24/06/2014

Marina Cedro

J'ai eu le plaisir d'assister à un concert de Marina Cedro... Un plaisir que je désire vous faire partager.

 

07/06/2014

Yvon Le Men, le barde des lettres

 

J'ai entendu pour la première fois Yvon le Men dire ses textes en public, il y a 40 ans, avec cette fougue qui donne envie de faire comme lui. 40 ans après un rond de cuir plus borné que d'autres décide que Le Men n'est pas homme de spectacle, mais un type qui a trouvé la combine pour ne pas aller trimer à l'usine au tri postal, ou sur un chantier comme Thierry Metz, ou Alain Malherbe, ou d'autres qui ne sont déjà plus de ce monde... Faute d'avoir trouvé une situation adaptée à leur statut de poète. 

Le cas Yvon Le Men incarne le combat des gens de l'esprit des lettres contre celui des chiffres. Et sa Situation révélatrice de l'ubuesque de ce que sont devenues nos administrations... Pour un Le Men médiatisé et soutenu par ses pairs, combien de bardes, relégués au rang de paria? Condamné à mancher dans le métro, griot de parvis, musicien de couloir. 

Dans un monde ou le poète est moins utile que le trader, quelle place peut avoir l'espoir? Un comité de soutien s'est fait autour du cas Yvon le Men, qui restera dans les annales comme l'exemple type de l'iniquité. Souhaitons que la raison revienne prendre sa place. Et en attendant vous pouvez toujours devenir membre de son comité de soutien et signer la pétition en ligne.

 http://www.findedroitdequeldroit.fr/membres.html

 

COMMENT YVON LE MEN A ÉTÉ RADIÉ DU STATUT D’INTERMITTENT DU SPECTACLE

 Dès le début, en 1972, Yvon LE MEN écrivain a été aussi Yvon LE MEN diseur de ses poèmes. Et c’est d’ailleurs de cela qu’il vit puisque les droits d’un auteur de poésie sont dérisoires. C’est pourquoi il est affilié au régime des intermittent du spectacle depuis 1986.

Depuis cette date, il est salarié de l’association CHANT MANUEL qui lui établit ses contrats de travail, assure la fonction de producteur de ses prestations  - c’est à dire qu’elle finance la préparation de ses prestations publiques en obtenant pour ce faire des subventions des collectivités locales (Conseil Général des Côtes d’Armor, Ville de LANNION, Conseil Régional de Bretagne, ...) et s’acquitte envers lui des obligations de l’employeur.

L’organisme en charge du régime des intermittents effectue tous les 3 ou 4 ans des contrôles de sa situation. Il n’y a jamais eu de problème jusqu’à cette année 2013. En novembre 1998, l'ASSEDIC de Bretagne reconnaît la singularité du travail de Yvon LE MEN et demande à CHANT MANUEL de désormais désigner son emploi sous l’appellation de "poète interprète".

En clôture du précédent contrôle, le 21 avril 2010, POLE EMPLOI SERVICES (PES) nous confirme que  « ... au vu des éléments (que l’Association leur avait transmis les semaines précédentes), l’affiliation de votre structure est maintenue auprès du Centre de Recouvrement Cinéma Spectacles pour les spectacles et lectures publiques » soit à l’intérieur du champ d’application de l’annexe X.

Juillet 2013 : arrêt du versement des indemnités d’intermittent à Yvon LE MEN. Or Yvon LE MEN a eu 60 ans en février dernier et il allait bénéficier du dispositif dit « de maintien » prévu pour les intermittents à partir de 60 ans et ½.

Une procédure de contrôles de PES s’ouvre alors auprès de CHANT MANUEL, un contrôle très minutieux, quasi tatillon : il a ainsi fallu fournir la preuve que CHANT MANUEL établissait bien des chèques à l’ordre de Yvon LE MEN, correspondant aux bulletins de paie, et que celui-ci les percevaient bien sur son compte bancaire – contrôle lent, opaque, exclusivement écrit, sans visage, sans personne avec qui parler, s’expliquer, ...

CHANT MANUEL en communiquant à PES les contrats de travail a souligné qu’elle  avait bien tenu compte des recommandations faites en avril 2010 : pas de prise en compte des ateliers d’écriture, respect de la dimension « spectacle vivant » dans les performances auprès des scolaires, ...

19 novembre 2013 : lettre de POLE EMPLOI SERVICES informant Mr Yvon LE MEN qu’il est radié rétroactivement au 12 août 2010 du régime des intermittents du spectacle et lui demandant le remboursement des indemnités d'intermittents perçues depuis la date de radiation, soit la somme de 29.796€.

 Les raisons de cette décision sont les suivantes :

a - Yvon LE MEN ne serait pas un artiste du spectacle,

b - Yvon LE MEN serait le directeur de fait de l'association CHANT MANUEL qui depuis le début, 1986, établit la plupart de ses Attestations Employeurs Mensuelles

 Sur la qualité d’artiste du spectacle de Yvon LE MEN : elle est incontestable, reconnue, attestée, ... Tout ceux qui ont assisté à une de ses prestations, dans quelque cadre que ce soit, peuvent l’attester. Et d’ailleurs, suite au courrier du 19/11 il a demandé des témoignages aux organisateurs avec lesquels il a travaillé ces dernières années – vous pourrez trouver en lien plusieurs de ces témoignages qui sont tous sans ambigüité !

 Sur le second grief, il est également fallacieux : Yvon LE MEN n’est en aucune façon le directeur de fait de l'association CHANT MANUEL (dont il n’est d’ailleurs pas adhérent) : Il ne signe jamais aucun contrat et n'intervient jamais dans le domaine financier (il n’a jamais eu la signature du carnet de chèques, ...). Il y a une déconnexion complète entre sa rémunération et les cachets que versent les structures pour le compte desquelles il se produit.

 La somme demandée excède nettement les revenus annuels de Yvon LE MEN tous revenus confondus (droits d'auteurs pour ses livres et articles + cachets pour ses prestations publiques + indemnités chômages d'intermittents) !

 Yvon LE MEN dépose le 13 décembre 2013 une demande de remise gracieuse de la totalité de sa dette. La commission régionale paritaire de Pôle Emploi Bretagne du 5 mars 2014 a rejeté cette demande de recours gracieux (sans l’avoir entendu ni même pris connaissance de ses arguments).

 Le 24 mars, PE Bretagne met en demeure YLM de lui reverser dans les meilleurs délais les 29.796€ demandés.

 Yvon LE MEN n’a donc pas d’autre issue à cette situation ubuesque que d’assigner POLE EMPLOI SERVICES en justice par l’intermédiaire de son avocat.

 

 

31/05/2014

Tony Gatlif...

 Géronimo de Tony Gatlif

Le synopsis

Sud de la France. 
Dans la chaleur du mois d'août, Geronimo, une jeune éducatrice veille à apaiser les tensions entre les jeunes du quartier Saint Pierre. 
Tout bascule quand Nil Terzi, une adolescente d'origine turque s'échappe de son mariage forcé pour retrouver son amoureux, Lucky Molina, un jeune gitan. 
Leur fuite met le feu aux poudres aux deux clans. Lorsque l'affrontement éclate en joutes et "battles" musicales, Geronimo va tout tenter pour arrêter la folie qui embrase le quartier. 

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Gatlif, il y a les spectateurs qui aiment et ceux qui détestent. Moi je suis des premiers.

Il ne laisse pas indifférent. Il fait des choix esthétiques qui peuvent parfois agacer, plans longs, flous, feux de camps, bougies... Tout cela ficelé dans des scénarios qui peuvent paraître avoir été bouclés à la va vite. Il n'en est rien.

Son exigence est réelle. Avec les comédiens d'abord, qu'il respecte, et qu'il fait travailler pour obtenir le meilleur d'eux même. Les comédiens ne connaissent pas le scénario avant de tourner... Ils découvrent le jour même ce qu'ils doivent jouer. Lui même le connaît-il vraiment? Il travaille tout à l'instinct... Il invente, coupe, rallonge, fait sa cuisine...

 

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Ce qui ne laisse pas de place à de l'a peu prés, au comédien... Avec Gatlif il faut se jeter à l'eau...

C'est ce qu'a fait Naïlia Harzoune dans le film Géronimo.

Personne ne la connaît encore cette jeunette... Pourtant elle risque de ne plus passer inaperçue...

Nous à la rédaction, c'est notre petite chouchoute. Aussi on attend avec impatience de pouvoir visionner ce film. Ce sera probablement en octobre lors de la sortie.

En attendant le verdict du public, il y a eu Cannes et les marches...

Et Naïlia toute jeunette encore, toute naturelle, avec des airs graves, de déjà grande dame, là où tout le monde sourit pour mieux se vendre. Elle  ressemble à une jeune fille sage. Ne pas s'y fier le tempérament est bien là... Début de carrière prometteuse, que nous suivrons donc avec beaucoup d'attention.

 

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En attendant la sortie en salle de Géronimo, vous pouvez toujours revoir Gadjo Dilo, Latcho Drom, Vengo, Exil...

 

 

 

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04/04/2014

Nambou Michel Boutet

Allez zou une petite grande chanson de l'ami Boutet…. Attention risque d'addiction….

Le prix Copo à L'éponge des mots

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Les membres du Jury, lors du premier prix CoPO, le 24 mars 2014 :

 

PREMIER RANG (de gauche à droite) : Christelle ROSE, Jacques PERROT, Gersende MICHEL, Alain AMIRAULT, Laurence OUVRIER-BUFFET

 

SECOND RANG (de gauche à droite) : Alain FLEURY, Norman WARNBERG, Patrick VERSCHUEREN, Guillaume POUTRAIN, Mélanie LEBLANC, Evelyne BOULBAR, Jacques PETIT.

 

Membres non-présents sur la photo : Marc DELOUZE, Céline LIGER, Benoît MARCHAND, Dominique PANCHEVRE.

 

LE PRIX CoPO COMMUNIQUE:

 

Remise du prix CoPO 2014 : le succès d'une première édition !

 

 Pour cette première édition de notre CoPO, le prix a été attribué cette année au poète Saïd Mohamed, pour son ouvrage poétique intitulé "L'éponge des mots" (Les Carnets du Dessert de Lune, nov.2012). 

 

Plus de 70 ouvrages étaient en compétition pour le prix 2014 : CoPO à peine né, CoPO déjà courtisé !

 

La sélection du jury a donc dû d'abord arrêter une liste de 8 ouvrages remarquables parmi eux, qui se sont ensuite tous retrouvés en compétition pour la récompense suprême. Les ouvrages retenus étaient les suivants (par ordre alphabétique de leurs auteurs) :

 

  • Philippe Blondeau, Tri, ce long tri
  • Hervé Bougel, Travails
  • Remi Checchetto Jours encore après
  • Guillaume Decourt, Un ciel soupape
  • Bruno Doucey, S'il existe un pays
  • Said Mohamed, L'éponge des mots
  • Antoine Mouton, Les Chevals morts
  • Robert Piccamiglio, Mille plaines, Mille bateaux

 

Le CoPO encourage tous les amoureux de la poésie à découvrir ces ouvrages qui, s'ils ne pouvaient être tous récompensés, méritent tous notre attention par leur qualité de style et/ou leur authenticité poétique.

