06.05.2008

Les bonnes blagues de l'oncle Georges...

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“La chose la plus importante pour nous est de trouver Oussama ben Laden. Elle est notre priorité numéro un et nous n’aurons pas de repos jusqu’à ce que nous le trouvions.” — Washington, le 13 sept. 2001


“Je ne sais pas où est Ben Laden. Je n’ai aucune idée et je ne m’en soucie pas vraiment. Ce n’est pas si important que cela. Ce n’est pas notre priorité.” — Washington, 13 mars 2002

13.04.2008

L'habit ne fait pas le moine chinois....

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TIBET : Enquête sur une photo manipulée - (*false picture inquiry)
MICHEL COLLON


Regardez bien cette photo « Soldats chinois déguisés en moines », que vous avez sans doute reçue ou recevrez bientôt. Elle circule beaucoup sur le Net, avec le commentaire : « Londres - 20 mars - Le GCHQ, l'agence gouvernementale de communications qui surveille électroniquement la moitié du monde depuis l'espace, a confirmé l'accusation du Dalaï Lama, selon laquelle l'Armée Populaire de Libération chinoise, déguisée en moines, a provoqué les émeutes qui ont tué ou blessé des centaines de Tibétains... »
La photo accusatrice

Cette photo est censée le prouver, et elle a donc indigné beaucoup de gens. Maintenant, regardez attentivement cette photo, et jouons au jeu des sept erreurs...

Les 7 erreurs...
1. Avez-vous déjà vu une « photo - satellite » prise avec un tel angle de vue ?
2. On nous dit que les soldats se déguisent en moines pour jouer les agents provocateurs. Sont-ils assez stupides pour mener une telle opération secrète en pleine rue ?
3. On nous dit que la photo est récente, juste avant les événements. Qu'est-ce qui le prouve ?
4. J'ai interrogé un ami connaissant le Tibet. Il dit que cette photo ne peut avoir été prise ce 14 mars, sous un soleil printanier, car le printemps n'est arrivé que le 21 mars cette année au Tibet.
5. Il me dit aussi que ces couleurs des vélo - taxis de Lhassa ont changé à partir de 2005.
6. Il dit également que ces uniformes des policiers ne sont plus utilisés depuis longtemps.
7. Il fallait donc mener une petite enquête qui nous a fait découvrir une toute autre version...

Mais alors d'où vient-elle ?
En réalité, la photo date de 2003. Lors du tournage d'un film, les moines ont refusé de jouer les figurants. Ce sont donc des soldats qui en ont été chargés, et ils reçoivent ici leurs uniformes de figurants. Pratique courante là-bas, semble-t-il. En tout cas, rien à voir avec les récentes images TV montrant des moines exercer des violences et détruire des magasins à Lhassa.
Bon, ça semblait tellement gros qu'il fallait quand même vérifier. Eh bien, en fait, vous pouvez trouver confirmation sur... le site pro-indépendantiste qui diffuse la photo 'accusatrice' :
http://buddhism.kalachakranet.org/chinese-orchestrating-riots-tibet.htm

La photo y est sous-titrée : This is not an uncommon 'tactical move' from the Chinese government, as could be seen on the back-cover of the 2003 annual TCHRD Report
This photo was apparently made when monks refused to play as actors in a movie, so soldiers were ordered to put on robes. (Ceci n'est pas un 'mouvement tactique' inhabituel de la part du gouvernement chinois, comme on peut le voir sur la couverture arrière du rapport 2003 du Tibetan Centre for Human Rights and Democracy. Cette photo semble avoir été prise lorsque des moines ont refusé de jouer dans un film, de sorte que des soldats ont reçu instruction de porter ces robes.)
Interrogé sur cette manipulation, le webmaster du site a répondu qu'il a quand même associé la photo au texte accusant les Chinois « afin de montrer le genre de leurres que les Chinois ont utilisé dans les émeutes récentes ». Chacun appréciera cette déontologie journalistique.
Ensuite, toutes sortes de groupements ont purement et simplement supprimé ce commentaire pour faire croire que la photo était récente et qu'il s'agissait d'une conspiration de l'armée chinoise. Depuis, la photo fait le tour du monde...

"Photos - satellites" ? Ce n'est pas la première fois...
1. Ce n'est pas la première fois qu'on prétend nous démontrer la vérité avec des photos - satellites. En 1990, les Etats-Unis ont prétendu disposer de photos - satellites (qu'ils n'ont jamais montrées) « prouvant » que Saddam Hussein allait envahir l'Arabie Saoudite. Ce truc de diabolisation a joué un grand rôle pour manipuler l'opinion. J'ai analysé ce médiamensonge dans mon livre Attention, médias ! (page 21)
2. En 2003, les Etats-Unis ont diffusé des photos - satellites « prouvant » que l'Irak possédait des armes de destruction massive.
3. Plus récemment, ils ont récidivé contre l'Iran (taisant le fait qu'Israël possède deux cents têtes nucléaires illégales).

Une image peut-elle mentir ?
C'est donc le moment de rappeler qu'on peut mentir avec des images. Sans parler des techniques graphiques actuelles, de grands cinéastes comme Chris Marker ont brillamment démontré comment un commentaire peut faire dire n'importe quoi à une image et sembler crédible. En fait, l'image elle-même ne nous dit pas :
1. Quand et où elle a été prise.
2. Ce qu'elle montre vraiment.
3. Ce qu'elle cache (à côté, avant, après...)

Tous, nous nous sommes déjà fait piéger par de telles images dans le passé. Certes, chacun se fera son opinion sur la question du Tibet en essayant de vérifier les deux versions, en étudiant les intérêts en jeu des deux côtés, notamment de George Bush que le Dalaï Lama* admire tant. Mais en tout cas nous avons droit à une info non manipulée. Nous suggérons aux personnes qui ont diffusé cette image de diffuser aussi le rectificatif. Merci pour votre attention.

MICHEL COLLON
* Note de pm - Le Dalaï Lama est un diplomate contraint : a-t'il le choix ?


01.04.2008

Le robinet du Tibet

Par Les voyageurs de l'eau

Qu’ont en commun le Brahmapoutre, le Mékong, l’Indus, le Fleuve Jaune, le Yangtze en dehors de compter parmi les fleuves majeurs du continent asiatique ? La réponse est le plateau tibétain où tous prennent leur source.

Quand on voit, comme nous, l’importance des plus grands fleuves chinois et les moyens employés pour les contrôler, on ne peut douter que ce fait ajoute à l’importance géopolitique accordée par la Chine au Tibet.

En chinois, le nom de cette région est d’ailleurs Xizang qui signifie «réservoir de ressources naturelles de l'ouest».

La mainmise chinoise permet ainsi de contrôler le Fleuve Jaune et le Yangtze de leur source à leur embouchure, et d’envisager le passage à travers ses montagnes d’une route de dérivation entre ces deux fleuves.

