sont rentrés tous les trois avec les papiers et j’ai attendu encore.
Mais cette fois-ci ils sont revenus plus rapidement. Le même militaire m’a dit : « Il faut rentrer, il ne faut pas rester là. Tu t’appelles Guesnard ? » Je n’ai rien dit, je n’ai pas bougé. Je savais qu’ils se regardaient. Ils m’ont dit : « Il faut rentrer. » Aucune réaction. Il y en a alors un qui m’a pris par le coude et fait comme pour m’aider à me mettre debout. Je me suis relevé. Il m’a guidé, je me suis laissé guider. Il a ouvert la porte, celle d’où ils étaient sortis, et m’a fait entrer.


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C’était une pièce petite et sale. Un bureau, deux tables, un téléphone, des papiers, trois ou quatre chaises, un poêle. Et des militaires, bien sûr. Au mur, dans un râtelier, enchaînées, des armes.
Il m’a guidé jusqu’à une chaise près du poêle et m’a fait asseoir. Mais la chaise n’était pas pour moi, j’étais mieux par terre et je m’y suis remis.
Je voyais des chaussures de militaires, de gros souliers qui montaient jusqu’au-dessus des mollets, étroitement lacés de bas en haut cirés impeccable. Personne ne parlait, du moins à haute voix. Ils s’étaient tous regroupés dans le coin opposé de la pièce et je les entendais chuchoter sans comprendre ce qu’ils disaient – mais de quoi pouvaient-ils parler sinon… Un noir se tenait à l’écart. Assis sur une table, il balançait ses pieds croisés. Il ne parlait pas avec les autres, il me regardait et je crois même qu’il m’a souri.
Des militaires et des civils entraient et sortaient. Tous semblaient un peu gênés par ma présence. Il y avait d’imperceptibles temps morts, des regards interrogateurs et, en réponse, de curieuses mimiques esquissées mais vite défaites. C’est que ce n’est pas tous les jours que dans la salle de garde, à l’entrée de la caserne, on se trouve en compagnie d’un mec barbu, chevelu, assis par terre les jambes croisées, et qui ne dit pas un mot.
A un moment, je me souviens, deux femmes sont entrées. L’une, en robe assez courte, avait de belles jambes. Elle s’est assise sur la chaise près de moi, elle ne semblait pas étonnée – moi j’étais un peu gêné maintenant. L’autre portait des pantalons. Elles parlaient de voitures. Ce devait être des femmes de militaires, de gradés même – pas à cause de leur sujet de conversation mais parce qu’elles semblaient à l’aise dans cette salle et en même temps assez hautaines envers tous les militaires qui se trouvaient dans la pièce et qui étaient certainement pour la plupart des appelés. Quelqu’un leur offrit des cigarettes ; je vis qu’il allait m’en offrit une aussi, je sortis mon tabac pour le lui montrer et le rentrai aussitôt. Je n’avais pas envie de fumer.
On téléphonait sans arrêt à l’adjudant de service, qui restait introuvable. On avait envoyé plusieurs fois des militaires dans tous les coins de la caserne, en vain. Enfin, on réussit à le joindre au téléphone et je compris qu’il n’allait pas tarder à arriver. Le poêle ronflait et refoulait de temps en temps, lâchant de gros pets de fumée qui firent tousser deux ou trois fois la femme en pantalon. C’était un poêle à charbon, la fumée était rousse et âcre.

Quand j’ai vu que les pieds s’arrêtaient de bouger, que toute conversation cessait, que même la femme assise se levait et que l’autre venait près d’elle, j’ai compris que l’adjudant arrivait. Il n’y avait que moi qui était resté assis, qui n’avait pas bougé de place, changé d’attitude. Il est entré, il avait des chaussures bien cirées. Je ne l’ai pas regardé parce que je n’avais pas envie de le voir, parce que je le connaissais déjà, parce qu’on les connaît tous, à quelque chose près. J’ai entendu :
- Ah, je vois ce que c’est ! un non-violent ! Il faut évacuer la pièce. Allons sortez. Il a ajouté gentiment – à l’intention des dames sans doute – excusez, je vous prie.
Tous sont sortis, l’adjudant compris. J’ai entendu quelqu’un dehors qui disait : « Il ne faut pas le laisser là… on ne peut pas le questionner ici. » La porte s’est refermée. Par la fenêtre, j’ai vu l’adjudant pénétrer dans le bâtiment en face, et, à nouveau, j’ai attendu.

Les bruits d’avion se sont us d’un coup. Le silence soudain a envahi la pièce. Le ronflement du poêle a redoublé d’intensité. Mes oreilles bourdonnaient. Dans la pièce à côté j’entendis grincer des lits, le silence subit dérangeait les dormeurs. J’ai d’abord été étonné que des militaires puissent dormir à côté, à neuf heures du matin… faire la grasse matinée ! puis j’ai pensé que ce devait être ceux qui avaient monté la garde pendant la nuit. Déjà les bruits d’avion reprenaient, encore plus agressifs semblait-il. Et, au même instant, comme si on avait attendu volontairement que les moteurs se remettent en marche, la porte s’est ouverte violemment, la poignée est allée buter contre le mur et le battant est revenu sur l’adjudant, qui l’a repoussé d’un coup de coude. Il s’est approché de moi, m’a pris le bras et m’a soulevé à moitié en disant : « Allez viens, sous-moi. » Sa voix n’était guère engageante.
Il m’a fait passer la porte et m’a mené vers le bâtiment en face de celui-ci, de l’autre côté de l’entrée de la caserne et dans lequel je l’avais vu pénétrer quelques instants plus tôt. Il y avait toujours du vent, toujours le militaire qui soulevait et abaissait son bâton rouge et blanc, et toujours ces bruits de moteur qui ne semblaient gêner personne.
L’adjudant m’a dit : « Je temmène à la police, à la gendarmerie. » il me disait cela avec l’intention manifeste de me faire peur, mais c’était raté. Je l’ai suivi dans les escaliers, il n’a pas eu à me prendre par le bras mais je marchais à mon pas, sans me presser, et lui devait m’attendre. Il montait quelques marches puis s’arrêtait, le temps que je le rejoigne – mais nous n’allions qu’au premier étage.
Dans les escaliers on voyait une raie de crasse contre le mur, à hauteur du coude, et de la crasse aussi dans les angles de chaque marche. Visiblement la serpillière n’allait pas dans les coins, elle devait au contraire y repousser la saleté. De la crasse de plusieurs années. Les murs étaient nus et d’un jaune pisseux.
Une fois au premier étage il m’a mené devant la porte et m’a dit : « Tu vois. » il y avait écrit : gendarmerie. Je ne disais rien, lui devait penser : on va mettre le paquet, on va l’impressionner avec ça, gendarmerie ça devrait lui foutre les jetons, lui rappeler la prison… Il me mena devant une seconde porte : bureau du capitaine de gendarmerie, avec le nom en dessous, un nom corse je crois, avec plein de i. Il m’a fait entrer ; visiblement j’étais attendu. (à suivre....)

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18/10/2008

Pas pour toi....

