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17/09/2008

A quand la suite Pélieu, à l'hôtel Chelsea ?.....

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Avant que Alain Jégou ne me propose de publier l'ouvrage autour de Pélieu, j'avoue à ma grande honte ne m'être pas penché sur son oeuvre... Je n'avais pas fait la relation Mary Beach, Bourgois, Ginsberg, Burrough... Il me sera pardonné... Une gouffre s'ouvre sous mes pieds. Oui je connaissais le Cut up graphique, mais pas ce cut up littéraire là... Cette tension folle, cet électricité qui passe dans le texte. Je me souviens de Kaddish de Ginsberg, toujours dans ma bibliothèque et bien jauni, papier pâte mécanique avec lignine. Je me souviens de cette claque d'oxygène à la lecture de Kerouac, de Ginsberg, de Cendrars, de London, et par la suite Céline. Mais j'étais passé à côté de Pélieu. Pourquoi? Je l'ignore... Probablement parce que j'allais devoir le découvrir plus tard... Ce n'est que le début et je commence par la fin et après lecture le stylo démange... Mais il faut attendre que le temps passe un peu par dessus... Que d'autres découvertes viennent s'interposer entre son oeuvre et le moment de prendre la plume... Trop brûlante littérature...

Claude Pélieu et Mary Beach ont longtemps habité l'hôtel Chelsea...

Voici ce qu'en dit Mary Beach lors de l'interview accordé à Bruno Sourdin dans l'ouvrage à paraître en novembre Autour de Claude Pélieu. aux éditions l'Arganier.

Pour recevoir le bulletin de souscription CLIQUEZ ICI



"En 1962, j’ai rencontré Claude Pélieu et en 1963 nous sommes partis avec les enfants, aux USA. Nous avons atterri à San Francisco et nous avons rencontré les poètes de la Beat Generation : Allen Ginsberg, Gregory Corso, Peter Orlovsky, Lawrence Ferlinghetti, et nous avons correspondu avec William Burroughs. Et on nous a proposé, à Claude et à moi, de traduire quelques-unes de leurs œuvres. En 1964, Allen Ginsberg nous a offert son appartement de New York et nous avons ainsi quitté San Francisco. Mais nous ne sommes pas restés longtemps chez Allen : c’était trop petit, nous avons donc pris un appartement au Chelsea Hôtel, où nous avons rencontré Burroughs, Harry Smith (le grand cinéaste, peintre, graveur, poète), et d’autres grands artistes : Ed Sanders, Ted Willentz (qui avait la librairie 8th Street Book Store), Patti Smith, et Robert Mapplethorpe. C’était une époque inoubliable. Nous avons travaillé dans une atmosphère extraordinaire. Ce n’était partout qu’inspiration, imagination et invention. C’est alors que Miles, un écrivain anglais, nous a proposé d’aller en Angleterre et nous a offert sa maison…
Comme le Chelsea déclinait, nous avons décidé de déménager de nouveau. Pendant à peu près 7 ans, nous avons habité Londres et un petit bled du Sussex, près de Brighton, qui s’appelait Chiddingly."
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Wiki di koa sur Chelsea Hôtel ?

L'hôtel a toujours été un centre important pour la vie artistique new-yorkaise. Il a été le premier building à être inscrit par la ville de New-York sur la liste des bâtiments à préserver pour leur intérêt historique et culturel.
Le bâtiment abritant l'Hotel Chelsea fut construit en 1883, et ouvrit en 1884. Il fut l'une des première Coopérative d'habitation privée1. A cette époque, la rue était le quartier des théâtres. des difficultés économiques et le déplacement des théâtres entrainèrent une banqueroute de la coopérative.
En 1905, le bâtiment fut transformé en hôtel. Cet hôtel accueille surtout des personnes pendant des séjours longs. De 1939 à 2007, il fut dirigé par la famille Bart, Stanley Bart prenant la succession de son père en 19552. Stanley Bart était connu pour héberger gratuitement de nombreux artistes pendant parfois plusieurs années. Milos Forman résida ainsi gracieusement dans l'hôtel pendant deux ans après son arrivée aux États-Unis, avant de connaître le succès3. Le 18 juin 2007 Stanley Bard fut démis de ses fonctions de manager de l'hôtel à l'âge de 74 ans3. Sa famille, minoritaire (elle ne détient que 40 % des parts) fut mis en minorité par Marlene Krauss et David Elder, les deux autres copropriétaires de l'hôtel. Stanley Bard fut remplacé par la compagnie BD Hotels NY, L.L.C.1.
En 1977, l'Hotel Chelsea fut inscrit au National Register of Historic Places. Dylan Thomas y mourut d'alcoolisme le 4 novembre 1953 (deux jours avant il déclarait J'ai bu dix-huit whiskies de suite, je crois que c'est mon record3) et Charles R. Jackson, auteur de The Lost Weekend, s'y est suicidé le 21 septembre 1968. Nancy Spungen, compagne de Sid Vicious, y fut retrouvé morte le 12 octobre 1978 dans la chambre 1004.
Personnes ayant vécues au Chelsea

Écrivains et intellectuels


Mark Twain1, Herbert Huncke, Jack Kerouac (qui y écrivit Sur la route), O. Henry, Dylan Thomas, Arthur C. Clarke (qui y écrivit 2001, l'odyssée de l'espace), William S. Burroughs, Gregory Corso, Leonard Cohen, Arthur Miller, Quentin Crisp, Gore Vidal, Tennessee Williams1, Allen Ginsberg, Robert Hunter, Jack Gantos, Brendan Behan, Robert Oppenheimer, Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre, Bill Landis, Michelle Clifford, Thomas Wolfe, Charles Bukowski, Matthew Richardson, Peggy Biderman, Raymond Foye et René Ricard.

Acteurs et réalisateurs

Stanley Kubrick, Shirley Clarke, Cyndi Coyne, Mitch Hedberg, Miloš Forman, Lillie Langtry, Ethan Hawke, Dennis Hopper, Eddie Izzard, Kevin O'Connor, Uma Thurman, Elliott Gould, Jane Fonda, Rebecca Miller qui y a grandi, Gaby Hoffmann et sa mère Viva, muse d'Andy Warhol et Edie Sedgwick.

Musiciens

The Libertines, Tom Waits, Patti Smith, Virgil Thomson, Dee Dee Ramone des The Ramones, Henri Chopin, John Cale, Édith Piaf, Joni Mitchell, Marty Connolly, Bob Dylan (qui y a écrit Sad Eyed Lady of the Lowlands), Janis Joplin, Jimi Hendrix, Sid Vicious1, Richard Hell, Ryan Adams, Jobriath, Rufus Wainwright, Abdullah Ibrahim/Sathima Bea Benjamin, Leonard Cohen, Keren Ann, le groupe The Kills4 et Anthony Kiedis (des Red Hot Chili Pepper).

Plasticiens

Larry Rivers, Brett Whiteley, Christo, Arman, Richard Bernstein, Francesco Clemente, Philip Taaffe, Michele Zalopany, Ralph Gibson, Robert Mapplethorpe, Frida Kahlo, Diego Rivera, Robert Crumb, Jasper Johns, Claes Oldenburg, Vali Myers, Donald Baechler, Herbert Gentry, Willem De Kooning, John Dahlberg et Henri Cartier-Bresson. Harry Smith est mort à l'hôtel. Le peintre Alphaeus Cole y a vécu 35 ans avant d'y mourir en 1988 à l'âge de 112 ans (il était à l'époque le doyen des États-Unis).
Elizabeth Peyton fit sa première exposition dans l'une des chambres de l'hôtel. Les visiteurs devaient demander la clé à la réception.
Certains de ces plasticiens y ont laissé des oeuvres comme Un Déjeuner sur l'herbe pointilliste d'Alain Jacquet, Dutch Masters de Larry Rivers, un buste d'Harry Truman par Rene Shapshak, ainsi que des oeuvres de Daniel Spoerri3.

Autres

Charles James, l'un des premiers grands couturiers américain y a vécu de 1964 jusqu'à sa mort d'une pneumonie en 1978.
Andy Warhol a dirigé le film The Chelsea Girls (1966), en choisissant de nombreuses actrices parmi les pensionnaires de l'hôtel, dont les Warhol Superstar Edie Sedgwick, Viva, Larry Rivers, Isabelle Collin Dufresne (Ultra Violet), Mary Woronov, Holly Woodlawn, Andrea Feldman, Nico, Paul America, et Brigid Berlin.
Le metteur en scène Peter Brook3
Ruth Harkness, explorateur et naturaliste
Certains rescapés du Titanic y ont séjourné, l'hôtel étant situé près du dock où le paquebot devait accoster.

06/09/2008

Pélieu

La maquette progresse. Reste maintenant à revoir une dernière fois la concordance des folios et du sommaire et quelques images à changer. Légender le tout et envoyer pour la relecture et les dernières corrections. Un pavé d'autant que la suite est arrivée. Le dernier texte de Pélieu: La Crevaille. On a quelques soucis avec son écriture, mais Benoît habitué à l'écriture de Claude va décrypter les hiéroglyphes péliesques. Faire une maquette de la Crevaille en tiré à part pour les souscripteurs de l'ouvrage collectif et puis faire une maquette pour tous les textes publiés par Benoît en y ajoutant La Crevaille... Voir combien le diffuseur va en mettre en place en librairie et envoyer le tout à l'imprimerie... De l'autre côté de l'océan ça s'agite aussi... Les potes à Claude, les enfants de Mary.... Et le cap'tain avec son carnet d'adresse aussi long que l'accordéon de Madame Yvette déplié, harangue ses troupes... Des souscriptions, il en arrive tous les jours. D'une efficacité redoutable il est, le cap'tain. Il en a vu d'autres...Faut dire... bien content de plus aller traîner sur la baille quand ça piaule dans les drisses. Se contente de coller son nez à la baie de sa terrasse et de regarder Groix en face. Sale temps même pour les mouettes, c'est dire. Doit maintenant se visser sur la chaise parce qu'on attend sa prose. Loti à côté ça vaudra plus grand chose...

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Aux carnets du dessert de lune

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les canards-Jésus

Il y avait ce matin onze canards debout sur l’étang. Je me suis penchée pour vérifier qu’il ne s’agissait pas d’une illusion d’optique : non. La surface de l’étang était partiellement gelée et de l’eau recouvrait une partie de la glace de sorte que les canards semblaient se prendre pour Jésus, là, à se nettoyer les aisselles à coups de bec debout sur l’eau.
Alors qu’en fait ils se prenaient sans doute juste pour des pingouins. L’un des pingouins à col vert s’est dirigé vers l’eau (la vraie, celle qui ne cachait pas de la glace mais juste de la vase) sur ses petites palmes mal assurées il tanguait vers son véritable élément avec soudain une humilité de canard. Les dix autres canards l’ont observé tandis qu’il titubait puis plongeait et ça faisait vingt yeux arrondis de canards. Puis ils ont repris leurs activités, nettoyage d’aisselles christique, sommeil la tête à l’envers enfouie sous les plumes, lever de patte, coups de bec dans la glace.
Quand j’ai repris mon chemin à travers le bois, je me suis rendu compte que je venais de passer quatre ou cinq minutes sans penser à la fille, et j’ai soudain mesuré le pouvoir des canards.

Fanny Chiarello est née en 1974 à Béthune dans le Pas-de-Calais. Plusieurs de ses romans et nouvelles ont été publiés par les Éditions Page à Page et Pocket. Elle a publié aux Carnets du Dessert de Lune « La fin du chocolat » et, dans la collection Dessert, « Je respire discrètement par le nez ». Elle est également critique de musique pop.
En 2000, son premier roman, Si encore l'amour durait, je dis pas, est sélectionné pour le Prix de Flore. Elle vit actuellement à Lille.
Fanny Chiarello - Collier de Nouilles. Nouvelles. Illustration Fanny Chiarello. Préface Pierre Soletti. Collection Sur la lune. 130 pages. Format 14 x 20 cm. Imprimé sur papier Keay Color et Bouffant blanc.
ISBN : 2-930-235-82-9. Prix : 15,00 €.


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Zone lente

Le gérant chinois de cette épicerie
a placé au-dessus de la porte d'entrée
une bande de soie avec
des idéogrammes imprimés
qui signifient bonheur et longue vie
Lucien Quine lui achète cinq samoussas
une pile au lithium une bouteille d'eau minérale
des kleenex et trois barres vitaminées au miel
dehors il pleut des cordes
un escargot grimpe sur la façade
recouverte d'une fresque Pepsi-Cola
de l'autre côté de la rue
de jeunes enfants se placent
sous les gouttières et s'arrosent
Lucien Quine repart sans tarder
la tranquillité de ce lieu le perturbe
et ce soir il doit être sans faute à Paulista.

Daniel Labedan vit à Marseille. Il anime la revue de poésie-documentaire en ligne Les États Civils. Son premier roman Mimizan-Plage est paru aux éditions La Table Ronde en 2003. Il est également l’auteur d’un recueil de nouvelles, Mon grand-père était cow-boy, paru aux éditions La Dragonne en l'an 2000.Daniel Labedan - Transatlantique. Poésie. Photographies Daniel Labedan. Préface Fanny Chiarello. Collection Pleine Lune. 72 pages. Format 14 x 20 cm. Imprimé sur papier Keay Color et Bouffant blanc.
ISBN : 2-930-235-84-4. Prix : 11,00 €



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On divise sommairement les araignées en trois sous-ordres.
Onze familles d’araignées dont les théra-phosidés appartiennent à celui des myga-lomorphes.
À ce jour, un millier d’espèces de ce type ont pu être répertoriées et seules deux cent, protégées par la CITES - la convention sur le commerce international des espèces animales et végétales menacées d’extinction - sont autorisées à la vente.
On les trouve dans les animaleries et chez certains éleveurs privés.
Et aussi comme fleurs séchées entre les pages de ce livre.

Jean-Marc Flahaut est né en 1973 à Boulogne sur mer. Après des études à caractère social, il anime des ateliers d’écriture auprès d’adultes et d’adolescents et donne des cours à l’Université. Parallèlement, il publie dans des revues comme Contre-allées ou Microbe. Son univers est souvent peuplé de personnages isolés et perdus en eux-mêmes au sein d’une nature tour à tour effrayante ou merveilleuse comme en témoigne Rengaine suivi de Sept secondes avec le soleil, paru aux Carnets du Dessert de Lune en 2004.
Jean Marc Flahaut est également l’auteur de plusieurs recueils de textes courts parfois construits comme des exercices d’admiration aux croisées de la nouvelle et de la poésie.

Jean-Claude Flahaut est né en 1936 quelques semaines avant l’arrivée du Front Populaire au pouvoir en France. Il suit des études aux beaux arts et publie de 1959 à 1975 des dessins humoristiques dans la presse quotidienne régionale et nationale encouragé par Arsène Brivot. Touche à tout, nourri par des influences multiples allant de la bande dessinée à la sculpture en passant par l’illustration, il vit aujourd’hui à Outreau dans les environs de Boulogne sur mer où il consacre tout son temps à la peinture. Jean-Marc Flahaut - Spiderland. Roman. Illustrations Jean-Claude Flahaut. Préface Daniel Labedan. Collection Sur la lune. 92 pages. Format 14 x 20 cm. Imprimé sur papier Keay Color et Bouffant blanc. ISBN : 2-930-235-81-3. Prix : 12,00 €


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T’écrire oui c’est ça t’écrire je tape
la machine aux étoiles
répond des lettres.

Pierre Soletti a publié des livres de poèmes chez divers éditeurs, ainsi que des nouvelles en revues & livres collectifs. Nombreuses lectures publiques avec son frère, le musicien Patrice Soletti, notamment au festival Voix de la Méditerranée à Lodève, au Centre Européen de Poésie d’Avignon, au Musée d’Art Moderne de Cordes sur Ciel, au festival du livre de Figeac, etc. Récemment, deux de ses textes ont été joués par la Fanfare Électrique : BUILDINGS au festival quARTier LIBRE de Montpellier (octobre 2007) & SUR LA CORDE RAIDE (lettres alphabétiques à Lucien Suel) à la Salle Victoire 2 à Montpellier en février 2008. S’étonne à foison. Se surprend de trop. Mais reste debout.

Valère Argué ne croit pas au travail. Rien que d'y penser, ça l'épuise. Il est pour la libération de l'homme (& de la femme, par la même occasion). D'ailleurs, il n'aime pas le pognon. C'est pour ça qu'il n'en a ni sur ses comptes, ni dans ses pognes. Valère Argué ne croit en rien, mais ça lui arrive de temps en temps d'illustrer des textes auxquels il croit. Un livre de lui est prévu aux éditions Chépaki pour mai 2068, si tout va bien, il aura trouvé le titre d'ici-là... car avec mai 68, on n'est jamais sûr de rien...