Et l’Empire du Milieu peut, au grand dam des pays en aval, exploiter les autres fleuves pour l’irrigation, le transport fluvial ou la génération d’électricité. Des barrages sur le Mékong, le Brahmapoutre, la Salween créent depuis les années 90 des tensions avec ses voisins du sud: Birmanie, Vietnam, Laos, Cambodge, Thaïlande et l’autre géant asiatique qu’est l’Inde.

Mais le Tibet est devenu aussi l’outil d’une tout autre bataille de l’eau. A Shanghai, le vent du développement à l’occidentale a aussi fait naître un marché pour l’eau en bouteille, comme on peut le constater dans les rayonnages des supermarchés et sur les affiches de métro.

Rien de bien surprenant qu’ici le marketing fasse alors appel au Tibet et à ses montagnes qu’on imagine, elles aussi, purifiantes, millénaires et débordantes d’oligo-éléments.

Car l’image est l’arme de choix de ce marché mondial d’au moins 58 milliards de dollars (chiffre 2005). Ainsi de l’autre côté du Tibet, le leader national indien Bisleri envisage-t-il de se lancer dans l’exportation vers le marché occidental haut de gamme… avec des arguments de poids : «Il y a une certaine valeur curative que nous ne pouvons prouver, mais toutes les herbes qui poussent là-haut se trouveront dans l’eau. L’Himalaya est, après tout, là où nos Dieux sont censés être assis», affirme son PDG dans The Times en novembre. Les volcans d’Auvergne n’ont qu’à bien se tenir.

Pendant ce temps, rappelons-le, 14 % de la population indienne et 23 % de la population chinoise n’ont toujours pas accès à l’eau potable.

Retrouvez les voyageurs de l'eau en cliquant ICI

NDLR: Après l'or noir l'or bleu? Est ce parce que l'eau potable est gratuite qu'elle représente une dangereuse concurrence pour les activités lucrative de Monsanto et consorts qu'ils s'empressent de polluer les nappes phréatiques, ou de détourner les fleuves... Les robinets du pétrole ou celui de l'eau n'ont pas fini d'être ensanglanté... Ce qui me fait par dérision prononcer ce slogan: Rendez l'Irak au Dalaï Lama

31.03.2008

Ballouhey in the Gardian

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30.03.2008

Ombres portées de Kumyia Amashita

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Expo Léo...

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18.03.2008

Le dernier ours Pyrénéen....

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La dernière livraison de Ballouhey....

Le cul de Judas

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ANTONIO LOBO ANTUNES


Traduit du portugais par Pierre LEGLISE-COSTA/Editions Métaillé
Adaptation théâtrale publiée aux éditions Christian Bourgois.
Adapté, mis en scène et interprété par
FRANCOIS DUVAL

Production compagnie Fortune carrée et François de La Baume, avec le soutien de l’académie Chaptal Paris, de l’institut Camoes, de la fondation Calouste-Gulbenkian et de la DRAC Ile-de-France

L’adaptation théâtrale du Cul de Judas est parue aux éditions Christian Bourgois, Paris, 2006, collection « Titres »

Du 3 avril au 25 mai 2008
Du mercredi au samedi à 21h, dimanche à 17h (relâche lundi et mardi)



PRESENTATION DU SPECTACLE


"Le Cul de Judas", c'est le bourbier angolais dans lequel s'enferra l'armée coloniale portugaise au début des années 70. Cette "putain de guerre" est ici au centre du récit, un torrentiel monologue intérieur du narrateur, ancien médecin aux armées, revenu détruit d'Angola, et racontant son enfer tout au long d'une nuit de beuverie à une inconnue dans un bar improbable ou peut-être dans son appartement vide.
Mais, au-delà l'épopée lyrique et le télescopage du passé et du présent, s'inscrivent en creux la difficulté des relations entre les sexes et une profonde mélancolie sous-tendue par un humour acide. Dans ses conversations avec Maria Luisa Blanco (Bourgois - Editeur ), Antonio Lobo Antunes révélait : "l'intrigue ne m'intéresse pas ; ce que je voudrais, c'est ne pas qu'on me lise, mais qu'on vive le livre. Les émotions viennent avant les mots et, mon but, c'est de traduire les émotions, de faire en sorte que les mots "signifient" ces émotions. Voilà l'impossible défi, mais je crois qu'il faut essayer de le relever".
Ainsi le théâtre apparaît comme un catalyseur de la beauté et de la densité de la prose d'Antonio Lobo Antunes.


INTENTIONS DE MISE EN SCENE ET DE SCENOGRAPHIE


L’œuvre d’Antonio Lobo Antunes est imprégnée dans son ensemble d’une conception particulière du « juste un immense présent qui englobe tout ». C’est une idée-clef quand on doit affronter la prose de l’écrivain.
J’ai souhaité un seul lieu pour aller dans ce sens dans lequel déambule le narrateur se délestant de sa vie à grands coups de whisky, devant une inconnue draguée dans un bar de nuit et dont il espère les faveurs fatiguées d’une gymnastique païenne*, avant de la supplier de rester pour affronter la clarté indifférente du jour.
Je ne souhaite d’ailleurs pas la représentation physique de cette femme sur la scène, mais plutôt l’évocation fantasmagorique de scènes de drague maintes fois répétées et que le narrateur n’éprouve même plus le besoin de revivre ailleurs que dans ses fantasmes.
Pour accueillir ce texte, j'ai imaginé une scénographie légère qui évoque un bar ou, peut-être, un appartement vide à Lisbonne et un sol recouvert de tapis qui rappelle La Splendeur du Portugal (autre roman de l'auteur). Une seule chaise dans ce décor qui sera tout à la fois chaise, tabouret de bar ou cuvette de wc. Elle sera recouverte d'un drap qui servira, à la fin, de drap ou de linceul.

François Duval

*extrait du roman de l’auteur



ANTONIO LOBO ANTUNES
Né en 1942 à Lisbonne et issu de la grande bourgeoisie portugaise, Antonio Lobo
Antunes fait des études de médecine et se spécialise en psychiatrie, métier qu'il a exercé à l'hôpital Miguel Bombarda de Lisbonne, où il vit.
Auteur à ce jour de dix-huit romans, tous traduits en français ainsi qu'en vingt et une autres langues dont l'anglais, l'allemand, le néerlandais, le danois, le suédois, l'italien, le turc, l'espagnol... il est aujourd'hui l'une des figures majeures de la littérature européenne.
Il existe de nombreuses thèses et essais sur son œuvre, notamment aux Etats-Unis, au Brésil et en France.
Antonio Lobo Antunes a reçu, entre autres :
- le Prix Etranger France-Culture en 1996
- le Prix du "Meilleur Livre Etranger" en 1997
- le Prix Union Latine en 2003
- le Prix Jérusalem en 2005.