Une nouvelle de Mouloud Akkouche
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Elle ôta sa robe et monta sur le pèse-personne. Des chiffres lumineux défilèrent. Elle les suivit des yeux, tendue. Quarante neuf kilos et cent vingt grammes s’afficha sur le petit écran. Elle sourit et regagna sa chambre, robe à la main. Elle la posa sur une chaise, se glissa dans le lit et envoya un SMS. La réponse en écho : « Fonce! » la fit sourire. Elle se leva et ouvrit un sac à dos.
Casque à la main, elle poussa le scooter et démarra au bout de la rue. Ses parents dormaient encore. « Tu iras pas à ce truc ! C’est pas pour toi ! ». Son père avait refusé mais, têtue, elle imita sa signature et renvoya le formulaire d’inscription. Tout le monde lui avait déconseillé d’y participer. Sauf une de ses tantes. Ils me verront à la télé, se réjouit-elle d’avance. Prête à partir pour Paris.
Elle roulait vite. Le froid vif lui brûlait le visage. Elle connaissait le trajet par cœur.
A peine arrivée, une femme la prit en charge dans un hall très éclairé. Un sapin décoré clignotait. Elles traversèrent un long couloir jusqu’à une porte.
_ Les autres se préparent.
_ J’y vais.
_ Faut d’abord que je vérifie votre dossier.
Elle lui tendit une chemise. La femme, lunettes au bord du nez, commença à éplucher les documents. L’adolescente détourna les yeux, ventre noué. Pourvu qu’elle ne se rende compte de rien. Elle retint son souffle.
_ C’est bon. Tenez votre badge avec votre numéro.
_ Un badge ?
_ Seul l’huissier connaît les noms des candidates.
Des parfums mêlés flottaient dans les vestiaires. La plupart des filles déjà prêtes, vêtues et maquillées. Les sourires de connivence camouflaient mal les tensions ; elles se fouillaient du regard, évaluant les chances des unes et des autres. Elle aussi les détailla, surtout leurs poitrines. Comptant beaucoup sur ses seins, elle avait choisi un large décolleté et, devant le miroir, s’était entraînée des heures durant à adopter une démarche pour les faire déborder discrètement du tissu. Sa mère, rentrée plus tôt un soir, avait éteint la chaîne en hurlant : « Retire ces fringues de pute ! ». L’examen des concurrentes la rassura. Elle enleva basket, jean et T.shirt. Sa robe était légèrement froissée. Elle l’enfila et la repassa du plat de la main.
Une hôtesse ouvrit la porte.
_ On vous attend.
Le vestiaire se vida d’un seul coup. Elle se chaussa et s’apprêta à sortir.
« Merde ! »
Elle versa le contenu de son sac sur le sol et vérifia une à une chacune des poches. En vain. Elle se laissa tomber sur le banc. Une voix dans le haut-parleur invitait le public à rejoindre les gradins. C’est foutu, se résigna-t-elle, incapable du moindre geste. Une larme roula le long de sa joue. Première fois qu’elle perdait confiance.
Soudain, elle se rua sur un sac et le fouilla. Rien. Elle en ouvrit un autre et tomba sur une trousse de toilette rebondie. Cette nana doit mettre tout son fric là-dedans, ironisa-t-elle. Un petit sourire au miroir avant la séance de maquillage.
« Vous pouvez applaudir ces jeunes filles ! ».
Essoufflée, elle rejoignit les autres participantes. Une trentaine debout côte à côté sur une scène improvisé dans un gymnase. Au-dessus de leurs têtes, un panier de basket relevé. Et face à elles, le jury : trois femmes et deux hommes derrière des tables en bois. Chacun portait une oreillette et avait un portable devant lui. Sur le côté, un caméraman filmait.
Les gradins, bourrés à craquer, grinçaient au moindre mouvement. De part et d’autre s’étalaient les banderoles des sponsors, une banque, le quotidien régional et plusieurs commerçants. Des mains s’agitaient en direction des adolescentes. Beaucoup de mères, certaines vêtues et percés comme leurs filles. Les rares hommes se faisaient très petits.
L’un des jurés se leva, micro à la main :
_ Bienvenues à toutes et à tous. Je suis donc le président de cette 11ème concours régional de beauté de notre région. Comme vous pouvez le constater, notre région, outre les beaux paysages, possèdent aussi d’autres genres de paysages.
Un éclat de rire l’interrompit.
_ Mesdemoiselles, reprit-il, nous déclarons le concours de miss région ouvert. Place au rêve et à la beauté !
Il attendit la fin des applaudissements pour appeler la première de la liste.
La lumière déclina progressivement tandis qu’une brune dans une robe moulante rouge gagnait le devant de la scène. Une hôtesse lui désigna une croix au sol. Les pieds rivés dessus, elle se dandina avec un sourire gêné. Elle promena les yeux sur l’assistante comme à la recherche d’un regard familier. Le gymnase plongé dans l’obscurité, les haut parleurs déversèrent de la techno. Et la lumière d’un projecteur balaya la scène avant de se poser sur l’adolescente. Elle ne bougea pas, figée comme un animal aveuglé par des phares. L’hôtesse lui demanda d’un signe de commencer.
Elle défila, le corps très raide. A un moment, l’un de ses talons se tordit et elle faillit glisser. L’inquiétude se lisait sur son visage. A chaque pas, elle hésitait. La musique s’arrêta. Elle reprit sa place, apparemment soulagée d’en finir. L’hôtesse lui fit descendre les quelques marches et, sous les applaudissements, la guida jusqu’ à la rangée de gradins réservés.
Les jurés pianotèrent. Toussotement et bruit des doigts sur le clavier se partagèrent le silence. Le président susurra à l’oreille de sa voisine et appela la deuxième candidate. Plus à l’aise que la précédente, elle salua le public avant d’attaquer sa prestation. Une prestation très applaudie.
Quand ce fut son tour, elle rajusta sa robe et avança. Elle se répétait : « T’ es la plus belle ! T’es la meilleure ! ».Dès la première note, elle se redressa. D’un geste étudié, elle ramena ses cheveux en arrière, adressa un sourire aux jurés puis, poitrine en avant, elle marcha lentement, très près du bord. A quelques centimètres des jurés. Elle ondulait des hanches, imitant les poses aguicheuses des marionnettes de clips. Pas le moindre regard sur la salle. Concentrée sur ce moment qu’elle aimerait tant étirer, étirer jusqu’à l’infini. Rester dans la lumière et le son.
« C’est pas pour toi ! ».
Elle s’affala sur le siège, dégoulinante de sueur. Vidée. Les applaudissements encore dans les oreilles. Elle ne bougeait plus, sourire béat. Son seul regret : l’absence de sa tante. C’était elle qui lui avait offert la robe.
Après le dernier passage, les jurés se déplacèrent dans une pièce pour délibérer. Les organisateurs projetèrent deux courts métrages. Une vague de bavardages envahit la salle. Deux hôtesses encadraient les adolescentes, les empêchant de rejoindre les membres de leurs familles qui ne cessaient de les appeler. Les ados, impatientes, ne cessaient de parler. Certaines se rongeaient les ongles, d’autres rajustaient leur robe, la plupart trituraient leurs mobiles muselés pour la cérémonie. Elle aussi était tendue.
Quand le jury revint, tous se turent. Les yeux tous dirigés sur le bureau. Le président grimpa sur la scène et, après un bref historique des votes, annonça la troisième place.
Elle esquissa un sourire, soulagée de ne pas se retrouver au pied du podium.
A l’annonce de la deuxième place, une rousse se leva d’un bond et pleura de joie. Elle bredouilla une phrase incompréhensible en agitant les bras. Une femme cria « Bravo ! » et applaudit. D’autres l’imitèrent. Elle rejoignit la troisième sur scène. Le président l’embrassa et lui offrit un bouquet de fleurs.
_ Dans quelques instant, reprit-il après avoir attendu le silence, j’appellerai la gagnante que notre aimable hôtesse ira chercher. Mais, avant ce moment tant attendu, je tiens, au nom de toute l’organisation, à remercier….
Il cita un à un les partenaires publics et privés. Elle se mit à le haïr, déversant d’un seul coup sur lui toute la tension accumulée. Pourquoi ne crache-t-il pas le morceau ? Elle avait la tête au bord de l’implosion. Il s’arrêta. Enfin, souffla-t-elle.
La salle à nouveau plongée dans le noir.
_ Je rappelle donc à tout le monde que l’heureuse gagnante de ce soir sera sélectionnée pour aller à la capitale et… Elle sera prise en mains par une agence de mannequins international. En attendant que commencent les rêves, j’ai le plaisir…
Il toussota.
Des chuchotements dans la travée. Une hôtesse, lampe de poche à la main, se frayait un passage parmi les candidates. Soupirs et larmes étouffés dans son sillage.
Doigts croisés, elle ferma les yeux.
_ La gagnante porte le badge numéro 19.
Elle fondit en larmes.




Quelques titres de Mouloud Akkouche
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07/10/2008

Ani Difranco

Ani Difranco



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koa ki di wiki sur Ani?


Eléments biographiques

Elle naît le 23 septembre 1970 à Buffalo, New York. Sa carrière musicale débute avec ses premières apparitions dans des concerts alors qu'elle est âgée de neuf ans. En 1989, à dix-huit ans, elle lance sa maison de disques, Righteous Babe Records, avec seulement 50$US, et enregistre son premier album qui porte son nom. Elle déménage ensuite à New York et entame de là une longue tournée.
Sans le soutien des medias grands public, sa notoriété se développe dans le milieu des années 1990 essentiellement grâce au bouche-à-oreille, ce qui crée un esprit communautaire entre ses fans. Elle est particulièrement populaire dans les milieux étudiants militants, particulièrement sensibles à son engagement politique.
Ouvertement bisexuelle, elle se marie en 1998 avec Andrew Gilchrist, ingénieur du son. Ils se séparent cinq ans plus tard.
En juillet 2005, on lui diagnostique une tendinite. Elle est obligée de s'arrêter de tourner pour quelque temps, ce qu'elle n'avait fait jusqu'ici que le temps d'enregistrer ses albums studios. Elle n'a repris la scène que fin avril 2006.
Le 20 janvier 2007, elle a donné naissance à une petite fille, Petah Lucia. Le père de l'enfant est le compagnon d'Ani, Mike Napolitano, co-producteur de son album Reprieve.
Style

La musique d'Ani Difranco est habituellement rattachée aux catégories folk rock et rock indépendant. Les textes y occupent une place prépondérante.

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Inspiration

Ses compositions sont généralement d'inspiration auto-biographique et ont une forte coloration politique et sociale. Elle y aborde en particulier le racisme, le sexisme et les abus sexuels, l'homophobie, l'avortement, la pauvreté ou la guerre. Elle mêle avec ironie des composantes personnelles et politiques au sein des mêmes chansons. Ses textes sont très travaillés : elle utilise allitérations et métaphores et les jeux de mots sont très présents. Elle chante avec un phrasé rapide, souvent de manière « parlée », variant ainsi les rythmes.
Son engagement politique dépasse les frontières de son art et elle s'implique dans le débat politique américain comme en 2000 où elle a soutenu la candidature de Ralph Nader ou en 2004 et 2008 où elle a soutenu le candidat démocrate Dennis Kucinich lors des primaires.

Musique

Ani Difranco est aussi une guitariste virtuose comme en témoigne le morceau Out of Range (sur l'album Ani Difranco).
Bien que d'influence folk rock, elle s'efforce depuis ses premiers albums de ne pas se laisser enfermer dans un genre. Elle a ainsi collaboré avec de nombreux artistes de style différents tels que l'artiste pop Prince, le musicien folk rock Utah Phillips, ou le rappeur Corey Parker. Elle soigne aussi ses arrangements en utilisant une grande variété de styles ou d'instruments tels que les cuivres (mis à l'honneur sur l'album Little Plastic Castle) ou les cordes (très utilisée sur l'enregistrement en public Living in Clip ou sur Knuckle down).
Selon les albums, elle a pu collaborer avec de nombreux musiciens (tel le batteur Andy Stochansky ou plus recemment Julie Wolf, Andrew Bird ou Todd Sickafoose) ou au contraire travailler avec une équipe très limitée (comme sur ses premiers albums ou sur Educated Guess).