Pierre Soletti - J’aurais voulu t’écrire un poème. Poésie. Illustrations Valère Argué. Postface Jean-Marc Flahaut. Collection Pleine lune. 50 pages. Format 14 x 20 cm. Imprimé sur papier Keay Color et Bouffant blanc.
ISBN : 2-930-235-83-7. Prix : 8,00 €





Quatre livres pour le cœur de l’automne, quatre titres pour des photos de vie, vies en photo, ici et là, si proche du sujet et du métier de vivre, pour des mots qui se tissent une histoire avec peu de mots, ceux des non-dit, des sentiments qui se taisent ou qui s’enfuient au détour d’un chemin, pour des poèmes comme des courts-métrages dans lesquels se jouent des vies subies ou choisies suivant que l’on se trouve dans le champ ou hors du champ de la caméra qui tourne, qui tourne inéluctablement, pour Livre d’envie, livre d’épure, à la poésie, à la vie, au désir d’écriture.
Et pour faire un bout de chemin avec eux, paraîtront 4 nouveaux Desserts mijotés par Odile Bonneel, Amandine Marembert, Jacques Norigeon et Thomas Vinau qui seront offerts à l’achat des 4 livres.

Pour souscrire, remplissez le bon ci-dessous et renvoyez-le accompagné de votre règlement à :
éditions Les Carnets du Dessert de Lune, 67 rue de Venise, 1050 Bruxelles -B-
- pour la Belgique virement sur le compte 000-1688439-57
- pour la France,chèque bancaire ou postal à l’ordre de Jean-Louis Massot pour le CCP Lille 11 779 34 H
- pour les autres pays virement international sur le compte 0001688439-57 Bruxelles.
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 Spiderland = 12,00 €

 Transatlantique = 11,00 €

 J’aurais voulu t’écrire un poème = 8,00 €

 Le Dessert d’Odile Bonneel = 1,25 €

 Le Dessert d’Amandine Marembert = 1,25 €

 Le Dessert de Jacques Norigeon = 1,25 €

 Le Dessert de Thomas Vinau = 1,25 €

TOTAL = ………..

05/09/2008

René Barde

Aux dernières nouvelles l'ouvrage La soupe à la chaussettede René barde sera disponible en librairie dans une semaine ou deux au plus...

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Mon travail? le destin, la providence en décideront: l'arbre ne vend pas ses fruits.

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Il faut que je vous raconte cette histoire...

Bédé Malnuit, -illustratrice des ouvrages de Jacques Salomé- épouse de feu Michel Malnuit- et complice de trente ans, alors que nous étions en pleine préparation de la rétrospective de Malnuit à St Marcellin et de la publication des "Crobards" à paraître de façon officielle en juillet à l'Arganier ( un premier avant tirage a été effectué pour la rétrospective et le cercle des collectionneurs de Malnuit ), dont la diffusion sera assurée en librairie par Pollen, me donna une adresse de blog où je me suis rendu... J'ai commencé à lire, deux ou trois post. Curieux je suis revenu à cette adresse, pensez donc, un tel style ne laisse pas indifférent... J'ai recommencé encore et encore à lire... Puis j'ai copié collé dans un dossier dans l'ordre croissant pour lire le manuscrit en entier. Je suis parti en vacances à Noël. Le manuscrit lu, j'ai aussitôt écrit à Bernard Collet le légataire universel de René Barde.
dont voici le contenu:

Monsieur,

Je viens de terminer la lecture du texte de René Barde.
J’en sors bouleversé, de ce bouleversement que seuls procurent les grands textes. Barde appartient à ce peuple des anges de la nuit qui dans l’apprentissage de la douleur de vivre frottent leurs âmes à la noirceur de l’existence, et malgré cela une immense clarté se dégage de leur oeuvre. Je pense à des poètes contemporains malheureusement disparus trop jeunes, comme Thierry Metz, bien plus qu’à Christian Bobin...
J’ai lu crayon à la main prêt à couper dans le texte à la moindre imperfection. Hormis quelques coquilles de frappe ça et là, aucune fausse note ne vient nuire à la symphonie du texte, depuis les descriptions naturalistes de la ferme d’un cruel réalisme jusqu’aux fureurs de ses crises mystiques, aucune phrase n’est en trop, à peine s'il ne faut pas changer une seule virgule à ce texte...
Quelle immense leçon de ténèbres et de soleil brûlant. Pas de faire valoir, pas de flagornerie, aucun branle de l’âme du lecteur, aucune grandiloquence jusque dans la description de sa misère choisie. Il plonge sans cesse dans les gouffres de douleur qu’il creuse avec enchantement au fond de lui-même.
Dire que j’ai été dérouté par ce manuscrit de Barde est peu. Je n’ai pu m’empêcher de penser au bouleversement salutaire que m’avait alors provoqué, jeune adulte, le style de « Voyage au bout de la nuit »... Et aussi la lecture d’Antonin Artaud. Ce mysticisme ouvre sur des paysages intérieurs si immenses.
Le titre qui me vient en tête immédiatement c’est : « On charriait le foin le matin où je suis né »... qui semble être l’événement majeur d’une catastrophe annoncée. La vie...
Il me faudra le relire deux, trois, quatre, fois plus sûrement pour accepter la lumière de ce corps noir, en déceler les nuances, en capter les fulgurances.
Voila en quelques phrases le ressenti de cette lecture.
Est ce l’ange ou le démon qui nous touche à ce point à travers la force de son style. Comment un homme a-t-il pu écrire ainsi et passer aussi inaperçu. Question d’époque ? De destin forcé ?
Non seulement j’ai aimé ce texte, mais j’aimerai en lire d’autres de lui. Car je suis prêt à publier l’auteur de cette oeuvre d’une telle sauvagerie
.../...

Puis revenu à Paris, j'ai téléphoné à Bernard Collet. J'ai donné le manuscrit à lire à Nicolas Grondin qui lui, n'a pas été convaincu lors d'un premier survol du texte. Devant mon insistance, et me faisant aussi un peu confiance, il m'envoya un mail pour s'excuser d'avoir été si peu attentif et mis ce texte en écho aux Mémoires d'un paysan bas breton de Jean Marie Déguignet 1834-1905.
Le manuscrit va paraître en septembre aux éditions l'Arganier dans la collection "La belle ouvrage".

D'ici là patientez un peu. Belle revanche pour le misérable par conviction qu'était René Barde.
Beau témoignage d'amitié fidèle, par delà les quarante cinq années écoulées depuis sa mort.

Et voici la préface par Bernard Collet de La soupe à la chaussette titre retenu pour la commercialisation de l'ouvrage.

Enfant, j’ai connu René Barde à la fin de sa vie. Nous habitions le même immeuble de la rue Ernest Renan dans le Paris d’après-guerre. Avec sa silhouette un peu voûtée, son visage de patriarche aux joues creuses rongées d’une barbe grise, ses vieux habits sombres et dépareillés, il m’était une figure familière et rassurante. On se croisait dans l’escalier lorsque je dévalais mes trois étages et que lui remontait péniblement vers sa mansarde son cabas de toile cirée noire au bout du bras. Cherchant à reprendre son souffle, il devait s’arrêter souvent, se retenant d’une main à la rampe. Sa poitrine se gonflant et se dégonflant comme un soufflet, il ne pouvait répondre à mon salut que par un sourire que je devinais sous sa barbe grise. Je lui prenais alors son sac et le montais vivement jusqu’au sixième pour le déposer devant sa porte, pendant que lui poursuivait sa lente ascension. Parfois il me demandait d’attendre pour me laisser choisir dans une petite boite en métal ronde un morceau de sucre candi. À la fin de l’adolescence sa mansarde sous les toits m’est devenue familière. J’étais curieux de cette toute petite pièce sans chauffage aux murs de plâtre gris. Entre le lit-cage qui en mangeait la moitié, et une vieille table de bois d’où s’élevaient sur des étagères de bois noirci des empilements de livres, cahiers, papiers jusqu’au plafond, il n’y avait que la place d’une chaise et un étroit passage vers la fenêtre. Mansardée, elle s’ouvrait sur la gouttière, les moineaux et les toits de Paris. Pour tout «décor» vêtements et linge accrochés au plafond à des ficelles comme les peaux de lapins retournées mises à sécher dans une grange. Punaisée au mur face à la fenêtre, une grande aquarelle représentant des arbres, au bas était écrit « à René, mon ami de toujours, Pignon 55 ». Sur une étagère du « bureau » entre ses manuscrits et la Bhagavad-Gîtâ, méditait un buddha accroupi de plâtre doré. En dessous grimaçait une photo de Ramakrishna. Des quelques réflexions générales de bonne cordialité à l’adolescent, René confiera davantage au jeune idéaliste que je devenais. Partant de mes frustes affirmations morales, de mes balbutiements artistiques, ou de mes a-priori politiques, il me dévoilera des soubassements idéologiques cachés, me laissera entrevoir comme autant de perspectives les développements lointains de la réflexion, ou, au détour d’une remarque, deviner la virtuelle moisson d’idées d’une analyse. Il conviait à ses propos, artistes ou poètes, saints ou bandits brésiliens, hommes d’État ou prophètes. Marx, Jésus, Van Gogh, Beethoven ou Bach, Khrisna Murti ou Freud habitaient un instant sa soupente. Évoquant les pieds nus martelant la terre au rythme du coeur devant les temples indiens, la résistance des humbles à l’exploitation, le sang offert au soleil au sommet des pyramides mayas, ou l’énigmatique Marabout de la steppe marocaine, il m’élargissait le monde. Je sentais pourtant sa souffrance, prisonnière de ce corps prématurément vieilli par la misère et l’ascèse. Sa solitude aussi où son tempérament trop entier l’avait enserrée. Par moments son regard devenait lointain, sur son visage passait comme une pâle et insondable tristesse. De quels rêves défaits, de quelles épreuves inachevées venait cette détresse muette ? Parfois au contraire, c’est en rugissements dantesques qu’il appelait la géhenne sur les bourreaux d’Alger, ou les dirigeants hypocrites et lâches, qu’il dénonçait les sépulcres blanchis des prélats à double face, ou appelait les bombes atomiques sur les peuples corrompus. La rudesse de sa pensée m'a placé alors quelques repères où appuyer ma vie.
Jamais il ne m’a donné à lire le moindre de ses écrits. Ce n’est qu’après sa mort que je les ai découverts, un énorme manuscrit maintes fois remanié, trois cahiers de proverbes, des notes innombrables jetées jour après jour d’une écriture serrée sur toutes sortes de bouts de papier, et puis cette autobiographie à laquelle je savais qu’il travaillait. Il disait qu’elle serait nécessaire à ceux qui viendraient à lire son livre, pour en resituer la genèse et le développement. En fait c’est une œuvre à elle seule où se déroule la trajectoire insolite d’une aventure humaine : de sa rude enfance où, dans la violence de son milieu, il développe le respect de la vie et étend silencieusement en lui des espaces de recueillement et de spiritualité, du jeune paysan, qui au hasard des amitiés, et des rencontres s’instruit quelque peu, de l’ouvrier d’occasion, compagnon de marginaux et de déclassés, qui commence à écrire dans le Paris de l’entre-deux-guerres.
Il fréquente également le milieu fantasque des peintres que lui fait connaître son ami d’enfance Édouard Pignon. Une amitié fertile et ombrageuse le liera au peintre italien Orazio Orazi. La rugosité de ses écrits d’autodidacte et ses convictions farouches lui valent l’attention de Romain Rolland, Marcel Martinet, Gabriel Marcel ou Léon Chestov. Il poursuivra une longue et opiniâtre quête d’absolu jusqu’à sa mort au prix du dénuement, de la souffrance physique, de l’angoisse spirituelle. C’est l’histoire de ce lent dépouillement, que d’autres appelleront descente aux enfers, que relate ce livre. Lorsque je l’ai connu, à la fin de cette odyssée son regard intériorisé posait encore sur le monde et la vie des lueurs farouches, mais pouvait aussi s’embuer de larmes devant un brin d’herbe ou un regard d’enfant. Son corps épuisé où résistait encore un peu la vie, devenait comme transparent. N’était-il pas un ange dans sa mansarde sous les toits ? Seul, terrassé par la vie qu’il s’était imposée, c’est par un souffle de victoire que s’achève son récit : « …c’est sans crainte que je vois le présent approcher l’autre rive. Oui, vraiment, j’ai gagné la partie. »
Depuis longtemps René Barde ne cherchait plus à publier : « Mon travail ? Le destin, la providence en décidera, l’arbre ne vend pas ses fruits » disait-il et c’est à moi, comme à une corbeille d’osier sur le fleuve qu’il confiera ses écrits par testament… Voici plus de 4O ans qu’il s’est éteint dans mes bras un jour d’hiver 1963. La corbeille n’a pas sombré, et le destin a placé Saïd Mohamed sur son errance. Qu’il soit remercié de « sortir au jour » cette vie sombre et ardente, celle de mon ami René.


Photo Bernard Collet "1961"
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René Barde et le jeune Bernard Collet

René Barde (2)

"On charriait le foin le matin où je suis né. (6 juillet 1901 à Marles-les-Mines, Pas-de-Calais) Ce jour là se produisit une perturbation peut être énigmatique, mais sûrement imputable à mon arrivée à la ferme des parents: on mangea de la soupe à la chaussette ! Il en était une qui avec d’autres séchait au-dessus du fourneau, perdant l’équilibre, elle tomba dans la marmite. On ne s’en aperçut que lorsqu’elle fut servie dans une assiette après deux heures de gros bouillon avec le lard et les légumes. Peut-être faudra-t-il en reparler de cette chaussette de laine qui mit de la dérision dans un paisible repas d’ouvriers. Je crois que les poils ne leur en sont jamais sortis d’entre les dents, car les miens, diront de moi toute leur vie : “Celui-là, rien de bon . Il va tout à rebours. Il fait son dévot, il fume, ne veut pas travailler et préfère se passer de manger que d’avaler un morceau de lard. Une tête de bois... Devenu en âge toujours plus fainéant, il se met à écrire des livres et ne veut pas gagner d’argent. Et quand tout le monde se rase, lui, lui seul, laisse pousser toute sa barbe. Une tête de bois, une tête de bois.” Ainsi disait-on sur le sixième et dernier né que je suis. Et si les poules en me voyant ne chantaient pas le coq, on interprétait çà comme l’annonce d’un malheur, qu’il fallait conjurer en leur tordant le cou.
Tout jeune, très jeune, j’avais la pauvreté en horreur. De voir la grange pleine de blé, les étables pleines de bétail, me rassurait. Je me disais les mains calées au fond des poches, “quelle chance j’ai eu de naître chez des paysans qui ne sont pas des pauvres.” Les familles de mineurs - il y avait des mines dans le pays - n’ont ni vaches, ni chevaux, ni froment.” Je m’estimais un favori de l’existence. Par exemple dans la famille Billet, ils étaient six enfants pour un petit salaire de menuisier. Ils ramassaient pour les manger les poules crevées jetées depuis huit jours dans les haies. Ils étaient gais et vifs comme tous les êtres jeunes, mais n’étaient point solides. Je n’étais pas né non plus comme les enfants de Séraphine, la veuve, s’ils voulaient des poires ou des pommes ils devaient, à tout risque pour eux, aller les marauder chez les autres.
Mais bientôt ce que j’appelais ma chance allait se retourner contre moi, car je m’aperçus que les fils de mineurs buvaient du lait complet, tandis que le mien était écrémé; qu'ils mangeaient du beurre plus que moi, et avaient autant de tartines qu’ils leur en fallait, qu'on ne les écœuraient pas avec du lard, mais mangeaient le bifteck de la boucherie. À la maison tout le monde aimait le lard, sauf moi. Je ne pouvais pas l’avaler. Cela à la longue allait avoir une influence désolante et décisive sur mon avenir; car le lard, que je ne pouvais pas me mettre dans le corps, étant le produit de la ferme, on ne le remplaçait par rien, car on n’était ni riche, ni aisé et il fallait chez nous vivre le plus possible de ses produits. Ma sœur, qui était l’ainée, d’énervement me barbouillait parfois le visage de la tranche qu’on avait mise dans mon assiette. De sorte que sans en avoir l’air, sans que personne s’en doutât, - ils ne le savent pas encore après 50 ans : “On mangeait bien à la maison” disent-ils - j’allais devenir un sous-alimenté de jeunesse - ce qui en est une des pires formes - et avec tous les inconvénients que cela comporte à la longue. Les seaux de lait, les mottes de beurre, les sacs de blé, tout cela n’était pas pour moi, mais pour vendre et faire face à tout un monde de propriétaires, un monde de percepteurs d’impôts, de forgerons, de bourreliers, de charrons qu’il fallait payer.
Quant aux autres, ils étaient capables de faire des prouesses de tous genres, et d’abord à table . Quand on tuait un porc, ma mère mangeait un kilo et demi de côtelettes pour son souper. Elle pouvait substituer à cela un kilo de fromage quand l’occasion s’y prêtait. Mon père, il portait une poêle et une cafetière dessus par le bout du manche serré entre les dents... Avec les siens, mon frère Honoré soulevait et portait plus de quatre-vingt-quinze kilos. J’ai une tante qui à seize ans montait cent kilos sur son dos de la cour au grenier. Honoré pouvait manger une terrine de pâté que ma tête n’aurait pas remplie. Quand on faisait des crêpes il fallait le chasser, et pour éviter cet embarras on n’en faisait jamais. Il était à peu près de la mesure d’un de nos cousins qui après avoir dîner pouvait encore manger deux kilos de pâté et quatorze tartines. Marc tenait bien la fourchette aussi, mais surtout l’aimable dieu Éros l’avait pourvu de qualité, c’est peut-être pourquoi tout le monde l’aimait. Et tous ces gens y compris Ovide le quatrième étaient capables après le travail du jour de redoubler la nuit. Ovide plus tard, jamais personne ne voudra travailler avec lui : ni son fils, ni son gendre, ni ses compagnons, et c’est avec un tel collègue qu’on allait m’atteler comme sous-verge.
Nos parents avaient voulu du bétail, des champs, des prairies, des enfants pour les y mettre à travailler. À sept et neuf ans mes aînés devaient le matin conduire les vaches au pré à 3 kilomètres de l’école où ils arrivaient crottés jusqu’aux genoux. Et le soir ils devaient les y reprendre. S’ils voulaient jouer comme tous les enfants, ils devaient faire de leur travail des jeux. Cela leur fit à la longue des tempéraments de jeunes loups. “Des leups, des leups” disait ma mère en patois.