Aux éditions Christian Bourgois
Bonsoir les choses d'ici-bas - Traduit du portugais par Carlos Batista, 2005
Connaissance de l'enfer - Traduit du portugais par Michelle Giudicelli, 1998
Dormir accompagné / Inédit février 2001 Traduit du portugais par Carlos Batista, 2001
Exhortation aux crocodiles - Traduit du portugais par Carlos Batista, 1999
Explication des oiseaux - Traduit du portugais par Geneviève Leibrich, 1991
Il me faut aimer une pierre - Michelle Giudicelli, 2007
La Farce des damnés - Traduit du portugais par Yves Coleman, 1992
La mort de Carlos Gardel - Traduit du portugais par Geneviève Leibrich, 1995
La Splendeur du Portugal - Traduit du portugais par Carlos Batista, 1998
Le Cul de Judas (adaptation théâtrale) - Pierre Léglise-Costa, 2006
Le manuel des inquisiteurs - Traduit du portugais par Carlos Batista, 1996
Le Retour des caravelles - Traduit du portugais par Michelle Giudicelli et Olinda Kleiman, 1999
Lettres de la guerre - Carlos Batista, 2006
Livre de chroniques - Traduit du portugais par Carlos Batista, 2000
Livre de Chroniques III - Traduit du portugais par Carlos Batista - 2004
L'Ordre naturel des choses - Traduit du portugais par Geneviève Leibrich, 1994
N'entre pas si vite dans cette nuit noire / inédit de septembre 2001 - Traduit du portugais par Carlos Batista, 2001
Que ferai-je quand tout brûle? / septembre 2003 - Traduit du portugais pas Carlos Batista, 2003
Traité des passions de l'âme - Traduit du portugais par Geneviève Leibrich, 1993

Prix des places
Plein tarif : 20 €
10 € (- de 30 ans / dem. d’emploi / intermittents / groupes scolaires / dernier mercredi du mois / Pass Poésie)

Maison de la Poésie Paris
Passage Molière
157, rue Saint-Martin
75003 Paris
Métro Rambuteau – Les Halles

Renseignements et location :
01 44 54 53 00
(du mardi au samedi de 14h à 18h)
www.maisondelapoesieparis.com

15.03.2008

Les bonnes blagues de l'oncle Georges (2)


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" Nos ennemis sont innovants

et pleins de ressources,

et nous aussi.

Ils ne cesseront jamais

de penser à de nouvelles

façons de nuire

à notre pays et notre peuple,

et nous non plus."


— Washington, DC, Aug 5, 2004

Monsanto: passible de crimes contre l'humanité....

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Photo: Misha Gordin

Citoyens, Citoyennes;

Monsanto essaye d'imposer par la force, et contre la volonté des peuples la culture d'OGM en plein champ, qui aura des conséquences irréversibles pour l'environnement et la santé. Aux citoyen-nes qui tentent de s'y opposer, ils n'apportent que mensonge et répression.
Ainsi, la confédération paysanne s'est vue saisir ses comptes bancaires en vu d'un "dédommagement" des fauchages d'OGM. Monsanto prétend sauver l'humanité de la famine grâce à ses créations alors qu'ils ne font qu'empêcher l'autonomie alimentaire des peuples.

Rappelons au monde que Monsanto a déjà participé dans le passé et à son plus grand bénéfice, à un autre crime contre l'humanité, celui de la fabrication en masse de l'Agent Orange, défoliant utilisé pendant la guerre du Viêt-Nam qui a gravement nuit à la santé de millions de personnes (cancers, malformations), engendrant encore aujourd'hui des maladies graves pour les populations exposées.

Aussi, je propose d'utiliser un outil moderne pour rétablir cette vérité sur Monsanto par le biais d'un "google bombing", visant à associer la requête : "crimes contre l'humanité" au site www.monsanto.com et "monsanto" au site www.stop-monsanto.qsdf.org


Pour plus d'informations sur

comment participer ?

cliquez sur :

STOP A MONSANTO

À diffuser le plus

largement possible

11.03.2008

Immigration sélective.....

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09.03.2008

Réfugiés de la faim

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Photo: Misha Gordin

Organiser la famine et criminaliser ceux qui la fuient

Par Jean Ziegler

Ecrivain, professeur à l’université de Genève.


La nuit était noire, sans lune. Le vent soufflait à plus de 100 kilomètres à l’heure. Il faisait se lever des vagues de plus de 10 mètres qui, avec un fracas effroyable, s’abattaient sur la frêle embarcation de bois. Celle-ci était partie d’une crique de la côte de Mauritanie, dix jours auparavant, avec à son bord 101 réfugiés africains de la faim. Par un miracle inespéré, la tempête jeta la barque sur un récif de la plage d’El Medano, dans une petite île de l’archipel des Canaries. Au fond de la barque, les gardes civils espagnols trouvèrent les cadavres de trois adolescents et d’une femme, morts de faim et de soif.

La même nuit, quelques kilomètres plus loin sur la plage d’El Hierro, un autre rafiot s’échoua : à son bord, 60 hommes, 17 enfants et 7 femmes, spectres titubants à la limite de l’agonie (1).

A la même époque encore, mais en Méditerranée cette fois-ci, un autre drame se joue : à 150 kilomètres au sud de Malte, un avion d’observation
de l’organisation Frontex repère un Zodiac surchargé de 53 passagers qui – probablement par suite d’une panne de moteur – dérive sur les flotsagités. A bord du zodiac, les caméras de l’avion identifient des enfants en bas âge et des femmes. Revenu à sa base, à La Valette, le pilote en informe les autorités maltaises, qui refusent d’agir, prétextant que les naufragés dérivent dans la « zone de recherche et de secours libyenne ». La déléguée du Haut Commissariat des réfugiés des Nations unies Laura Boldini intervient, demandant aux Maltais de dépêcher un bateau de secours. Rien n’y fait. L’Europe ne bouge pas. On perd toute trace des naufragés.

Quelques semaines auparavant, une embarcation où se pressaient une centaine de réfugiés africains de la faim, tentant de gagner les Canaries, avait sombré dans les flots au large du Sénégal. Il y eut deux survivants
(2).

Des milliers d’Africains, y compris des femmes et des enfants, campent devant les clôtures des enclaves espagnoles de Melilla et de Ceuta, dans le Rif aride. Sur injonction des commissaires de Bruxelles, les policiers marocains refoulent les Africains dans le Sahara (3). Sans provisions ni eau. Des centaines, peut-être des milliers d’entre eux périssent dans les rochers et les sables du désert (4).

Combien de jeunes Africains quittent leur pays au péril de leur vie pour tenter de gagner l’Europe ? On estime que, chaque année, quelque 2 millions de personnes essaient d’entrer illégalement sur le territoire de l’Union européenne et que, sur ce nombre, environ 2 000 périssent en Méditerranée, et autant dans les flots de l’Atlantique. Leur objectif est d’atteindre les îles Canaries à partir de la Mauritanie ou du Sénégal, ou de franchir le détroit de Gibraltar au départ du Maroc.