Righteous Babe Records

Ani Difranco est aussi largement reconnue pour le succès de son label, Righteous Babe Records (RBR).
Le fait qu'elle en ait la direction lui permet une grande liberté artistique, y compris celle de sortir des disques aussi souvent qu'elle le souhaite ou celle de s'affranchir de la censure, sur les sujets qu'elle aborde ou sur le vocabulaire qu'elle utilise. Bien plus que la réussite financière de son entreprise (qui emploie de nombreuses personnes à Buffalo, sa ville natale) c'est l'indépendance artistique qu'elle lui procure qui a le plus d'importance à ses yeux. Elle le rappelle en 1997 dans une lettre ouverte adressée au magazine Ms. [1].
Elle fait régulièrement référence à son indépendance vis-à-vis des majors dans ces chansons. Ainsi, dans The million you never made, elle disserte sur le fait de refuser un contrat lucratif. Dans Napoleon (sur l'album Dilate), elle plaint un ami ayant signé avec une major (certains ont cru reconnaître Suzanne Vega). Dans The next big thing (sur l'album Not so soft) elle imagine une rencontre avec un chasseur de têtes de l'industrie musicale qui évalue un artiste sur sa seule apparence.
Ani Difranco s'associe occasionnellement à Prince pour communiquer sur les problèmes engendrés par les grandes maisons de disques.

06/10/2008

Bernard Hugues (2)

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Conte du quotidien mêlé d’actualité.

Sur le chant de l’oiseau là posé sur la branche, le bruit de l’avion là-haut dans le ciel clair.
Chaque fois je me disais si de cet avion tombait maintenant des bombes ?
C’est pourtant ce qui se passe ailleurs, sur d’autres terres si semblables à celles ci, d’autres terres où les hommes ont sans doute le même goût de jardins fertiles, de prés fleurissant et de vergers.
Hier au soir sur la scène le clown m’a fait rire aux éclats, m’a fait rire aux larmes, hier matin sur un lointain continent un pays a envahi un autre pays, bruits de chars et coups de canons. Hier toute la journée j’ai rebâti les murs éboulés pierre sèche sur pierre sèche.
Ce matin les armées des deux pays en guerre poursuivent les combats, ici je continue à poser pierre sur pierre, si patiemment, si attentivement, si obstinément. Les morts là-bas s’alignent et s’entassent comme ici les pierres, et plus vont les morts plus je remonte de murs solides et droits. Combien d’hectares en murettes aux deux tiers éboulées et combien de pays en guerre ? D’hommes et de femmes meurtris, abattus ? de petits enfants tremblants et apeurés ?
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Peinture Bernard Hugues
Les voyez-vous pleurant dans le fracas des bombes ces tout petits enfants aux yeux démesurés qui ne comprennent pas l’effroyable hécatombe ? Et toujours plus de pays entrent en guerre, alliés de ceux-ci, alliés de ceux là. Ici les murs s’ajoutent aux murs, un jour toutes les murettes seront debout pour longtemps et chaque terrasse parfaitement cultivable. Mais là-bas et partout combien d’hommes, combien de femmes, combien d’enfants auront été couché pour toujours ?

Un jour ici la terre resplendira, alors que peut-être tous les pays seront en guerre, un jour ici la terre couverte de prés en fleurs, de vergers et de culture chantera sous le soleil, alors que peut-être une bombe viendra creuser un grand trou dans tout cela.
Ces crêtes qui nous entourent, nous projetant si loin du reste du monde, quel écran fragile et tissé d’illusions !


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peinture Bernard Hugues


Les textes courts de Bernard Hugues sont pour la plupart inédits, à part quelques uns que j'avais publié à l'époque dans le revue Ressacs.

03/10/2008

Bernard Hugues

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Son manuscrit était arrivé au courrier en service de presse. Il l'avait tapé à la machine, ronéoté agrafé et encollé cahier par cahier à la main. Du travail d'artisan, avec peu de moyens, mais bien fait, propre net. On avait décidé de lui racheter le stock restant. Il était venu nous l’apporter dans les Pyrénées. Le train était déjà reparti, ses deux cartons bourrés de papier à ses pieds, en paysan cévenol solide. Il nous attendait sur le quai de la gare de Coarraze. Il avait ficelé ses paquets et souriait heureux d'être arrivé après un si long voyage.

Dans sa montagne, il habitait un hameau relié au monde par une simple piste qui se tortillait dans le chant des cigales. Au bout, quelques habitants affrontaient la solitude des grands châtaigniers, la sécheresse de l'été et la neige de l'hiver. Il vivait là au rythme des saisons partageait son temps entre son atelier d'artiste peintre et son jardin. Dans ce paradis d'arbres et de vallées.
Il avait aménagé sa maison, de ses mains remonté des pans de murs, consolidé des toitures. Il parlait peu et abattait son travail avec la constance d'une machine. De la journée, il ne s'accordait un instant de répit que pour se rouler une cigarette de tabac gris.
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Ils n'étaient plus que six habitants dans ce coin perdu, deux couples de jeunes nouvellement arrivés et des autochtones nés là, ayant vécus là, sans intention d'aller ailleurs. Leur seul paysage étant ces dômes de montagnes et la vallée qui s'enfonce devant eux. Ils s'y sentaient en sécurité cachés dans un pli de la terre, loin de ces étendues à perte de vue où l'oeil ne peut pas se reposer que sur des points fixes.

Tout autour de la maison, il avait débroussaillé, et jusque loin sous les arbres, car il redoutait l’ennemi sournois qui ne prévient pas ; le feu. Parfois les Canadairs passaient au-dessus de la colline si prés tête, qu'ils apercevait les pilotes dans leur combinaison jaune aux commandes de leur arroseur céleste.

Dans son livre, il parlait si bien de ces gens qui savent qu'ils ne sont pas faits pour être soldats et qui se refusent à rentrer dans le rang quoi qu’il leur en coûte. Il avait écrit cette histoire que lui avait raconté son ami, ce témoignage d'un simple ouvrier agricole qui avait décidé de se suicider plutôt que de courber l'échine. La grande muette n’était pas parvenue à faire obéir ce simple paysan, pensant faire plier celui-là comme les autres. C'était faire peu de cas de l'entêtement cévenol, car, pour vivre dans ces conditions de rudesse, têtu il faut l'être.
Mais cela en vaut la peine et la récompense est là quand on se lève le matin sur cet étang de brume qui recouvre la vallée. Ce spectacle qui vaut bien tous les sacrifices. Dans ce pays vidé de travail, ne reste que des retraités, car comment vivre avec ces revenus que veut bien accorder la terre. Les arpents abandonnés tout autour partaient en friches.
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Il vivait hors du temps et s'employait à peindre, à écrire et à planter des châtaigniers sur ses terres. Roc face à la mer. Rien semble-t-il n'aurait pu l'entamer. Il dégageait une telle énergie paisible et offrait ses sourires si naturellement. Occupé par ses passions, il semblait indéracinable dans sa veste de velours. Il a préparé le repas sur le feu de cheminée, et s'en est allé chercher à la cave un grand bocal de sa récolte de cèpes, et les a accompagnés d'un confit et d’un vin local.


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Bernard Hugues était peintre et écrivain. Il est décédé en 2003.

Le Refus publié en 1982 aux éditions Ressacs, va reparaître aux éditions l'Arganier dans la collection ressacs. Une rétrospective de l'oeuvre peinte de Bernard Hugues aura lieu en mai 2009 dans les Cévennes.
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01/10/2008

La Crevaille de Claude Pélieu


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quand on pense

que G. Bush était sur

la liste des candidats

au prix Nobel de la Paix !

où sommes-nous

pèlerins de l’espace ?!?>Plieu8bis.jpg



NEWS FROM PELIEU'S GALAXY



Le numéro collectif est à la correction. Il va sortir comme prévu dans la deuxième quinzaine de novembre.

La maquette de la Crevaille dernier manuscrit de Claude Pélieu est en bonne voie de réalisation, maquette quasi bouclée...
Reste la 4ème de couverture à faire....

Pour recevoir le bulletin de souscription CLIQUEZ ICI



24/09/2008

la vitesse de refroidissement de l'enfer...

Voici la version d'une question "bonus" de chimie posée à l'université de Nanterre. La réponse d'un étudiant a été si loufoque que le professeur l'a partagée avec ses collègues, via Internet, et c'est pourquoi vous avez le plaisir de la lire ....

Question Bonus: « l'enfer est-il exothermique1 ou endothermique2 » (1 : évacue la chaleur, 2 : absorbe la chaleur)
La plupart des étudiants ont exprimé leur croyance en utilisant la loi de Boyle (si un gaz se dilate il se refroidit et inversement) ou ses variantes.
Cependant, un étudiant eut la réponse suivante...

Premièrement, nous avons besoin de connaître comment varie la masse de l'enfer avec le temps. Nous avons besoin de connaître à quel taux les âmes entrent et sortent de l'enfer. Je pense que nous pouvons assumer sans risque qu'une fois entrées en enfer, les âmes n'en ressortiront plus. Du coup aucune âme ne sort.
De même pour le calcul du nombre d'entrées des âmes en enfer, nous devons regarder le fonctionnement des différentes religions qui existent de par le monde aujourd'hui. La plupart de ces religions affirment que si vous n'êtes pas membre de leur religion, vous irez en enfer. Comme il existe plus d'une religion exprimant cette règle, et comme les gens n'appartiennent pas à plus d'une religion, nous pouvons projeter que toutes les âmes vont en enfer...