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René Barde dans sa mansarde en 1962.

Le texte complet va paraître en octobre aux éditions l'Arganier....


29/06/2008

Tous à vos claviers......

Appel à contribution par Guy Ferdinande
son mail: guy.ferdinande@neuf.fr

Chers amis, correspondants connus et destinataires inconnus,

Vous connaissez la formule de Ghérasim Luca : « Comment s’en sortir sans sortir », connaissant la fin tragique du poète, cette formule s’applique à merveille à l’interview d’Alfred Vidal-Madjar, directeur de recherche au CNRS, que l’on trouve dans le dernier numéro du magazine Sciences et avenir. « Dans cent à quelques centaines d’années » il faudra déguerpir de la terre, ce qui d’ores et déjà infirme l’alternative de la décroissance que nous appelons de nos vœux : c’est foutu ! Trop tard : « Nous sommes dans une impasse, car ce laps de temps est trop court pour acquérir les technologies qui nous permettraient de nous installer ailleurs ». Même si on stoppait tout dès maintenant, il serait néanmoins trop tard, c’est ce que nombre de scientifiques émettent désormais de façon à peine voilée. Et nous, nous pressentons bien la crédibilité d’un tel constat à la longue. Il ne s’agit plus d’informations lointainement réelles mais de faits de plus en plus sensibles autour de nous. Pour l’An 01 on repassera (ce qui au passage invalide toute analogie entre la toile de fond de mai 68 et celle de 2008 : mai 68 fut la fête de la puissance active, 2008 la revanche des forces réactives).
Sauf que la fin du monde, sans pratiquer la divination ou cultiver le catastrophisme, nul ne peut dire qu’elle date d’hier : génocide des Indiens d’Amérique, génocide des Juifs, des Roms, Vietnam, Rwanda, Darfour, Irak, tsunamis, séismes et autres cyclones prévisibles et qui cependant ne donnent jamais lieu à aucune prévention, régimes de l’arbitraire, famines, pollutions, etc., nul n’ignore l’inventaire. Le XXe siècle a synthétisé toutes ces répétitions générales de la fin du monde. Qu’un bouquet final advienne prochainement ne serait jamais que le point de convergence logique du processus.
Pourtant, celui qui porte la responsabilité de ce gâchis qui n’attendait que d’être mondialisé, ce n’est pas l’homme, comme ça, en général : par exemple les peuples dits primitifs ont toujours entretenu un rapport déférent vis-à-vis de la nature. Celui qui porte la responsabilité de cet irréversible gâchis c’est le thuriféraire du bonheur occidental certifié conforme par la certitude qu’il n’y a rien de plus désirable que la capitalisation de biens matériels. S’il n’a jamais été possible de penser l’impensable, et c’est peu dire que la pensée a bien cessé de penser, est-il encore possible de poétiser l’impoétisable que ce monde porte désormais comme un nez sur une figure ? Mais non ! je me récuse, cette question n’a pas lieu d’être.
(…)
Jadis, les Dîners des vilains bonshommes ont proposé comme thème « Qu’est-ce qu’un commencement ? », et plus récemment Comme un Terrier dans l’Igloo : « La première fois » : thèmes pour la bonne bouche, prétextes au divertissement et à la dérision. Ce coup-ci, je vous soumets :

Qu’est-ce qu’une fin ? / La dernière fois (etc. : dans ce registre-là)

Je regrouperai vos contributions sous forme d’e-mail circulaire que recevront ceux à qui sera venue l’inspiration. Ensuite, si la matière est de choix, je ferai peut-être un numéro de Comme un Terrier dans l’Igloo avec une sélection que j’ajouterai aux auteurs invités par voie postale sur ce même thème.
Pas de date butoir, mais si début 2009 l’affaire n’est pas conclue c’est que de notre point de vue il n’y avait pas suffisamment à dire sur le sujet.
Amiteusement

25/06/2008

Une bonne note au passage

Une dame qui dit du bien du Cap'tain, alias Alain Jégou... on va pas se priver de le faire rougir, le gonzeau...
c'est par là que ça se passe en Cliquant là...

23/06/2008

Good news from Pélieu galaxy's......

La maquette de l'ouvrage collectif est en cours d'élaboration. Déjà les couvertures sont prêtes ainsi que le bulletin de souscription. L'iconographie nombreuse et variée a été en grande partie fournie par Benoît Delaune. Tout ça prend forme... Ceux qui le désirent peuvent souscrire dès maintenant à l'ouvrage...

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Auteurs, artistes et musiciens ayant participé à l’ouvrage :
 
Jeffery Beach, Pamela Beach-Plymell, Claude Beausoleil, Victor Bockris, Yves Buin, Michel Bulteau, Henri Chopin, Pradip Choudhuri, Vincent Degrez, Benoît Delaune, Erró, Lawrence Ferlinghetti, Lucien Francoeur, Daniel Giraud, Paul Grillo, Bernard Heidsieck, Pierre Joris, Alain Jouffroy, Théo Lesoualc’h, Gerard Malanga, Matthieu Messagier, Barry Miles, Jean-Marc Montera, Thurston Moore, Philippe Morin, Liam O’Gallagher, Ray Ortali, F.J. Ossang, Nicole Peyrafitte, Jürgen Ploog, Charles Plymell, Roxie Powell, Bernard Pozier, James Rasin, J.N.Reilly, Richard Saba, Edward Sanders, Bruno Sourdin, Lucien Suel, Laki Vazakas, Jacques Villeglé, Carl Weissner, Samuel Wilcox.
Traducteurs : Mary Beach, Benoît Delaune, Jean-Marie Flémal, Béatrice Machet.


Pour recevoir le bulletin de souscription CLIQUEZ ICI



La Crevaille est le dernier texte de Claude Pélieu. Ecrit peu avant sa mort, il est demeuré inédit. Il sera édité à l'occasion de la sortie de l'ouvrage collectif pour les souscripteurs. La maquette de couverture de La Crevaille est faite avec le carnet de bloc notes rouge scanné de Claude Pélieu.



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LA CREVAILLE

Introduction de Pierre Joris

Claude n’ignorait rien de la gravité de sa situation: son titre nous le dit fort bien. Et il savait quand s’arrêter : il boucla le ms. de La Crevaille un mois avant sa mort, le datant « Juin-Novembre 02» en bas de la dernière page. Page d’un bloc note sténo marque « Pen-Tab » à spirale métal, 80 feuillets de 15 X 22 cm, papier à teinte verte et à lignes, chaque page divisée verticalement par une fine ligne rouge. CP en a rempli 48 pages, dont une douzaine recto/verso, en utilisant la séparation verticale pour créer des textes en vis-à-vis.
S’il ne s’y est pas tenu complètement, l’idée de départ du texte est formulée sur le verso du deuxième feuillet :
Haikus et tankas
∑ ⎛
à choisir courts poèmes
à sélectionner & notes en bas
de la page
il ya q.q.’ « encadrés »
ou mise en page
avec différents
caractères
en fait
une suite
à soupe de lézard
qui a vu le jour
dans les salles d’attente
d’un hôpital.
C’est sans doute en partie parce qu’il se savait affaibli par la maladie qu’il choisit d’entrée des formes assez minimalistes — même si, l’énergie de Claude étant ce qu’elle était, c.à.d. débordante même en ces mois d’hospitalisation, il ne réussit jamais à s’y calfeutrer. Pas de bord, qu’il ne faut immédiatement prendre par (s)abordage — et donc pirater. On pourrait aussi lire ses indications « haïkus —> à choisir / à sélectionner » comme une suggestion pour découper dans les notes des poèmes se con-formant plus nettement à l’esthétique formelle du haïku ou du tanka. Mais ce n’est évidemment que Claude qui aurait pu faire cela — pour ma part il me paraît évident que je n’ai le droit que de reproduire les notes telles que Pélieu nous les a léguées.
Deux figures emblématiques sont collagées sur la couverture cartonnée du bloc-notes : recto, un petit collage de deux timbres Andy Warhol, verso, la tête de Céline, avec un centimètre (américain, donc marqué en pouces) enroulé au niveau du coup — écharpe, corde, ressort-cobra ? Sur la page de garde, où réapparaît un timbre Warhol, Claude a collé un extrait d’article sur son travail (que je n’ai pas encore réussi à identifier) qui dit en partie :
Je n’exagère rien en comptant Claude Pélieu, poète français installé sur la côte Est des Etats-Unis, au nombre des plus puissants écrivains de ces trente dernières années. Si toute civilisation est bel et bien une forme de la sensibilité rendue visible par une suite continue de symboles, alors Claude Pélieu demeure à ce jour un révélateur sans équivalent du monde occidental. Sa poésie saluée très tôt par Allen Ginsberg et William Burroughs, reste injustement minorée en France. Comme toute pratique d’écriture véritablement armée, l’œuvre de Claude Pélieu, dans ce pays subit une véritable mise sous séquestre éditoriale. Par pesanteur d’établissement, par auto-intoxication et moisissure, davantage que par idéologie. Sans insister sur le caractère parfaitement clairvoyant de ses écrits, éditer et lire Pélieu aujourd’hui, c’est faire entendre l‘autre voix. C’est rendre le réel à sa clarté coupante pour les cinq prochaine décennies du siècle qui balayeront les derniers forçats de la sensiblerie spongieuse, la mélancolie-crampon et les nains trapézistes à faux nez qui encombrent.
Ça a dû le requinquer tant soit peu durant ces derniers mois, lui qui avait eu si peu de réconfort critique, et n’en avait jamais demandé. Savoir que l’on commençait — peut-être — à le lire sérieusement (sérieusement ? — disons d’un « sérieux » pélieutien, qui d’ailleurs reste à définir entre dada et andy) aura apporté, je pense, un nano-réconfort, même si Claude (s’il pouvait me lire) éclaterait d’un gros rire en me lançant, « Eh ! Pierrot, ça me fait une belle jambe ! » Ou au moins une béquille pour unijambiste.
Blaguer avec lui aide un peu, avant tout aujourd’hui, à la lecture de ce « testament » qu’il ne voulait pas en être un, même s’il savait en le rédigeant que ça risquait de le devenir.

Albany, 21 novembre 2005

La crevaille
banalités déchirantes
toutes les vies
dans les abîmes du feu
Directos en enfer
Et pas de commission -

Picole & foirade
défonce & tristesse
pub d’enfer
pour les pochetées
du malaise –



ce matin
on m’a demandé
si je pouvais payer
les frais des pompes
funèbres (j’ai donné
l’adresse d’un gus
poète embourbé
dans l’indigence)


à part
pour la connerie
on pourrait être
n’importe où
avec n’importe qui –


les agents secrets
du spectacle sont
partout –
les mots de WSB
se sont évaporés –
quels rôles vont
jouer les inséminés
involontaires au
milieu de ce siècle ?



13/06/2008

Claude Pélieu (4)

En ce moment ça phosphore sur les couvertures des Pélieu. Des envois à Benoit et au Cap'tain ... il est retraité le Cap'tain maintenant et il va à la pèche aux moules. De sa fenêtres il reconnaît à la couleur des rafiots qui passent au loin le nom qu'il porte. Bien content de plus avoir besoin de continuer à pointer son nez dans ce foutoir. Trop content d'avoir encore sa carcasse de ce monde. Sa dernière aventure en pêche avait bien failli lui couper le sifflet; alors qu'il avait été éperonné par un chalutier espagnol qui ne s'est même pas arrêté. Heureusement pour eux que les gendarmes étaient là quand ils ont été par la marine obligé d'accoster à Lorient. Les autres pécheurs les attendaient sur le quai, prêts à les foutre à l'eau... Trois gars, trois veuves quelques mois auparavant dans des conditions similaires. Alors quand les autres pécheurs ont su que le Cap'tain avait eu un accrochage avec les espagnols, ils sont rentrés au port. Pas étonnant que Pélieu il cite le Cap'tain dans ses textes... Deux potes ces deux, là...
-Mais qu'est ce que t'as raconté sur ton blog, il va me dire...
-Moi? Rien que la vérité que je vais lui répondre...
Il va s'allumer une gauloise et lever son verre, en disant : à la tienne mon pote...
Sur la photo Pélieu c'est le géant, Jégou le barbu


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PLUS RIEN NE S’OUBLIE


texte Claude Pélieu, publié pour la première fois par Benoît Delaune...

« Alors bonne bourre mec Et après toi la fin du monde » (Alain Jégou), enfant, j’aurais aimé bomber ça sur une muraille d’ailes, rue du Lance Pierre.
Taffe de ciel. Pluie sur les mûriers blancs.
Enfance brumeuse.
Raids aériens. Peur. Couvre-feu. Atrocités. Privations.
Fricassée de buvards, d’encriers, de cartables, de missels tâchés de foutre.
Cathé en plein air. Gymnastique.
Premières Luckies. Branlettes & fellations.
L’abbé Mâchemerde.
Salle François Coppée. Miettes de belle époque. Les fenêtres s’ouvraient comme des boules de neige.
Paroles d’encre au goût d’abricot.
Banlieue Nord.
Rue des Merles. Né là, grandi là, rue du Nain Jaune.
Mauvais élève ? À côté du sujet.
Brouillard-angélus. Sainte Marie de l’Azur. Rue aux Juifs. Vitrines bourrées de crânes bleus. Rue de l’Oubli. Flocons de foirade. Mille fourmis sur la langue. Fleurs de prunier. Illustrés. Plumes entre les pages de ce vieux dico Larousse. Doigts tachés d’encre de Chine. Regard déjà fatigué de tout.
Nos vies déjà chiffonnées, écrites sur la peau d’une étoile morte.

La couverture à laquelle vous avez échappé...


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Encore le bon de souscription à terminer...
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12/06/2008

Claude Pélieu (3)

Ce texte de Claude Pélieu à été publié pour la première fois par Benoit Delaune de façon confidentielle... quelques dizaines d'exemplaires en photocopie...


Prise de tête dans les booths du peepshow du nouveau millénaire — vieux jeune homme gore zézayant, radotant en mixant les mythes des avant-gardes, l’homo Gamus dans la biosphère numérique enregistrant la couleur du temps. Blacks de plus en plus gris, engloutis par le bleu Klein, exilés sur l’étoile de la Mort — terrorisme ludique, ah ! terminus Prozac, on remixe la merde de toutes ces années, Gleen O’Brien exhumait la scène post-punk, que sont devenus Legs McNeil, Yves Adrien ? Michel Bulteau me parlait souvent de Pacadis — la douce lumière malade de ces années-là, TERMINUS SMACK — un spliff d’enfer dans la buée secrète de l’automne, branlette sur la table d’injection, surboum ringarde dans le couloir de la mort, burlesco-glauque, refoulé destroy — Juju & Java délirent et foutent le feu simultanément à une mosquée & une synagogue — et que se passe-t-il dans les coulisses opa-ques du pouvoir gangrené par la violence ? court-circuitées du karma les crevures — faudrait reprogrammer leurs systèmes de valeurs et les enfermer dans les bars à putes de Technopolis — Johnny Destructo, le panard cosmique rétrozen du crooner qui a pris un coup de vieux, qui touille son vieux trip hippie bien barge, harmonica, tignasse dreadlockée, le blues de chez nous, putain d’actu ! Zapocalypso Now ! l’Éclate Totale ! la grande mouille — poésie de prisu, médiocrité & pluie malade. Quelqu’un dit : « Il n’y a pas de pays plus irréel que la France », « Et la Belgique ! » — esprit des ténèbres à l’âge du CLIC, est-ce un bon plan Mr. Gooddeal ? on change l’or en salade niçoise, l’audimat explose, WHO WANTS TO BE A MILLIONNAIRE ? gonflette finale avec les stars gérontes, terreur hallucinante, Marks & Spencer, Castorama, Leroy-Merlin — pages scotchées sur victimes-alibis — de quelles « valeurs fascisantes » parlez-vous ? — d’ici on voit les choses en se téléchargeant, les idoles crament facilement.