Selon le gouvernement espagnol, 47 685 migrants africains sont arrivés sur les côtes en 2006. Il faut y ajouter les 23 151 migrants qui ont débarqué sur les îles italiennes ou à Malte au départ de la Jamahiriya arabe libyenne ou de la Tunisie. D’autres essaient de gagner la Grèce en passant par la Turquie ou l’Egypte. Secrétaire général de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, M.
Markku Niskala commente : « Cette crise est complètement passée sous silence. Non seulement personne ne vient en aide à ces gens aux abois,
mais il n’y a pas d’organisation qui établisse ne serait-ce que des statistiques rendant compte de cette tragédie quotidienne (5). »

Pour défendre l’Europe contre ces migrants, l’Union européenne a mis sur pied une organisation militaire semi-clandestine qui porte le nom de Frontex. Cette agence gère les « frontières extérieures de l’Europe ».

Elle dispose de navires rapides (et armés) d’interception en haute mer, d’hélicoptères de combat, d’une flotte d’avions de surveillance munis de caméras ultrasensibles et de vision nocturne, de radars, de satellites et de moyens sophistiqués de surveillance électronique à longue distance.

Frontex maintient aussi sur sol africain des « camps d’accueil » où sont parqués les réfugiés de la faim, qui viennent d’Afrique centrale, orientale ou australe, du Tchad, de la République démocratique du Congo, du Burundi, du Cameroun, de l’Erythrée, du Malawi, du Zimbabwe… Souvent,
ils cheminent à travers le continent durant un ou deux ans, vivant d’expédients, traversant les frontières et tentant de s’approcher progressivement d’une côte. Ils sont alors interceptés par les agents de Frontex ou leurs auxiliaires locaux qui les empêchent d’atteindre les
ports de la Méditerranée ou de l’Atlantique. Vu les versements considérables en espèces opérés par Frontex aux dirigeants africains, peu
d’entre eux refusent l’installation de ces camps. L’Algérie sauve l’honneur. Le président Abdelaziz Bouteflika dit : « Nous refusons ces camps. Nous ne serons pas les geôliers de nos frères. »

Organiser la famine et criminaliser ceux qui la fuient

La fuite des Africains par la mer est favorisée par une circonstance particulière : la destruction rapide des communautés de pêcheurs sur les côtes atlantique et méditerranéenne du continent. Quelques chiffres.

Dans le monde, 35 millions de personnes vivent directement et exclusivement de la pêche, dont 9 millions en Afrique (6). Les poissons comptent pour 23,1 % de l’apport total de protéines animales en Asie, 19 % en Afrique ; 66 % de tous les poissons consommés sont pêchés en haute mer,
77 % en eaux intérieures ; l’élevage en aquaculture de poissons représente 27 % de la production mondiale. La gestion des stocks de poissons dont les déplacements s’effectuent tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des zones économiques nationales revêt donc une importance vitale pour l’emploi et la sécurité alimentaire des populations concernées.

La plupart des Etats de l’Afrique subsaharienne sont surendettés. Ils vendent leurs droits de pêche à des entreprises industrielles du Japon,
d’Europe, du Canada. Les bateaux-usines de ces dernières ravagent la richesse halieutique des communautés de pêcheurs jusque dans les eaux
territoriales. Utilisant des filets à maillage étroit (interdits en principe), elles opèrent fréquemment en dehors des saisons où la pêche est
autorisée. La plupart des gouvernements africains signataires de ces concessions ne possèdent pas de flotte de guerre. Ils n’ont aucun moyen
pour faire respecter l’accord. La piraterie est reine. Les villages côtiers se meurent.

Les bateaux-usines trient les poissons, les transforment en surgelés, en farine ou en conserves, et expédient du bateau aux marchés. Exemple : la Guinée-Bissau, dont la zone économique abrite un formidable patrimoine halieutique. Aujourd’hui, pour survivre, les Bissagos, vieux peuple
pêcheur, sont réduits à acheter sur le marché de Bissau – au prix fort – des conserves de poisson danoises, canadiennes, portugaises.

Plongés dans la misère, le désespoir, désarmés face aux prédateurs, les pêcheurs ruinés vendent à bas prix leurs barques à des passeurs mafieux ou s’improvisent passeurs eux-mêmes. Construites pour la pêche côtière dans les eaux territoriales, ces barques sont généralement inaptes à la navigation en haute mer.

Et encore… Un peu moins d’un milliard d’êtres humains vivent en Afrique.
Entre 1972 et 2002, le nombre d’Africains gravement et en permanence sous-alimentés a augmenté de 81 à 203 millions. Les raisons sont
multiples. La principale est due à la politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne.

Les Etats industrialisés de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont payé à leurs agriculteurs et éleveurs, en 2006, plus de 350 milliards de dollars au titre de subventions à la production et à l’exportation. L’Union européenne, en particulier, pratique le dumping agricole avec un cynisme sans faille.
Résultat : la destruction systématique des agricultures vivrières africaines.

Prenons l’exemple de la Sandaga, le plus grand marché de biens de consommation courante de l’Afrique de l’Ouest. La Sandaga est un univers
bruyant, coloré, odorant, merveilleux, situé au cœur de Dakar. On peut y acheter, selon les saisons, des légumes et des fruits portugais, français,
espagnols, italiens, grecs, etc. – au tiers ou à la moitié du prix des produits autochtones équivalents.

Quelques kilomètres plus loin, sous un soleil brûlant, le paysan wolof, avec ses enfants, sa femme, travaille jusqu’à quinze heures par jour… et n’a pas la moindre chance d’acquérir un minimum vital décent.

Sur 52 pays africains, 37 sont des pays presque purement agricoles.

Peu d’êtres humains sur terre travaillent autant et dans des conditions aussi difficiles que les paysans wolof du Sénégal, bambarg du Mali, mossi
du Burkina ou bashi du Kivu. La politique du dumping agricole européen détruit leur vie et celle de leurs enfants.

Revenons à Frontex. L’hypocrisie des commissaires de Bruxelles est détestable : d’une part, ils organisent la famine en Afrique ; de l’autre,
ils criminalisent les réfugiés de la faim.

