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07/09/2017

Au festival IF d'Avignon en 2016

Lecture de Un toit d'étoiles le 6 juillet 2016 dans le jardin de Baracane accompagné par Karinn Helbert au cristal Baschet et par Abdelack el Kaab au chant soufi. Un grand moment dans un lieu superbe, face un public sensible au mélange cristal, chant et poésie. 

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Kevin Prone

Au sommaire de décharge 175

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09/05/2017

Sur des volets à Tréguier

En me levant ce matin

J'ai secoué la tête 

des étoiles sont tombées de mes cheveux

ça m'apprendra à dormir dehors...

(extrait de un toit d'étoiles)

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06/05/2017

Exposition des linogravures originales du vin des crapauds

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Le vin des crapauds sur La Toile de l'un...

On ne guérit pas, dit-on, de son enfance. Certains l'ignorent, d'autres pas. Saïd Mohamed est de ceux-là.
Il y a cette enfance qui nous façonne et qui nous marque, parfois au fer rouge. Ce temps que l'on vit parfois - ce fut le cas - dans un arrachement qui met à vif, une brutalité qui donne envie de briser les cadres.
IL y a la conscience que l'on en a et qui permet aussi, plus tard, de relire cette enfance comme la chance de ce qui vient et où l'on a sa part à construire. L'enfance est aussi une fenêtre ouverte dans le mur. Dans les murs. Tous.
Il y a aussi cette conviction que la parole peut être prise et qu'elle est un puissant outil pour dénoncer et inviter autant qu'un vrai chemin vers soi et vers les autres.
Dès lors, l'adulte qui est au monde chargé de son passé, de son histoire, regarde ce qui l'entoure, ici et là-bas. Et tout ce qui en lui fait cicacrice redevient aussi plaie vive. La guerre, les destructions, l'exploitation, les pouvoirs de mort et d'argent (qui, de tous temps, vont si bien ensemble), les injustices, mais aussi l'indifférence, la veulerie, l'égoïsme, tout cela remonte dans un immense haut-le-cœur. L'écriture se fait vomissure qui libère, en les nommant, des sanies d'un monde auquel le poète appartient, en toute conscience, et où il trouve sa place en prenant la parole pour dire.
Ce "vin des crapauds" est un vin aigre. Il a la couleur d'une souffrance coagulée. Mais on aurait tort de n'y voir qu'indignation et désespoir. Derrière le désarroi dont il témoigne, le poème érige son phare, appelant à l'éveil et à la vigilance, affirmant aussi une présence qui, dans le partage de la parole, est finalement salutaire et fraternelle.

Alain Boudet

16/04/2017

Bob de Groof par Elodie Lélu

30/03/2017

Nos cousins belges sont des gens biens....

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29/03/2017

Planète, peut être…. Paroles et musique Yves Simon….

26/03/2017

Heure d'été….

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Paysages intérieurs dans la revue Nouveaux délits….

Une autre critique par Jacmo dans la revue Texture...

En 1995, je publiais pour sa première édition « Le vin des crapauds » (Polder n° 81). Petit format avec un dessin de couverture signé Fatmir Limani de Kitoko Jungle Magazine. Seconde édition en 2017 chez Jean-Louis Massot : grand format avec 14 linogravures de Bob de Groof du même Kitoko Jungle. Fidélité aux textes et aux illustrateurs. 

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The Kitoko jungle Magazine twenty years after….

Si l’on compare les deux versions, on voit que Saïd a complètement remanié ses poèmes. Changement dans les vers, redécoupage des strophes, bouleversement dans l’ordre des pages, le début devient la fin… Pour autant, l’impact global reste le même. Une révolte pure contre la société, une dénonciation vindicative et vengeresse du système, un cri primal contre l’injustice et la haine. Les poèmes ont été écrits pendant la première guerre d’Irak, c’est dire qu’ils restent d’actualité. « Ce n’est pas un poème mais une agression… »
Saïd Mohamed sait jumeler des éléments disparates a priori, où abstrait et concret s’aimantent : « …mélange d’excréments et de sentiments […] De foi et de vomi, de moignons et de décadence… » Il peut aussi allier des mots voisins comme fous et gueux, fourbes et niais ou fantassins et bâtards… La trivialité très fréquente fait partie de la violence du discours. Son style reste semi-lyrique avec des emportements fougueux, mais toujours phrasés. Il est capable d’aligner le nom des bourses mondiales au même titre que faire appel à des références médiévales, cette contradiction apparente montrant bien l’état du monde et ses écarts vertigineux au sein d’un même siècle. Les imprécations, avec son lot d’exclamations et d’apostrophes sont monnaie courante : « Dieu, je n’ai jamais prononcé ton nom / Je t’ai maudit, chien de ta mère pour en aveugle / M’avoir conduit dans un monde que je renie. » De même, il règle ses comptes avec sa mère : « Pourquoi comme un chat ne m’as-tu pas / Au fond d’un sac jeté, et aussitôt noyé ? / Aujourd’hui, je ne te maudirais pas… » Il ne se fait pas de cadeau non plus dans ce vers, où l’antithèse est perceptible et l’asyndète éloquente : « Je ne suis pas ignoble, j’ai honte de vivre ».
« Le vin des crapauds » garde indemne sa charge virulente contre tout ce qui représente aux yeux du poète l’enfer sur terre. Les linogravures hallucinées de de Groof sont au diapason des poèmes apocalyptiques de Saïd Mohamed. Chiens et crocodiles aux yeux exorbités et autres monstres emportés dans une tempête noire, mitraillettes et crânes, grimaces et squelettes débordent le cadre. Ainsi, comme il est dit à la dernière ligne du livre : textes noirs et dessins cauchemars sont leur façon de dire : « Non à l’horreur ! » hier comme aujourd’hui.