Maintenant, regardons la vitesse de changement de volume de l'enfer parce que la Loi de Boyle spécifie que « pour que la pression et la température restent identiques en enfer, le volume de l'enfer doit se dilater proportionnellement à l'entrée des âmes ». Par conséquent cela donne deux possibilités:
1) si l'enfer se dilate à une moindre vitesse que l'entrée des âmes en enfer, alors la température et la pression en enfer augmenteront indéfiniment jusqu'à ce que l'enfer éclate.
2) si l'enfer se dilate à une vitesse supérieure à la vitesse d'entrée des âmes en enfer, alors la température diminuera jusqu'à ce que l'enfer gèle.

Laquelle choisir ?

Si nous acceptons le postulat de ma camarade de classe Jessica m'ayant affirmé durant ma première année d'étudiant « Il fera froid en enfer avant que je couche avec toi », et en tenant compte du fait que j'ai couché avec elle la nuit dernière, alors l'hypothèse doit être vraie. Ainsi, je suis sûr que l'enfer est exothermique et a déjà gelé… Le corollaire de cette théorie c'est que comme l'enfer a déjà gelé, il s'ensuit qu'il n'accepte plus aucune âme et du coup qu'il n'existe plus... Laissant ainsi seul le Paradis, et prouvant l'existence d'un Etre divin ce qui explique pourquoi, la nuit dernière, Jessica n'arrêtait pas de crier "Oh.... mon Dieu !...."
(Cet étudiant est le seul ayant reçu la note 20/20)


23/09/2008

Le Décharge 139 est arrivé.....

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Au sommaire de ce numéro, votre humble serviteur....

18/09/2008

Malnuit, c'est reparti....

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Malnuit autoportrait...


Après le succès interplanétaire des Crobards de Malnuit, voici que Bédé s'est remise au clavier...
Le prochain texte de Malnuit en prévision ce sera La Denise est passée à 5 heures.... un livre qui donne soif rien qu'en le lisant...

Un petit morceau en avant première pour donner envie de lire la suite....


Ce 20 mars. Tôt matin. Partant de Gap on prend la route via Buisson où on laisse le fils et direction Pyrénées. Pour Bédé c’est la Grande Première. Pour moi non. La route habituelle presque les yeux fermés... Orange la traversée du Rhône, et un panneau où c’est écrit « La Capitale de la Cerise » c’est Remoulins. Après c’est un bon bout de route dans la garrigue comme au Texas avec des cabanons fermés qui font caboulots quand ça s’ouvre à la saison des bons toutous. Après c’est Sète à l’horizon avec la mer, à la sortie on boit un pot. Face à la mer, la mer... la mer. Après c’est Agde. Fini la mer. Et Béziers où personne ne répond : elle dort. Elle qui... mira quand on repassera dans l’autre sens dans quelques jours... Rouvre les yeux dans les vignes, ça tourne et vire...
— Je verrai encore pas Minerve qu’on y passe pas si tant loin, j’en connais à peine que le rouge et le nom m’attire me chatouille.
— Après c’est Homps.
— Un nom pareil me fait marrer à tous les coups ! Pi Carcassonne…
Carcassonne où... je pense, comment faire autrement, à Paul dit Polo l’Amerlo... est mort. L’autre jour.
— On était venus. Moi & lui. Icigo à vélo on avait 17 ans...,14 juillet soixante et quelques et, 21 mars 76, ce jour... d’hui même...
Un pot à Mirepoix sous les arcades de bois, une carte à Picpic… Mirepoix où la dernière fois et bien tôt le matin avec Coucou on s’est fait avoir en casquant 60 sacs un panier pour le chat Biniou mort à ce jour de trop de route et trop de Suisse on sait pas trop... bref. Bientôt Foix. L’occase encore pour moi de voir, revoir, la dernière fois à Foix...
— Ma foi je m’en sortirai pas, ou rais, pas.
— Ça va Bédé ?
— Ça va.
— Ç’a l’air.
Grande Première rapport à... près. Après. Pas loin, on y arrive. Foix elle connaît un peu, suis pas le seul à repasser du film. N’empêche, il est tard et fatigue, on voudrait s’arriver avant la nuit si le col des Marrous était par chance ouvert alors qu’il se prétend « fermé » :
— On y va vouère !...
— Le Bosc à gauche, t’as pas des fois l’envie d’y aller voir ?
— Y a pas le temps on n’est pas sûrs.
Au col y a pas de neige on tente, mais 4 kilomètres plus haut c’est tout congères & Cie :
— Ça que m’avait dit la bistrote.
Lors mi-tour délicat et, chute libre on innove, la D 51, Sentenac-de-Sérou... le paysage est comme partout dans cette Ariège extraordinaire. Les maisons qu’on n’habite plus, les culs-de sac qui nous appellent... on a perdu notre patience avant de trouver la jonction à Castelnau pour St Girons. Et de nuit zigzags de l’Arac, et enfin Biert.
— Et la grimpette !
— Pluie fifine.
Tuttut tuttut tuttuuuut en arrivant sous Jaques... et loupiote s’allume là-haut dessus la porte du lieu... du lieu d’où chiens déboulent Palo Swann, qu’une voix freine et c’est pas sûr, mais ça c’est sûr qu’ils nous font la fête !... Et ça c’est sûr que ...
— Voilà l’homme !
— Couraudon Le Besset Enchanté
— Moizaussi Permettez qu’on s’embrasse... à moins qu’on se préfère dans l’accolade chevalerèxe !
— Compagnonnèxe ?
— Granguignolèxe ?!...
— Abrégeons abrégeons ça mouille. La pluie.
— Minute j’enfile mes pompes... si Swann voit pas d’inconvénient !... l’est toujours aussi pétulant.
Bagages, le raidillon gadouilleux, et Isabelle au seuil, la bise et deux et trois...
— Entrez...
— Voilà. Feu dans la cheminée et...
— Nappe blanche, hé héééé ! doit-on comprendre... ?
— Mais oui mais oui !
— Un petit canon pour mon Mazio ?
— Un grand ! à épisodes dedans mon verre habituel le ptit.

On s’est posé, on a sorti le sosse acheté au Castet d’Aleu et le vin et le pain, mais le leur est meilleur le gros pain de Miouze...
— Et vous allez me goûter ça ! Ça, c’est un ragoût d’orties avé des patates en chemise,
Venaient juste de finir quand on est arrivés, platée chacun et lui s’en ressert une. Isabelle n’en veut plus elle boit, et on boit tous et il fait bon et les loulous attendent les peaux de sosse, Palo sur son fier et digne séant et Swann slalom spécial entre un tas de guibolles,
— T’à l’heure, il a foutu les chaises en l’air ce fou.
— Qu’est-ce qui aurait changé ici ?
Les dessins sont toujours au mur vers la fenêtre, les miens ceux de Bédé.
— On lui fait visiter ?
— Ah : la souillarde est dallée.
En haut des toiles ici et là, une sur un chevalet, bouquins en nombre et,
— Tagères, euh j’veux dire la biothèque... m’a l’air d’avoir changé d’endroit... et je me trompe ou quoi : cette grande table n’existait pas ?...
On redescend autour de l’autre se remplir et vider nos verres de rouge sur fond blanc-nappe des grands soirs au coin du feu de tous les jours et dire, se dire se raconter les choses, et d’autres, et d’autres encore, parler, parler encore parler, à se saouler, de vin et de parler.
— C’est bon, j’aime ça, et chu pas seul, tout le monde il aime ça, ici, comme ça... le monde... nous quatre !

Et les loulous roupillonnent. Et Coucou coupe. Trois bûches. Quat’bûches. Cinq, six . Question du confortable, et j’allais ajouter : pour l’exercice de la vertu. Je raille. On est raillé. Je. Peux même dire qu’on déraillait. Léger.
— C’est pas mauvais après un long voyage avec un bon canon. Pas vrai Bufic ?
— Elle n’en veut plus merci. Hé... ben tant mieux c’est... autant pour nous... Mennen... por nous li zommes, il n’en avait plus j’y repense, et ‘reusement j’ai l’habitrude, d’apporter le carbure là où je débarque. Surtout que là c’est pas n’importe où ni n’importe quel gosier ! c’est pas vrai ça Coucou ?
— Coucou-Mazio : une fameuse paire de trous ! je dis.
Ainsi c’est dit, on peut passer à table. On n’en est pas sortis. Ou quoi : le temps d’aller pisser... Lui est monté brancher un disque, Carmina Burana, plein pot...

17/09/2008

A quand la suite Pélieu, à l'hôtel Chelsea ?.....

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Avant que Alain Jégou ne me propose de publier l'ouvrage autour de Pélieu, j'avoue à ma grande honte ne m'être pas penché sur son oeuvre... Je n'avais pas fait la relation Mary Beach, Bourgois, Ginsberg, Burrough... Il me sera pardonné... Une gouffre s'ouvre sous mes pieds. Oui je connaissais le Cut up graphique, mais pas ce cut up littéraire là... Cette tension folle, cet électricité qui passe dans le texte. Je me souviens de Kaddish de Ginsberg, toujours dans ma bibliothèque et bien jauni, papier pâte mécanique avec lignine. Je me souviens de cette claque d'oxygène à la lecture de Kerouac, de Ginsberg, de Cendrars, de London, et par la suite Céline. Mais j'étais passé à côté de Pélieu. Pourquoi? Je l'ignore... Probablement parce que j'allais devoir le découvrir plus tard... Ce n'est que le début et je commence par la fin et après lecture le stylo démange... Mais il faut attendre que le temps passe un peu par dessus... Que d'autres découvertes viennent s'interposer entre son oeuvre et le moment de prendre la plume... Trop brûlante littérature...