Aminata Traoré résume la situation : « Les moyens humains, financiers et technologiques que l’Europe des Vingt-Cinq déploie contre les flux
migratoires africains sont, en fait, ceux d’une guerre en bonne et due forme entre cette puissance mondiale et de jeunes Africains ruraux et
urbains sans défense, dont les droits à l’éducation, à l’information économique, au travail et à l’alimentation sont bafoués dans leurs pays
d’origine sous ajustement structurel. Victimes de décisions et de choix macroéconomiques dont ils ne sont nullement responsables, ils sont
chassés, traqués et humiliés lorsqu’ils tentent de chercher une issue dans l’émigration. Les morts, les blessés et les handicapés des événements
sanglants de Ceuta et de Melilla, en 2005, ainsi que les milliers de corps sans vie qui échouent tous les mois sur les plages de Mauritanie, des îles
Canaries, de Lampedusa ou d’ailleurs, sont autant de naufragés de l’émigration forcée et criminalisée (7). »


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(1) Cf. El País, Madrid, 13 mai 2007 ; la nuit est celle du 11 au 12 mai.

(2) Le Courrier, Genève, 10 décembre 2006.

(3) Le 28 septembre 2005, des soldats espagnols ont tué cinq jeunes
Africains qui tentaient d’escalader la clôture électrifiée entourant
l’enclave de Ceuta. Huit jours plus tard, six autres jeunes Noirs étaient
abattus dans des circonstances similaires.

(4) Human Rights Watch, 13 octobre 2005.

(5) La Tribune de Genève, 14 décembre 2006.

(6) Ce chiffre exclut les personnes employées dans l’aquaculture. Cf. Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), La situation
mondiale des pêches et de l’aquaculture, Rome, 2007.

(7) Aminata Traoré, intervention au Forum social mondial, Nairobi, 20
janvier 2007.

source : Le monde diplomatique - Article inédit
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02.03.2008

Les bonnes blagues de l'oncle Georges

“Si c’était une dictature, ce serait

incroyablement plus facile,

seulement dans la mesure ou

JE suis le dictateur.”


— Washington, DC, le 19 déc 2000

01.03.2008

PEAU DE SATIN

Une nouvelle de Christian Creseveur

Le pêcheur était vissé sur son pliant. Il s'anima à peine lorsque l'inspecteur secoua son épaule. Son regard traversait les rides du courant. Qu'est-ce qu'il pouvait dire de plus que ce qu'il avait déjà répété dix fois: il avait remonté sa truite avec des os dans son épuisette. Il avait tout de suite vu que c'était des os humains. Parce qu'il était équarrisseur. Des os il en avait mis des dizaines de milliers à l'air. Des os de bœuf, de mouton, de cochon. Tout. Et ça, il y avait pas de doute, c'était des os humains. Vingt minutes plus tard tout un lot était passé devant en flottant. Comme des petits bouts de bois emportés par le courant. Voilà!
L'inspecteur croisa ses mains dans le dos. Il fit claquer ses ongles à coup de pichenettes. Antonin n'était toujours pas là, et la substitut du procureur n'allait plus tarder. C'est elle qui déciderait de la suite à donner à l'enquête.

Antonin avait rencontré une passionnée de littérature la veille dans une soirée. En partant, légèrement embrumé par l'alcool, Antonin n'avait pas résisté au plaisir de monter visiter sa bibliothèque.
Collés aux murs, les livres couraient jusqu'au plafond dans toutes les pièces. Chez elle, le papier peint n'était plus qu'un souvenir. Par dessus tout elle avait tenu à lui montrer son "enfer": des mètres de littérature érotique dont elle était particulièrement fière... Elle lui avait lu quelques extraits, puis avait vite exigé qu'il imagine des "situations fortes"...
Maintenant que le matin traversait les rideaux sous les trilles des merles, il avait surtout envie de rentrer dormir, et de profiter paisiblement de son week-end. Mais son portable avait retenti: les messages répétés d'Edouard anéantissaient son programme.

En déboulant sur le chemin de la Gardonne, Antonin aperçu les véhicules de service. La substitut du procureur sortait de sa voiture. Elle défroissa sa jupe à petits coups secs de la main, puis claqua sa portière.
Antonin la rattrapa alors qu'Edouard se présentait devant elle, la main tendue. Elle enjoignit l'inspecteur de lui faire un résumé succinct de la situation, parce que, juste après, elle devait se rendre à 15 km en amont: la gendarmerie venait de coincer un nécrophile.
Edouard sortit fissa un sachet plastique destiné au laboratoire. Il était rempli d'os. L'inspecteur les séparaient à travers le plastique pour montrer combien ils étaient rongés. Comme s'ils étaient passés à travers une broyeuse. La substitut ne fit pas de commentaire. Elle se tourna vers la rive et désigna du menton le type hagard. Edouard confirma que c'était le pêcheur qui avait fait la découverte macabre.
Antonin se massait la nuque pour rester éveillé.
"Bon… Vous allez nous débrouiller ça! Par où est-ce que vous allez commencer?", lança le substitut.
Elle leur donnait l'enquête! Antonin encaissa le coup.
Il bredouilla ses premiers mots, puis débita mécaniquement la procédure d'usage: les sapeurs allaient draguer la rivière, et on ferait une enquête de proximité pour chercher des indices, ou des témoins éventuels…
La substitut le coupa. Il lui suffisait de savoir que le commissaire connaissait son travail et qu'il allait le faire sans délai.

Quelques heures plus tard les plongeurs ramenaient un bout de mâchoire en plus, et les enquêteurs un relevé complet des activités riveraines. Il ne restait plus qu'à examiner tout ça, et à imaginer quelques pistes en attendant les résultats du labo.
En jetant son blouson de cuir élimé sur le dossier de sa chaise, Antonin pesta: le week-end était gâché pour un dossier qu'on classerait sans suite.
Edouard, lui, faisait contre mauvaise fortune bon cœur. Il ramenait le classeur "Disparitions" et deux cafés. Il avait déjà repéré un nom intéressant: Hortense Ygen-Mauduit, écrivain et épouse d'un industriel de la chimie. L'usine Ygen étaient située sur les rives de la Gardonne.
Le téléphone sonna. Antonin finit de touiller son café avant de décrocher. La substitut était à l'autre bout du fil: l'affaire du nécrophile pouvait avoir un lien avec celle des os. Elle la leur confiait aussi. Les gendarmes étaient en route pour lui transférer le "prévenu".
Antonin se frotta les yeux. Il n'avait pas les idées claires. Pourtant il fallait se répartir les tâches! Bon: le sadique avait été pris en flagrant délit. L'obtention de ses aveux ne demanderait pas beaucoup d'énergie. Mais il n'avait pas du tout envie de discuter. Il choisit donc de s'occuper du cas "Mauduit", et de laisser l'interrogatoire à l'inspecteur.