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Collage Claude Pélieu

02/06/2008

Autour de Claude Pélieu

On travaille ferme ces temps-ci avec Benoit Delaune et Alain Jégou pour mettre au point l'ouvrage collectif qui rendra hommage à Claude Pélieu. Benoit a ressorti de ses cartons les collages nombreux reçus pendant ces années de New York envoyés par Claude Pélieu ou Mary Beach...
Difficile de faire des choix dans autant de matière, de matériau. Ginsberg, Gregory corso, Patty Smith... Et la vie incroyable du frenchie au milieu de tout ça....
Tiens une photo juste une seule de leur quotidien: Mary, Claude et Allen et un quatrième...

On va essayer de retranscrire tout ça avec les témoignages de beaucoup de monde...

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« Écraser les souvenirs comme des feuilles mortes » par Claude Pélieu


Je tourne les pages d’un magazine, et quelques mots d’Alain Jégou surgissent : « Paroles de sable de l’ailleurs défoulé » — la poésie est partout comme Dieu n’est nulle part disait Jacques Prévert — bombardiers furtifs, bombes à gui-dage laser, missiles de croisière, infoguerre sur écrans multiples, BLITZKRIEG GAY, sabotage structurel — les beaufs, NETOYENS marqués du signe de la Bête, écologie de la peur, nouveau matos infirmatique — chiffres, codes, crocs de brume biochimique bactériologique — tristesse défonçant les murs-espions de Technopolis — loubards débiles, hommes de main, métis à cervelle étroite — guerre interactive, échos dans les vitrines, trous dans les étoiles — la vie ? « Yup !... make it cheap !... Dis-moi quelque chose Glandu ! Fais-moi peur ! »... passeport pour nulle part, banalités, images ridées — rêvé que Kaufman & Salinger dansaient sur un tas de chiens policiers tondus sous l’œil amusé d’Ezra Pound — au fond des yeux la rançon de la lumière, comme une ombre, troublant les saisons — lune mauve nimbant les sous-bois de la colline du chien, bruits du temps, nus comme des amandes — pensées déracinées, lessivées au fond d’une mosaïque d’arcs-en-ciel — images scotchées sur les enfants d’Icare — vi-site de mon ex-femme, les feuilles mortes ont recouvert l’alibi de sa jeunesse — j’ai noté : le gros cul de l’intello fait du même lard que celui du prolo — tu vas vioquir et ça te coupera les fantasmes ras la touffe — bleu indigo enfermé dans les châ-teaux de tweed.


29/05/2008

l'Adieu au compagnon qui tire sa révérence... Dominique Autié

Banni dans l'enfermement du regard,
Empreintes d'humains, ombres vivantes malgré tout,
Ces destins piétinés persistent comme la faim.
Aucune honte n'affleure les lèvres.
L'insignifiance est devenue possible.

L’annonce du crépuscule donne proximité à l'innocence.
Dans l'aube des rues porteuses de tant de destins
psalmodier l'oraison charnelle du remord d'amour.
Le silence supplémentaire cueille à la radio
l'étrange symphonie des bonimenteurs.

La pluie fine n'est pas un hasard au fond des cours
Elle retient l'abandon où se reposer pendant ces escales
Comme un ouvrage à terminer loin de tous.

Ceux qui témoignent, riposte dérisoire,
Le font ceint de hoquets et de douleur
Sans joindre les mains, hantés par l'âme des morts.
Comment accepter, l’abjection du quotidien ?

Esprits autant vivants que morts
Apaisés par le seul savoir.

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L'hiver nous laisse sans voix
Cultivant des moissons sur des terres ingrates
Il faut découvrir des noms pour chaque semence.

Vivant dans le miroir des lieux-dits
Nous marchons vers le désert de nous-même
Aveugles aux feux brûlants dans la nuit.

Le Métal forgé nous étreint.
Les perles de la mémoire nient le désespoir
Arceau de l'instant qui soutient
La voûte du temps où nous ployons.
Que nous reste-t-il à conquérir ?
La vie s'est vidée effrayante.
L'homme s'est tu et a haussé les épaules.

Il n'avait pas la parole
Pour apprendre à désapprendre.

Dominique Autié est parti dans la nuit de lundi à mardi,
des suites de sa maladie.

Bon voyage à toi, compagnon de l'encre et du papier,
des mots et du savoir, du silence et de la discrétion,
de la compassion et des colères, tendre avec les faibles,
et de salve d'acier avec les lâches, furieux contre
les imbéciles qui savent et patient avec ceux qui apprennent.

Merci encore pour tout ce que tu m'auras enseigné
pendant ces trois ans de travail auprès de nos étudiants
du BTS édition de Toulouse... Cela a été une grande leçon de noblesse.
Un repère pour les années à venir.
Bien fraternellement aux tiens qui restent.




28/05/2008

Quand on reparle de Claude Pélieu....

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Claude Pélieu par Alain Jégou


Claude Pélieu, « l’iconoclaste, le déflagrateur » Francœur dixit, s’est éclipsé, après bien des morflances, le 24 décembre 2002, à Norwich, dans l’état de NY. Après avoir plaisanté avec Mary au téléphone en lui détaillant le programme des festivités organisées par l’hosto pour ce jour de Noël, il a chambré une dernière fois l’infirmière de service, a souri à la vioque coquette bigleuse qui, le prenant pour un Chippendale, lui avait quelques jours plus tôt glissé un billet d’un dollar dans la ceinture de son bénard et a gratifié d’un clin d’œil gouailleur la Camarde qui l’attendait à la porte du réfectoire. Claude s’est tiré pour de bon et nous sommes restés comme une flopée de ronds de flan, nous ses amis, avec notre douleur et le souvenir de lui à jamais rivé au cœur. La mort ne parviendra jamais à effacer certaines alliances, ni les mots qui cimentent les fortes complicités. Six années se sont écoulées depuis sa disparition. Afin de ne plus rester prostré, assis au bord du vide creusé par son absence, j’ai décidé, un jour de mai 2004, de retour de Cherry Valley, avec l’accord et le soutien de Mary, de rassembler quelques témoignages, plus des textes de lui, des images, des lettres et collages, pour réaliser un ouvrage qu’il aurait pu apprécier, sans pour autant se priver du plaisir de brocarder comme à son habitude. « Ça sert à rien d’faire ça ! Te fais pas chier ! Laisse tomber ces conneries ! » sans doute ce qu’il aurait dit, tout en étant ravi et reconnaissant pour le boulot accompli. La collecte des textes et documents a duré plus d’un an et presque tous les auteurs et artistes contactés ont répondu à l’invitation, ce dont je leur sais gré. Ce succès, je le dois essentiellement au rayonnement de l’œuvre et de la personnalité de Claude, à l’amour et l’admiration que tous lui portaient, mais aussi à l’aide précieuse de Mary et de sa fille Pamela Plymell qui ont intercédé pour moi auprès de bon nombre de leurs amis Américains. Mary, à son tour, nous a quittés le 26 janvier 2006, partie rejoindre son Cloclo dans son Vaisseau Spécial. Et je les imagine à nouveau réunis, découpant et collant côte à côte quelques morceaux de nova ou de météorite, avec Allen, Bomkauf, le vieux Bill, et toute la clique des poètes de la Beat swinguant dans le cockpit. Comme Claude écrivant sur son lit d’hôpital son poignant poème La Crevaille, jusqu’au bout Mary a peint, collé, traduit. Claude disparu, elle s’est acharnée à poursuivre l’œuvre de leur vie pour résister à la tristesse et combler le manque de lui. Je regrette qu’elle n’ait pu voir notre projet abouti, car elle y tenait beaucoup. Elle a cependant pu lire la plupart des témoignages et documents dont je lui faisais suivre les copies, et elle était profondément émue par ces marques de reconnaissance et d’amitié témoignées à Claude. La rencontre avec ces deux êtres d’exception a bouleversé mon existence, comme celle de bon nombre de ceux et de celles qui ont eut le privilège de les rencontrer. Ce livre collectif consacré à Claude est un hommage à l’homme et à son œuvre de poète-collagiste, mais aussi à celle qui partagea sa vie et participa activement au rayonnement de cette œuvre en traduisant et éditant ses premiers poèmes aux USA, puis travaillant avec lui sur les traductions des textes des poètes de la Beat Generation, avant d’associer son talent de peintre à celui de collagiste de Claude pour réaliser de multiples et incomparables œuvres croisées.
Tout au long de son existence, au fil de ses rencontres ou échanges épistolaires, Claude a tissé un formidable réseau d’amitiés indéfectibles. Par delà les océans et les continents, il a permis à de nombreux poètes, musiciens et artistes de se rencontrer et de fraterniser. Malgré leurs multiples voyages et déménagements, avec Mary, il est toujours resté le point de convergence pour bon nombre d’entre nous. Et il le demeure encore, cet ouvrage en est la preuve irréfutable, même par delà la mort.
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Dans les semaines et les mois à venir il sera beaucoup question de l'oeuvre de Claude Pélieu, et d'un ouvrage que je vais publier aux éditions l'Arganier dans la collection Ressacs concocté par Alain Jégou et aussi de l'édition de textes inédits et la réédition de textes introuvables de Claude Pélieu et de ses collages...


30/03/2008

Ombres portées de Kumyia Amashita

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09/03/2008

Réfugiés de la faim

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Photo: Misha Gordin

Organiser la famine et criminaliser ceux qui la fuient

Par Jean Ziegler

Ecrivain, professeur à l’université de Genève.


La nuit était noire, sans lune. Le vent soufflait à plus de 100 kilomètres à l’heure. Il faisait se lever des vagues de plus de 10 mètres qui, avec un fracas effroyable, s’abattaient sur la frêle embarcation de bois. Celle-ci était partie d’une crique de la côte de Mauritanie, dix jours auparavant, avec à son bord 101 réfugiés africains de la faim. Par un miracle inespéré, la tempête jeta la barque sur un récif de la plage d’El Medano, dans une petite île de l’archipel des Canaries. Au fond de la barque, les gardes civils espagnols trouvèrent les cadavres de trois adolescents et d’une femme, morts de faim et de soif.

La même nuit, quelques kilomètres plus loin sur la plage d’El Hierro, un autre rafiot s’échoua : à son bord, 60 hommes, 17 enfants et 7 femmes, spectres titubants à la limite de l’agonie (1).

A la même époque encore, mais en Méditerranée cette fois-ci, un autre drame se joue : à 150 kilomètres au sud de Malte, un avion d’observation
de l’organisation Frontex repère un Zodiac surchargé de 53 passagers qui – probablement par suite d’une panne de moteur – dérive sur les flotsagités. A bord du zodiac, les caméras de l’avion identifient des enfants en bas âge et des femmes. Revenu à sa base, à La Valette, le pilote en informe les autorités maltaises, qui refusent d’agir, prétextant que les naufragés dérivent dans la « zone de recherche et de secours libyenne ». La déléguée du Haut Commissariat des réfugiés des Nations unies Laura Boldini intervient, demandant aux Maltais de dépêcher un bateau de secours. Rien n’y fait. L’Europe ne bouge pas. On perd toute trace des naufragés.

Quelques semaines auparavant, une embarcation où se pressaient une centaine de réfugiés africains de la faim, tentant de gagner les Canaries, avait sombré dans les flots au large du Sénégal. Il y eut deux survivants
(2).

Des milliers d’Africains, y compris des femmes et des enfants, campent devant les clôtures des enclaves espagnoles de Melilla et de Ceuta, dans le Rif aride. Sur injonction des commissaires de Bruxelles, les policiers marocains refoulent les Africains dans le Sahara (3). Sans provisions ni eau. Des centaines, peut-être des milliers d’entre eux périssent dans les rochers et les sables du désert (4).

Combien de jeunes Africains quittent leur pays au péril de leur vie pour tenter de gagner l’Europe ? On estime que, chaque année, quelque 2 millions de personnes essaient d’entrer illégalement sur le territoire de l’Union européenne et que, sur ce nombre, environ 2 000 périssent en Méditerranée, et autant dans les flots de l’Atlantique. Leur objectif est d’atteindre les îles Canaries à partir de la Mauritanie ou du Sénégal, ou de franchir le détroit de Gibraltar au départ du Maroc.

Selon le gouvernement espagnol, 47 685 migrants africains sont arrivés sur les côtes en 2006. Il faut y ajouter les 23 151 migrants qui ont débarqué sur les îles italiennes ou à Malte au départ de la Jamahiriya arabe libyenne ou de la Tunisie. D’autres essaient de gagner la Grèce en passant par la Turquie ou l’Egypte. Secrétaire général de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, M.
Markku Niskala commente : « Cette crise est complètement passée sous silence. Non seulement personne ne vient en aide à ces gens aux abois,
mais il n’y a pas d’organisation qui établisse ne serait-ce que des statistiques rendant compte de cette tragédie quotidienne (5). »

Pour défendre l’Europe contre ces migrants, l’Union européenne a mis sur pied une organisation militaire semi-clandestine qui porte le nom de Frontex. Cette agence gère les « frontières extérieures de l’Europe ».

Elle dispose de navires rapides (et armés) d’interception en haute mer, d’hélicoptères de combat, d’une flotte d’avions de surveillance munis de caméras ultrasensibles et de vision nocturne, de radars, de satellites et de moyens sophistiqués de surveillance électronique à longue distance.

Frontex maintient aussi sur sol africain des « camps d’accueil » où sont parqués les réfugiés de la faim, qui viennent d’Afrique centrale, orientale ou australe, du Tchad, de la République démocratique du Congo, du Burundi, du Cameroun, de l’Erythrée, du Malawi, du Zimbabwe… Souvent,
ils cheminent à travers le continent durant un ou deux ans, vivant d’expédients, traversant les frontières et tentant de s’approcher progressivement d’une côte. Ils sont alors interceptés par les agents de Frontex ou leurs auxiliaires locaux qui les empêchent d’atteindre les
ports de la Méditerranée ou de l’Atlantique. Vu les versements considérables en espèces opérés par Frontex aux dirigeants africains, peu
d’entre eux refusent l’installation de ces camps. L’Algérie sauve l’honneur. Le président Abdelaziz Bouteflika dit : « Nous refusons ces camps. Nous ne serons pas les geôliers de nos frères. »

Organiser la famine et criminaliser ceux qui la fuient

La fuite des Africains par la mer est favorisée par une circonstance particulière : la destruction rapide des communautés de pêcheurs sur les côtes atlantique et méditerranéenne du continent. Quelques chiffres.

Dans le monde, 35 millions de personnes vivent directement et exclusivement de la pêche, dont 9 millions en Afrique (6). Les poissons comptent pour 23,1 % de l’apport total de protéines animales en Asie, 19 % en Afrique ; 66 % de tous les poissons consommés sont pêchés en haute mer,
77 % en eaux intérieures ; l’élevage en aquaculture de poissons représente 27 % de la production mondiale. La gestion des stocks de poissons dont les déplacements s’effectuent tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des zones économiques nationales revêt donc une importance vitale pour l’emploi et la sécurité alimentaire des populations concernées.

La plupart des Etats de l’Afrique subsaharienne sont surendettés. Ils vendent leurs droits de pêche à des entreprises industrielles du Japon,
d’Europe, du Canada. Les bateaux-usines de ces dernières ravagent la richesse halieutique des communautés de pêcheurs jusque dans les eaux
territoriales. Utilisant des filets à maillage étroit (interdits en principe), elles opèrent fréquemment en dehors des saisons où la pêche est
autorisée. La plupart des gouvernements africains signataires de ces concessions ne possèdent pas de flotte de guerre. Ils n’ont aucun moyen
pour faire respecter l’accord. La piraterie est reine. Les villages côtiers se meurent.