 

Le CoPO adresse ses plus vives félicitations à Saïd Mohamed, dont la noblesse d'écriture, l'exotisme vrai, la précision aphoristique et la mélancolie lyrique présents dans "L'éponge des mots" ont su conquérir le coeur de la majorité des membres.

 

La remise officielle du prix (en présence de l'auteur et de l'éditeur) aura lieu le 14 mai 2014, à 18 heures, à l'agence CBA, rue de Le Nostre, à Rouen.

 

Le lauréat sera également parrain du Festival "Place à la poésie" 2015.

21/11/2013

Cent ans de solitude....

C’est chez un bouquiniste du marché Vernaison, aux puces, que j'ai trouvé, non sans mal, L'illustration de 1917 au complet. Un pavé de l'année entière, relié en deux volumes de cinq kilos chacun. J'ai feuilleté avant de l'acheter pour savoir si tous les folios étaient présents. Rien n'est plus stupide qu'un livre auquel il manque des pages. Juin, juillet, 14, 21, 28.
-Oui, ça y est !
J'aurais presque hurlé de joie. Je venais de découvrir le plan de l’île au trésor, le manuscrit de la mer morte, le secret de notre existence. Ce que j’avais compris par intuition était révélé là, noir sur blanc. Je savais qu’il me conduirait, là où je voulais aller. Plus de dix ans que je grattais dans les sédimentations de l’histoire familiale. Bien que j’en ignorais l’existence avant de rencontrer Tantine je sentais que le nœud Gordien était là. À peine imaginable un tel moment. J'ai failli sauter au cou du bouquiniste, qui me regardait comme si j'étais sérieusement atteint. Je lui ai ouvert les pages sous le nez...
-Regardez, c'est mon grand-père !
Je lui ai donné un cours d'histoire. Ce tout petit bonhomme avec des grosses moustaches et une rangée de médailles était un héros national. Je le savais, depuis que la mère me l'avait dit, mais je n'en avais jamais eu la preuve. Trop petit, et pas assez gaillard. Il s'était engagé contre l'avis de réforme. Ils n'ont pas pu faire autrement que de l'incorporer. Il leur aurait démonté le bureau de recrutement. Venu de lui-même, sur son cheval, pour demander à participer à la grande boucherie. Les Boches n'avaient qu'à bien se tenir. La fleur au fusil, il allait leur faire passer l'envie d'essuyer leurs bottes sur les tendres pelouses hexagonales. Il en était revenu, plus vraiment le même. Probablement avec le regard halluciné des survivants, comme le montrent les documentaires de l'époque.
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Il avait collectionné la bimbeloterie pour sa témérité, son mépris du danger, sa férocité au combat. « Volontaire pour toutes les missions dangereuses. Terrasse trois soldats ennemis pour délivrer son officier prisonnier. Blessé au front, sommairement soigné, refuse d'être évacué à l'arrière, continue à lancer ses grenades dans les tranchées ennemies », mais les commentaires du journal n’avaient pas recopié toute la littérature du livret militaire. Elle s'étale sur deux pages. Le général manchot, Gouraud en personne, lui remettait la Légion d'honneur. On aurait dû la lui avoir remis depuis longtemps, s'il avait tout de suite accepté de passer au grade de sergent. Simple caporal-chef, il n'avait pas besoin de payer sa gamelle. Devenir sergent l'obligeait à débourser pour se nourrir. Avec son sacré bon sens paysan, il disait:
-Je veux bien aller à l'abattoir, mais pas amener ma ration de foin !
Aussi, lui a-t-on accordé une dérogation. Il n'aurait pas à payer sa gamelle, s'il acceptait le grade de sergent. Tenir tête aux galonnés, à une époque où on finissait plus rapidement au peloton qu'en croisière, relève soit de l'inconscience, soit du caractère.
Sur la photo, il sert la louche gauche de Gouraud. Un drôle de lascar le général. Parfois, dans quelques archives cinématographiques, on voit la silhouette claudicante de l'homme aux feuilles de chêne. Inaugurant une réalisation coloniale ou promettant lors d'un des ses voyages que la France n'abandonnera pas la population locale au massacre programmé par le dictateur en place. L'histoire leur a cruellement prouvé le contraire. Mais, je suis pas en train de faire une biographie du manchot, seule l'histoire demeurée silencieuse du petit sergent sur la photo, m'intéresse. Parce qu’elle me concerne en premier chef malgré tant d’années. Maintenant je comprenais mieux, la Mère et toute la famille. Un gène méchamment furieux nous a atteints au plus profond.
En temps que petit-fils de légionnaire, au lieu d'aller frotter mon cul sur les bancs de l'Assistance publique, j'aurais eu droit aux « Enfants de troupes ». Quoique, à bien y réfléchir, avec le recul et mon manque d'entrain pour la chose martiale, je m'en suis sorti bien mieux en ayant fréquenté les pouilleux, qu'en ayant subi le devoir militaire. Ce n'est guère compatible avec l'esprit artistique.
A cause du tirage entre lui et la Mère je n'avais jamais vu cet homme. Elle avait toujours prétendu que ce n'était qu'un salop, qui avait chassé le père de son premier enfant à coups de fourche. Comme la Mère affirmait que mon géniteur n’était qu’un fou, j'ai donc relativisé. Je n'ai jamais eu par qui que ce soit, confirmation de son diagnostic. Ce que j'ai connu du Père n'a pas corroboré ses dires. Mais pas question de démordre de son idée.
Le grand-père n'était pas revenu intact, ni physiquement, ni moralement de ce foutoir. Blessé par trois fois, comme cela est précisé sur son livret. Se jetant dans tous les coups durs, il n'a pas loupé une bataille. En dehors de celle du journal, j'ai vu d'autres photos de lui que Tantine m’a montrées. Petit et bedonnant, les reins entourés d'une ceinture de flanelle il portait des moustaches blanches. L’oignon en or au gousset, il l’avait gagné pour avoir sauvé la vie à son capitaine blessé, qu’il a ramené sur son dos depuis les lignes ennemis après avoir tué trois allemands.

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Rien ne pouvait le détourner de sa haine viscérale des Boches. Il suffisait de prononcer le mot, pour le voir changer de couleur. Quand l'adrénaline lâchait son jus, il enfilait la baïonnette et montait à l'assaut.
Lors de la Seconde Guerre, malheureusement trop âgé pour y retourner, il a stocké des armes dans sa cave et instruit la Résistance à leur maniement. Il a aussi renié le maréchal qu'il admirait tant, l’accusant d’avoir vendu le pays à l’ennemi. Selon lui il fallait se battre jusqu’au dernier vivant, et c’est parce qu’on manquait de couilles que les boches avaient gagné.
Tout le temps qu’a duré le conflit, il a brisé de rage les œufs de ses poules pour en empêcher leur réquisition. Il haïssait tant ces fumiers de Boches, que sa fille a failli en crever de trop leur ressembler. Blonde au yeux bleus, elle ressemblait trop à une saleté de Boche. Il pensait bien sérieusement que sa femme, c'est sûr, l'avait trompé en son absence. Malheureusement, il n'avait pas réussi à s'en débarrasser. De lui, elle avait l'instinct de survie. Malgré son empressement à la faire dormir dans le lit de sa jeune sœur phtisique, elle n'a pas attrapé la tuberculose, et a survécu à tous les mauvais traitements. Mais, elle a bien transmis les plans de sa déroute à son petit monde. Lequel, a repassé l'héritage à la génération suivante. Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme. D'une génération à l'autre, le même schéma s'était reproduit et continuait ses ravages, provoquant son lot de misère affective. La quatrième génération issue de ce chaos, pérennise les mêmes séquelles. Rien que du très joyeux.
Et si l'histoire officielle recense le nombre de disparus, de maisons détruites, de macchabées, d'obus tirés, de tonnes de bombes, de litres d'essence. Toute l'industrie de la guerre est comptabilisée et cela tient sur des registres rangés en bon ordre quelque part dans des kilomètres de rayons d'archives. N'en doutons pas, les comptes sont bien tenus. On n’a jamais considéré les dégâts invisibles qui rongent les survivants et le taux de mortalité par suicide des anciens soldats n'intéressait personne jusqu’au retour de ceux de la guerre du Vietnam.
S’ils reviennent avec l'honneur de porter des médailles, ils sont anéantis par une maladie sur laquelle on a mis un nom, seulement après la défaite des yankee dans les rizières. Des spécialistes illuminés se sont penchés sur la question. Ils ont appelé ça le syndrome post-traumatique.
Mais, face à tous les progrès que nos bonnes guerres nous font franchir, les crises de paranoïa, le délire verbal, les bourdonnements d'oreilles, l'érotomanie, l’alcool et les violences familiales ne sont rien. Tout ça existe à l'état naturel, de façon endémique vous dira n’importe quel spécialiste nucléaire hexagonal au service des usines électriques. C’est aussi sûr que les radiations de Tchernobyl ont contournées les frontières. C'est pas une petite guerre de rien du tout, qui nous amène tant et tant de choses positives, qui peut être responsable de tout ça. Quant au délire verbal et à la paranoïa, ils nous ont donné de sacrées bonnes pages de littérature. En attendant, ça fait bien trois générations qu’on se refile le paquet cadeau pour s’empêcher de vivre.
À son retour de 14-18, le grand père a été le seigneur sur ses terres. Tout le monde voulait recevoir le héros à sa table. Être l'ami de l'homme qui avait défrayé la chronique nationale. Lui voulait vivre, vite et bien, après tous ces temps durs. L’aïeul aimait trousser le jupon et ne s'en privait point. Au grand soulagement de sa femme qui échappait à la corvée. Elle se plaignait qu'il n'en avait jamais assez. Au dire de la Mère, le grand père leur a mené la vie dure. Et je ne demande qu’à la croire après avoir lu sur le sujet, je n’ai pas de mal à imaginer.

Pour en savoir plus sur le 317eme régiment d'infanterie Cliquez ici

Pour écouter Le Voyage au bout de la nuit dit par Michel Simon


Voyage au bout de la nuit, de CÉLINE, par... par rikiai

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Brassens revisité

 

Un grain de voix à la Colette Magny... Un swing là où on ne l'attend pas... Etonnantes ces filiations, mais ça fonctionne. La fille de ces deux là, sûrement. Après écoute, on n'entend plus le fils de maçon chanter de la même façon.  Un souhait: que Sandra chante et qu'on entende longtemps sa voix si singulière. 

 


Colette Magny - "Melocoton" par RioBravo

01/10/2013

Azrié & KoBow HAFEZ & Goethe.... Le Divan en tango....

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30/09/2013

La Lettre 36 d'Albert Marcoeur....


Dans cette lettre, je vous ferai grâce de mes sempiternelles jérémiades sur notre univers en émoi. Quelques remarques à la place sur ma semaine de vacances passée en Flandre belge. Ou en Belgique flamande, c’est comme vous voulez.