En se garant sur le parking de "YGEN-Chimie" Antonin constata avec satisfaction qu'il n'était pas le seul à travailler le samedi. La standardiste haussa les sourcils devant sa carte de police et appela derechef la direction.
Un costume croisé apparut dans le hall. C'était le directeur adjoint qui ne semblait pas effarouché par la présence du commissaire.
Il présuma qu'on venait pour lui donner des nouvelles précieuses sur l'épouse du patron. L'entreprise en avait besoin. Depuis deux mois que Hortense avait disparu, Mr Ygen avait sombré dans une profonde dépression. Et il était évident que seul le retour de son "écrivain de femme" lui rendrait la santé. Entre eux les choses avaient commencé à se dégrader avec le succès de ses romans un peu… enfin… franchement "olé-olé". Le commissaire en avait peut-être déjà lu? Hortense Mauduit! Jamais lu? Ses fantasmes littéraires lui étaient montés au crâne. Elle était sans doute partie avec quelqu'un d'autre. Un homme. Ou même une femme! Parce que vu ce qu'elle écrivait… on pouvait tout imaginer, n'est-ce pas!
Antonin l'arrêta. Il ne portait pas de nouvelles. C'était plutôt lui qui avait besoin d'informations complémentaires…
Le directeur expliqua que l'usine fabriquait du dessicatif et que Mr Ygen séjournait à la clinique du "Gros Tilleul". Quand le commissaire le remercia pour sa collaboration, il le regarda partir avec une franche déception.

Le Gros Tilleul? Le Gros Tilleul? Arrêté sur le bas-côté de la route Antonin avait déplié sa carte routière. Il l'écarta du pare-brise pour se situer avant de se taper sur le front: il était devant!
Le Gros Tilleul était un établissement cossu mais d'une parfaite discrétion.
Une hôtesse le conduisit à travers les larges couloirs. Ils passèrent devant la porte ouverte d'une chambre. Antonin reconnut une comédienne fameuse. Elle tapait du pied et tirait ses vêtement en réclamant "du beurre! du beurre!". Une seringue à la main, une infirmière attendait qu'elle se calme. Elle croisa le regard d'Antonin et se précipita pour repousser la porte, tandis que l'hôtesse revenait pour l'entraîner par le coude. Elle l'accompagna jusqu'au bureau du psychiatre, qui pris le relais jusqu'à la chambre de Mr Ygen.
Assommé par les tranquillisants, Ygen était dans une confusion extrême. Il demanda si sa femme vivait avec son éditeur? Puis si elle était morte, ou si le gars du moulin de la Gardonne avait cessé de la persécuter…
Le psychiatre s'interposa: son patient avait besoin de tranquillité, et à moins d'une commission rogatoire la visite était terminée.
Les grilles du Gros Tilleul se refermèrent dans le rétroviseur du commissaire. La clinique protégeait aussi jalousement les dérives mentales de ses patients qu'une banque suisse leur argent.

De retour au bureau Antonin jeta son blouson sur le dossier de sa chaise. Il s'avachit dessus, en soufflant. Edouard pouvait parler:
Ce n'était pas la première fois que le nécrophile jetait un corps dans la Gardonne. Il avouait presque fièrement avoir jeté six victimes! Mais entières… Alors le problème de savoir comment les corps avaient pu être réduits et broyés restait intact!
Antonin était épuisé. Il n'écoutait plus. Il sortit la tête de ses mains. Sa paupière gauche restée collée à un doigt lui faisait un gros œil. Ils avaient le meurtrier. Ils avaient ses aveux. Le mystère de la transformation des corps pouvait attendre. Il invita Edouard à rentrer chez lui et à profiter de son dimanche.

Le lundi matin Antonin avait retrouvé son aplomb. Il jeta son blouson sur le dossier de sa chaise et s'assit sur le coin de son bureau pour faire le point avec Edouard: les analyses des os arrivaient dans la journée; le nécrophile était au dépôt; et on avait toujours pas de corps. Il fallait donc recommencer à écluser la Gardonne. Dans l'intervalle ils pouvaient toujours poursuivre la piste de Hortense Ygen en allant voir son éditeur…

Entre ses montures d'écaille et ses sourcils touffus, les yeux perçants de l'éditeur passèrent de l'inspecteur au commissaire. Il s'efforçait de ne pas laisser transpirer son antipathie pour la machine judiciaire. Néanmoins il se prêta aux confidences en leur tendant un exemplaire de "Peau de satin", le dernier livre de Hortense. Avec cet ouvrage elle avait atteint un sommet dans l'art de "toucher" le lecteur… ce papier avait une âme! Il faut dire qu'elle les avaient "tanné" pour ce tirage limité! Au point qu'elle avait renoncé à l'édition tant qu'elle ne disposerait pas d'un papier "digne du grain de la peau"! Elle s'était entêtée jusqu'à investir personnellement dans une fabrique de papier, le Moulin de la Gardonne. Elle avait fait tourner l'artisan en bourrique. Mais il était corvéable à merci. Elle l'avait plus ou moins séduit. Une semaine ou deux après sa disparition, le fabriquant avait produit ce somptueux "grain de satin". L'éditeur avait décidé de ne plus attendre et de se passer de l'accord de l'auteur. Aujourd'hui le livre marchait bien. Il devenait impérieux qu'elle réapparaisse pour la promotion. Mais avec Hortense il n'aurait su dire combien de temps pouvaient durer les caprices!

Le moulin de la Gardonne était de toute beauté. Ce vieux bâtiment en pierre avait gardé tout son cachet malgré les réhabilitations successives. Edouard resta comme un enfant devant la grande roue à aubes.
Dans son atelier l'artisan étalait rapidement de la pâte à papier sur de grands châssis. L'endroit était très humide, mais l'odeur du papier qui séchait était plutôt agréable. Antonin repéra un container de 25l, au sigle de Ygen.
L'artisan ne fut pas bavard. Tout ce qu'il eut à dire de Hortense Mauduit c'est qu'elle avait le sens du commerce. Mais il n'avait pas été naïf. Elle voulait son papier. Pas lui. D'ailleurs depuis qu'il avait sorti son "grain de satin", personne ne l'avait revue. De toute façon elle pouvait bien aller au diable avec ses livres et son argent!
Antonin eut une dernière question: le bidon "Ygen", c'était bien du dessicatif? Et ça servait à quoi? A dessécher! C'était bien ce qu'il pensait!
Il lui fallu faire le tour du moulin pour retrouver Edouard. L'inspecteur contemplait cette fois le canal de dérivation. Le courant de la Gardonne s'engouffrait dans une petite écluse pour entraîner la roue à aubes.
La même question les traversa: les sapeurs avaient-ils cherché ici?
Le commissaire fila au pas de course, et ramena l'artisan pour qu'il vide son écluse.
Tandis que ce dernier actionnait sa manivelle, Antonin et Edouard scrutaient le courant. Le niveau de l'eau descendit lentement. Le lit n'apparaissait toujours pas. Edouard couru d'un bout à l'autre du canal. Il n'y avait rien. Mais la configuration impliquait que si jamais un corps y avait dérivé, il serait resté devant la roue.
La roue s'arrêta. Dessous, il y avait encore 1m50 de fond. De longs filament d'algues pendaient aux aubes, gouttant abondamment. La mousse et la vase rendaient l'eau opaque. Edouard fut gagné par la déception. Mais Antonin ne voulu pas abdiquer. Il ramassa une branche de bois mort. Après avoir ôté son blouson, il escalada la roue. Il se cala entre les aubes et le mur du moulin, et dans un équilibre précaire il sonda le fond du bassin avec son bâton. Mais où qu'il s'enfonça, tout lui semblait mou. La vase qu'il remuait rendait l'eau encore plus trouble. Un nuage vint poser son ombre sur l'eau, puis le soleil réapparu. Dans le jeu de lumière Antonin crut apercevoir quelque chose. Il allongea le bras. Il n'avait pas la distance. Il porta le bâton du bout de ses doigts pour gagner quelques centimètres. Au premier mouvement il le laissa échapper. Il se détendit par réflexe. Mais au lieu de le rattraper il perdit l'équilibre et plongea la tête la première. Il refit aussitôt surface et s'agita en tout sens, poussant des cris. Edouard pensa à l'eau glacée, mais Antonin voulait sortir à toute vitesse… parce qu'il avait touché un bras! Celui de la dernière victime du nécrophile.