Les bateaux-usines trient les poissons, les transforment en surgelés, en farine ou en conserves, et expédient du bateau aux marchés. Exemple : la Guinée-Bissau, dont la zone économique abrite un formidable patrimoine halieutique. Aujourd’hui, pour survivre, les Bissagos, vieux peuple
pêcheur, sont réduits à acheter sur le marché de Bissau – au prix fort – des conserves de poisson danoises, canadiennes, portugaises.

Plongés dans la misère, le désespoir, désarmés face aux prédateurs, les pêcheurs ruinés vendent à bas prix leurs barques à des passeurs mafieux ou s’improvisent passeurs eux-mêmes. Construites pour la pêche côtière dans les eaux territoriales, ces barques sont généralement inaptes à la navigation en haute mer.

Et encore… Un peu moins d’un milliard d’êtres humains vivent en Afrique.
Entre 1972 et 2002, le nombre d’Africains gravement et en permanence sous-alimentés a augmenté de 81 à 203 millions. Les raisons sont
multiples. La principale est due à la politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne.

Les Etats industrialisés de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont payé à leurs agriculteurs et éleveurs, en 2006, plus de 350 milliards de dollars au titre de subventions à la production et à l’exportation. L’Union européenne, en particulier, pratique le dumping agricole avec un cynisme sans faille.
Résultat : la destruction systématique des agricultures vivrières africaines.

Prenons l’exemple de la Sandaga, le plus grand marché de biens de consommation courante de l’Afrique de l’Ouest. La Sandaga est un univers
bruyant, coloré, odorant, merveilleux, situé au cœur de Dakar. On peut y acheter, selon les saisons, des légumes et des fruits portugais, français,
espagnols, italiens, grecs, etc. – au tiers ou à la moitié du prix des produits autochtones équivalents.

Quelques kilomètres plus loin, sous un soleil brûlant, le paysan wolof, avec ses enfants, sa femme, travaille jusqu’à quinze heures par jour… et n’a pas la moindre chance d’acquérir un minimum vital décent.

Sur 52 pays africains, 37 sont des pays presque purement agricoles.

Peu d’êtres humains sur terre travaillent autant et dans des conditions aussi difficiles que les paysans wolof du Sénégal, bambarg du Mali, mossi
du Burkina ou bashi du Kivu. La politique du dumping agricole européen détruit leur vie et celle de leurs enfants.

Revenons à Frontex. L’hypocrisie des commissaires de Bruxelles est détestable : d’une part, ils organisent la famine en Afrique ; de l’autre,
ils criminalisent les réfugiés de la faim.

Aminata Traoré résume la situation : « Les moyens humains, financiers et technologiques que l’Europe des Vingt-Cinq déploie contre les flux
migratoires africains sont, en fait, ceux d’une guerre en bonne et due forme entre cette puissance mondiale et de jeunes Africains ruraux et
urbains sans défense, dont les droits à l’éducation, à l’information économique, au travail et à l’alimentation sont bafoués dans leurs pays
d’origine sous ajustement structurel. Victimes de décisions et de choix macroéconomiques dont ils ne sont nullement responsables, ils sont
chassés, traqués et humiliés lorsqu’ils tentent de chercher une issue dans l’émigration. Les morts, les blessés et les handicapés des événements
sanglants de Ceuta et de Melilla, en 2005, ainsi que les milliers de corps sans vie qui échouent tous les mois sur les plages de Mauritanie, des îles
Canaries, de Lampedusa ou d’ailleurs, sont autant de naufragés de l’émigration forcée et criminalisée (7). »


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(1) Cf. El País, Madrid, 13 mai 2007 ; la nuit est celle du 11 au 12 mai.

(2) Le Courrier, Genève, 10 décembre 2006.

(3) Le 28 septembre 2005, des soldats espagnols ont tué cinq jeunes
Africains qui tentaient d’escalader la clôture électrifiée entourant
l’enclave de Ceuta. Huit jours plus tard, six autres jeunes Noirs étaient
abattus dans des circonstances similaires.

(4) Human Rights Watch, 13 octobre 2005.

(5) La Tribune de Genève, 14 décembre 2006.

(6) Ce chiffre exclut les personnes employées dans l’aquaculture. Cf. Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), La situation
mondiale des pêches et de l’aquaculture, Rome, 2007.

(7) Aminata Traoré, intervention au Forum social mondial, Nairobi, 20
janvier 2007.

source : Le monde diplomatique - Article inédit
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01/03/2008

PEAU DE SATIN

Une nouvelle de Christian Creseveur

Le pêcheur était vissé sur son pliant. Il s'anima à peine lorsque l'inspecteur secoua son épaule. Son regard traversait les rides du courant. Qu'est-ce qu'il pouvait dire de plus que ce qu'il avait déjà répété dix fois: il avait remonté sa truite avec des os dans son épuisette. Il avait tout de suite vu que c'était des os humains. Parce qu'il était équarrisseur. Des os il en avait mis des dizaines de milliers à l'air. Des os de bœuf, de mouton, de cochon. Tout. Et ça, il y avait pas de doute, c'était des os humains. Vingt minutes plus tard tout un lot était passé devant en flottant. Comme des petits bouts de bois emportés par le courant. Voilà!
L'inspecteur croisa ses mains dans le dos. Il fit claquer ses ongles à coup de pichenettes. Antonin n'était toujours pas là, et la substitut du procureur n'allait plus tarder. C'est elle qui déciderait de la suite à donner à l'enquête.

Antonin avait rencontré une passionnée de littérature la veille dans une soirée. En partant, légèrement embrumé par l'alcool, Antonin n'avait pas résisté au plaisir de monter visiter sa bibliothèque.
Collés aux murs, les livres couraient jusqu'au plafond dans toutes les pièces. Chez elle, le papier peint n'était plus qu'un souvenir. Par dessus tout elle avait tenu à lui montrer son "enfer": des mètres de littérature érotique dont elle était particulièrement fière... Elle lui avait lu quelques extraits, puis avait vite exigé qu'il imagine des "situations fortes"...
Maintenant que le matin traversait les rideaux sous les trilles des merles, il avait surtout envie de rentrer dormir, et de profiter paisiblement de son week-end. Mais son portable avait retenti: les messages répétés d'Edouard anéantissaient son programme.

En déboulant sur le chemin de la Gardonne, Antonin aperçu les véhicules de service. La substitut du procureur sortait de sa voiture. Elle défroissa sa jupe à petits coups secs de la main, puis claqua sa portière.
Antonin la rattrapa alors qu'Edouard se présentait devant elle, la main tendue. Elle enjoignit l'inspecteur de lui faire un résumé succinct de la situation, parce que, juste après, elle devait se rendre à 15 km en amont: la gendarmerie venait de coincer un nécrophile.
Edouard sortit fissa un sachet plastique destiné au laboratoire. Il était rempli d'os. L'inspecteur les séparaient à travers le plastique pour montrer combien ils étaient rongés. Comme s'ils étaient passés à travers une broyeuse. La substitut ne fit pas de commentaire. Elle se tourna vers la rive et désigna du menton le type hagard. Edouard confirma que c'était le pêcheur qui avait fait la découverte macabre.
Antonin se massait la nuque pour rester éveillé.
"Bon… Vous allez nous débrouiller ça! Par où est-ce que vous allez commencer?", lança le substitut.
Elle leur donnait l'enquête! Antonin encaissa le coup.
Il bredouilla ses premiers mots, puis débita mécaniquement la procédure d'usage: les sapeurs allaient draguer la rivière, et on ferait une enquête de proximité pour chercher des indices, ou des témoins éventuels…
La substitut le coupa. Il lui suffisait de savoir que le commissaire connaissait son travail et qu'il allait le faire sans délai.

Quelques heures plus tard les plongeurs ramenaient un bout de mâchoire en plus, et les enquêteurs un relevé complet des activités riveraines. Il ne restait plus qu'à examiner tout ça, et à imaginer quelques pistes en attendant les résultats du labo.
En jetant son blouson de cuir élimé sur le dossier de sa chaise, Antonin pesta: le week-end était gâché pour un dossier qu'on classerait sans suite.
Edouard, lui, faisait contre mauvaise fortune bon cœur. Il ramenait le classeur "Disparitions" et deux cafés. Il avait déjà repéré un nom intéressant: Hortense Ygen-Mauduit, écrivain et épouse d'un industriel de la chimie. L'usine Ygen étaient située sur les rives de la Gardonne.
Le téléphone sonna. Antonin finit de touiller son café avant de décrocher. La substitut était à l'autre bout du fil: l'affaire du nécrophile pouvait avoir un lien avec celle des os. Elle la leur confiait aussi. Les gendarmes étaient en route pour lui transférer le "prévenu".
Antonin se frotta les yeux. Il n'avait pas les idées claires. Pourtant il fallait se répartir les tâches! Bon: le sadique avait été pris en flagrant délit. L'obtention de ses aveux ne demanderait pas beaucoup d'énergie. Mais il n'avait pas du tout envie de discuter. Il choisit donc de s'occuper du cas "Mauduit", et de laisser l'interrogatoire à l'inspecteur.

En se garant sur le parking de "YGEN-Chimie" Antonin constata avec satisfaction qu'il n'était pas le seul à travailler le samedi. La standardiste haussa les sourcils devant sa carte de police et appela derechef la direction.
Un costume croisé apparut dans le hall. C'était le directeur adjoint qui ne semblait pas effarouché par la présence du commissaire.
Il présuma qu'on venait pour lui donner des nouvelles précieuses sur l'épouse du patron. L'entreprise en avait besoin. Depuis deux mois que Hortense avait disparu, Mr Ygen avait sombré dans une profonde dépression. Et il était évident que seul le retour de son "écrivain de femme" lui rendrait la santé. Entre eux les choses avaient commencé à se dégrader avec le succès de ses romans un peu… enfin… franchement "olé-olé". Le commissaire en avait peut-être déjà lu? Hortense Mauduit! Jamais lu? Ses fantasmes littéraires lui étaient montés au crâne. Elle était sans doute partie avec quelqu'un d'autre. Un homme. Ou même une femme! Parce que vu ce qu'elle écrivait… on pouvait tout imaginer, n'est-ce pas!
Antonin l'arrêta. Il ne portait pas de nouvelles. C'était plutôt lui qui avait besoin d'informations complémentaires…
Le directeur expliqua que l'usine fabriquait du dessicatif et que Mr Ygen séjournait à la clinique du "Gros Tilleul". Quand le commissaire le remercia pour sa collaboration, il le regarda partir avec une franche déception.

Le Gros Tilleul? Le Gros Tilleul? Arrêté sur le bas-côté de la route Antonin avait déplié sa carte routière. Il l'écarta du pare-brise pour se situer avant de se taper sur le front: il était devant!
Le Gros Tilleul était un établissement cossu mais d'une parfaite discrétion.
Une hôtesse le conduisit à travers les larges couloirs. Ils passèrent devant la porte ouverte d'une chambre. Antonin reconnut une comédienne fameuse. Elle tapait du pied et tirait ses vêtement en réclamant "du beurre! du beurre!". Une seringue à la main, une infirmière attendait qu'elle se calme. Elle croisa le regard d'Antonin et se précipita pour repousser la porte, tandis que l'hôtesse revenait pour l'entraîner par le coude. Elle l'accompagna jusqu'au bureau du psychiatre, qui pris le relais jusqu'à la chambre de Mr Ygen.
Assommé par les tranquillisants, Ygen était dans une confusion extrême. Il demanda si sa femme vivait avec son éditeur? Puis si elle était morte, ou si le gars du moulin de la Gardonne avait cessé de la persécuter…
Le psychiatre s'interposa: son patient avait besoin de tranquillité, et à moins d'une commission rogatoire la visite était terminée.
Les grilles du Gros Tilleul se refermèrent dans le rétroviseur du commissaire. La clinique protégeait aussi jalousement les dérives mentales de ses patients qu'une banque suisse leur argent.

De retour au bureau Antonin jeta son blouson sur le dossier de sa chaise. Il s'avachit dessus, en soufflant. Edouard pouvait parler:
Ce n'était pas la première fois que le nécrophile jetait un corps dans la Gardonne. Il avouait presque fièrement avoir jeté six victimes! Mais entières… Alors le problème de savoir comment les corps avaient pu être réduits et broyés restait intact!
Antonin était épuisé. Il n'écoutait plus. Il sortit la tête de ses mains. Sa paupière gauche restée collée à un doigt lui faisait un gros œil. Ils avaient le meurtrier. Ils avaient ses aveux. Le mystère de la transformation des corps pouvait attendre. Il invita Edouard à rentrer chez lui et à profiter de son dimanche.

Le lundi matin Antonin avait retrouvé son aplomb. Il jeta son blouson sur le dossier de sa chaise et s'assit sur le coin de son bureau pour faire le point avec Edouard: les analyses des os arrivaient dans la journée; le nécrophile était au dépôt; et on avait toujours pas de corps. Il fallait donc recommencer à écluser la Gardonne. Dans l'intervalle ils pouvaient toujours poursuivre la piste de Hortense Ygen en allant voir son éditeur…

Entre ses montures d'écaille et ses sourcils touffus, les yeux perçants de l'éditeur passèrent de l'inspecteur au commissaire. Il s'efforçait de ne pas laisser transpirer son antipathie pour la machine judiciaire. Néanmoins il se prêta aux confidences en leur tendant un exemplaire de "Peau de satin", le dernier livre de Hortense. Avec cet ouvrage elle avait atteint un sommet dans l'art de "toucher" le lecteur… ce papier avait une âme! Il faut dire qu'elle les avaient "tanné" pour ce tirage limité! Au point qu'elle avait renoncé à l'édition tant qu'elle ne disposerait pas d'un papier "digne du grain de la peau"! Elle s'était entêtée jusqu'à investir personnellement dans une fabrique de papier, le Moulin de la Gardonne. Elle avait fait tourner l'artisan en bourrique. Mais il était corvéable à merci. Elle l'avait plus ou moins séduit. Une semaine ou deux après sa disparition, le fabriquant avait produit ce somptueux "grain de satin". L'éditeur avait décidé de ne plus attendre et de se passer de l'accord de l'auteur. Aujourd'hui le livre marchait bien. Il devenait impérieux qu'elle réapparaisse pour la promotion. Mais avec Hortense il n'aurait su dire combien de temps pouvaient durer les caprices!

Le moulin de la Gardonne était de toute beauté. Ce vieux bâtiment en pierre avait gardé tout son cachet malgré les réhabilitations successives. Edouard resta comme un enfant devant la grande roue à aubes.
Dans son atelier l'artisan étalait rapidement de la pâte à papier sur de grands châssis. L'endroit était très humide, mais l'odeur du papier qui séchait était plutôt agréable. Antonin repéra un container de 25l, au sigle de Ygen.
L'artisan ne fut pas bavard. Tout ce qu'il eut à dire de Hortense Mauduit c'est qu'elle avait le sens du commerce. Mais il n'avait pas été naïf. Elle voulait son papier. Pas lui. D'ailleurs depuis qu'il avait sorti son "grain de satin", personne ne l'avait revue. De toute façon elle pouvait bien aller au diable avec ses livres et son argent!
Antonin eut une dernière question: le bidon "Ygen", c'était bien du dessicatif? Et ça servait à quoi? A dessécher! C'était bien ce qu'il pensait!
Il lui fallu faire le tour du moulin pour retrouver Edouard. L'inspecteur contemplait cette fois le canal de dérivation. Le courant de la Gardonne s'engouffrait dans une petite écluse pour entraîner la roue à aubes.
La même question les traversa: les sapeurs avaient-ils cherché ici?
Le commissaire fila au pas de course, et ramena l'artisan pour qu'il vide son écluse.
Tandis que ce dernier actionnait sa manivelle, Antonin et Edouard scrutaient le courant. Le niveau de l'eau descendit lentement. Le lit n'apparaissait toujours pas. Edouard couru d'un bout à l'autre du canal. Il n'y avait rien. Mais la configuration impliquait que si jamais un corps y avait dérivé, il serait resté devant la roue.
La roue s'arrêta. Dessous, il y avait encore 1m50 de fond. De longs filament d'algues pendaient aux aubes, gouttant abondamment. La mousse et la vase rendaient l'eau opaque. Edouard fut gagné par la déception. Mais Antonin ne voulu pas abdiquer. Il ramassa une branche de bois mort. Après avoir ôté son blouson, il escalada la roue. Il se cala entre les aubes et le mur du moulin, et dans un équilibre précaire il sonda le fond du bassin avec son bâton. Mais où qu'il s'enfonça, tout lui semblait mou. La vase qu'il remuait rendait l'eau encore plus trouble. Un nuage vint poser son ombre sur l'eau, puis le soleil réapparu. Dans le jeu de lumière Antonin crut apercevoir quelque chose. Il allongea le bras. Il n'avait pas la distance. Il porta le bâton du bout de ses doigts pour gagner quelques centimètres. Au premier mouvement il le laissa échapper. Il se détendit par réflexe. Mais au lieu de le rattraper il perdit l'équilibre et plongea la tête la première. Il refit aussitôt surface et s'agita en tout sens, poussant des cris. Edouard pensa à l'eau glacée, mais Antonin voulait sortir à toute vitesse… parce qu'il avait touché un bras! Celui de la dernière victime du nécrophile.