Claude Pélieu et Mary Beach ont longtemps habité l'hôtel Chelsea...

Voici ce qu'en dit Mary Beach lors de l'interview accordé à Bruno Sourdin dans l'ouvrage à paraître en novembre Autour de Claude Pélieu. aux éditions l'Arganier.

Pour recevoir le bulletin de souscription CLIQUEZ ICI



"En 1962, j’ai rencontré Claude Pélieu et en 1963 nous sommes partis avec les enfants, aux USA. Nous avons atterri à San Francisco et nous avons rencontré les poètes de la Beat Generation : Allen Ginsberg, Gregory Corso, Peter Orlovsky, Lawrence Ferlinghetti, et nous avons correspondu avec William Burroughs. Et on nous a proposé, à Claude et à moi, de traduire quelques-unes de leurs œuvres. En 1964, Allen Ginsberg nous a offert son appartement de New York et nous avons ainsi quitté San Francisco. Mais nous ne sommes pas restés longtemps chez Allen : c’était trop petit, nous avons donc pris un appartement au Chelsea Hôtel, où nous avons rencontré Burroughs, Harry Smith (le grand cinéaste, peintre, graveur, poète), et d’autres grands artistes : Ed Sanders, Ted Willentz (qui avait la librairie 8th Street Book Store), Patti Smith, et Robert Mapplethorpe. C’était une époque inoubliable. Nous avons travaillé dans une atmosphère extraordinaire. Ce n’était partout qu’inspiration, imagination et invention. C’est alors que Miles, un écrivain anglais, nous a proposé d’aller en Angleterre et nous a offert sa maison…
Comme le Chelsea déclinait, nous avons décidé de déménager de nouveau. Pendant à peu près 7 ans, nous avons habité Londres et un petit bled du Sussex, près de Brighton, qui s’appelait Chiddingly."
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Wiki di koa sur Chelsea Hôtel ?

L'hôtel a toujours été un centre important pour la vie artistique new-yorkaise. Il a été le premier building à être inscrit par la ville de New-York sur la liste des bâtiments à préserver pour leur intérêt historique et culturel.
Le bâtiment abritant l'Hotel Chelsea fut construit en 1883, et ouvrit en 1884. Il fut l'une des première Coopérative d'habitation privée1. A cette époque, la rue était le quartier des théâtres. des difficultés économiques et le déplacement des théâtres entrainèrent une banqueroute de la coopérative.
En 1905, le bâtiment fut transformé en hôtel. Cet hôtel accueille surtout des personnes pendant des séjours longs. De 1939 à 2007, il fut dirigé par la famille Bart, Stanley Bart prenant la succession de son père en 19552. Stanley Bart était connu pour héberger gratuitement de nombreux artistes pendant parfois plusieurs années. Milos Forman résida ainsi gracieusement dans l'hôtel pendant deux ans après son arrivée aux États-Unis, avant de connaître le succès3. Le 18 juin 2007 Stanley Bard fut démis de ses fonctions de manager de l'hôtel à l'âge de 74 ans3. Sa famille, minoritaire (elle ne détient que 40 % des parts) fut mis en minorité par Marlene Krauss et David Elder, les deux autres copropriétaires de l'hôtel. Stanley Bard fut remplacé par la compagnie BD Hotels NY, L.L.C.1.
En 1977, l'Hotel Chelsea fut inscrit au National Register of Historic Places. Dylan Thomas y mourut d'alcoolisme le 4 novembre 1953 (deux jours avant il déclarait J'ai bu dix-huit whiskies de suite, je crois que c'est mon record3) et Charles R. Jackson, auteur de The Lost Weekend, s'y est suicidé le 21 septembre 1968. Nancy Spungen, compagne de Sid Vicious, y fut retrouvé morte le 12 octobre 1978 dans la chambre 1004.
Personnes ayant vécues au Chelsea

Écrivains et intellectuels


Mark Twain1, Herbert Huncke, Jack Kerouac (qui y écrivit Sur la route), O. Henry, Dylan Thomas, Arthur C. Clarke (qui y écrivit 2001, l'odyssée de l'espace), William S. Burroughs, Gregory Corso, Leonard Cohen, Arthur Miller, Quentin Crisp, Gore Vidal, Tennessee Williams1, Allen Ginsberg, Robert Hunter, Jack Gantos, Brendan Behan, Robert Oppenheimer, Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre, Bill Landis, Michelle Clifford, Thomas Wolfe, Charles Bukowski, Matthew Richardson, Peggy Biderman, Raymond Foye et René Ricard.

Acteurs et réalisateurs

Stanley Kubrick, Shirley Clarke, Cyndi Coyne, Mitch Hedberg, Miloš Forman, Lillie Langtry, Ethan Hawke, Dennis Hopper, Eddie Izzard, Kevin O'Connor, Uma Thurman, Elliott Gould, Jane Fonda, Rebecca Miller qui y a grandi, Gaby Hoffmann et sa mère Viva, muse d'Andy Warhol et Edie Sedgwick.

Musiciens

The Libertines, Tom Waits, Patti Smith, Virgil Thomson, Dee Dee Ramone des The Ramones, Henri Chopin, John Cale, Édith Piaf, Joni Mitchell, Marty Connolly, Bob Dylan (qui y a écrit Sad Eyed Lady of the Lowlands), Janis Joplin, Jimi Hendrix, Sid Vicious1, Richard Hell, Ryan Adams, Jobriath, Rufus Wainwright, Abdullah Ibrahim/Sathima Bea Benjamin, Leonard Cohen, Keren Ann, le groupe The Kills4 et Anthony Kiedis (des Red Hot Chili Pepper).

Plasticiens

Larry Rivers, Brett Whiteley, Christo, Arman, Richard Bernstein, Francesco Clemente, Philip Taaffe, Michele Zalopany, Ralph Gibson, Robert Mapplethorpe, Frida Kahlo, Diego Rivera, Robert Crumb, Jasper Johns, Claes Oldenburg, Vali Myers, Donald Baechler, Herbert Gentry, Willem De Kooning, John Dahlberg et Henri Cartier-Bresson. Harry Smith est mort à l'hôtel. Le peintre Alphaeus Cole y a vécu 35 ans avant d'y mourir en 1988 à l'âge de 112 ans (il était à l'époque le doyen des États-Unis).
Elizabeth Peyton fit sa première exposition dans l'une des chambres de l'hôtel. Les visiteurs devaient demander la clé à la réception.
Certains de ces plasticiens y ont laissé des oeuvres comme Un Déjeuner sur l'herbe pointilliste d'Alain Jacquet, Dutch Masters de Larry Rivers, un buste d'Harry Truman par Rene Shapshak, ainsi que des oeuvres de Daniel Spoerri3.

Autres

Charles James, l'un des premiers grands couturiers américain y a vécu de 1964 jusqu'à sa mort d'une pneumonie en 1978.
Andy Warhol a dirigé le film The Chelsea Girls (1966), en choisissant de nombreuses actrices parmi les pensionnaires de l'hôtel, dont les Warhol Superstar Edie Sedgwick, Viva, Larry Rivers, Isabelle Collin Dufresne (Ultra Violet), Mary Woronov, Holly Woodlawn, Andrea Feldman, Nico, Paul America, et Brigid Berlin.
Le metteur en scène Peter Brook3
Ruth Harkness, explorateur et naturaliste
Certains rescapés du Titanic y ont séjourné, l'hôtel étant situé près du dock où le paquebot devait accoster.

06/09/2008

Pélieu

La maquette progresse. Reste maintenant à revoir une dernière fois la concordance des folios et du sommaire et quelques images à changer. Légender le tout et envoyer pour la relecture et les dernières corrections. Un pavé d'autant que la suite est arrivée. Le dernier texte de Pélieu: La Crevaille. On a quelques soucis avec son écriture, mais Benoît habitué à l'écriture de Claude va décrypter les hiéroglyphes péliesques. Faire une maquette de la Crevaille en tiré à part pour les souscripteurs de l'ouvrage collectif et puis faire une maquette pour tous les textes publiés par Benoît en y ajoutant La Crevaille... Voir combien le diffuseur va en mettre en place en librairie et envoyer le tout à l'imprimerie... De l'autre côté de l'océan ça s'agite aussi... Les potes à Claude, les enfants de Mary.... Et le cap'tain avec son carnet d'adresse aussi long que l'accordéon de Madame Yvette déplié, harangue ses troupes... Des souscriptions, il en arrive tous les jours. D'une efficacité redoutable il est, le cap'tain. Il en a vu d'autres...Faut dire... bien content de plus aller traîner sur la baille quand ça piaule dans les drisses. Se contente de coller son nez à la baie de sa terrasse et de regarder Groix en face. Sale temps même pour les mouettes, c'est dire. Doit maintenant se visser sur la chaise parce qu'on attend sa prose. Loti à côté ça vaudra plus grand chose...

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Aux carnets du dessert de lune

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les canards-Jésus

Il y avait ce matin onze canards debout sur l’étang. Je me suis penchée pour vérifier qu’il ne s’agissait pas d’une illusion d’optique : non. La surface de l’étang était partiellement gelée et de l’eau recouvrait une partie de la glace de sorte que les canards semblaient se prendre pour Jésus, là, à se nettoyer les aisselles à coups de bec debout sur l’eau.
Alors qu’en fait ils se prenaient sans doute juste pour des pingouins. L’un des pingouins à col vert s’est dirigé vers l’eau (la vraie, celle qui ne cachait pas de la glace mais juste de la vase) sur ses petites palmes mal assurées il tanguait vers son véritable élément avec soudain une humilité de canard. Les dix autres canards l’ont observé tandis qu’il titubait puis plongeait et ça faisait vingt yeux arrondis de canards. Puis ils ont repris leurs activités, nettoyage d’aisselles christique, sommeil la tête à l’envers enfouie sous les plumes, lever de patte, coups de bec dans la glace.
Quand j’ai repris mon chemin à travers le bois, je me suis rendu compte que je venais de passer quatre ou cinq minutes sans penser à la fille, et j’ai soudain mesuré le pouvoir des canards.