Sur les places flamandes, lors de festivités diverses, sur les trottoirs devant les bars, les gens boivent dans des verres en verre. Des verres à bière pour ceux qui boivent de la bière. Et des verres à vin, en verre également pour celles et ceux qui boivent du vin. Nous, on ne s’emmerde pas, c’est verres en plastique pour tout.

Les adolescents flamands ne se servent manifestement pas du système Ipod afin d’écouter leur musique préférée au format MP3. Le seul jeunot que j’ai vu appareillé téléphonait. De deux choses l’une : ou l’Ipodisme n’a pas réussi à s’implanter dans les Flandres, ou les jeunes flamands ont tout de suite flairé l’arnaque.

En Flandre belge, très souvent, on s’endort avec les cloches. Ou elles sonnent réellement là, tout près, pas très loin, ou très loin. Ou elles sonnent dans votre tête parce qu’elles ont résonné tout l’après-midi et votre crâne vibre encore. Dans les Flandres, très souvent, on se réveille avec les cloches.

Les nombreux clochers flamands abritent une quantité invraisemblable de grandes orgues possédant des registres sonores à faire pâlir les membres de l’IRCAM.

Riche de toutes ces grandes orgues, de ces jeux de cloches, l’Église flamande s’enorgueillit d’être une église avant tout culturelle et joyeuse. Et pour ça, elle met en vente du vin de messe. Au "Carrefour®" de Bruges par exemple, on a vu sur un rayon, à côté des autres spiritueux, des bouteilles de 73 cl de vin de messe. C’est écrit en gros sur l’étiquette et dessous, cette mention : "Sous certificat de garantie ecclésiastique" (sic, pour la véracité du propos bien sûr, mais aussi pour la rime). 4,29 € la bouteille.

J’ai vu des pompistes flamands qui introduisent le nez de la pompe dans votre réservoir ; le plein terminé, ils raccrochent le tuyau de la pompe et referment votre réservoir, ça déchire grave !

Et les caramels HOPJES®, ah les caramels HOPJES® !

Et les spéculoos de chez PHILIP’S à Anvers, ah les spéculoos PHILIP’S® !

Et que dire des bières belges ? Ce sont les reines et elles devraient le rester encore longtemps. Je ne suis pas rasé, je pique, je vous embrasse quand-même.

 

Albert Marcoeur

04/09/2013

L'homme qui plantait des arbres...

A lui tout seul, Jadav Payeng a fait pousser une vaste forêt sur un banc de sable de 550 hectares situé au milieu du fleuve Brahmapoutre. Le site compte désormais plusieurs animaux dont l’espèce est en voie de disparition, dont au moins cinq tigres. Une femelle a eu deux petits récemment. L’endroit se situe à Jorhat, à 350 kilomètres de route de Guwahati, et il n’est pas facile d’accès. Il faut quitter la voie principale et prendre une petite route sur une trentaine de kilomètres pour arriver au fleuve. Là, avec de la chance, on trouve des bateliers pour passer sur la rive nord. Après 7 kilomètres de marche, on arrive près de chez Payeng. Les gens du coin appellent cet endroit Molai Kathoni (“le bois de Molai” – d’après le surnom de Payeng). Tout a commencé en 1979. Des crues avaient rejeté un grand nombre de serpents sur le banc de sable. Après le retrait des eaux, Payeng, qui n’avait que 16 ans, trouva le site couvert de reptiles morts. Ce fut le tournant de sa vie. “Les serpents étaient morts de chaleur, il n’y avait pas d’arbres pour les protéger. Je me suis assis et j’ai pleuré sur leurs corps sans vie. C’était un carnage. J’ai alerté le ministère des Forêts et leur ai demandé s’ils pouvaient planter des arbres. Ils m’ont répondu que rien ne pousserait ici et m’ont dit d’essayer de planter des bambous. C’était dur mais je l’ai fait. Il n’y avait personne pour m’aider”, raconte Payeng, qui a désormais 47 ans. Le jeune homme quitta ses études et son foyer, et se mit à vivre sur le banc de sable. Contrairement à Robinson Crusoé, il accepta volontiers cette vie d’isolement. Et non, il n’avait pas de Vendredi. Il arrosait les plants matin et soir et les taillait. Au bout de quelques années, le banc de sable est devenu un bois de bambou. “J’ai alors décidé de faire pousser de vrais arbres. J’en ai ramassé et je les ai plantés. J’ai aussi rapporté des fourmis rouges de mon village : les fourmis rouges changent les propriétés du sol. J’ai été piqué plusieurs fois”, raconte Payeng en riant. Bientôt, toute une série de fleurs et d’animaux s’épanouirent sur le banc de sable, y compris des animaux menacés, comme le rhinocéros à une corne et le tigre royal du Bengale. “Au bout de douze ans, on a vu des vautours. Les oiseaux migrateurs ont commencé à arriver en masse. Les daims et le bétail ont attiré les prédateurs”, déclare Payeng, qui s’exprime comme un écologiste chevronné. “La nature a créé une chaîne alimentaire : pourquoi est-ce qu’on ne s’y tient pas ? Qui protégera ces animaux si nous, les êtres supérieurs, nous nous mettons à les chasser ?”Le ministère des Forêts de l’Assam n’a entendu parler de la forêt de Payeng qu’en 2008, lorsqu’un troupeau d’une centaine d’éléphants sauvages s’y est réfugié après avoir ravagé les villages voisins. Ils ont aussi détruit la cabane de Payeng. C’est là que Gunin Saikia, conservateur assistant des forêts, a rencontré Payeng pour la première fois. “Nous avons été surpris de trouver une forêt aussi dense sur le banc de sable. Les gens du coin dont la maison avait été détruite par les pachydermes voulaient abattre ce bois, mais Payeng leur a dit qu’il faudrait le tuer d’abord. Il traite les arbres et les animaux comme si c’étaient ses enfants. Quand on a vu ça, on a décidé de contribuer au projet, raconte-t-il. Payeng est incroyable. Ça fait trente ans qu’il est là-dessus. Dans n’importe quel autre pays, il serait un héros.” 

03/09/2013

Jean Yves Grégoire

Décidément les temps sont durs...

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Jean Yves Grégoire, auteur et photographe de talent, grand voyageur de tous temps s'est éclipsé pour un dernier grand voyage. 

On s'était rencontré lors de son premier livre, à Rando Editions, qui aujourd'hui ne sont plus guère qu'une entreprise moribonde... Puis il avait publié aux éditions La Boussole deux titres Vatisiournam et Chemin d'Orient préfacé par Christophe de Ponfilly. Il était retourné au Pakistan en 1999. Je me souviens que son passeport couvert de visas avait intrigué les gabelous lors d'un contrôle au péage à Bordeaux. Carte de presse aidant, qu'il avait tardé à leur montrer pour voir leur perspicacité, ils ont retrouvé le sourire... On s'amuse comme on peut...

Nous allions à l'imprimerie Mame pour le BAT de son Chemin des étoiles. Gravure chez Chromostyle, papier Job, imprimerie Mame... Il n'a jamais retrouvé des conditions de publication identiques...

On a travaillé sur un projet commun: Essaouira la belle endormie qui aurait paru aux éditions l'Arganier, elles aussi emportées par le fond... Le projet est toujours là, endormi lui aussi... Un jour peut être il ressortira des cartons... 

Jean-Yves avait trouvé un point d'ancrage à St Jean de Luz qu'il a aussi beaucoup photographié. St Jean  de Luz ou Essaouira, deux villes jumelles en beauté, toutes deux sur l'Atlantique. Basque ou berbère peu importe au fond, deux villes avec des hommes qui affrontent les éléments. Deux villes avec un charme fou.

 

Salut Jean-Yves, et bon vent mon vieux.....

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10/06/2013

Sale temps de printemps pour les poètes...

Marché de la poésie ce week end... Des absents... De plus en plus nombreux... L'âge voyez vous mon ami... La poésie ça ne nourrit pas son homme, ça l'éreinte. En revue: Jacmo qui pousse toujours Décharge et la porte à bout de bras avec Kewes des éditions Rhubarbe, Vercey avec qui on s'est dit : on n'a rien à se dire. Bougel du pré de l'âge et la provoc affutée. Brémond éditeur de poésie uniquement, identique pope depuis les années soixante dix. Delort et sa revue Brèves. Stéphane de l'atelier du Hanneton avec qui on prépare un bouquin. Massot du dessert de Lune survivant du week-end; entre durite qui lâche, incendie criminel dans son hôtel... Avec qui j'ai sous le coude une nouvelle publication... Mais chut.... Silence pour l'instant. Beau samedi. Dommage dimanche... Des québequois, Poétes de Brousse, qui troussent des chansons paillardes, et trouvent que le rosé tiède et de premier prix est extraordinaire... Bon...si ça les contente... ma foi... Sont suffisament flag pour boire n'importe quoi... Je confirme...

Un nouvel absent aprés Malherbes, Jégou, Izoard, Autié, c'est au tour de Rüdiger Fischer...

Salut à toi compagnon et bon vent dans les étoiles.

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08/05/2013

Alain Jégou, alias le Cap’tain, est parti...

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J’ai eu la chance de partir en pêche un jour avec lui. Un jour de mer d’huile, par une belle nuit de septembre. Je dis nuit parce que lorsqu’on s’est levé pour se rendre au port, il n’y avait pas un chat sur les routes. Peut-être une voiture croisée entre le Fort bloqué et Lorient. Ce n’est qu’arrivé dans le port, sur la jetée éclairée aux néons de sodium qu’on a vu des hommes. Plutôt des ombres qui s’agitaient et se saluaient machinalement d’un geste de la main. Ça m’a fait penser aux gladiateurs dans l’arène saluant César, « ceux qui vont mourir te saluent »… Pas de paroles, à quoi ça sert de causer dans ces cas là… Chacun sait ce qu’il doit faire.

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La radio grésille. Le moteur démarre. Lentement on s’avance dans la passe, pour que le diesel chauffe, suivi par une ribambelle d’autres tandis que d’autres nous précédent. Une sorte de procession s’avance sur la flaque d’huile noirâtre. Quelques vannes échangées entre pilotes…
Les deux matelots sont descendus dormir dans la couchette pendant que le Cap’tain a mis le cap sur les filets posés la veille.
Ils en auront levé des filets ce jour là ! Et posé autant d’autres. Pareil que d’habitude. Pour pas grand-chose. La mer trop calme n’avait pas donné ses fruits.
On n’a pas parlé littérature ce jour-là, ça aurait été déplacé. Il n’était pas là pour ça, le Cap’tain mais pour travailler. Et moi là, dans ces 10 mètres carrés, je ne pouvais que regarder, que voir, qu’essayer de comprendre ce qu’il trouvait de bien à sa foutue vie de loup de mer… Pourquoi ça fait bander ces types de risquer leur carcasse chaque jour dans ce merdier ? Alors qu’ils seraient bien mieux en banlieue parisienne au chaud dans un tunnel en train de conduire une rame de métro. Assuré du salaire et de l’horaire.
Décidément ces types sont d’une autre race. J’ai retrouvé chez les paysans du haut Atlas qui survivent dans des conditions de dénuement total cette fierté sans nom, qui semble dire : plutôt crever debout que vivre à genoux…

 

Le Cap'tain est parti... Trop tôt... Il avait survécu à la mer, lui qui disait en avoir vu beaucoup ne pas revenir un maudit jour de péche. Son oeuvre reste à découvrir et quelle oeuvre. Dense par son phrasé, son swingue, sa singularité, chaque poéme est d'abord vécu... Pélieu, Jégou, deux monuments... Salut à toi l'artiste de la vie... Condoléances aux tiens, à tous les tiens. Tous les opprimés dont tu arpentais la cause..