Drapé dans une couverture, Antonin posa son blouson sur son dossier. Le labo venait de livrer ses conclusions. Il demanda à Edouard de les regarder tandis qu'il allait se sécher.
Il était en slip, tenant son jean contre le sèche-mains des toilettes quand Edouard surgit: les analyses avaient mis en évidence de minuscules amalgames de cellulose, et la présence résiduelle d'un puissant dessicatif! Enfin, après comparaison avec le dossier de son dentiste, on pouvait affirmer que le bout de mâchoire appartenait bien à Hortense Mauduit…

En voyant revenir les enquêteurs, l'artisan comprit que son sort était scellé. Il se hissa sous la charpente et alla se réfugier sur une solive, à 15m du sol. Antonin le rejoignit. Il obtint sa confession à califourchon:
Hortense l'avait tenu par le bout du nez pour obtenir son papier. Mais il n'arrivait à rien de convaincant. Elle avait claqué la porte. Le seul moyen de la reconquérir était de créer ce fichu papier. Une nuit, la roue du moulin s'était bloquée. En la décoinçant il avait découvert le corps d'une femme, décomposé... Il eut alors l'idée saugrenu de récupérer des lambeaux de peau. Avec le dessicatif, il réduisit le corps d'un côté, la peau de l'autre, et obtint un résultat encourageant. Ensuite, il avait rendu les restes d'os à la rivière. Puis un autre corps avait échoué sous la roue. Et un autre encore. Il n'avait pas eu de scrupules parce qu'après tout il n'avait tué personne. En dissolvant les corps, n'épargnait-il pas aux familles la douleur de retrouver un cadavre? Et puis la qualité du papier était exceptionnelle… sauf pour Hortense! Il fallait qu'il compare le grain de sa poitrine avec celui "minable" du papier qu'il lui proposait. Elle était assise sur le bord de la cuve. Elle avait ouvert son chemisier et s'étalait de la pâte sur le sein. Elle le forçait à toucher la pâte, puis son sein… il ne devait plus y avoir de différence… il devait comprendre ça! Elle l'a rendu fou. Il l'a poussée… Il ne se souvient que du bruit mat de sa tête contre le pressoir, de son corps qui s'enfonçait. Dans sa folie, il l'a couverte de dessicatif, et l'a mixée avec sa pâte…
Après un long silence, Antonin vit l'artisan sortir le livre de sa poche. Il se mit à en caresser les pages et eut un rire étrange: il aurait au moins réussi à la coucher sur le papier!

23/02/2008

Bad News from the stars........

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C'est un dessin de notre Ballouhey national du monde qu'on en a qu'un comme lui et que même qu'on en fera pas un élevage...

09/02/2008

l'application de la théorie du battement d'ailes de papillons....

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LE MONDE | 08.02.08 | 15h21 • Mis à jour le 08.02.08 | 15h21

Pour la première fois, un insecte est parvenu dans la nature à développer une résistance à une toxine produite par une plante génétiquement modifiée pour l'éradiquer. Helicoverpa zea, une noctuelle ravageuse du coton, vient d'administrer aux Etats-Unis une démonstration brillante de la théorie de l'évolution : quand une population est soumise à une pression de sélection, la survenue de mutations peut favoriser sa perpétuation.

Un tel phénomène de résistance aux toxines sécrétées par des OGM avait déjà été induit en laboratoire. Mais il n'avait encore jamais été détecté dans les conditions d'agriculture réelle, rapporte un article mis en ligne le 7 février par la revue Nature Biotechnology.

Bruce Tabashnik et ses collègues de l'université de l'Arizona y présentent leur compilation d'une décennie d'études conduites sur six espèces d'insectes visés par des toxines produites par des cotons et des maïs transgéniques cultivés en Australie, en Chine, en Espagne et aux Etats-Unis. A ce jour, notent-ils, seule Helicoverpa zea est parvenue à résister à une toxine, Cry1Ac, produite à partir d'un gène tiré de la bactérie Bacillus thuringiensis (Bt).

Les premières chenilles de papillon résistantes ont été détectées à partir de 2003, dans des champs de l'Arkansas et du Mississippi. Certaines étaient capables de survivre à des doses de toxine 500 fois plus élevées que celles tuant ces insectes, dans les mêmes parcelles, avant l'introduction de ce coton dit Bt.

MAINTIEN DE ZONES "REFUGES"

Pour faire face à ce phénomène de résistance, les promoteurs des OGM préconisent le maintien de zones "refuges", semées en plantes conventionnelles, où sont conservées des populations d'insectes sensibles à la toxine ayant pour avantage de "diluer" par croisement le caractère résistant des individus mutants.

Cette stratégie semble fonctionnelle, mais à condition que les refuges soient "abondants", prévient M. Tabashnik : en Arkansas, où 39 % de la population d'Helicoverpa pouvaient trouver pitance dans des champs non OGM, la résistance a pu apparaître et pourrait, au rythme actuel, être totale d'ici neuf ans.

Au contraire, en Caroline du Nord, où ce pourcentage de refuge était de 82 %, la fréquence de la résistance sera encore presque nulle dans dix ans, prédit-il.

Hervé Morin
Article paru dans l'édition du 09.02.08

08/02/2008

Jusqu'à la lie....

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Tableau de Bob de Groof

Pour ceux qui en doutait encore voici la preuve qu'on est bien revenu dans La France d'Après, celle de L'ORTF, de la voix de son maître, de l'oeil et l'oreille de Moscou... Celle d'avant les gauchistes par qui toute faute originelle est arrivée... La mondialisation, la Balkanisation....
Allez jeter un oeil si vous le pouvez encore... M'est souvenir de lectures de témoignages du camps de Gurs et d'Argelès sur Mer... D'un livre de Lisa Fittko "Passeur d'espoir"... d'un malaise mal guérissable... On savait mais on n'a rien fait par lâcheté... Que dirons-nous à ceux qui nous suivront.

Allez un oeil dans les poubelles de l'histoire, juste un dernier pour la route en cliquant ici pour ceux qui ont raté ce morceau d'anthologie journalistique servit au sinistre de l'identification pour justifier l'injustifiable...rediffusion cette nuit d'une ration de soupe populiste pour électroencéphalogramme plat...

27/01/2008

Malaise dans la Civilisation...

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dessin Yves Budin

par Régis Debray

"L'instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé parce qu'il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement porté par l'espérance." Qu'en auraient pensé, devant le peloton d'exécution, Jean Cavaillès, Marc Bloch, Jean Prévost, Léo Lagrange ? Ils avaient assez de foi en eux pour hausser les épaules. Mais du temps où il y avait une gauche en France, cette injure - dans la bouche d'un président de la République - eût mis un million de citoyens sur le pavé. Une "politique de civilisation" ? Certes, mais laquelle ? Chacune se définit par sa façon de souder ou de distinguer le temporel et le spirituel. Des Eglises libres de l'Etat, dans une nation élue, comme aux Etats-Unis, ce n'est pas un islam inféodé à l'Etat, comme en Turquie, ni un Etat libre des Eglises, comme en France, fille de sainte Geneviève et de Diderot. Après d'heureux aperçus sur le considérable apport du christianisme, le discours du Latran a dérivé vers une falsification de notre état civil. Et la prière psalmodiée dans la capitale du fanatisme, Riyad, louant Dieu comme "le rempart contre l'orgueil démesuré et la folie des hommes", oublie que le Dieu unique a été autant cela que son contraire.

C'est entendu : si aucune civilisation ne peut vivre sans valeur suprême, le temps est passé des messianismes de substitution qui demandaient à un accomplissement politique de pallier mort et finitude. Une république laïque n'a pas à promouvoir une quelconque Vérité, révélée ou "scientifique". Mais que notre chose publique, par une chanceuse exception, se soit affranchie, en 1905, des religions établies ne la réduit pas à une courte gestion de l'économie, notre intouchable état de nature. Enraciné dans l'instruction publique, le projet républicain d'émancipation a sa noblesse. Il y a un code des libertés publiques, mais la Fraternité n'est pas réglementaire. C'est une fin en soi, qu'on peut dire transcendante, sur laquelle peuvent se régler pensées et actions.

Tout citoyen à la recherche de ce qui le dépasse se verrait enjoint de regarder l'au-delà ? Cela revient à délester la République de toute valeur ordonnatrice. Il y a loin de l'enseignement laïque du fait religieux, que j'avais recommandé, que l'Assemblée nationale a approuvé, à ce détournement dévot du fait laïque. Notre propos n'était pas d'humilier l'instit pour vanter l'iman ou le pasteur. Mais d'étendre les Lumières jusqu'au "continent noir" des religions, non de les abaisser. Encore moins de les éteindre. "La mystique républicaine, disait Péguy, c'était quand on mourait pour la République. La politique républicaine, c'est quand on en vit." Cette dernière ne sera pas quitte envers la première avec une gerbe de fleurs le 14-Juillet ou une belle envolée quinquennale. Faut-il, parce que les lendemains ne chantent plus, remettre aux détenteurs d'une Vérité unique le monopole du sens et de la dignité ? Entre la high-life et la vie consacrée, il y a le civisme. Entre le top model et Soeur Emmanuelle, il y a l'infirmière, l'institutrice, la chercheuse. Entre l'utopie fracassée et le Jugement dernier, il y a ce que l'on se doit à soi-même, à sa patrie, à autrui, à l'éthique de connaissance, au démon artistique. Ces transcendances-là, qui se conjuguent au présent, sans dogme ni magistère, ne sont pas les seules, mais elles ont inspiré Marie Curie, Clemenceau, Jean Moulin, Braque, Jacques Monod et de Gaulle (dont la lumière intérieure n'était pas la religion, mais l'histoire). Etaient-ce des professeurs de nihilisme ? Dans le rôle du mentor et du liant entre factions, la franc-maçonnerie des rich and famous semble avoir remplacé celle des loges radicales d'antan, moins flashy mais plus éclairante. Faut-il, parce que le Grand Occident succède au Grand Orient, réduire le gouvernement à une administration, la scène nationale à un music-hall et la foi religieuse au statut de pourvoyeuse d'espérance aux désespérés ? Après l'opium des misérables, l'alibi des richards ? Les vrais croyants méritent mieux.

Au forum, la frime, à l'autel, l'authentique ? Dieu pour les âmes, l'argent pour les corps, ceci compensant cela. C'est l'idéal du possédant. Ce cynique équilibre entre indécence matérialiste au temporel et déférence cléricale au spirituel soulagerait nos élus de leurs obligations d'instruire et d'élever l'esprit public en payant d'exemple. Ce grand écart est possible dans un pays-église, formé au moule biblique, où neuf citoyens sur dix croient en l'Etre suprême et où l'Evangile peut faire contrepoids au big money. La France, où un citoyen sur dix reconnaît l'Inconnaissable, n'est pas la "One Nation under God". Les civilisations ne se délocalisent pas comme des stock-options ou des serials télévisés - anglicismes désormais de rigueur. Fin des "Chênes qu'on abat", à La Boisserie, face à la forêt mérovingienne. "S'il faut regarder mourir l'Europe, regardons : ça n'arrive pas tous les matins. - Alors, la civilisation atlantique arrivera..." Encore une prophétie gaullienne confirmée ? Le divin atlantisme désormais à l'honneur donne congé à une tradition républicaine biséculaire au nom d'une tradition théodémocratique inexportable.

L'actuel chef de l'Etat s'est donné dix ans pour rattraper le retard de la France sur la "modernité", nom de code des Etats-Unis, passés maîtres des arts, des armes et des lois. Et voilà que, sur un enjeu crucial où nous avions de l'avance sur la Terre promise des people, un born-again à la française nous mettrait soudain en marche arrière ? Bientôt la main sur le coeur en écoutant La Marseillaise ? Les lapins, faute de mieux, feront de la résistance.

20/01/2008

Ciel de lune (extraits)

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Quand on voyage, on sait quand on part. Jamais comment, ni quand, ni si on reviendra un jour. Comme les migrateurs, on passe d’un continent à l’autre, au fil des saisons de la vie, et on revient parfois mourir à la case départ en suivant la trajectoire des saltimbanques comme un trapéziste, un musicien volage, un chemineau tricard, un voleur de poules. En partance pour l’espoir, à fond de cale ou au bord d’un quai, ces clandestins aux dos mouillés du Rio Grande, ces rouliers qui filent en direction de l’ouest, traversent rivières et deltas, marais et montagnes pour découvrir un autre possible. Le nez rivé sur le fil de l’horizon. Dans cette maison, j’avais eu l’impression d’y revenir après un siècle d’errance, pour m’enraciner à nouveau dans ces terres quittées par obligation.
Aux nôtres, ce pays n’a laissé que la peau sur les os et a offert la fuite comme seul salut. Et depuis, avec ceux de ma tribu insoumise à tous les pouvoirs depuis tant de siècles, nous errons. Parce que les nouveaux arrivants nous ont chassés de nos terres. Hommes de terres arides, irriguées par les sources venant des hauteurs enneigées. Il n’y a pas pire climat que sur ces terres-là : sec et venteux, brûlant et froid. Quand la pluie tombe, c’est seulement un peu, parfois. Par endroits émergent des failles vertes, dans le repli des collines, de petites parcelles en espaliers, arrachées et défendues dans ce paysage lunaire, irriguées par un filet d’eau chichement partagé.
L’administration coloniale ne s’est pas salie les mains pour mettre les nôtres au pas. Elle s’est contentée de sous-traiter le travail au pacha de Marrakech, le Glaoui, dont tous vantait l’efficacité de la méthode. Le monde civilisé a fermé les yeux, seul importait le résultat. Il a levé sa harka à Tazert en mille-neuf cent vingt et un et il est monté dans le haut Atlas faire régner l’ordre des temps modernes. Il s’est approprié les terres, a laissé mourir les vieux, envoyé les femmes dans ses bordels, réduit en esclavage les plus jeunes. Les têtes des nôtres ont pourri sur une pique place Jemaa el Fna. La nostalgie est inutile. Elle ne donne rien de bon. De la rancune, sur le temps passé… Un jour, il faudra bien pourtant aller chercher par-là pour comprendre ce qui s’est passé. Ecrire l’histoire des nôtres. Laisser une trace sur le papier et leur redonner la noblesse de la fierté qui leur a été volée. Ecrire, encore écrire, contre le mensonge.
À quoi sert-il d’avoir un passé quand il faut à nouveau partir ? Accepter de n’être qu’un rhizome qui dérive au gré des fleuves et des courants pour prendre racine dans chaque coin de terre, dans chaque espace le permettant. Tel est devenu notre destin. Ici aujourd’hui, demain là-bas. Avancer tant que la vie le permet. Des nuages dans les yeux, des mirages dans le ciel et des miracles à portée de la main.


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19/01/2008

En voila une excellente nouvelle...

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c'est du beau, du bon, du Ballouhey....

17/01/2008

C'est la faute à Rousseau

L’article 104 de Maastricht (qui est devenu l’article 123 du traité de Lisbonne).
Il dit ceci : « Les États n’ont plus le droit d’emprunter auprès de leurs banques centrales ». Pour le commun des mortels c’estincompréhensible.
De quoi s’agit-il ?

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Peinture: Jean-François Veillard
Retrouvez son travail en cliquant dans la colonne de gauche sur JF de Menilmontant.....