Fanny Chiarello est née en 1974 à Béthune dans le Pas-de-Calais. Plusieurs de ses romans et nouvelles ont été publiés par les Éditions Page à Page et Pocket. Elle a publié aux Carnets du Dessert de Lune « La fin du chocolat » et, dans la collection Dessert, « Je respire discrètement par le nez ». Elle est également critique de musique pop.
En 2000, son premier roman, Si encore l'amour durait, je dis pas, est sélectionné pour le Prix de Flore. Elle vit actuellement à Lille.
Fanny Chiarello - Collier de Nouilles. Nouvelles. Illustration Fanny Chiarello. Préface Pierre Soletti. Collection Sur la lune. 130 pages. Format 14 x 20 cm. Imprimé sur papier Keay Color et Bouffant blanc.
ISBN : 2-930-235-82-9. Prix : 15,00 €.


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Zone lente

Le gérant chinois de cette épicerie
a placé au-dessus de la porte d'entrée
une bande de soie avec
des idéogrammes imprimés
qui signifient bonheur et longue vie
Lucien Quine lui achète cinq samoussas
une pile au lithium une bouteille d'eau minérale
des kleenex et trois barres vitaminées au miel
dehors il pleut des cordes
un escargot grimpe sur la façade
recouverte d'une fresque Pepsi-Cola
de l'autre côté de la rue
de jeunes enfants se placent
sous les gouttières et s'arrosent
Lucien Quine repart sans tarder
la tranquillité de ce lieu le perturbe
et ce soir il doit être sans faute à Paulista.

Daniel Labedan vit à Marseille. Il anime la revue de poésie-documentaire en ligne Les États Civils. Son premier roman Mimizan-Plage est paru aux éditions La Table Ronde en 2003. Il est également l’auteur d’un recueil de nouvelles, Mon grand-père était cow-boy, paru aux éditions La Dragonne en l'an 2000.Daniel Labedan - Transatlantique. Poésie. Photographies Daniel Labedan. Préface Fanny Chiarello. Collection Pleine Lune. 72 pages. Format 14 x 20 cm. Imprimé sur papier Keay Color et Bouffant blanc.
ISBN : 2-930-235-84-4. Prix : 11,00 €



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On divise sommairement les araignées en trois sous-ordres.
Onze familles d’araignées dont les théra-phosidés appartiennent à celui des myga-lomorphes.
À ce jour, un millier d’espèces de ce type ont pu être répertoriées et seules deux cent, protégées par la CITES - la convention sur le commerce international des espèces animales et végétales menacées d’extinction - sont autorisées à la vente.
On les trouve dans les animaleries et chez certains éleveurs privés.
Et aussi comme fleurs séchées entre les pages de ce livre.

Jean-Marc Flahaut est né en 1973 à Boulogne sur mer. Après des études à caractère social, il anime des ateliers d’écriture auprès d’adultes et d’adolescents et donne des cours à l’Université. Parallèlement, il publie dans des revues comme Contre-allées ou Microbe. Son univers est souvent peuplé de personnages isolés et perdus en eux-mêmes au sein d’une nature tour à tour effrayante ou merveilleuse comme en témoigne Rengaine suivi de Sept secondes avec le soleil, paru aux Carnets du Dessert de Lune en 2004.
Jean Marc Flahaut est également l’auteur de plusieurs recueils de textes courts parfois construits comme des exercices d’admiration aux croisées de la nouvelle et de la poésie.

Jean-Claude Flahaut est né en 1936 quelques semaines avant l’arrivée du Front Populaire au pouvoir en France. Il suit des études aux beaux arts et publie de 1959 à 1975 des dessins humoristiques dans la presse quotidienne régionale et nationale encouragé par Arsène Brivot. Touche à tout, nourri par des influences multiples allant de la bande dessinée à la sculpture en passant par l’illustration, il vit aujourd’hui à Outreau dans les environs de Boulogne sur mer où il consacre tout son temps à la peinture. Jean-Marc Flahaut - Spiderland. Roman. Illustrations Jean-Claude Flahaut. Préface Daniel Labedan. Collection Sur la lune. 92 pages. Format 14 x 20 cm. Imprimé sur papier Keay Color et Bouffant blanc. ISBN : 2-930-235-81-3. Prix : 12,00 €


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T’écrire oui c’est ça t’écrire je tape
la machine aux étoiles
répond des lettres.

Pierre Soletti a publié des livres de poèmes chez divers éditeurs, ainsi que des nouvelles en revues & livres collectifs. Nombreuses lectures publiques avec son frère, le musicien Patrice Soletti, notamment au festival Voix de la Méditerranée à Lodève, au Centre Européen de Poésie d’Avignon, au Musée d’Art Moderne de Cordes sur Ciel, au festival du livre de Figeac, etc. Récemment, deux de ses textes ont été joués par la Fanfare Électrique : BUILDINGS au festival quARTier LIBRE de Montpellier (octobre 2007) & SUR LA CORDE RAIDE (lettres alphabétiques à Lucien Suel) à la Salle Victoire 2 à Montpellier en février 2008. S’étonne à foison. Se surprend de trop. Mais reste debout.

Valère Argué ne croit pas au travail. Rien que d'y penser, ça l'épuise. Il est pour la libération de l'homme (& de la femme, par la même occasion). D'ailleurs, il n'aime pas le pognon. C'est pour ça qu'il n'en a ni sur ses comptes, ni dans ses pognes. Valère Argué ne croit en rien, mais ça lui arrive de temps en temps d'illustrer des textes auxquels il croit. Un livre de lui est prévu aux éditions Chépaki pour mai 2068, si tout va bien, il aura trouvé le titre d'ici-là... car avec mai 68, on n'est jamais sûr de rien...

Pierre Soletti - J’aurais voulu t’écrire un poème. Poésie. Illustrations Valère Argué. Postface Jean-Marc Flahaut. Collection Pleine lune. 50 pages. Format 14 x 20 cm. Imprimé sur papier Keay Color et Bouffant blanc.
ISBN : 2-930-235-83-7. Prix : 8,00 €





Quatre livres pour le cœur de l’automne, quatre titres pour des photos de vie, vies en photo, ici et là, si proche du sujet et du métier de vivre, pour des mots qui se tissent une histoire avec peu de mots, ceux des non-dit, des sentiments qui se taisent ou qui s’enfuient au détour d’un chemin, pour des poèmes comme des courts-métrages dans lesquels se jouent des vies subies ou choisies suivant que l’on se trouve dans le champ ou hors du champ de la caméra qui tourne, qui tourne inéluctablement, pour Livre d’envie, livre d’épure, à la poésie, à la vie, au désir d’écriture.
Et pour faire un bout de chemin avec eux, paraîtront 4 nouveaux Desserts mijotés par Odile Bonneel, Amandine Marembert, Jacques Norigeon et Thomas Vinau qui seront offerts à l’achat des 4 livres.

Pour souscrire, remplissez le bon ci-dessous et renvoyez-le accompagné de votre règlement à :
éditions Les Carnets du Dessert de Lune, 67 rue de Venise, 1050 Bruxelles -B-
- pour la Belgique virement sur le compte 000-1688439-57
- pour la France,chèque bancaire ou postal à l’ordre de Jean-Louis Massot pour le CCP Lille 11 779 34 H
- pour les autres pays virement international sur le compte 0001688439-57 Bruxelles.
Envoi franco de port

BON DE SOUSCRIPTION

Nom :……………………………………………………………… Prénom……………………………………...

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Ville………………………………………………………………….Code Postal…………..Pays………………

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Commande

 Les 4 titres + les 4 Desserts = 46,00 €
TOTAL =………..
Ou
 Collier de nouilles = 15,00 €

 Spiderland = 12,00 €

 Transatlantique = 11,00 €

 J’aurais voulu t’écrire un poème = 8,00 €

 Le Dessert d’Odile Bonneel = 1,25 €

 Le Dessert d’Amandine Marembert = 1,25 €

 Le Dessert de Jacques Norigeon = 1,25 €

 Le Dessert de Thomas Vinau = 1,25 €

TOTAL = ………..

05/09/2008

René Barde

Aux dernières nouvelles l'ouvrage La soupe à la chaussettede René barde sera disponible en librairie dans une semaine ou deux au plus...

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Mon travail? le destin, la providence en décideront: l'arbre ne vend pas ses fruits.

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Il faut que je vous raconte cette histoire...