 

Pour voir l'exposition que lui a consacré la médiathèque de Quimperlé cliquez ici

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23/01/2013

Maurice Lode Le peintre du pont des Arts

Maurice ou Michel, peu importe c'est son prénom... Je dis Maurice, parce que c'est Maurice qu'à l'époque il s'appelait. Il avait ses quartiers du coté de St Michel. Il vendait déjà sur le pavé avec le statut de colporteur... Un statut qui remontait à l'époque de la diffusion des journaux et des imprimés dans la rue. Il vendait "ses images à lui", commme il disait... Ses peintures. Le statut de colporteur n'existe plus. Celui de peintre de rue n'a pas encore été reconnu par le ministère de la culture populaire... La culture ça ne peut pas être populaire...

Un policier plus policier que les autres lui a collé des amendes. Deux la même semaine par excés de zèle, pour bien montrer son autorité, parce qu'il n'aime pas sa peinture, peut-être... Vente sur la voie publique sans autorisation. On a le droit de peindre des tableaux sur la voie publique, mais pas de vendre, même quand on fait cela depuis des années et qu'un artiste qui peint dans la rue c'est d'abord un artiste. Mais la loi, surtout quand on veut la rendre inhumaine, c'est la loi. Et la loi est dure plus encore pour les faibles que pour les autres. 

Je lui ai acheté plusieurs de ses toiles, pour moi, pour offrir. Quitte à faire des cadeaux autant aider un artiste. D'autant plus un artiste de la rue. Maurice peint. Il est peintre. Il vit de sa peinture. Il vit pour peindre. C'est sa victoire à lui. Humble parmi les humbles. 

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Michel - Pont des Arts, Paris 1er par brevesdetrottoirs

19/01/2013

Philippe Jacques

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C'était à bordeaux au début des années 80. Arc en Rêve démarrait tout juste.

Depuis c'est devenu l'institution que l'on connait.

J'avais vu les dessins de Philippe par un ami. Dessins aux constructions un peu folles et étonnantes.

Un de ses dessins est devenu l'enseigne de la maison Ressacs.

Morin l'a publié dans Décharge.

Boutet en a utilisé un autre pour une pochette de disque. Philippe semblait ne plus créer en solo absorbé par l'aventure Arc en Rêve.

Il a quitté la structure pour renouer avec l'aventure et notre plaisir...

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14/01/2013

T'as le bonjour d'Albert Marcoeur....

 

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LETTRE N° 35

 C’est quand-même un monde, ils piochent hardi petit dans les diverses caisses de l’État,  contournent les lois, flirtent avec la mafia, se font construire des palais par des ouvriers étrangers payés au noir, et ils viennent voir chez vous si votre installation sanitaire est aux normes ! On est quand-même dans une sérieuse mouise et très franchement, je ne pensais pas que c’était à ce point. Un premier signe m’a été fourni lorsque, les bras chargés de CDs et de DVDs, après une demi-heure de queue, je pose enfin mes achats sur la caisse du magasin et demande un sac pour les entreposer. Cinq centimes, le sac ! « Vous rigolez, j’espère. On se trimballe avec vos sacs à l’effigie de la turne, on fait donc de la pub gratis pour l’usine et en plus vous voulez nous les faire raquer ? » Calme, Albert, calme !

Tout dernièrement, je prends un café dans un bistrot parisien et le serveur me demande : « Vous voulez du sucre ? » C’est bon à savoir, si on désire du sucre pour accompagner son café, on vous en donne.

Il y avait déjà en 2012 des signes avant-coureurs. Je me souviens de la panne "Blackberry". Pas de mails pendant trois jours. Un accroché narrait la catastrophe sous le choc : « Vous vous rendez compte, plus de mails pendant les réunions, j’étais obligé d’écouter ce qu’on disait ! »

J’espère que vous n’avez pas tenu compte des enquêtes d’opinion alarmistes qui se sont succédées tout au long de l’année : les gens sont malheureux et n’ont plus goût à rien. On a pourtant créé en 2009 l’Observatoire International du Bonheur et en 2011, la Journée Mondiale du Bonheur qui aura lieu cette année le 20 mars 2013. Obliger les gens à être heureux, voilà la solution. Et s’ils ne veulent toujours pas, les condamner à être heureux en première instance. Quant à Label Frères, on ne lui a pas demandé son avis. Si on lui avait demandé, il aurait répondu : « Nous nous maintenons dans la courbe des turbulences. Pas de trésorerie suffisante pour entreprendre de nouvelles choses pour l’instant, mais on ne perd rien pour attendre. Juste gérer l’entretien, la distribution du stock et s’occuper des relations, du courrier et du magasin. Pas plus malheureux que ça, donc. »

Je viens juste de terminer une pièce vocale pour 150 choristes wallons et flamands. Pièce de 12 minutes intitulée "Les Dominos" et commandée par "Lille 3000" et "Bazar". Deux représentations, place de l’Hôtel de Ville de Bailleuil (59270) les 18 et 21 mai 2013.

Le spectacle avec le quatuor Béla créé en mai 2012 à l’Atelier du Plateau a enfin un nom :

"Si oui, oui. Sinon non !". Deux concerts, l’un à Chabeuil (26120) le 6 mars 2013, l’autre à Paris dans le cadre du festival  "Jazz Nomades" le 29 mai aux Bouffes du Nord. Un projet de quatre concerts au cirque électrique de Macario est à l’étude pour l’automne 2013.

Une autre aventure est en préparation. Plonk et Replonk veulent éditer mes histoires vécues à la Société des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs de Musique. Certaines de ces histoires sont déjà en ligne mais toutes seront illustrées, cartepostalisées et réunies dans un magnifique recueil signé Plonk et Replonk. Le titre ne changera pas : "Mais Monsieur Marcoeur, comment se fait-il que vous ne soyez pas venu nous voir plus tôt ?!"

La violoncelliste Noémi Boutin et la flûtiste-chanteuse Sylvaine Hélary m’ont également commandé une pièce. J’ai envie de la commencer ainsi :

- T’es pas obligée d’ouvrir le robinet à fond quand tu te laves les mains, t’es pas obligée !

- C’est pour que l’eau chaude arrive plus vite. Dès que c’est suffisamment chaud, je réduis la pression.

- T’es pas obligée de laisser couler l’eau quand tu te savonnes les mains, t’es pas obligée ! Tu ouvres, tu te mouilles les mains, tu fermes le robinet, tu te savonnes ensuite et tu rallumes pour te rincer !

- C’est ça, et je fous du savon partout !

- Ça va tuer personne !

- Seulement, le robinet, il faudra le nettoyer. Et je vais faire recouler l’eau. J’aurai les mains rincées mais faudra rincer le robinet !

- T’es pas obligée de faire couler l’eau pour nettoyer le robinet, t’es pas obligée. Tu peux le nettoyer avec un chiffon ou un torchon.

- C’est ça, je vais dégueulasser un torchon propre avec la crasse de savon toute grise.

- Prends la mouillette ! Ou l’éponge humide !

 

Tous mes voeux de bonheur et de maintien en bonne forme dans la spirale infernale.

Avec les salutations sincères et amicales des frères Label.

  

   Albert Marcoeur, le 6 janvier 2013

 

11/01/2013

Thomas Vinau

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Thomas, je l'ai rencontré sur un de ces salons-usine à gaz, gigantesque. Le Mans, St Malo... Une monstruosité... Un de ces salons où on ne rencontre jamais personne. Quinze ans que je traîne dans des endroits pareils... C'est un métier, l'écriture. Avec ses contraintes... Vendre un minimum pour que l'éditeur continue à y croire et sorte le prochain. Un tandem féroce... La machine à écrire... ça porte bien son nom. Et dire qu'un libraire a nommé sa librairie la machine à lire. A Bordeaux... Tiens encore un autre de ces salon-usine. 

C'est pas sur ces salons là qu'on rencontre des auteurs, ou des lecteurs, mais dans des petites villes. Alençon, Romans, Cazères...

Des gens qui vous parlent, vous écoutent, vous regardent. Et on y vend aussi bien sinon mieux que dans ces foires. Pas de Poivre d'arvor, ni de Coffe, ni de Boringher...

Rien contre eux, non. Sympas même entre collègues. On blague un peu avec Coffe. On connive avec Richard. On se vouvoie avec Patrick... L'ocasion d'un service de presse. Puis une petite carte à l'en tête de TF1. La petite phrase gentille de ce bon gars qu'est le Patrick... Mais pas d'invitation pour autant à une émission... Ce que j'écris lui a pas plu, sûrement... Je comprends bien que ça plaise pas... C'est pas dans l'air du temps... On va pas en faire un fromage, hein...Bon, on est pas de la même galaxie... 


 

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Du bruit, du monde, deux jours de suite. Beaucoup. Un de ces salons  hypertrophié...

Des yeux qui regardent les couvertures des bouquins et des gens derrière ces yeux. Il regardent les livres, les yeux. Les gens qui passent, ils passent. Ils vous voient pas. Ils vous regardent pas, ils regardent  les couvertures des livres. Ils voient la vedette vue à la télévision. Vous pas... ( Tiens on dirait du Angot...) Du "sous Duras" comme on dit d'un sous-prolétaire. Du lumpen Angot. J'arrête là tout de suite, elle va s'énerver, comme elle sait bien faire. Comme à Montpellier, sur le stand de Sauramps. Une colère. Théâtrale, forcément. Il faut bien se faire remarquer...

Tout ça pour parler de style. Air de rien.

Des gens qui en ont un. Des autres qui l'empruntent. L'empreinte. La marque de ce qui vous touche. Le style. L'absence de genre est déjà un genre. L'absence de style, un encore plus sûrement. En avoir ou pas, de style. Il vaut mieux ne pas en avoir qu'avoir celui d'un autre. Au début j'ai pensé à des références en lisant Thomas. Au début seulement...

Ses petits riens qui font la différence. 

Depuis il m'a offert ses plaquettes. Dans mes toilettes, elles sont bien là. Depuis le début...

L'endroit le plus reclus pour lire. Le cabinet. Enfin, là, on me foutera la paix. Lire ce gars-là...

Le relire... Un peu à chaque fois. Une gorgée pour la route.

Je le confesse, je suis accro à son alcool de verbe.

Ici ça va... c'est son dernier... 

Il me l'a envoyé... Il est là sur mon bureau...

Sous des papelards, des copies, des factures...

Bien enfoui... Il attend... J'ai honte de pas déjà l'avoir lu...

Il s'imbibe de l'éponge des mots, il m'a dit Thomas...

Ici ça va, est là...

Pas lu encore...

Peut être peur aussi de le lire...