Drapé dans une couverture, Antonin posa son blouson sur son dossier. Le labo venait de livrer ses conclusions. Il demanda à Edouard de les regarder tandis qu'il allait se sécher.
Il était en slip, tenant son jean contre le sèche-mains des toilettes quand Edouard surgit: les analyses avaient mis en évidence de minuscules amalgames de cellulose, et la présence résiduelle d'un puissant dessicatif! Enfin, après comparaison avec le dossier de son dentiste, on pouvait affirmer que le bout de mâchoire appartenait bien à Hortense Mauduit…

En voyant revenir les enquêteurs, l'artisan comprit que son sort était scellé. Il se hissa sous la charpente et alla se réfugier sur une solive, à 15m du sol. Antonin le rejoignit. Il obtint sa confession à califourchon:
Hortense l'avait tenu par le bout du nez pour obtenir son papier. Mais il n'arrivait à rien de convaincant. Elle avait claqué la porte. Le seul moyen de la reconquérir était de créer ce fichu papier. Une nuit, la roue du moulin s'était bloquée. En la décoinçant il avait découvert le corps d'une femme, décomposé... Il eut alors l'idée saugrenu de récupérer des lambeaux de peau. Avec le dessicatif, il réduisit le corps d'un côté, la peau de l'autre, et obtint un résultat encourageant. Ensuite, il avait rendu les restes d'os à la rivière. Puis un autre corps avait échoué sous la roue. Et un autre encore. Il n'avait pas eu de scrupules parce qu'après tout il n'avait tué personne. En dissolvant les corps, n'épargnait-il pas aux familles la douleur de retrouver un cadavre? Et puis la qualité du papier était exceptionnelle… sauf pour Hortense! Il fallait qu'il compare le grain de sa poitrine avec celui "minable" du papier qu'il lui proposait. Elle était assise sur le bord de la cuve. Elle avait ouvert son chemisier et s'étalait de la pâte sur le sein. Elle le forçait à toucher la pâte, puis son sein… il ne devait plus y avoir de différence… il devait comprendre ça! Elle l'a rendu fou. Il l'a poussée… Il ne se souvient que du bruit mat de sa tête contre le pressoir, de son corps qui s'enfonçait. Dans sa folie, il l'a couverte de dessicatif, et l'a mixée avec sa pâte…
Après un long silence, Antonin vit l'artisan sortir le livre de sa poche. Il se mit à en caresser les pages et eut un rire étrange: il aurait au moins réussi à la coucher sur le papier!

Naître rien.....

© Sophie Spitéri

Français pendant 50 ans, il court après sa nationalité, Abdelkrim Fodli attend de la cour d'appel qu'elle lui restitue ses droits


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dessin: TLéo que vous retrouvez sur son site en cliquant ici.
Abdelkrim Fodli, Français depuis l'âge de trois mois avait toujours obtenu sans difficulté sa carte d'identité.


"Français je suis, Français je mourrai. Je fais confiance à la justice de mon pays." Une confiance que, pour l'instant, les juges n'ont pas manifestée en retour à Abdelkrim Fodli. Français depuis l'âge de trois mois - il a aujourd'hui 52 ans -, cet habitant de Grasse avait toujours obtenu sans difficulté passeport et carte d'identité. Il vote à chaque scrutin, tenant même, parfois, un bureau. Jusqu'à ce que, en 2004, le tribunal d'instance de Cannes lui annonce que, son père, ayant perdu la nationalité française le jour de l'indépendance de l'Algérie, lui-même, sa mère, sa soeur ne l'étaient plus non plus.

Pas même apatride, Abdelkrim Fodli tombe alors dans un trou noir juridique. L'affaire était évoquée, hier, devant la cour d'appel d'Aix-en-Provence, ultime étape d'une course d'obstacles judiciaire. Dernier espoir de récupérer ce bien qu'on ne ressent précieux que lorsqu'on le perd : la nationalité et donc la citoyenneté. La cour rendra sa décision le 3 avril.

Contre lui, Kafka et Courteline se donnent la main. En 1962, les accords d'Évian octroient la nationalité française aux Algériens qui en font la déclaration. Kadour, le père d'Abdelkrim vivant et travaillant en France, opère cette démarche, en 1963, au tribunal d'instance de Gap. Mais lorsque, quarante ans plus tard, il réclame la trace de cette déclaration, son avocat ne reçoit qu'un extrait informatique indiquant "classé sans suite". La déclaration d'option pour la nationalité française a-t-elle été enregistrée, rejetée ? Impossible aujourd'hui de savoir.

Bien qu'il ait produit une carte d'identité française de son père, l'acte de mariage en 1940 et un relevé de carrière établissant une implantation permanente en France, le tribunal de Nice a refusé, à son tour, de le considérer Français. Pour son avocate, Catherine Cohen-Seat, "c'est inextricable, intenable". Même le procureur de Grasse a refusé de livrer les enquêtes faites avant de lui délivrer une licence 3 d'exploitation de débit de boissons. Et pour l'obtenir, la loi exige pourtant la nationalité française.

Pour corser l'affaire, le coup aurait pu être rattrapé en entérinant sa présence en France depuis sa naissance. Cette procédure s'appelle l'acquisition de la nationalité par possession d'état. Sauf que les juges lui encore opposé un refus, exhumant une vieille condamnation, aujourd'hui non avenue. "On détruit psychologiquement ma famille et moi. Ma femme a peur, j'ai pris dix-huit kilos".

Le permis de conduire qu'il voulait renouveler ne lui pas été restitué et l'autorisation provisoire de conduite pas renouvelée alors qu'il doit accompagner son fils paraplégique à l'hôpital. Le passeport de sa fille, âgée de 12 ans, lui a été retourné, détruit par la préfecture. Toute une famille dans le trou noir juridique…

27.02.2008

Du discours et des boniments.....