Bédé Malnuit, -illustratrice des ouvrages de Jacques Salomé- épouse de feu Michel Malnuit- et complice de trente ans, alors que nous étions en pleine préparation de la rétrospective de Malnuit à St Marcellin et de la publication des "Crobards" à paraître de façon officielle en juillet à l'Arganier ( un premier avant tirage a été effectué pour la rétrospective et le cercle des collectionneurs de Malnuit ), dont la diffusion sera assurée en librairie par Pollen, me donna une adresse de blog où je me suis rendu... J'ai commencé à lire, deux ou trois post. Curieux je suis revenu à cette adresse, pensez donc, un tel style ne laisse pas indifférent... J'ai recommencé encore et encore à lire... Puis j'ai copié collé dans un dossier dans l'ordre croissant pour lire le manuscrit en entier. Je suis parti en vacances à Noël. Le manuscrit lu, j'ai aussitôt écrit à Bernard Collet le légataire universel de René Barde.
dont voici le contenu:

Monsieur,

Je viens de terminer la lecture du texte de René Barde.
J’en sors bouleversé, de ce bouleversement que seuls procurent les grands textes. Barde appartient à ce peuple des anges de la nuit qui dans l’apprentissage de la douleur de vivre frottent leurs âmes à la noirceur de l’existence, et malgré cela une immense clarté se dégage de leur oeuvre. Je pense à des poètes contemporains malheureusement disparus trop jeunes, comme Thierry Metz, bien plus qu’à Christian Bobin...
J’ai lu crayon à la main prêt à couper dans le texte à la moindre imperfection. Hormis quelques coquilles de frappe ça et là, aucune fausse note ne vient nuire à la symphonie du texte, depuis les descriptions naturalistes de la ferme d’un cruel réalisme jusqu’aux fureurs de ses crises mystiques, aucune phrase n’est en trop, à peine s'il ne faut pas changer une seule virgule à ce texte...
Quelle immense leçon de ténèbres et de soleil brûlant. Pas de faire valoir, pas de flagornerie, aucun branle de l’âme du lecteur, aucune grandiloquence jusque dans la description de sa misère choisie. Il plonge sans cesse dans les gouffres de douleur qu’il creuse avec enchantement au fond de lui-même.
Dire que j’ai été dérouté par ce manuscrit de Barde est peu. Je n’ai pu m’empêcher de penser au bouleversement salutaire que m’avait alors provoqué, jeune adulte, le style de « Voyage au bout de la nuit »... Et aussi la lecture d’Antonin Artaud. Ce mysticisme ouvre sur des paysages intérieurs si immenses.
Le titre qui me vient en tête immédiatement c’est : « On charriait le foin le matin où je suis né »... qui semble être l’événement majeur d’une catastrophe annoncée. La vie...
Il me faudra le relire deux, trois, quatre, fois plus sûrement pour accepter la lumière de ce corps noir, en déceler les nuances, en capter les fulgurances.
Voila en quelques phrases le ressenti de cette lecture.
Est ce l’ange ou le démon qui nous touche à ce point à travers la force de son style. Comment un homme a-t-il pu écrire ainsi et passer aussi inaperçu. Question d’époque ? De destin forcé ?
Non seulement j’ai aimé ce texte, mais j’aimerai en lire d’autres de lui. Car je suis prêt à publier l’auteur de cette oeuvre d’une telle sauvagerie
.../...

Puis revenu à Paris, j'ai téléphoné à Bernard Collet. J'ai donné le manuscrit à lire à Nicolas Grondin qui lui, n'a pas été convaincu lors d'un premier survol du texte. Devant mon insistance, et me faisant aussi un peu confiance, il m'envoya un mail pour s'excuser d'avoir été si peu attentif et mis ce texte en écho aux Mémoires d'un paysan bas breton de Jean Marie Déguignet 1834-1905.
Le manuscrit va paraître en septembre aux éditions l'Arganier dans la collection "La belle ouvrage".

D'ici là patientez un peu. Belle revanche pour le misérable par conviction qu'était René Barde.
Beau témoignage d'amitié fidèle, par delà les quarante cinq années écoulées depuis sa mort.

Et voici la préface par Bernard Collet de La soupe à la chaussette titre retenu pour la commercialisation de l'ouvrage.

Enfant, j’ai connu René Barde à la fin de sa vie. Nous habitions le même immeuble de la rue Ernest Renan dans le Paris d’après-guerre. Avec sa silhouette un peu voûtée, son visage de patriarche aux joues creuses rongées d’une barbe grise, ses vieux habits sombres et dépareillés, il m’était une figure familière et rassurante. On se croisait dans l’escalier lorsque je dévalais mes trois étages et que lui remontait péniblement vers sa mansarde son cabas de toile cirée noire au bout du bras. Cherchant à reprendre son souffle, il devait s’arrêter souvent, se retenant d’une main à la rampe. Sa poitrine se gonflant et se dégonflant comme un soufflet, il ne pouvait répondre à mon salut que par un sourire que je devinais sous sa barbe grise. Je lui prenais alors son sac et le montais vivement jusqu’au sixième pour le déposer devant sa porte, pendant que lui poursuivait sa lente ascension. Parfois il me demandait d’attendre pour me laisser choisir dans une petite boite en métal ronde un morceau de sucre candi. À la fin de l’adolescence sa mansarde sous les toits m’est devenue familière. J’étais curieux de cette toute petite pièce sans chauffage aux murs de plâtre gris. Entre le lit-cage qui en mangeait la moitié, et une vieille table de bois d’où s’élevaient sur des étagères de bois noirci des empilements de livres, cahiers, papiers jusqu’au plafond, il n’y avait que la place d’une chaise et un étroit passage vers la fenêtre. Mansardée, elle s’ouvrait sur la gouttière, les moineaux et les toits de Paris. Pour tout «décor» vêtements et linge accrochés au plafond à des ficelles comme les peaux de lapins retournées mises à sécher dans une grange. Punaisée au mur face à la fenêtre, une grande aquarelle représentant des arbres, au bas était écrit « à René, mon ami de toujours, Pignon 55 ». Sur une étagère du « bureau » entre ses manuscrits et la Bhagavad-Gîtâ, méditait un buddha accroupi de plâtre doré. En dessous grimaçait une photo de Ramakrishna. Des quelques réflexions générales de bonne cordialité à l’adolescent, René confiera davantage au jeune idéaliste que je devenais. Partant de mes frustes affirmations morales, de mes balbutiements artistiques, ou de mes a-priori politiques, il me dévoilera des soubassements idéologiques cachés, me laissera entrevoir comme autant de perspectives les développements lointains de la réflexion, ou, au détour d’une remarque, deviner la virtuelle moisson d’idées d’une analyse. Il conviait à ses propos, artistes ou poètes, saints ou bandits brésiliens, hommes d’État ou prophètes. Marx, Jésus, Van Gogh, Beethoven ou Bach, Khrisna Murti ou Freud habitaient un instant sa soupente. Évoquant les pieds nus martelant la terre au rythme du coeur devant les temples indiens, la résistance des humbles à l’exploitation, le sang offert au soleil au sommet des pyramides mayas, ou l’énigmatique Marabout de la steppe marocaine, il m’élargissait le monde. Je sentais pourtant sa souffrance, prisonnière de ce corps prématurément vieilli par la misère et l’ascèse. Sa solitude aussi où son tempérament trop entier l’avait enserrée. Par moments son regard devenait lointain, sur son visage passait comme une pâle et insondable tristesse. De quels rêves défaits, de quelles épreuves inachevées venait cette détresse muette ? Parfois au contraire, c’est en rugissements dantesques qu’il appelait la géhenne sur les bourreaux d’Alger, ou les dirigeants hypocrites et lâches, qu’il dénonçait les sépulcres blanchis des prélats à double face, ou appelait les bombes atomiques sur les peuples corrompus. La rudesse de sa pensée m'a placé alors quelques repères où appuyer ma vie.
Jamais il ne m’a donné à lire le moindre de ses écrits. Ce n’est qu’après sa mort que je les ai découverts, un énorme manuscrit maintes fois remanié, trois cahiers de proverbes, des notes innombrables jetées jour après jour d’une écriture serrée sur toutes sortes de bouts de papier, et puis cette autobiographie à laquelle je savais qu’il travaillait. Il disait qu’elle serait nécessaire à ceux qui viendraient à lire son livre, pour en resituer la genèse et le développement. En fait c’est une œuvre à elle seule où se déroule la trajectoire insolite d’une aventure humaine : de sa rude enfance où, dans la violence de son milieu, il développe le respect de la vie et étend silencieusement en lui des espaces de recueillement et de spiritualité, du jeune paysan, qui au hasard des amitiés, et des rencontres s’instruit quelque peu, de l’ouvrier d’occasion, compagnon de marginaux et de déclassés, qui commence à écrire dans le Paris de l’entre-deux-guerres.
Il fréquente également le milieu fantasque des peintres que lui fait connaître son ami d’enfance Édouard Pignon. Une amitié fertile et ombrageuse le liera au peintre italien Orazio Orazi. La rugosité de ses écrits d’autodidacte et ses convictions farouches lui valent l’attention de Romain Rolland, Marcel Martinet, Gabriel Marcel ou Léon Chestov. Il poursuivra une longue et opiniâtre quête d’absolu jusqu’à sa mort au prix du dénuement, de la souffrance physique, de l’angoisse spirituelle. C’est l’histoire de ce lent dépouillement, que d’autres appelleront descente aux enfers, que relate ce livre. Lorsque je l’ai connu, à la fin de cette odyssée son regard intériorisé posait encore sur le monde et la vie des lueurs farouches, mais pouvait aussi s’embuer de larmes devant un brin d’herbe ou un regard d’enfant. Son corps épuisé où résistait encore un peu la vie, devenait comme transparent. N’était-il pas un ange dans sa mansarde sous les toits ? Seul, terrassé par la vie qu’il s’était imposée, c’est par un souffle de victoire que s’achève son récit : « …c’est sans crainte que je vois le présent approcher l’autre rive. Oui, vraiment, j’ai gagné la partie. »
Depuis longtemps René Barde ne cherchait plus à publier : « Mon travail ? Le destin, la providence en décidera, l’arbre ne vend pas ses fruits » disait-il et c’est à moi, comme à une corbeille d’osier sur le fleuve qu’il confiera ses écrits par testament… Voici plus de 4O ans qu’il s’est éteint dans mes bras un jour d’hiver 1963. La corbeille n’a pas sombré, et le destin a placé Saïd Mohamed sur son errance. Qu’il soit remercié de « sortir au jour » cette vie sombre et ardente, celle de mon ami René.