Ces gens-là quand on les lit, après pour écrire, c'est plus dur, forcément.

Il a dit des choses comme on aurait voulu les dire. Si simplement. Comment fait-il pour écrire si simplement? Oui sûrement la peur. Comme on peut avoir peur de tomber dans Duras, Céline, ou d'autres... Et ne pas s'en remettre...

Je vais le lire, oui, c'est sûr ça...

Thomas ce grand-là...

Et comme il me dit dans un mail :

Peu importe
tu le liras un matin
un de ces jours où l'on n'attend rien
mais où l'on veut bien croire
au jour

28/12/2012

l'éponge des mots lu par Cathy Garcia

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Une critique de Cathy Garcia pour l'éponge des mots sur son blog: delitdepoesie.hautetfort.com


L’éponge des mots est un livre sans commencement, ni fin, dans lequel on entre, puis on s’assoit et on écoute. On écoute un compagnon qui nous passerait la bouteille, on boirait à même le goulot, sans faire de manières, avant de la repasser à un autre, qui serait là aussi, quelque part au bord du monde, parce que toutes les routes ont déjà été arpentées, tout a été dit, et pourtant nul n’a encore trouvé le remède au mal de vivre.

 

L’éponge des mots éponge le trop plein.

 

Pas de gloire à se combler d’alcool

Pour s‘inventer des cataplasmes.

 

Boire encore et tordre le cou aux sortilèges.

 

Capitaine au long cours veillant sur l’histoire du hasard.

 

Taillader son chemin dans l’aventure des rues lisses.

 

 

Tel un Ulysse qui ne retrouvera jamais son port. Les mots eux-mêmes deviennent éponge pour absorber le trop plein d’amertume, de vanités, de désillusions, de chagrins rouillés. Un trop plein qui n’a d’équivalent que la béance du manque d’amour.

 

Revenir sur ton ventre noyer ma détresse à l’hôtel des carnages

en soudoyant le gardien de nuit

après une errance de bar en bar

pour resquiller la lumière

 

Lorsqu’on va chercher très loin ce que l’on ne trouvera jamais, le voyage devient errance, parce que depuis longtemps nous sommes perdus à nous-mêmes.

 

Dans cette nuit espagnole, tu pointes un doigt vers le ciel

et désignes l’aube avec sa rivière

roulant des perles noires.

 

(…)

Je jure de ne plus savoir retourner chez moi.

 

Car vivre c’est Être au monde avec ses pertes de lumière, des voiles trouées et ces haubans qui sifflent au moindre vent.

 

Dans L’éponge des mots, Saïd Mohamed nous livre son désenchantement, et à chaque page pourtant, on trébuche sur des pépites. Si les larmes sèchent vite aux vents des quatre coins du monde, les mots eux, n’ont pas fini de couler.

 

nous ne sommes pas devenus fou subitement,

cela a demandé du temps.

 

D’abord, on a vu l’étrange plaie

qu’est la joie dans les yeux des autres.

 

(…)

 

Pris dans la tourmente des loups dépouillés

qui guettent l’étrange et le dérisoire.

 

Partout avec ces mots de pauvre, aller

dans la perception des miroirs

en traversant sur les passages cloutés.

 

 

Les mots vomissent leur impuissance à changer le monde.

 

Il n’est de sommeil plus puissant

Que notre intelligence à ne pas vivre

 

(…)

L’idiot va à ses ratages comme à une science exacte,

Seule raison valable pour achever cette bouteille.

 

Quelle autre sagesse peut évoquer un tel carnage ?

 

 

Le voyageur va chercher ailleurs quelque chose qui lui ferait croire qu’il vit plus intensément.

 

La dentelle des jours nous pousse à faire escale

dans les ports aux romances inachevées,

à chercher dans la multitude des petits riens

ces choses de peu qui manquent le plus.

 

 

Plus c’est loin et plus on espère trouver cet autre chose qui nous ferait nous-mêmes autre.

 

J’ai connu les ventres outragés et le rire des singes,

L’ombre du feu avec dans la bouche

Les cendres des morts comme seule preuve de vie

Et combien de corbeaux, de singes, de najas,

D’étranges banyans et d’immenses

Oiseaux de nuit.

 

Mais il y a quelque chose de définitivement voué à l’échec dans cette quête, des courants contraires aux chercheurs d’intensité, des trésors éphémères qui fondent comme goutte d’eau au soleil.

 

Des éclats de possibles,

des bribes de rien dans le silence résorbé des villes

et des hommes de papier mâché

au bar des illusionnistes.

 

(…)

Partout être à contretemps,

à contre-emploi, à contresens du flux

dans le décalage permanent,

fuir quand tout converge.

 

Grande est la désillusion, quand on découvre les coulisses de ce qui n’apparait au final, comme rien d‘autre qu’un grand cirque pathétique.

 

Qu’auront nous dit vraiment ?

 

Le silence est préférable à ces babils,

ces faux-savoirs,

ces mensonges appris comme une leçon.

 

Ces bribes de rien, de tout, d’abject aussi, récitées par cœur

quand le plus grand dénominateur commun ouvre sa gueule

dans l’immonde barnum du tube cathodique,

ce rectum de la pensée qui souille

tout ce qu’il touche.

 

Saïd Mohamed sait ce qui pousse à Parcourir le monde comme le sang bat les veines à la recherche de l’instant qui rend caduc tous les autres. (…) et la promesse toujours la promesse d’autres choses encore.

 

Le voyage, la fuite, la solitude et l’oubli impossible.

 

Accolé aux murs des villes, ton visage, ton sourire obsédant, ton ventre au mien accroché, où dedans le vent s’engouffre, dans le salpêtre, la crasse, l’odeur des poubelles, je t’ai cherchée.

Dans le repli de l’indifférence j’ai appris à regarder avec cette habitude à qui rien n’échappe, en tous lieux j’erre seul, heurté à la raison qui maintient les êtres dans leur camisole. Partout où tu as posé les pieds, je retourne la terre. J’hésite à te nommer, pour laisser en friches ces souvenirs qui me reviennent, m’accablent et me jettent dans les bras d’hier.

 

Saïd Mohamed sait qu’il est difficile de vivre en ignorant son ombre, elle se tord et crie si on marche dessus.

 

Tout au long de son livre on sent peser cette ombre qu’aucune destination, si lointaine fut-elle, aucun alcool, ne sauraient dissiper.

 

Tous ces arbres morts qui s’évertuent à lancer au ciel des branches pour s’y pendre…

 

Et pourtant, nous confie t-il, ma raison demeure dans l’agitation du monde, de ces villes juchées les unes sur les autres, où dans l’ennui les hommes se laminent, se chevauchent.

 

Dans la troisième partie du livre, il nous ramène à un « Ici et maintenant ». Une sagesse que connaissent tous ceux qui savent qu’il est vain de tenter d’être ailleurs, que dans ce laps de temps présent. Et si les souvenirs sont toujours là, en filigrane, il est temps de tirer un trait et Saïd Mohamed est sans doute un de ces êtres brûlés au feu de la passion comme de la lucidité, cette lucidité féroce qui pousse à n’importe quel extrême pour lui échapper, en vain.

 

Nous n’avons pas grandi malgré le poids sur nos épaules.

Prisonnier de l’enfance, on croit être devenu un autre

en refusant l’idée que seul le corps change.

 

L’éponge des mots est comme un fleuve qui s’écoule, qui déborde parfois, puis se calme à nouveau, qui remonte le temps aussi bien qu’il file vers une hypothétique embouchure.

 

On relit ce qu’on a écrit sans le reconnaître.

Ivresse de la prière païenne qui se nourrit d’elle-même

À laquelle aucun parler n’est comparable.

Ce mystère ne nous appartient pas.

En bouche vient le fleuve,

Message jamais interrompu ni commencé.

 

Il y a l’ombre, mais aussi un flot de lumière, au sein même de ce qui peut sembler comme un constat désespéré.

 

Dire l’instant émerveillé devient insolence

Aux hommes obscurcis par trop de misère.

 

L’auteur sait qu’avec les mots on peut tout inventer et il a gardé Des affamés (…) les vertus de l’illumination, les tenailles du silence et la tyrannie de l’aube.

 

En d’autres termes, le chant et la soif du poète, mais il s’interroge sans cesse, il nous interroge.

 

Comment apprécier l’insolence des moineaux et convaincre l’ombre du bien-fondé de la lumière

Survivre aux ratages de l’existence et à cette nostalgie qui éreinte.

 

Il faut avoir touché le fond pour en connaître la texture réelle et savoir si bien en rendre compte.

 

Le mal de vivre n’a pas de nom, inquiétude rebelle, cœur sans raison.

 

Le voyageur a vu la face périmée du rêve et le poète l’a bue jusqu’à la lie.

 

L‘insulte nous a cueillis au cœur de la joie. Déplumé l’oiseau aux sept couleurs. Sidaïque l’oncle Jo des Amériques. La petite Jeanne s’injecte de l’héroïne.

Comme des orphelins, efflanqués nous ne croyons plus en rien. Nous avons vu tant de désastres, de boue ruisseler des montagnes, de louves pleines les flancs ronds, de vagabonds pointer sur la carte du ciel une étoile rouge.

 

Et comme ces marins condamnés à errer d’île en île, lui comme nous sommes étrangement ballotés entre l’histoire d’un monde aux urgences de grisaille et l’impatience de vivre.

 

Saïd Mohamed n’a certainement pas fini d’essorer, encore et encore, L’éponge des mots, et c’est tant mieux !


Cathy Garcia

24/12/2012

Passage des Indes...


 

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Passage des Indes est publié chez Artisans Voyageurs.

Pour toute commande : http://www.artisans-voyageurs.com/mohamed.htm

Dans ces rues, de jeunes femmes vont avec dans les cheveux des tresses faites de fleurs de jasmin en bouton. Le parfum embaume leur sillage. Drapées dans des saris, bleus, roses ou orange, indifférentes à tout, comme des princesses au regard ardent, elles passent dans cette ruelle des forgerons où ne devraient pas s’aventurer de telles grâces. Sur le sol une pastèque ou une courge ronde écrasée couverte d’un colorant rouge sang a été jetée en sacrifice à une divinité pour éloigner la malédiction. Mais rien n’y a fait. Elle s’est abattue définitivement dans ce qui ressemble à une rue mal empierrée. Des cahutes en palmes habitées par des familles d’intouchables sort une âcre fumée de mauvais charbon.

De chaque côté, une rigole fangeuse d’eau usée et noire stagne. Plus loin, un emplacement sans construction, et au milieu de ce nulle part des coqs, des corbeaux, des vaches disputent des ordures aux humains. Dans ce monticule se mélangent bouts de cartons, débris ménagers, étrons, fientes, bouses, morceaux de noix de coco et feuilles de bananiers ayant servi d’assiettes à la minable gargote au coin de la rue, près du temple. En ces temps d’élection et de démagogie, une soupe populaire y est offerte par un parti populiste ou par des adeptes du dieu local.

Les vaches se repaissent de ces feuilles déjà léchées jusqu’à la moindre, trace de festin – grains de riz et sauces pimentées – par ces pauvres hères. Des cochons gris dorment là aussi. De cet endroit émane un puissant remugle de merde. Ces parias font leurs besoins là, au vu et au su de tous.