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24.02.2008

Y a t-il un pilote dans l'avion?

Dites c'est grave

docteur Folamour?



De très sérieux universitaires planchent à l'Université Paris VII, sur le psychisme de notre Président. Marianne 2 y était. L'exposant a parlé d'action et de masturbation.


Même le Washington Post (édition du 15 février dernier) le dit : la France entière ne bruisse que d'une question. Et cette question, ce n'est pas : « Carla Bruni va-t-elle tomber enceinte ? », contrairement à ce que croit lapresse de notre côté de l'Atlantique. Non, que ce soit au bistrot, auboulot ou dans le métro, ce que les Français - les « vraies gens », quoi - se demandent, c'est : «Sarkozy a-t-il toute sa tête ?». Il n'est donc guère surprenant de trouver, dans les programmes de l'UFR de Sciences humaines Cliniques de l'université Paris VII, un séminaire de psychanalyse intitulé «Sarkozy, le symptôme – Lecture de l'inconscient». Le psychiatre et psychanalyste Hervé Hubert, qui anime le cours en question, a prévu de consacrer 9 séances au «cas» Sarkozy sur la base de Témoignage, le livre que Nicolas a publié en 2006 et dans lequel il raconte sa vie, de l'enfance à la candidature. Nous avions raté le premier cours- dont la conclusion était, en gros : le principe fondamental du sujet Sarkozy, c'est qu'il nous dit la vérité et qu'il nous aime (enfin, c'est ce qu'il croit. Mais en psychanalyse, c'est ce que croit le patient qui est important, pas la réalité). Voici le résumé du deuxième.

Martyr, prédateur, barbare

L'enfant Sarkozy est un enfant souffrant. Pas beau, pas sportif, se croyant mal aimé, et vraiment abandonné par son père. D'où l'ombre de l'enfant qui plane sur les décisions du président : enfant martyr (de la Shoah, de la pédophilie) ou enfant prédateur, barbare (enfant de sans-papiers qu'il faut chasser, racaille des cités qu'il faut éradiquer). On note également l'importance de la notion de puissance phallique chez un masturbateur forcené qui doute, justement, de sa puissance. On apprécie aussi le fait que Nicolas, apprenant à 18 ans que son défunt arrière grand-père était un bijoutier juif de Salonique, se lance immédiatement dans la quête... de sa part d'héritage grand-paternel perdue : il se rend à Salonique pour réclamer 4000 francs (et à l'époque, ce n'est pas rien). C'est que Nicolas, à moitié abandonné par son père qui ne veut même pas verser la pension alimentaire, a décidé que désormais, il se servirait. Dont acte. Mais tout ça, nous dit-on, n'est que quête d'amour...

L'action ne doit jamais cesser

L'amour est, avec l'action, le moteur de super Nico. Chez lui, l'action vaut tout. Elle remplace l'acte qui, lui, suppose un avant et un après, une réflexion sur les conséquences, une portée symbolique. L'action, c'est juste le mouvement. Je pense à un truc, je le dis, je le fais. Je réfléchis après. Pour Sarkozy, l'action ne doit pas cesser, ou l'amour ne doit pas cesser, sinon, c'est la destruction. Alors, puisque les Français ne l'aiment plus, Nicolas agit. Et c'est là que son inconscient parle. « Qui parle ? Ça parle », comme dirait l'autre.

Exemple : je vois dans mon agenda que je dois aller au dîner du Crif ce soir. Je me dis qu'il faut trouver quelque chose à dire (action). Puis, je sais pas, l'inspiration sans doute, je dégote ce truc d'enfant de la Shoah. Action encore. Eh bien non : l'enfant de la Shoah, c'est mon inconscient qui me l'a dicté. C'est le petit enfant souffrant en moi qui parle.

Très bien. Mais alors qui, en Nicolas Sarkozy, s'exprime quand il décide de toiletter la loi de 1905, quand il laisse sa directrice de cabinet expliquer que la Scientologie, ce n'est guère plus menaçant qu'un club de bridge ? L'adolescent qui se masturbait en s'imaginant jouer le rôle de Tom Cruise dans Top gun ?

Retrouver Mamie en colère sur son blog en cliquant ici

23.02.2008

Petit corps trés grand malade......

Pour le directeur adjoint d’El País, le président français “se vautre dans l’exhibitionnisme” et “rabaisse la République au niveau de Monaco”. Une charge violente contre un Sarkozy atteint d’une “incurable hypertrophie de l’ego”.

par Lluís Bassets El País


Les Français ont un problème. Ils croyaient avoir un superprésident, un hyper dirigeant capable de les sortir de la dépression et de la décadence, et voilà qu’ils ont écopé d’un président comme ils en ont déjà connu beaucoup d’autres : à savoir malade, limité, qu’il faut dorloter et protéger tout en s’organisant pour que la France tourne et que le gouvernement et les institutions fassent leur devoir. La situation n’a rien d’inédit : Pompidou et Mitterrand étaient déjà des présidents malades et diminués. Le premier est même mort avant la fin de son mandat. Quant à Chirac, il fut un obstacle paralysant pendant une bonne partie de sa présidence. La maladie dont souffre Sarkozy n’a pas la gravité du cancer de la prostate de Mitterrand, mais elle touche un organe vital s’il en est : l’ego. Celui du président est d’évidence atteint d’une hypertrophie probablement incurable.
Plus on s’approche du 9 mars, date du premier tour des élections municipales, plus la nervosité des candidats du parti présidentiel augmente et plus on redoute les interventions de Sarkozy, susceptibles de faire perdre des voix à l’UMP. Le parti du chef de l’Etat est divisé à cause de tensions qu’il a lui-même créées. Le traitement qu’il a infligé en public aux uns et aux autres, y compris à certains de ses collaborateurs les plus proches, est digne du comportement d’un monarque bilieux et capricieux avec ses laquais. Même son actuelle impopularité est extravagante : elle ne s’explique pas par un train de réformes puisque ces dernières sont encore largement inappliquées. Elle s’explique uniquement par son comportement public.

Un triomphe de sultan, seigneur en son sérail

Le trône qu’occupe Nicolas Sarkozy a été imaginé par de Gaulle pour lui permettre d’être le troisième larron d’un monde bipolaire. Le président français voulait être un fier contrepoids occidental dans l’affrontement entre Washington et Moscou. Or Sarkozy, arrière-petit-fils libéral et proaméricain de De Gaulle (après le petit-fils, Chirac, et le fils, Pompidou), s’est installé sur le trône élyséen porté par son ambition personnelle et sa conception égotique de la présidence : il a par le fait encore accru les pouvoirs de la présidence. Et, une fois parvenu à ses fins, il s’est consacré