Depuis des siècles, les États ont abandonné une partie de leur pouvoir de créer la monnaie aux banques privées : les banques ont obtenu des gouvernants, très certainement par corruption, le droit (fondamental) de créer la
monnaie. Mais au moins, jusqu’à une période récente (1974 en France), les États partageaient encore avec les banques privées le droit de créer la monnaie : quand un État avait besoin d’argent pour créer des voies ferrées, des logements ou des hôpitaux, l’État créait lui même sa monnaie, et il ne devait pas payer d’intérêts pendant les remboursements - ne relâchez pas votre attention et n’oubliez pas : c’est le point crucial, celui qui vous condamne aux travaux forcés au profit de rentiers oisifs. C’est comme cela que l’État créait la monnaie : l’État
empruntait auprès de sa banque centrale (qui créait cette monnaie pour l’occasion) et, au fur et à mesure où l’État remboursait cet emprunt, la Banque centrale détruisait cet argent, mais sans faire payer d’intérêts à l’État !
Depuis 1974 en France, à l’époque du serpent monétaire européen, l’État —et c’est sans doute pareil dans les autres pays européens— s’est interdit à lui-même d’emprunter auprès de sa banque centrale et il s’est donc lui-même privé de la création monétaire. Donc, l’État (c’est-à-dire nous tous !) s’oblige à emprunter auprès d’acteurs privés, à qui il doit donc payer des intérêts, et cela rend évidemment tout beaucoup plus cher.
Dans quel intérêt ? L’intérêt général ?
Vous plaisantez, sans
doute ! Je vous fais remarquer que, précisément depuis 1974, la dette publique ne cesse d’augmenter et le chômage aussi. Je prétends que c’est lié. Ce n’est pas fini : depuis 1992, avec l’article 104 du traité de
Maastricht, cette interdiction pour les États de créer la monnaie a été hissée au plus haut niveau du droit : international et constitutionnel. Irréversible, quoi, et hors de portée des citoyens. On ne l’a dit pas clairement : on a dit qu’il y avait désormais interdiction d’emprunter à la Banque centrale, ce qui n’est pas honnête, pas clair, et ne permet pas aux gens de comprendre. Si l’article 104, disait « Les États ne peuvent plus créer la monnaie, maintenant ils doivent l’emprunter auprès des acteurs privés en leur payant un intérêt ruineux qui rend tous les investissements publics hors de prix mais qui fait aussi le grand bonheur des riches rentiers, propriétaires de fonds à prêter à qui voudra les emprunter », il y aurait eu une révolution.
Ce hold-up scandaleux coûte à la France environ 80 milliards par an (*) et nous ruine année après année ; mais on ne peut plus rien faire. Ce sujet devrait être au coeur de toutes nos luttes sociales, le fer de lance de la gauche et de la droite républicaines. Au lieu de cela, personne n’en parle. C’est consternant.

12/01/2008

Du coté des utopistes

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L'association Tabaa Ninga, créée en Haute-Garonne, a pour objectif de financer la transformation d'un autocar en centre de soins mobile.
TABAA NINGA veut dire en MOORE : "on est là pour s'aider".
C’est une association à qui a été donné un car de ramassage qui transportait des enfants en France et qu'une équipe d'amis a décidé de transformer en DISPENSAIRE MOBILE DE SOINS pour aller soigner les plus défavorisés au BURKINA FASO et ailleurs.

Là-bas, un homme meurt à 42 ans.
Là-bas une femme meurt en moyenne à 47 ans...
... Comme au moyen âge chez nous avant.
Là-bas, il faut faire parfois 50 Kms pour faire soigner son enfant qui meurt quelquefois avant.
Rien que pour çà il faut le faire.
Là-bas la mortalité des enfants est de près de 70%...
Parce qu'il est INADMISSIBLE qu'au XXIème siècle près de nous, des enfants meurent faute de soins à proximité.
Parce que ce rêve humaniste nous voulons le réaliser, nous cherchons un budget de 200.000 € pour le faire réaliser par des bénévoles professionnels.
Notre car comprendra 3 espaces :
Un espace extérieur sous auvent pour tous les soins légers ; un espace soins lourds à l’intérieur ; et un espace de vie pour 1 médecin et 2 infirmières.
Ce projet est novateur, clonable et ambitieux.
Nous avons aussi eu l’idée de mobiliser les bonnes volontés, mais en traduisant ces horreurs quotidiennes par des messages d’amour et d’HUMOUR porteurs d’espoirs (cf. notre Blog !)
Tabaaninga
Nous voudrions éditer un livret qui pourrait être vendu, recueil d’environ 50 dessins portant sur ce bus, l’Afrique, les soins, les médecins, les infirmières, ce projet, TABAA NINGA, ou toute autre idée qui prêterait à sourire dans ce monde de brute.
Nous imaginons bien sûr dans celui-ci réserver une double page pour tous les amis dessinateurs qui nous aideront dans cette récolte de fonds indispensables OU NOUS METTRONS LEUR SITE ET LEURS LIVRES PARUS.
Il faut préciser que TOUT le fonctionnement est bénévole, ni frais, ni salaires, tout à 100% est investi.

MERCI A TOUS DE VOTRE ECOUTE ET DE VOTRE AIDE SI CELA VOUS EST POSSIBLE.

Prenez contact avec nous pour vos DONS & AIDES !
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Bon de commande de l'album en cliquant ici

100 dessins, 40 dessinateurs : Aurel, Babouse,
Ballouhey, Barros, Bauer, Bézian, Biz, Brito, Brouck, Cambon, Carali, Caritte, Catherine Beaunez, Chacha, Chimulus, Colonnier, Delambre, Deligne, Faujour, Glez, Goubelle, Haddad, Herlé, Isa, Jiho, Lefred Thouron, Lerouge, Lindingre, Mutio, N'Guessan, Pichon, Plantu, Remi Malingrey, Samson, Sibylle Delacroix, Tignous, il est à vendre il faut l'acheter, il est très beau très drôle, très émouvant.
Et ça soigne de petits n'enfants qui-z-ont du bobo.
dixit Ballouhey....


Association Tabaa Ninga
DRAY
BP 1
31380 GRAGNAGUE

16/12/2007

La très belle histoire du vigneron bourguignon candide et de son ouvrier sans-papiers aux prises avec la diabolique administration...

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collage Maryvonne Le Quellec

Source: Libération
Alice Géraud

C’est un «vieil homme de la vieille droite», comme il dit, qui semble avoir subitement égaré ses certitudes. Un notable bourguignon qui porte beau la casquette Sherlock Holmes, vouvoie son épouse, mais se met à dire des jurons la voix gonflée de colère. Un employeur qui ne comprend pas pourquoi on lui a «enlevé» son salarié. Un monsieur qui pleure un ami. Michel Millet, riche propriétaire de vignes sur la côte chalonnaise, avait rencontré Benali Sahnoune en 2005, via une de ses connaissances parmi la communauté harki.
Millet est un ancien officier de l’armée française en Algérie. Il en a conservé un vocable suranné aux accents plus paternalistes que colonialistes à l’égard de la communauté arabe. Benali Sahnoune, algérien, était alors clandestin en France, il n’avait pas de boulot. Millet l’a fait embaucher sur le domaine viticole de sa fille. Petit à petit, le travailleur clandestin a appris le métier de la vigne. Il a commencé par trier les sarments, puis se familiarisant, il a appris à les attacher, à ébourgeonner, à tailler… «C’est un bon vigneron», dit Michel Millet. Mais, la semaine dernière, alors qu’il se rendait sur le domaine de Châtenoy-le-Royal (Saône-et-Loire), Benali Sahnoune a été arrêté sur la route par les gendarmes et emmené au centre de rétention administrative de Lyon. Il doit être expulsé d’un jour à l’autre vers l’Algérie. Michel Millet a d’abord été en colère. Puis il a pleuré. L’histoire de Benali Sahnoune se confond avec celle des milliers de clandestins expulsés chaque année. En 2002, il a fui le nord-ouest d’Alger, région sinistrée par la guerre civile, laissant sur place femme et enfants, pour espérer trouver un travail en France. Il a rejoint Chalon-sur-Saône, où son père est installé depuis 1962, sa mère et ses frères et sœurs (français, eux) depuis une quinzaine d’années. Il s’est vu refuser, comme la plupart des Algériens, le statut de réfugié. A quand même trouvé du boulot. Déclaré. Il pensait que cela plaiderait pour sa régularisation. Il s’est trompé.

Lors de son arrestation, il a montré ses feuilles de paie, ses cotisations à la Mutuelle sociale agricole… «Ils m’ont dit que ça ne servait à rien.» Benali Sahnoune est résigné. Michel Millet, son employeur, n’y arrive pas. Benali Sahnoune sait que «c’est comme ça». Michel Millet ne le savait pas. Cet homme de 73 ans vient de découvrir une France qu’il ne connaissait pas. Celle «des humiliations» et «du mépris». Comme sa fille, il a été convoqué chez les gendarmes. Il lui a été signifié qu’il pouvait être poursuivi pour «aide à l’entrée, au séjour et à la circulation d’un étranger en situation irrégulière». Le procureur n’a pas voulu donner suite. Mais Michel Millet n’est pas dupe : «On est une famille de notables convenables, cela explique.»

Quelques jours après l’arrestation de Benali Sahnoune, il s’est rendu avec Zerka et Amoulkeir, les deux sœurs de Benali, au centre de rétention administrative de l’aéroport de Lyon. Après deux heures de route, ils ont sonné au centre de rétention. On leur a demandé d’attendre sous le vague Abribus qui fait office de salle d’attente. Au bout de trois quarts d’heure dans le froid, croyant avoir été oubliés, ils ont resonné. Les policiers sont sortis, leur ont fait comprendre que leur impatience était de mauvais aloi. Ils ont été sanctionnés d’une privation de visite et sont repartis à Chalon. La colère au ventre. Avec un accent bourguignon comme on n’en entend plus, le «r» roulant et traînant, Michel Millet peste contre «cette droite de cons».

L’ancien président local de la CGPME (le très droitiste syndicat des petits et moyens patrons), qui fréquente le ban et l’arrière-ban des notables chalonnais, a des gros mots pleins la bouche contre la politique d’immigration de la France, la politique tout court et ses représentants. A sa femme qui s’inquiète de le voir sortir de ses gonds face à la presse, il répond : «Ne vous inquiétez pas Geneviève, je sais que je parle à un journal de gauche, je prends toutes les précautions d’usage.» Les sœurs de Benali sourient. Parfois le taclent sans ménagement.

Curieux trio que ce monsieur aux allures de gentleman-farmer version bourguignonne de la IIIe République et ces deux jeunes femmes portant le voile et le verbe haut. Ils sont retournés ensemble mercredi au centre de rétention pour un dernier au revoir à Benali. Cette fois-ci, ils ont pu entrer. Ils lui ont apporté sa valise et quelques cadeaux pour la famille au bled. Ils ont droit à vingt minutes d’entretien. Dans la salle aux murs blafards, personne n’arrive vraiment à parler. Michel Millet répète : «C’est ridicule tout ça.»


QUOTIDIEN : samedi 15 décembre 2007

15/12/2007

Le chant des gnaouas

ABDELJALIL KODSSI

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l'étrange destin du barbier de la place Jemma el Fnaa


Sur le net je cherchais des informations sur Geoffrey Oryema, je suis tombé en arrêt devant la photo d'Abdeljalil dont j'avais perdu la trace. Il n'était plus coiffeur sur la place Jemma el Fnaa et je n'avais pas retrouvé son adresse, car il avait quitté Marrakech pour Barcelone. C'est grâce à feu Jean Michel Zangronitz, alors directeur du centre culturel français de Marrakech que je l'avais rencontré et nous avions sympathisé. J'avais lu des textes avec lui en accompagnement et son groupe Mluk el Hawa, lors d'une soirée dans le théâtre de plein air du centre route de la Targa, noir de monde. Lui et son groupe on déchaîné l'auditoire. C'est là que j'ai vu pour la première fois des gens en transe. A l'époque le groupe Mlouk el Hawa répétait dans la maison que Juan Goytissolo leur prêtait en son absence. La voix d'Abdeljalil était déjà puissante, envoutante, chaleureuse.

J'avais écrit ce texte, publié dans la revue propos de campagne, en pensant à lui...


Assis chez le barbier, j'ai contemplé le bruit furieux de la place rouge. Offert la gorge tendue je regardais dans la glace cet homme qui affûtait une lame luisante. Et s'il lui venait l'idée de me trancher la gorge ?
J'ai eu un moment de panique. D'une main le coiffeur me tendait la peau, de l'autre tenait le rasoir. La caresse du métal me rongeait les poils. J'ai fermé les yeux pour ne pas montrer mon désarroi. La lame en grattant lentement glissait sur mes veines.
Le bruit de l'acier se répercutait dans les mâchoires. Aucune expression sur le visage du barbier ne laissait présager un tel dessin. J'avais choisi d'accepter et je pensais que quoi qu'il advienne, en me soumettant à la mort, je renaîtrais à mon destin.
Quelqu'un décidait à ma place et me laissait la possibilité de vivre. Je n'avais plus à choisir. Peut-être ne me tuerait-il pas, mais prendrait-il le soin de me balafrer affreusement. Mon sang giclerait sur les flacons de parfums, le fauteuil, le miroir, la céramique blanche. Sur le visage il m'a passé de l'eau chaude, puis froide après m'avoir massé avec un onguent. Il m'a détaché la serviette du cou. Je payais et sortais heureux d'être encore vivant. La cigarette du barbier au parfum gras de haschich achevait de se consumer dans le cendrier.


au devenir d'un Maalem gnaoua



Fils d’une famille gnawa de la région de Marrakech, le chanteur et multi-instrumentiste Abdeljalil Kodssi a officié depuis son enfance au sein de nombreuses formations gnawa, ce « blues du maghreb ». Co-fondateur des mythiques Nass Marrakech, il a joué et enregistré avec des pointures aussi diverses que Al Tall, Jorge Pardo ou Don Cherry.
Après sa carrière avec le groupe Nass Marrakech, et un premier projet solo, Mimoun, produit par Omar Sosa, Abdeljalil Kodssi revient avec Oulad Fulani Ganga, un album enregistré avec Javier Mas.
Riche de ses expériences musicales et humaines, il a édité son album intitulé Mimoun (la chance). Il a facilement convaincu Omar Sosa de jouer avec lui, tellement convaincu que le cubain a décidé de produire l’album !


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KODSSI est comme une figure hybride entre les grandes figures du rock, du jazz, du flamenco et de la musique gnawa, avec son adoption de l'art comme mode de vie. Il résiste à toutes formes de réduction de son art de jouer et de chanter, qui est sa forme d'être. Kodssi se maintient contre vent et marées comme un homme de la rue qui ne conçoit pas la vie sans musique, la musique sans vie : la vie sans vie.

Musicien, barbier, acteur, économiste, bricoleur et médium, dans chaque geste et dans chaque sourire de cet homme, se matérialise un instinct de fraternité. Balsamique, invincible, mythique, ce tendre grand frère de tous, Abdeljalil Kodssi, est le patriarche en fonction d'un clan imparable. Le prénom et le nom d'une certaine compréhension de la musique qui donne du sens à la vie."

VÍCTOR ANDRESCO Extraits de l'article portrait El Gran Hermano

à la reconnaissance internationale



1977: Abdeljalil Kodssi s'expatrie de son Maroc natal pour se dédier à la musique. Sur la place de Marrakech, dans son propre salon de coiffure, il régnait jusqu'à lors comme le meilleur barbier de la ville.

1980: Abdeljalil édite son premier album avec sa formation Mlouk El Hawa, s'en suit quatre autres avec une sortie annuelle et des tournées dans les pays arabes.

1984: Rencontre avec Juan Goytisolo qui va marquer un tournant décisif dans sa carrière artistique puisque c'est grâce à l'écrivain qu'Abdeljalil et son groupe sorte pour la première fois en Espagne à l'occasion de la présentation au public de l'une des oeuvres de l'écrivain. La rencontre a lieu dans le salon de coiffure d'Abdeljalil où les passants ont pour coutume de venir s'asseoir et prendre le thé. Juan Goytisolo découvre la musique de Jalil et decide de le présenter à son ami et plus grand rockeur espagnol Miguel Ríos, qui croit également au talent d'Abdeljalil.

1985: Les multiples apparitions d'Abdeljalil sur les scènes et dans les médias espagnols résultent très fructueux pour l'artiste: il joue avec son groupe dans les villes comme Madrid, Barcelone, Salamanque, Valence ... et entre en contact avec le groupe Al Tall qui leur facilite l'accès à la scène Française avec un premier concert à Marseille.

1986: Kodssi continue à jouer avec Mlouk El Hawa et sont invités pour la seconde année consécutive au Festival Troubadour de Valence. La collaboration artistique de Mlouk El Hawa avec le groupe Al Tall remporte un tel succès auprès du public, qu'ils décident d'enregistrer un album ensemble: Chirk El Andalus. C'est l'année où ils sortent également un nouvel album : Gemah El Frek. Abdeljalil continue son ascension en Espagne et au Maroc.

1987: Rencontre avec Hassan Hakmoun, musicien marocain vivant aux Etats Unis et qui collabore avec des musiciens tels Don Cherry et Peter Gabriel. A Berlin, Hassan présente Abdeljalil à Don Cherry, et Abdeljalil Kodssi est invité à jouer avec eux et Adam Ordorf à Berlin. S'en suit une tournée européenne en Autriche, en Allemagne, en Belgique, en Italie et en Suisse. Abdeljalil est invité aux tournées américaines et sa collaboration avec Hassan Hakmoun, Don Sherry et Adam Ordorf se maintiennent jusqu'en 1995, année de la mort de Don Cherry à Málaga.