 

Ici habitent des femmes, des hommes et de rares vieillards. Des gosses vont nus avec une cordelette rouge à la taille en guise de ceinture, ils jouent avec la poussière du sol et en font des petits tas de hauteur égale et ils s’imaginent probablement commerçants en matériaux de construction. Là survivent des gens qui ont dû être des humains. Ils n’en n’ont plus que la forme. Comment vivre en des lieux si abjects ? Il est des paysages superbes dans les sierras sauvages qui retiennent à la terre les êtres comme des aimants, et les laissent sans force face au temps qui passe et les amenuise petit à petit. Ils en oublient leur humanité, et chaque jour les transforme un peu plus en anachorètes, car l’ensorcelante beauté des lieux a fini par ravir leur âme. Mais en cet endroit-là, nulle beauté. Seules l’horreur et l’abjection de la pauvreté clouent ces dalits au pilori, dans la puanteur de l’air mauvais. Aucune révolte dans leur regard, aucune méchanceté non plus pour l’étranger. Ailleurs peut-être, dans une de ces banlieues, à Bombay ou Delhi, on m’aurait déjà dépecé et ma carcasse aurait nourri leurs cochons. Aucune animosité dans cette auscultation. Certains font un large sourire et adressent un « hello » sonore en interrogeant d’un: « Where are you come from? » Et en ponctuant immanquablement par un: « Welcome in India! »

Je ne pouvais espérer meilleur accueil.


En cadeau: Slow Joe le petit gars de Goa





Annkrist

Depuis longtemps j'avais envie de vous parler de cette époque devenue lointaine maintenant... Les années soixante dix. J'étais adolescent et déjà la poésie me taraudait... Nous vivions une époque terriblement excitante. Etait-ce la période de vie, ou la période historique... Tout semblait encore possible. Tout l'était sûrement, comme losrqu'on n'a pas encore atteint ses vingt ans. 

Neve Noé: c'était une coopérative de chanteurs, musiciens, poétes bretons qui regroupait des gens comme Yvon le Men, Patrick Ewen, Gérard Delahaye, Annkrist, Kristen Nogues, Melaine Favennec....

Bref tous ceux qui ont un nom dans la chanson encore maintenant. 

Une voix s'est tue, une seule: Annkrist et pourtant sa voix encore aujourd'hui quand je l'écoute me colle la chair de poule. Sensibilité, grain, duende... Oui c'est bien une flamenca bretonne... Une gnawa de Morlaix, une Frehel intellectuelle...

Mais qu'est-elle devenue?

Le mystère sur son existence même, entoure d'une puissante aura le timbre de sa voix qui semble parvenue d'outre tombe, comme on dit d'outre Meuse à Liège. Sirène sortie des eaux de l'océan venue envouter les marins pour les entraîner dans son chant. Elle était avec Léo Ferré mes deux piliers de poésie dans ces remous océaniques. Elle n'est pas morte, non, elle a préférée, le silence qui ne la trahit pas, lui... Ce silence fracassant...  Sa vie va sur d'autres chemins et sa voix aussi. Dommage pour nous.

 

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Annkrist : "La Rue mauve" par orelienada

 

 

 


Annkrist : Les prisons du monde par orelienada

 

Les journées passant sans erreur
vont aligner nos bonheurs
ailleurs on ne sait pas trop
d'où te vient ce regard d'adulte
un jour quand tu les consultes
tes yeux on pris le métro
Les secondes sur nos saisons
ont cerné leurs possessions
par des légions de bataille
Les secondes sont par millions
Les journées de nos vies font
trois p'tits tours et puis... s'en vont...
Les multicolores d'antan
plombent nos têtes de grands
et on rince un rêve rance
Les parvis blancs sous le soleil
couchés parmi ces merveilles
je ne sais pas pourquoi j'y pense
Les secondes sur nos bonheurs
se sont déclarées preneur
de nos rêves qu'elles entaillent
Les secondes sont par millions
Les journées de nos vies font
trois p'tits tours et puis... s'en vont...
Je n'en reviens pas : on croyait
Oh ce n'est pas vrai, on croyait
même à l'Amour qu'on compose
on ne peut pas nier nos mémoires
On trouve partout sans vouloir
le squelette de ces choses
Les secondes sur nos courages
ont installé le carnage
d'insectes ouvriers de failles
Les secondes sont par millions
Les journées de nos vies font
trois p'tits tours et puis... s'en vont...
Je n'ignore pas le troupeau
plutôt que de lui laisser ma peau
je lui fabriquerais du miel
Le temps qu'il goûte à ce mélange
j'ai le temps de chercher mon ange
Quartier de l'amour éternel
Les secondes sur mon courage
ne pourront aucun dommage
juste une légère encoche
- parce que je tiens à la folie
d'avoir installé mon lit
sur l'angle de ma joue gauche -
Et elles sont là dans la ruelle
je serai longtemps rebelle -
Toujours - que je leur ai dit
- Passez derrière - c'est entendu -
vous verrez je suis attendue
dans le Quartier du Paradis

20/12/2012

C'était la fin du monde déjà en 1966....


 

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Texte extrait de un enfant de coeur paru aux éditions Non lieu.

L’histoire s’était répandue. On arrivait à la fin du monde! Lui était resté dormir car le travail, le lendemain, l’attendait. Tous, même les plus sceptiques, avaient fini par y croire et ils scrutaient le ciel. On ne passerait sûrement pas minuit. Il valait mieux et, de loin, rester dehors que de recevoir la maison sur la tête. Les tremblements de terre, à côté de la fin du monde, sont de la rigolade. Le soleil disparu à tout jamais, le ciel s’écroule sur lui-même, on tombe dans le vide et il fait froid. Les fins du monde se passent toujours ainsi. Personne ne doutait plus que le grand chambardement serait pour cette nuit-là. On ne savait pas ce que l’avenir nous réserverait. Certains avaient fait leurs prières. Le Père était parti se coucher en riant.

Tous les gens, même ceux qui ne se causaient pas d’habitude attendaient que les heures passent, que la place du village s’ouvre en deux et crache des langues de feu, qu’on soit engouffrés dans les entrailles de la terre et que le diable emporte les incroyants qui ont le péché en eux. Deux heures du matin ont sonné. Puisque la fin du monde n’avait pas eu lieu, à minuit comme prévu, on n’avait plus de soucis à se faire. Mais les gens ont continué à interroger les étoiles. Un peu rassurés, ils ont regagné leurs fermes, les paniers encore pleins de victuailles sous le bras. C’était la nuit du 6 juin 1966 et elle devait porter malheur à cause des chiffres qui composaient le nombre 666, celui de l’antéchrist.

08/12/2012

l'ordre des lettres

L’ordre des letrtes

 


Sleon une étude de l’Uvernitisé de Cmabridge, l’odrre des ltetres dans un mot n’a pas d’ipmrotnace, le suele ccoshe ipmrotnate est que la pmeirère et la drenèire soeint à la bnnoe pclae. Le rsete peut êrte dans un dsérorde ttoal et vuos puoevz tujoruos lrie snas porlbème. C’est prace que le creaveu hmauin ne lit pas chuaqe ltetre elle-mmêe, mais le mot cmome un tuot. La peruve…
Alors ne veenz puls m’intropuner aevc les corerticons ottrahhggropqiues.

 

koi ki dit wiki sur le réalisme magique?

L'expression « réalisme magique » a été définie pour la première fois en 1925 par le critique d’art allemand Franz Roh, dans son livre Nach-expressionismus, magischer Realismus : Probleme der neuesten europäischen Malerei1, pour décrire quatre parmi les sept nouveaux courants qu’il distinguait dans la production picturale européenne desannées 1920, en plus des styles encore dominants de l’impressionnisme et de l’expressionnisme. Parmi les peintres que Roh estime concernés par ce réalisme magique post-expressionniste qui plaque sur la représentation d’une certaine réalité historique (assez liée aux traumatismes de la Grande Guerre) une imagerie fantastique, hallucinatoire ou cauchemardesque, se trouvent entre autres CarráDe ChiricoGeorg SchrimpfMenseDerainOthon CoubineMetzingerHerbinMiróGroszDix... Ce courant pictural sera officialisé en 1943 par l’exposition « American Realists and Magic Realists2 » du musée d'art moderne de New York, mais les critiques d’art européens avaient déjà adopté l'expression « neue Sachlichkeit » (« nouvelle objectivité ») au détriment de celle proposée par Roh. L’appellation de « réalisme magique » allait cependant être retenue en référence à certains écrivains allemands, flamands ou italiens, dont Jean RayErnst JüngerJohan DaisneHubert Lampo et Massimo Bontempelli qui s’en réclamaient.

Les voyages en Europe d'écrivains nord ou sud-américains et l’érudition de certains autres (comme Jorge Luis Borges) vont permettre l’importation du concept outre-Atlantique. Grâce à la traduction espagnole en 1928 du livre de Roh, l’appellation « realismo mágico » devient progressivement populaire d’abord dans les cercles littéraires latino-américains (en association au prix Nobel 1967 Miguel Ángel Asturias qui employait ce terme pour définir son œuvre, puis à Arturo Uslar PietriJulio Cortázar...) et, à partir de 1955, parmi les professeurs de littérature hispanique dans les universités américaines. Entretemps, le lancement de la notion concurrente de « real maravilloso » dès 1948 par l’écrivain cubain Alejo Carpentier dans le prologue de son roman Le Royaume de ce monde a introduit une confusion qui alimente encore aujourd’hui le discours critique hispanophone et qui a suscité la création du terme de « réalisme merveilleux » dans les milieux littéraires antillais et brésiliens.

Si la tendance à mêler réel et merveilleux est présente de longue date et en tout lieu en peinture (Jérôme BoschLe GrecoRubensGoya) comme en littérature (Rabelais,VoltaireSterne ou, plus récemment, Vladimir NabokovMikhaïl Boulgakov et Günter Grass), c’est dans la production narrative et poétique sud-américaine des années 1960 et1970 que le réalisme magique va trouver un rayonnement planétaire.

Les réalismes merveilleux ou magique ont généralement pour but de saisir une réalité avérée à travers la peinture quotidienne de populations latino-américaines ou caribéennes pour en révéler toute la substance fabuleuse, irrationnelle, parfois étirée jusqu’au rang de mythe. La notion traditionnelle de « réalisme » est dépassée par l’intervention du fantastique dans l’œuvre sans que le statut de celui-ci ne pose problème ou ne soit mis en doute par la fiction et les personnages. La question qui n’a en revanche cessé de diviser les esprits dans les débats autour du réalisme magique et du « réel » ou « réalisme merveilleux » est celle de la nature et du rôle des éléments magiques, merveilleux et mythologiques recensés dans les textes ou œuvres d’art concernés. Pour les uns, ces éléments sont des caractéristiques authentiques de la culture dont est issue l’œuvre comme la mystique autochtone, la foi dans la magie et le miracle chez les populations indigènes par opposition au rationalisme attribué à la civilisation occidentale : une démarche littéraire dont le « réalisme » inclut le témoignage de la croyance au surnaturel comme mode de vie quotidien des tribus ou des peuples dépeints. Pour les autres, il s’agit d’aspects esthétiques particuliers, inhérents au style et à la psyché d’un auteur qui interroge, à la manière des modernistes ou des postmodernes, les concepts de « fiction », de « sens » et de « vérité » pour se jouer des codes et des artifices du roman dont l’autorité paraît minée.