Photo Bernard Collet "1961"
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René Barde et le jeune Bernard Collet

René Barde (2)

"On charriait le foin le matin où je suis né. (6 juillet 1901 à Marles-les-Mines, Pas-de-Calais) Ce jour là se produisit une perturbation peut être énigmatique, mais sûrement imputable à mon arrivée à la ferme des parents: on mangea de la soupe à la chaussette ! Il en était une qui avec d’autres séchait au-dessus du fourneau, perdant l’équilibre, elle tomba dans la marmite. On ne s’en aperçut que lorsqu’elle fut servie dans une assiette après deux heures de gros bouillon avec le lard et les légumes. Peut-être faudra-t-il en reparler de cette chaussette de laine qui mit de la dérision dans un paisible repas d’ouvriers. Je crois que les poils ne leur en sont jamais sortis d’entre les dents, car les miens, diront de moi toute leur vie : “Celui-là, rien de bon . Il va tout à rebours. Il fait son dévot, il fume, ne veut pas travailler et préfère se passer de manger que d’avaler un morceau de lard. Une tête de bois... Devenu en âge toujours plus fainéant, il se met à écrire des livres et ne veut pas gagner d’argent. Et quand tout le monde se rase, lui, lui seul, laisse pousser toute sa barbe. Une tête de bois, une tête de bois.” Ainsi disait-on sur le sixième et dernier né que je suis. Et si les poules en me voyant ne chantaient pas le coq, on interprétait çà comme l’annonce d’un malheur, qu’il fallait conjurer en leur tordant le cou.
Tout jeune, très jeune, j’avais la pauvreté en horreur. De voir la grange pleine de blé, les étables pleines de bétail, me rassurait. Je me disais les mains calées au fond des poches, “quelle chance j’ai eu de naître chez des paysans qui ne sont pas des pauvres.” Les familles de mineurs - il y avait des mines dans le pays - n’ont ni vaches, ni chevaux, ni froment.” Je m’estimais un favori de l’existence. Par exemple dans la famille Billet, ils étaient six enfants pour un petit salaire de menuisier. Ils ramassaient pour les manger les poules crevées jetées depuis huit jours dans les haies. Ils étaient gais et vifs comme tous les êtres jeunes, mais n’étaient point solides. Je n’étais pas né non plus comme les enfants de Séraphine, la veuve, s’ils voulaient des poires ou des pommes ils devaient, à tout risque pour eux, aller les marauder chez les autres.
Mais bientôt ce que j’appelais ma chance allait se retourner contre moi, car je m’aperçus que les fils de mineurs buvaient du lait complet, tandis que le mien était écrémé; qu'ils mangeaient du beurre plus que moi, et avaient autant de tartines qu’ils leur en fallait, qu'on ne les écœuraient pas avec du lard, mais mangeaient le bifteck de la boucherie. À la maison tout le monde aimait le lard, sauf moi. Je ne pouvais pas l’avaler. Cela à la longue allait avoir une influence désolante et décisive sur mon avenir; car le lard, que je ne pouvais pas me mettre dans le corps, étant le produit de la ferme, on ne le remplaçait par rien, car on n’était ni riche, ni aisé et il fallait chez nous vivre le plus possible de ses produits. Ma sœur, qui était l’ainée, d’énervement me barbouillait parfois le visage de la tranche qu’on avait mise dans mon assiette. De sorte que sans en avoir l’air, sans que personne s’en doutât, - ils ne le savent pas encore après 50 ans : “On mangeait bien à la maison” disent-ils - j’allais devenir un sous-alimenté de jeunesse - ce qui en est une des pires formes - et avec tous les inconvénients que cela comporte à la longue. Les seaux de lait, les mottes de beurre, les sacs de blé, tout cela n’était pas pour moi, mais pour vendre et faire face à tout un monde de propriétaires, un monde de percepteurs d’impôts, de forgerons, de bourreliers, de charrons qu’il fallait payer.
Quant aux autres, ils étaient capables de faire des prouesses de tous genres, et d’abord à table . Quand on tuait un porc, ma mère mangeait un kilo et demi de côtelettes pour son souper. Elle pouvait substituer à cela un kilo de fromage quand l’occasion s’y prêtait. Mon père, il portait une poêle et une cafetière dessus par le bout du manche serré entre les dents... Avec les siens, mon frère Honoré soulevait et portait plus de quatre-vingt-quinze kilos. J’ai une tante qui à seize ans montait cent kilos sur son dos de la cour au grenier. Honoré pouvait manger une terrine de pâté que ma tête n’aurait pas remplie. Quand on faisait des crêpes il fallait le chasser, et pour éviter cet embarras on n’en faisait jamais. Il était à peu près de la mesure d’un de nos cousins qui après avoir dîner pouvait encore manger deux kilos de pâté et quatorze tartines. Marc tenait bien la fourchette aussi, mais surtout l’aimable dieu Éros l’avait pourvu de qualité, c’est peut-être pourquoi tout le monde l’aimait. Et tous ces gens y compris Ovide le quatrième étaient capables après le travail du jour de redoubler la nuit. Ovide plus tard, jamais personne ne voudra travailler avec lui : ni son fils, ni son gendre, ni ses compagnons, et c’est avec un tel collègue qu’on allait m’atteler comme sous-verge.
Nos parents avaient voulu du bétail, des champs, des prairies, des enfants pour les y mettre à travailler. À sept et neuf ans mes aînés devaient le matin conduire les vaches au pré à 3 kilomètres de l’école où ils arrivaient crottés jusqu’aux genoux. Et le soir ils devaient les y reprendre. S’ils voulaient jouer comme tous les enfants, ils devaient faire de leur travail des jeux. Cela leur fit à la longue des tempéraments de jeunes loups. “Des leups, des leups” disait ma mère en patois.

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René Barde dans sa mansarde en 1962.

Le texte complet va paraître en octobre aux éditions l'Arganier....


29/06/2008

Tous à vos claviers......

Appel à contribution par Guy Ferdinande
son mail: guy.ferdinande@neuf.fr

Chers amis, correspondants connus et destinataires inconnus,

Vous connaissez la formule de Ghérasim Luca : « Comment s’en sortir sans sortir », connaissant la fin tragique du poète, cette formule s’applique à merveille à l’interview d’Alfred Vidal-Madjar, directeur de recherche au CNRS, que l’on trouve dans le dernier numéro du magazine Sciences et avenir. « Dans cent à quelques centaines d’années » il faudra déguerpir de la terre, ce qui d’ores et déjà infirme l’alternative de la décroissance que nous appelons de nos vœux : c’est foutu ! Trop tard : « Nous sommes dans une impasse, car ce laps de temps est trop court pour acquérir les technologies qui nous permettraient de nous installer ailleurs ». Même si on stoppait tout dès maintenant, il serait néanmoins trop tard, c’est ce que nombre de scientifiques émettent désormais de façon à peine voilée. Et nous, nous pressentons bien la crédibilité d’un tel constat à la longue. Il ne s’agit plus d’informations lointainement réelles mais de faits de plus en plus sensibles autour de nous. Pour l’An 01 on repassera (ce qui au passage invalide toute analogie entre la toile de fond de mai 68 et celle de 2008 : mai 68 fut la fête de la puissance active, 2008 la revanche des forces réactives).
Sauf que la fin du monde, sans pratiquer la divination ou cultiver le catastrophisme, nul ne peut dire qu’elle date d’hier : génocide des Indiens d’Amérique, génocide des Juifs, des Roms, Vietnam, Rwanda, Darfour, Irak, tsunamis, séismes et autres cyclones prévisibles et qui cependant ne donnent jamais lieu à aucune prévention, régimes de l’arbitraire, famines, pollutions, etc., nul n’ignore l’inventaire. Le XXe siècle a synthétisé toutes ces répétitions générales de la fin du monde. Qu’un bouquet final advienne prochainement ne serait jamais que le point de convergence logique du processus.
Pourtant, celui qui porte la responsabilité de ce gâchis qui n’attendait que d’être mondialisé, ce n’est pas l’homme, comme ça, en général : par exemple les peuples dits primitifs ont toujours entretenu un rapport déférent vis-à-vis de la nature. Celui qui porte la responsabilité de cet irréversible gâchis c’est le thuriféraire du bonheur occidental certifié conforme par la certitude qu’il n’y a rien de plus désirable que la capitalisation de biens matériels. S’il n’a jamais été possible de penser l’impensable, et c’est peu dire que la pensée a bien cessé de penser, est-il encore possible de poétiser l’impoétisable que ce monde porte désormais comme un nez sur une figure ? Mais non ! je me récuse, cette question n’a pas lieu d’être.
(…)
Jadis, les Dîners des vilains bonshommes ont proposé comme thème « Qu’est-ce qu’un commencement ? », et plus récemment Comme un Terrier dans l’Igloo : « La première fois » : thèmes pour la bonne bouche, prétextes au divertissement et à la dérision. Ce coup-ci, je vous soumets :

Qu’est-ce qu’une fin ? / La dernière fois (etc. : dans ce registre-là)

Je regrouperai vos contributions sous forme d’e-mail circulaire que recevront ceux à qui sera venue l’inspiration. Ensuite, si la matière est de choix, je ferai peut-être un numéro de Comme un Terrier dans l’Igloo avec une sélection que j’ajouterai aux auteurs invités par voie postale sur ce même thème.
Pas de date butoir, mais si début 2009 l’affaire n’est pas conclue c’est que de notre point de vue il n’y avait pas suffisamment à dire sur le sujet.
Amiteusement