1990: Kodssi rencontre Aziz et Sherif, les musiciens actuels de Nass Marrakech, au centre culturel français de Marrakech. L'entente artistique entre les trois musiciens est tellement fusionnelle, qu'ils décident d'enregistrer un album ensemble avec l'appui toujours de Juan Goytisolo.

1991: Nass Marrakech participe au prestigieux Festival GREC de Barcelone et le groupe s'établit définitivement dans la capitale catalane.

1995/1997: Années pendant lesquelles Abdeljalil Kodssi est sollicité par le groupe Ektal et Javier Mas, grâce aux multiples apparitions et succès remporté par Nass Marrakech sur la scène espagnole.

2000: Abdeljalil enregistre avec Javier Mas et Jordi Rallo, Tamiz, album de musique Arabo andalouse .La même année, il rencontre Omar Sosa au Womex de Berlin qui lui tombe dans les bras.

2001: Le second album de Nass Marrakech sort sous le titre de Bounderbala. Avec la colaboration artistique d'Omar Sosa, au piano, et Jorge Pardo, au saxophone.Elu meilleur album de l'année 2001 par l'Association Nord-americaine de Musique Indépendante.

2002: Publication du premier album Mimoun d'Abdeljalil Kodssi en solo, grâce à la réalisation et production artistique d'Omar Sosa pour Ventilador Music.

On trouve ses productions chez son éditeur espagnol Ventilador

IL est diffusé en france par Mosaic Music
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koi ki di wikipédia sur les ganouas?



Selon de vieux et rares érudits Gnaouis, la musique et les rituels Gnawas, tirreraient leurs origines du Vaudou. Ces pratiques ont du se métamorphoser pour survivre et adopter l'islam comme religion afin d'assurer leur continuité (de même pour leurs cousins qui ont dû adopter le christianisme en Amérique).

Les Gnaouas ou Gnawas sont les descendants d'anciens esclaves issus de populations d'origines d'Afrique Noire (Sénégal, Soudan, Ghana...) Il furent amenés par les anciennes dynasties qui ont traversé l'histoire du Maroc et en partie celles de l'Algérie et de la Tunisie, en commençant par l'empire Almohade pour les travaux et les bâtiments des palais et le renforcement des armées. La constitution en confréries des gnaouas à travers le Maroc s'articule autour de maîtres musiciens (les mâallems), des joueurs d'instrument (quasi exclusivement les qraqech - sorte de crotales - et le gambri), des voyantes (chouaafa), des médiums et des simples adeptes. Ils pratiquent ensemble un rite de possession syncrétique (appelé Lila au Maroc, Diwan en Algérie) et où se mêlent à la fois des apports africains et arabo-berbères pendant lequel des adeptes s'adonnent à la pratique des danses de possession et à la Transe.
Le festival d'Essaouira au Maroc est un haut lieu de rassemblement annuel de cette confrérie.


14/12/2007

Preuves à l'appui...

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Ai reçu ce mail qui m'a beaucoup fait rire...
Y a pas de raisons que je sois le seul à en profiter...

Cette chaîne a été commencée en 1625 par un moine capétien moldave éleveur de morues dans le but de sauver Thérèse, une petite fille gravement malade !
Aujourd'hui cette petite fille a 379 ans et elle est atteinte d'une hypertrophie des testicules et d'une fièvre affreuse de la grande thyroïde contractée lors d'un viol par un cerf en période de brame en forêt de Ramonville, à proximité d'une marre souillée par des déchets de matière fécale venue des égoûts du Chemin de Pécette.
De plus, lors d'un séjour au Zimbabwe, elle s'est fait bouffer une jambe par un ours blanc africain, espèce extrêmement rare qui a la particularité de sodomiser ensuite ses victimes.
Alors renvoyez s'il vous plaît ce message à tout votre entourage ! Et cela vous portera chance.
La preuve : En 1912, un jeune Irlandais fit suivre ce message par SMS. Dans la semaine, il se vit offrir une place pour la croisière inaugurale du plus prestigieux transatlantique britannique (titinac ou un truc de ce genre) direction New York. Lors de ce voyage il découvrit l'amour, les sorbets, et les bienfaits de la natation.
Ne gardez pas ce message sur votre ordinateur plus de 16 minutes sans quoi le mal sera porté sur vous à jamais.
La preuve : Il y a un peu plus de 2000 ans, un homme reçut ce message sur son ordinateur portable. Comme sa batterie était vide et qu'il ne pouvait pas la recharger vu qu'il n'y avait pas encore d'électricité à cette époque, il fut crucifié avec des clous rouillés et on lui mit sur la tête une casquette épineuse.

Ça fait tout de même réfléchir.
Alors n'hésitez plus ! Renvoyez ce message à tous vos amis. Cela leur portera chance :
Chaque fois qu'ils iront aux toilettes, il y aura du papier.
Chaque fois qu'ils achèteront des knackis à la volaille, y'aura 20 euro cents de réduction immédiate à la caisse.
Chaque fois qu'ils mangeront des moules, il n'y aura pas de petits crabes dedans (sauf pour ceux qui aiment bien).
Céline Dion deviendra aphone à vie.
Si vous le faites, en plus, vous recevrez prochainement un bon de réduction de 15 % valable dans tout le catalogue des 3 Cuisses (surtout à la page 69) et moi, je recevrai un bon de cuissage.
Ce message a fait le tour du monde 759 874 236 587 fois, ne brisez pas la chaîne !
Pour Thérèse, pour vous, pour moi, pour tous vos amis, ne brisez pas cette chaîne. Merci..."

Je chanterai pour toi

1960 :Le Mali indépendant se réveille chaque matin au son des chansons de Karkar (Boubacar Traoré), diffusées par la radio nationale. Il a tout juste 18 ans. « L’Elvis Presley Malien », au rythme de ses succès (« Mali twist », « Kayes-Bas » …), exhorte le pays tout entier à la reconstruction.
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Dès son jeune âge, Boubacar Traoré se passionne pour le football. Mais c’est en chapardant la guitare de son grand frère musicien qu’il se met à la musique, en autodidacte.

Dans les années soixante, dans un Mali devenu indépendant il multiplie les concerts et la radio diffuse ses chansons qui deviennent de véritables hymnes à ce pays en pleine reconstruction, plein d’espoir et de promesses.
Le succès est fulgurant ; Karkar est le chantre de ce nouvel élan. Il se souvient de cette époque de bohême : « Le peuple malien m’aimait. J’étais son Johnny Hallyday, son James Brown, mais je n’avais pas de quoi me payer des cigarettes. »

Dès la fin des années soixante, l’euphorie des commencements retombée, le Mali se fossilise dans une « révolution culturelle » de plus en plus rigide.
Le soir, les rues se vident, les cafés ferment, les guitares se taisent, la bohême s’achève et les contingences naturelles contraignent Boubacar Traoré à laisser de côté sa musique. Il travaille alors comme tailleur ou comme ouvrier agricole. « Si tu es marié et si tu as des enfants, tu ne peux pas faire de la musique, parce que tu ne gagnes pas d’argent avec. Alors je ne joue pas. » Ce silence durera plus de 20 ans.


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En 1981, la mort de son frère fait renaître le mythe : Le Mali tout entier dans la confusion, pense avoir perdu celui dont les chansons avait accompagné l’indépendance. Quelques années plus tard, des journalistes de la télévision malienne retrouvent par le grand des hasards Karkar bien vivant, derrière une table au marché de Kayes où il vendait des babioles. Ressuscité, il fait exploser le standard téléphonique de la chaîne à qui il donne une interview en direct.

Mais la confusion perdure : Le Mali ne fait pas le lien entre le mythe Karkar et le chanteur Boubacar Traoré.

En 1988, Pierrette, sa femme adorée, décède lors d’un accouchement. Anéanti, Karkar confie ses enfants à une vieille tante et, sur les conseils d’un ami, part en France pour refaire sa vie. Il erre alors pendant des années dans les foyers Sonacotra de la région parisienne et travaille comme maçon.
C’est un producteur de disques anglais qui, avec l’aide du directeur du Centre Culturel Français à Bamako, parvient à le convaincre de reprendre une guitare dont il ne voulait plus entendre parler : ils le décident à enregistrer son premier album : « Mariama ». Karkar revient alors s’installer à Bamako avec sa famille.


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11/12/2007

A compromis, choses dues...

On peut dire que la visite de Khadafi est un succés TOTAL...

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09/12/2007

Les Crobards de Malnuit

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Peinture de Malnuit


Tiens, un coup avec Chomé j’me rappelle… j’sais plus s’il habitait Grenoble ou s’il était venu exprès… ç’avait été la grande ballade. C’était toujours la grande ballade avec lui. Enfin la grande ballade… je veux dire qu’on écumait le royaume à grandes foulées, à toute vapeur… via Vladivostok par Tombouctou et Vancouver, n’importe quoi n’importe comment pourvu qu’ça bombe, et les courants d’air faut pas y craindre, ni le phylloxera, et ça tombait du plafond à chaque minute, toutes qu’on les a nettoyées bel et bien ces putains d’araignées, slarp avec la langue pendant des heures ; la fiesta ; ce lour-là ou un autre, j’dis bien c’était toujours la fête. Sûrement qu’ça tenait à ce qu’on était comme qui dirait 2 doigts de la main… Y’a des années qu’on se connaissait déjà, depuis le bahut au commencement ; on avait 10-12 ans ; c’était au quart de poil – et j’y pense, c’est ça le vrai dialogue, quand tu parles et t’as pas besoin de faire le détail on se comprend, pas de ficelles et pas de pièges à con et pas besoin de tâter le terrain, tu connais, c’est les yeux fermés, à l’aveugle, lui c’est le paralytique, une paire royale… et une paix royale ; parce que ça se passe dans la paix, et la confiance et l’abandon… Y’a rien à dire, c’est pas du racontable –
Ce jour-là on avait pas débandé. De bar en bistrot on a pt’être bien écumé la ville en égrenant nos chapelets – Parce que c’est comme la religion, causer, c’est comme la prière quand y’a la foi – et la foi… Au juste c’est pas qu’on l’avait… j’en sais rien ; mais ce qui est sûr c’est qu’on avait besoin de rien d’autre, tant qu’on était en train. On parlait de l’amour ; de la vie ; de la mort. On parlait de rien et de tout ; on assassinait et on accouchait en même temps ; c’était la vie parallèle, la vie ramassée, précipitée, et passée au tamis, des tonnes de graines à calibrer – ça c’est bon ça c’est pas bon – des kilomètres de rails avalés à 200 à l’heure, et le temps c’était du bidon, un épouvantail pour les oiseaux peureux, on s’en tapait on se perchait dessus les ailes en action et on se compissait, volupté et Cie, en attendant l’apocalypse… On dansait le calypso des vieilles nippes et on criaillait HOULA HOULAAAA pour faire crouler la charpente du bon Dieu ; c’te farce !… Qu’est-ce que c’était la vie ? Un point dans l’espace mental ; une chiure séchée sur la vitre de l’éternité ; pas ce qu’on en dit de par le monde des hommes en tous cas. Les hommes ? ce qu’on était nous-mêmes, là, à parler devant une bière, une saucisse dans le buffet et un abcès sous la dernière molaire inférieure : de la chair à pâté pour la poudre à canons ou du polystyrène à fabriquer des pions que les anges déplacent sur les fesses des élues-martyres en se curant les dents… Les mots avaient des ailes, et de la grâce, et du plomb dans les ailes et la mort aux trousses ; à volonté ; feu sur le monde à volonté, et sauve qui peut… La grande cavalcade, le jour où l’on dérouille, où l’on ouvre les portes et on en ferme d’autres, le jour du grand décompte, de la re-création, le ménage en grand et la vidange énorme, à toi, à moi, à toi, je tire , tu pares, on pousse, tiens aide-moi on va soulever ça, regarde cette couche, au panier, ouvre la fenêtre, fous-moi ça en l’air, t’as vu la lune elle pleure, t’entends – c’est quoi ? – je sais pas – tu vois rien ? – fait nuit totale – attends t’affole pas – file-moi une clope – écoute – ça bouge là-dessous – j’ai mal aux chailles – commande un sec ça étouffe la douleur – elle avait un petit sourire tu peux pas savoir – pas dègue cette allemande – c’est d’la Kronenbourg – j’te parle de cette fille là – et si Dieu existait qu’est-ce ça changerait ? – t’irais au trou, dans la trappe, crac – passe devant j’te suis – raison majeure : trop familier avec moi – suis flatté – et l’cul au rouge pendant 1000 ans – rigole pas ça m’lance – j’vais l’inviter à faire l’amour – je m’sens vieux mon vieux – ça vous passera avant qu’ça me prenne elle t’a dit ? – ouais – conne – de près pas si chouette que ça – tout à la fois – fait un billard ? – change de décor – la mer – mézigue c’est pareil – dans le ventre et dans la tête – avec des vagues comme ça – autre chose – depuis l’temps – cré salaud – savait pas à quoi s’en tenir – tait pourtant clair enfin – te mets jamais à la place des autres tu peux pas savoir – fff – t’aime bien comme ça vieux – des fois qu’ça voudrait – pas la différence – c’est qu’on va loin – tu crois qu’ça va péter un jour ? – pas – c’que tu veux – rien c’est extra – un trottoir, une ville, des lumières – une chance qu’on s’connaisse bien des fois – pareil tu crois pas ? – d’être ensemble – pareil aussi, rien, rien à part ! – vie de dormir, moi non plus non – la vie est pas c’qu’elle devrait être et elle l’est, obligé – ch’ment dans l’coup – pas assez à – parlais des femmes – pas en sortir – justement le hic on en sort ! – remettre ça – où ça ? – comme tu veux tu t’retrouves toujours le bec dans l’eau – pine en l’air et l’drapeau blanc au bout – terrible à dire – comme si c’était vrai ! – à bouffer du foin – parle plus – c’est ouvert – comme en 14 ! – va s’écouter un pe-tit-blouzz – l’endroit ? – sur bandes – j’en bande – bandons – fatigué ? – comme si c’était t’à l’heure – une paire de fesses que j’y foutrais la langue – tu vas t’échauffer les glandouilles, c’est pas bon pour toi – tièrement d’accord mais qu’est-ce – sais plus c’qu’on disait –
… Deux jours que ça a duré. On collait nos tripes au plafond et on faisait l’autopsie… Ce qu’on devenait, ce qu’on restait, ce qu’on perdait, avec le temps… Pile ou face, tu coules ou tu flottes, si tu flottes c’est guère mieux… Couler pour couler tu perds rien tu verras, au fond c’est mieux même, personne s’en doute ; perdre son temps pour perdre son temps j’aime autant qu’ça soit du ciné… On a dû voir un film je sais plus (à propos j’me suis toujours demandé pourquoi les cinés ferment après minuit…) Sortis de la salle on retrouvait la nôtre et la séance continuait, la vraie, et le film avait rien de fabriqué, pas fait pour les foules, entrée libre et personne s’en doutait, et c’était la plongée dans le noir ultramarin et intestinal, un noir d’âme plus noir que l’encre, et fallait faire gaffe aux faux-pas, du polar avec des décors qu’étaient pas – si, qu’étaient, du sang frais, du cœur en lé, et des jardins et des allées et des luias et des cantiques au diable et à ses complexes parce que le diable est plus près de l’homme, plus saignant dans le genre steak et plus compréhensif. Des injures et des coups de gueule pour rien, et si Dieu existait, il devrait sortir de son trou – depuis le temps qu’il désertait les rues ! – Le besoin d’amour devenait mystique, c’est-à-dire carnassier, comme il était toujours dans l’attente qu’on lui prête garde – un besoin qui, satisfait, eût bouché tous les chiottes de la ville… N’importe quoi tout est bon, tout y passe… Raconter ça ? J’aurais mieux fait de le coller d’abord à l’œil-de-bœuf, mon œil ! Sans blague, t’as vu çui-là ? – qu’est-ce que j’peux dire ? Y’en a déjà qui croient que j’suis rond, ou dingue. – Et si j’l’étais, qu’est-ce que ça changerait… Je dis que les mots sont drogués, bulles de savon bulles de salive, complètement loufs, et 1000 fois dingue l’homme s’en sert, 1000 fois louf à fouler aux pieds, fou à lier… Vouais, ça me revient maintenant : il avait une piaule en ville Chomé… mais on avait couché dans un studio dont j’avais la clé – c’est Servole qui me l’avait filée pour un temps, il était en passe de le balancer sans y avoir jamais habité – vivait chez ses parents je suppose. Un studio duplex à la sortie de la ville… Chomé lisait « l’Adoration » et moi je soliloquais au ralenti – le friselis des pages me rappelait qu’il était là, ce grand jonc, et je lui demandais s’il était bon ce bouquin – « J’sais pas j’ai pas mes lunettes » - Bien sûr il les avait sur le nez ; même que ça lui faisait un drôle d’air docte drôlderdoct drôlderdoct…