On retrouve chez les réalistes magiques et merveilleux, au delà des spécificités culturelles, l’influence majeure de certains auteurs occidentaux à l’instar de Nicolas Gogol,Fiodor DostoïevskiFranz Kafka et William Faulkner.

En Occident, dans les années 1960, un nouveau courant d’origine scientifique vient s’ajouter aux termes de « réalisme magique » et « merveilleux » : le « réalisme fantastique » voit le jour. Mais celui-ci, lié à l’ésotérisme, au mysticisme ainsi qu’à l’étude plausible de phénomènes paranormaux, ne semble pas outrepasser le cadre de la science-fiction et son incidence reste limitée dans la littérature mondiale, même si l’on note quelques exceptions, notamment certains textes de Borges.

Au début du xxie siècle l’utilisation des expressions respectives « réalisme magique » et « réalisme merveilleux » est complexe. La première a bénéficié de la formidable caisse de résonance des universités nord-américaines où littérature latino-américaine et world literature anglophone se rencontrent, notamment au sein des cultural studies, alors que la seconde se cantonne aux milieux francophones antillais et canadiens. Il y a là, manifestement, un terrain d’étude fertile pour la littérature générale et comparée.

En Europe on a associé certaines œuvres d'auteurs comme Ernst JüngerJohan DaisneHubert LampoDino BuzzatiJulien GracqItalo Calvino ou encore Milan Kundera, au réalisme magique tel qu'il avait été théorisé dès 1925 par Roh et dès 1926 par Massimo Bontempelli (realismo magico ou realismo metafisico). Mais ces œuvres n'illustrent pas la définition du réalisme magique comme mode narratif à part entière, intégrant des manifestations surnaturelles dans un contexte réaliste, de la manière ludique popularisée par García Márquez dans son roman Cent ans de solitude (1967) et dans ses nouvelles telles que L'Incroyable et Triste Histoire de la candide Eréndira et de sa grand-mère diabolique (1972). Par contre, ce réalisme magique-là était déjà évident dans La Métamorphose de Franz Kafka (1915) comme dans une grande partie de la production narrative de Marcel Aymé (notamment La Jument verte, 1933, Le Passe-muraille, recueil de nouvelles de 1943 ou La Vouivre, 1941) et dans Le Tambour de Günter Grass (1959). C'est aussi dans cette veine que s'inscrivent Les Enfants de minuit (1981) et Les Versets sataniques (1988) de Salman Rushdie.

 

07/12/2012

ça me va tout de go....

 

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Une critique de L’éponge des mots par Jacmo. 

Quelques années que Saïd Mohamed n’avait rien donné. Si on récapitule un peu, je l’ai publié en Polders en 1990 et 95, après deux coéditions au dé bleu. (Lui-même m’avait édité en 1983 à ses éditions Ressacs). Il a été chroniqueur dans la revue un moment. Puis il a publié d’autres recueils de poèmes et plusieurs romans. Il fait partie de mes 33 auteurs dans le volet anthologie de « La poésie de A à Z selon Jacmo »… On l’avait un peu perdu de lecture depuis six ans, et il revient comme une fleur chez son dernier éditeur (Jean-Louis Massot). Livre-bilan dit le préfacier Jean-Claude Martin et sa structure en trois parties avec des titres bien dans sa manière confirme cette analyse.

D’abord les impressions du voyageur (« les chardons bleus »), New-York, Marrakech, Istanbul… C’était Alexandrie et son odeur d’iode rance et l’Inde qu’il a longtemps fréquentée, entre autres étapes de son tour du monde. Et chaque fois, c’est un peu le tour de lui-même chez les autres, mais ailleurs et tout le temps. Avec des versets pleins comme des aphorismes, cette faconde personnelle et cette volubilité reconnaissable entre toutes, ses positionnements comme des coordonnées géographiques Un quai de gare la nuit à New Delhi grouillant de rats entre les corps endormis au sol. Mais la situation lointaine n’enlève rien à la parole qui semble avant tout rivée au poète qui se plaint de l’absence de celle à qui il écrit désespérément.

Saïd Mohamed mélange toujours deux ingrédients qui ne sont pas forcément compatibles : un enthousiasme où l’énergie vitale déborde et un devoir de vérité à la fois cruelle et acerbe, ce qu’il résume  ainsi : Un destin acculé à un rêve permanent. L’auteur de « Femme d’eau » possède une tonalité lyrique et même épique par moment dans un cadre prolétarien. Sa connaissance du monde n’est pas passée au crible d’une écriture politique ou philosophique, elle reste enracinée à sa sensibilité viscéralement et nulle sagesse avec l’âge n’en est extraite. Il sait croiser une certaine humilité à un orgueil de bon aloi. De l’errant le haillon et du lépreux le regard. Lorsqu’il fait appel à ses références poétiques, trois noms apparaissent qui ne parleront qu’aux initiés : Malherbe, Dien et Criel. La seconde partie « Mots d’absence », reprise d’un titre de 1982, renoue avec le Saïd Mohamed amoureux, entre bonheur et mal-être. La femme aimée est-elle perdue, disparue, morte ?

La trivialité de la réalité est toujours amortie par cet esprit de légende et d’invention, et la fiction ensorcelle les choses, tant et si bien qu’on est en droit de douter de ce qui relève du domaine du réel et de celui de l’onirique. Sa poésie est certainement nichée dans ce no man’s land bien à lui. Le dernier volet intitulé « Ici et maintenant » sonne en effet comme un bilan. Cependant, il n’y a guère de leçon, encore moins de morale à en tirer. Le poète tente toujours de relier les extrêmes, de résoudre les contradictions Un monde nouveau bordé de misère obscène et d’absolu. Il n’a pas son pareil pour débusquer la merveille à côté de la vilenie. Des affamés j’ai gardé les vertus de l’illumination… « L’éponge des mots » se lit comme une reconnaissance de lettres d’un auteur qu’on connaît et qu’on aime depuis longtemps. La lucidité l’emporte sur la nostalgie, et surtout la sincérité des sentiments gagne le pari de l’écriture. On ne revient pas innocent du feu.

© Jacmo, à paraître in Décharge n° 157.

10/11/2012

Roman(s) à Romans

Un vrai plaisir de retrouver le salon de Romans comme invité....

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04/10/2012

L'éponge des mots

A paraitre à la fin du mois d'octobre aux éditions les carnets du dessert de lune...

C'est en belgique, à Bruxelles... Et pour inventer un nom pareil pour une maison d'éditions, qui d'autre qu'un habitant de la belgique, pays ô combien surréaliste, pouvait le faire... La couverture est le fruit  d'une rencontre improbable entre un poisson rouge et une pomme dans un aquarium... La rencontre s'est faite entre l'objectif (Canon powershot) de Bénédicte Mercier et cette image insolite dans  un restaurant sur le front de mer à Pondichéry en 2003...

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07/07/2012

Un gars du poitou... Michel Boutet.

Un jour il faudra que je vous raconte comment j'ai connu cet individu... Il y a fort longtemps de cela...

C'était en 1971, c'est dire... J'étais encore mioche et lui chantait déjà. Pas comme maintenant. Pas aussi bien. Le bon vin avec le temps ça gagne, c'est bien connu. Je tortillais déjà des vers sur le papier. ça m'a pris jeune aussi ça. Quarante ans que je le connais ce gars là. C'est une paie quand on y pense. Faut pas trop y penser. Il méne son bout de chemin sans casser de guitare sur scène. Il trousse la rime,  des fois elle rime à rien aussi, ça arrive, sa rime. 

Donc si vous savez pas quoi faire un de ces soirs et qu'il passe pas loin de chez vous allez donc le voir puis l'écouter. Dites lui que c'est moi qui vous a envoyé... ça lui plaira.

Il est comme tous ceux que je recommande, un bon gars. Et pas comme on dit un "bénet" pour parler poli. Non un bon gars, comme on dit du bon pain... Un bon gars au fond et dessus aussi.

Le vernis il n'est pas là forcément où l'on croit qu'il est, et la croûte non plus elle est pas là où elle devrait être.

Dans le bon pain tout a été fait à la main, des fois il est un peu trop cuit dans le grand four en briques. Mais ça fait rien s'il est pas comme de la baguette du dimanche, lui quand on le mange, ce pain-là, il tient au corps. Parce que le boulanger y a mis tout son savoir faire.

En attendant mettez vous ça dans les oreilles, c'est ma préférée, comme dirait Léo... Un vrai petit chef d'oeuvre, simple, pas un mot de trop, de la musique bien rythmée qui mène sur son dos la chansonette qui trotte longtemps après dans la tête... C'st la petite musique des mots


Pour en connaître un peu plus sur le bonhomme:  http://michel-boutet.com/





21/05/2012

On the road.....

Kerouac au bout du rouleau

 par Michel BITZER

Alors que l’adaptation du roman culte de Jack Kerouac sort le 23 mai sur les écrans, le Musée des lettres et manuscrits présente le rouleau original sur lequel le chef de file de la Beat generation écrivit Sur la route en 1951.

J’ai rencontré Neal pour la première fois peu après la mort de mon père… » Suivent 125 000 mots dactylographiés d’un seul jet sur une machine à écrire Underwood, du 2 au 22 avril 1951. Aucun retour à la ligne. Un seul et unique paragraphe sur un rouleau long de 36 mètres et façonné à l’aide de papier à dessin appartenant à son ami Bill Cannastra, décédé tragiquement quelques mois plus tôt. The scroll. L’original de Sur la route de Jack Kerouac, tel qu’il a resurgi au début des années 2000 avant d’être adjugé pour 2,2 millions de dollars à Jim Irsay, amateur de rock et propriétaire de l’équipe de football américain des Colts d’Indianapolis.

« Il manque la fin, environ trois mètres qui furent mâchonnés par Potchky, le chien de Lucien Carr qui était un de ses copains. Kerouac l’a réécrite par la suite », explique Estelle Gaudry, devant le si précieux rouleau qui trône dans une vitrine longue de 9 mètres. La pièce maîtresse de l’exposition Sur la route de Jack Kerouac, l’épopée de l’écrit à l’écran, qui accompagne la sortie dans les salles obscures (lire ci-contre) de l’adaptation du roman culte du chef de file de la Beat generation.

« MK2, qui produit le film de Walter Salles, était à la recherche d’un lieu pour exposer ce tapuscrit pas comme les autres. Le Musée des lettres et manuscrits a finalement été choisi et nous en sommes évidemment ravis », jubile la commissaire de l’exposition, en posant un regard attendri sur le fameux rouleau. « Nous avons voulu parler de l’homme, de sa culture, et de l’importance que la poésie américaine et la littérature européenne ont exercée sur lui. » William Blake, Mark Twain, Jack London, Henry David Thoreau, mais aussi Rimbaud, Genet, Céline, Proust, Balzac, Tolstoï, ou Dostoïevski, que Jack Kerouac – il descendait d’une famille canadienne française dont les ancêtres bretons avaient traversé l’océan l’Atlantique au XVIII e siècle –, dévora durant sa jeunesse.

Né à Lowell (Massachusetts) en 1922, il aurait pu connaître un destin à l’américaine, après avoir été admis à la prestigieuse université de Columbia grâce au talent qu’il manifestait sur les terrains de football américain. Mais une vilaine fracture du tibia ruinera ses espoirs. En attendant, Kerouac fréquente les clubs de jazz new-yorkais où se produisent Count Basie, Charlie Parker ou Dizzy Gillespie. Il s’engage ensuite dans la marine (marchande puis de guerre) le temps de quelques contrats. Puis il croise le chemin de William Burroughs, Allen Ginsberg et surtout Neal Cassady, un beau gosse qui adore sillonner les Etats-Unis à bord de voitures rutilantes. L’appel de la route ne va guère tarder.

En juillet 1947, Jack Kerouac quitte Lowell pour Chicago, puis Des Moines, Denver, San Francisco et Los Angeles, avant de revenir à New York à l’automne. Les mois suivants, il multiplie les virées frénétiques sur la côte Est avec Neal Cassady, avant d’effectuer deux nouvelles traversées du pays en 1949 et une expédition au Mexique en 1950. Durant ces voyages, Kerouac noircit de notes des dizaines de petits carnets noirs, où il puisera la matière de Sur la route. Car après la publication de The town and the city en 1950, Kerouac ne pense plus qu’à ce livre.

« J’ai un roman en tête, auquel je n’arrête pas de penser, qui parlerait de deux gars qui font de l’auto-stop jusqu’en Californie à la recherche de quelque chose qu’ils ne trouvent pas vraiment, qui se perdent en chemin et qui retournent d’où ils viennent à la recherche de quelque chose d’autre », écrit-il dans son journal. Au fil des mois, il a déjà esquissé plusieurs versions, mais elles ne le satisfont pas. « Tu sais ce que je vais faire ? Je vais me dégoter un rouleau de papier d’imprimerie, le mettre dans la machine à écrire, et tout écrire aussi vite que je peux, exactement comme ça s’est passé, d’un coup, au diable les constructions bidons – je verrai ça après », confie-t-il à John Clellon Holmes, un de ses proches qui sera le premier à utiliser le terme Beat generation dans son roman Go paru en 1952.

Le 2 avril 1951, Jack Kerouac entame donc son marathon de "prose spontanée". Trois semaines plus tard, il met un point final à « l’énorme roman dostoïevskien » écrit « sous l’emprise du café », pas des shoots de benzédrine dont Kerouac était familier. Mais il lui faudra attendre jusqu’en 1957 la publication de Sur la route chez Viking Press dans une version largement remaniée. Ainsi les identités des personnages ont été brouillées – lui devient Sal Paradise et Neal Cassady Dean Moriarty –, des passages entiers raccourcis, des scènes édulcorées…

Cela n’empêchera pas le succès immédiat de Sur la route, devenu le roman culte d’une génération. « Je pense qu’il parle toujours aux jeunes. Quand vous avez 15 ans, vous lisez Kerouac et vous tracez la route ! Ce livre donne envie de faire son sac à dos et de partir à la découverte de soi », estime Estelle Gaudry. En faisant peut-être un crochet par Lowell où repose Jack Kerouac, mort en 1969 après une vie d’errance ponctuée par l’alcool, la drogue… et une vingtaine d’ouvrages qui constituent la légende de cet ange maudit.

Sur la route de Jack Kerouac,

l’épopée de l’écrit à l’écran :

exposition jusqu’au 19 août

au Musée des lettres et manuscrits, 222, bd Saint-Germain, 75007 Paris.


NDLR: Hey le vieux Charley, t'en pense quoi de tout ça ? 


 

 

 

 

 

 Neal Cassady & Friends, San Francisco, 1963

Neal Cassady and friends, outside Charles Plymell's 1403 Gough Street house, San Francisco,  where Allen had met Peter 9 years earlier when Robert LaVigne lived there. According to Plymell, the other people in the photo were a "Hollywood filmmaker & cronies who came to Gough St. to visit.  That was [Neal's] Plymouth he had driven to NYC and back to see Kerouac. I had to go to Motor Vehicle to license it with him when he got back because it was unregistered."    c. Allen Ginsberg Estate.


 

18/05/2012

Passage des Indes...

 Accueil

Une critique de Mustapha Harzoune sur Passages des Indes

 

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"Alors ne raconte que ce que tu vois, pas ce que tu penses. En Inde, tu penses mal. Tu crois savoir et tu ne sais rien, tu crois deviner et il n’y a rien à comprendre. Il faut accepter les choses telles qu’elles sont". Voilà le conseil d’une certaine sœur Dolorès qui a derrière elle quelques décennies indiennes et la responsabilité d’un orphelinat du côté de Pondichéry. Elle s’adresse au narrateur, fraîchement débarqué dans la péninsule et qui s’est toqué de tout noter de son séjour.

L’Inde offre, ad libitum, de quoi titiller les babas, les bobos, les dévots et les cagots. Entre le sous-continent indien et l’Europe, c’est le grand écart culturel, de quoi se provoquer quelques élongations à l’encéphale et ruptures de jugeote. Le grand écart ou plutôt les grands "écarts" des cultures pour emprunter au sinologue François Jullien. Il s’agit alors de décentrer le regard, de se mieux connaître à travers la culture (et les mots) de l’autre, de mesurer les singularités ou les manques de chacun. L’Inde façon Saïd Mohamed c’est plutôt la version Jullien que l’exotisme consumériste, capable de tout attraper et de ne rien retenir. En goguette de l’autre côté de la planète, Saïd Mohamed se montre disponible à l’autre, mais sans compromissions. Il écoute, échange, s’imprègne même sans pour autant disparaître et se renier. Les transformations adviennent sur l’existant, "au gré" (encore Jullien), ou presque, car le premier choc est rude.
Qu’il évoque les grands thèmes (la mort, la souffrance, le sacré, le temps…) ou la banalité du quotidien, il le fait sans enjoliver, sans rajouter une dose de mystère ou de mysticisme, brut de décoffrage. Pour le coup, le parpaillot est bien au diapason de la dévote Dolorès.
Le bonhomme est coutumier du fait. Depuis 1997, il a écrit pas moins de cinq romans où à travers son parcours il raconte l’histoire de ses contemporains. De l’autofiction "extravertie" pour reprendre le terme de l’universitaire américaine Laura Reeck. Autrement dit, il n’écrit pas pour se gratter le nombril mais pour dire ce qu’il en est de notre monde - et sans salamalecs ! C’est tout son charme et son talent. Encore faut-il aimer le vitriol…
Alors, quand à l’occasion d’une mutation professionnelle, il pose ses valises du côté de Pondichéry, c’est sûr ! son regard verra et sa plume dira des choses différentes de ce que l’on peut trouver dans bien des guides ou des récits pour touriste goguenard et attrape-tout. Lui, au moins, vous sort des sentiers battus, des tralalas, des visites obligées et des scènes convenues.
L’Inde ça commence mal ! Dès la sortie de l’aéroport, le narrateur s’étonne de voir "des quidams accroupis" et "rachitiques" qui "répandent le contenu de leurs entrailles" à même les trottoirs pour le bonheur "de petits cochons noirs" qui "finiront à leur tour dans l’estomac des chrétiens autochtones". Les corbeaux envahissant sont nourris par les croyants hindous qui voient en eux des "augures de bonnes nouvelles" : "Croire que cette valetaille aux manières et à la défroque de loubard annonce la bonne nouvelle, prouve la crédulité des humains". Sans appel.
Et le nouveau venu de déplorer la fringale insatiable des moustiques, les dangers de l’eau et la saleté qui suinte de partout, les rues bruyantes et grouillantes, transformées en ménagerie pour vaches, cochons, poules, canards, coqs, buffles, pigeons, singes, les remugles de sueurs, de déjections humaines et animales, le parfum des curry omniprésent… Mais au moins avec ce voyageur-narrateur on croise des familles d’intouchables, on côtoie mendiants et lépreux, on passe un moment dans une salle de cinéma, film Bollywood garanti : romantisme dégoulinant et sensualité bien trop suggestive à l’écran pour une jeunesse à la libido bridée. On se retrouve au cœur d’un mariage où le Blanc fait figure de porte-bonheur. Au marché aux poissons, les femmes vendent leur camelote à même le sol. L’orphelinat de sœur Dolorès ne manque ni de surprises ni d’enseignements. Ajoutez un petit tour aux urgences ou dans un commissariat… Tout cela ne manque pas de surprendre ou d’étonner comme ces scènes rapportées dans les gares, les trains ou les bus qui "non contents de rouler à tombeaux grands ouverts sur des chaussées défoncées, se tirent la bourre".
Monsieur Mohamed, citoyen français, découvre l’exil, "ressentant ce que peut ressentir un étranger dont la civilisation d’origine est à l’opposé de celle dans laquelle il se trouve parachuté. (…) Plus rien n’a de sens". "Tout le vernis s’effrite, tombe. Rien ne résiste à ce maelström". "La raison, le cartésianisme, il est urgent d’en faire un paquet juste bon pour la déchetterie. Ça, c’était l’autre civilisation, cela n’a plus cours en ces lieux." Les expatriés eux font de la résistance. Déjà égratignés du côté de Shanghai par Stéphane Fière (Double bonheur, Métaillé 2011) ici, ils sont ramenés à leur centre d’intérêt quasi exclusif : "le niveau des revenus détermine le statut, selon le cas vous êtes expatrié ou émigré".
Il faut de la persévérance et de la disponibilité pour "inventer de nouveaux repères", se rendre compte qu’"ici tout est possible". Que "ça fonctionne malgré le foutoir." Mais il faut du temps pour cela et éviter le "syndrome indien", ne pas "être trop confiant", "éviter de baisser la garde". "Ici, on est simplement différent. On vous regarde comme un être différent." Même la peur peut s’apprivoiser et devenir "un jeu qui fait la différence entre ce pays où le danger n’a pas été banni de l’existence et le quotidien lissé de l’Europe où les êtres vivent avec la peur vissée au fondement. La peur du lendemain, la peur du chef, la peur de leur ombre, la peur de la vie. Ils tremblent sur la mise en scène de la peur en fond d’écran cathodique où beuglent les sirènes affolées de la police, des ambulances, des pompiers. (…) Ici, on sait qu’on vit chichement, alors on crève humblement."
Ce Passage par les Indes, "c’est un déplacement de soi vers soi, un glissement, un élargissement des valeurs, comme si l’on ouvrait une nouvelle paire d’yeux restés clos jusqu’alors." Comme dit Mohamed Dib : "L’exil nous fait moins étranger au monde". Et à soi.

Mustapha Harzoune

Saïd Mohamed, Passage des Indes, Artisans-Voyageurs Éditeurs, 2012, 132 pages, 14 €

17/05/2012

à vous de voir....