(Saïd Mohamed & Bob de Groof : « Le vin des crapauds » 18 €. Les Carnets du Dessert de Lune. 18 €. 67, rue de Venise – 1050 Bruxelles. Belgique).

25/03/2017

Une critique, à la une….

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par Débézed

 

Au fond du désespoir

A l’orée du printemps, Les carnets du dessert de lune gâte ses lecteurs après le très beau poème, l’ « Exode », de Daniel de Bruycker magnifiquement illustré par des photos de Maximilien Dauber, il leur propose ce recueil, grand format cette fois, de Saïd Mohamed tout aussi magnifiquement illustré par des linogravures de Bob De Groof. Des illustrations en blanc sur noir qui montrent des personnages fantasmagoriques effrayants, tout en rondeur, avec des grands yeux ronds hébétés, inhumains, des personnages agressifs et des personnages qui subissent l’agressivité des précédents. Un monde fantastique et violent qui symbolise notre société où les puissants terrorisent les faibles.

Ces dessins de monstres effrayants illustrent à merveille la douleur et le désespoir que Saïd Mohamed éprouve après toutes les guerres et tous les attentats qui ensanglantent notre monde.

« Je n’ai pas souvenir d’un instant de paix,
Chaque jour déverse son lot guerrier
Et nous maintient la tête sous l’eau.
Nous devons cesser de croire possibles la beauté et
L’amour. »

Et, il accuse ceux qui tirent les ficelles et profitent de toutes les horreurs perpétrées pour asseoir leur pouvoir et leur fortune.

« Nous buvons le fiel du vin des maîtres,
La corde sur le cou, attendons à leurs pieds »

Le désespoir l’emporte aux confins de l’humanité, là où même le pardon n’est plus possible, là où pardonner n’a même plus de sens.

« Je crains ne jamais pouvoir donner le pardon
A l’œuvre de l’enfer. »

Non content de s’en prendre aux faiseurs de guerre, à ceux qui tirent les ficelles, il s’en prend à sa mère à qui il reproche, atteignant le fond de l’abîme du désespoir, de l’avoir mis au monde.
Mère, pourquoi n’as-tu pas pris tes précautions

"Quand à mon père tu t’es jointe ?
Pourquoi comme un chat ne m’as-tu pas
Au fond d’un sac jeté, et aussitôt noyé ? »

Et si la mère n’a rien fait pourquoi Dieu ne l’a-t-il pas fait ?

« Dieu, je n’ai jamais prononcé ton nom.
Je t’ai maudit, chien de ta mère pour en aveugle
M’avoir conduit dans un monde que je renie. »

Tout le venin a été craché, « Pas dit qu’on boirait de ce vin-là » comme l’écrit Cathy Garcia dans sa préface mais on a envie de savoir jusqu’où le poète plongera dans son désespoir. Jusqu’au nihilisme le plus suicidaire peut-être.

« Mange ton fils, amère humanité
Et pose-lui le couteau sur la gorge. »

Dans sa postface, Saïd Mohamed précise que « Le vin des crapauds a été écrit en grande partie pendant la première guerre d’Irak, de 1990-91 » et qu’il lui « est apparu essentiel de republier l’ensemble de ces textes » « devant les événements récents et ceux à venir.. » Il ne veut pas seulement parler des horreurs des attentats mais aussi de la façon d’attribuer ce qui n’est qu’un plan pour détruire les vieilles civilisations en les assujettissants mieux aux lois du marché, à un Nouvel Ordre Mondial, l’Axe du Mal.

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Le vin des crapauds

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Préface de Cathy Garcia

Pas dit qu’on en boirait de ce vin là, mais on a bien envie d’en savoir plus, alors on ouvre la bouteille… Et d’entrée, c’est l’uppercut, un relent d’enfance qui marche au pas et de pourriture tranquille… Et on sait très vite que oui, nous allons boire tout notre saoul, parce que voici venu l’heure du néant, et Saïd Mohamed en dix lignes nous crache le portrait du monde et ses victoires qui ne sont que défaites/Des noces d’étreintes de sang et de merde.

Un uppercut crescendo, et on n’en sort pas indemne.
Le vin des crapauds a vieilli pendant 21 ans dans la cave du poète, et il a le goût acide d’un mauvais vin nouveau, sans doute parce que le malheur, la violence, la bêtise, l’ignorance, les injustices, sont toujours les mêmes, en grappes lourdes, noires, amères, toujours plus grosses et grasses.
Nous récoltons sur nos mains le sang de nos enfants,
Tandis que nos maitres boivent le divin nectar
Des bénéfices de cette boue pétrie aux alliances vénales


Le poème ici fait sauter le bouchon de la bouteille, celle du vin des fous, du vin des nausées, du vin dont s’enivrent ceux qui ont trop vu œuvrer les bouchers adulés par un bétail sans mémoire. Il ne s’adresse même plus à ceux-là mais à l’acier lui-même, non sans ironie.
Bel acier cherche ta voie dans les entrailles,
La viande chaude et le sang doux.
Couvre-toi de gloire, bel acier.


Le vin des crapauds, pauvres crapauds, c’est pour trinquer et vomir à tous les morts pour rien, qui pavent les siècles de leurs chairs pourries.
Je voulais du vin et du silence, dit le poète, mais puisqu’il faut supporter le vain des maux, voilà le vin des mots rances.
Il faut le boire, comme on dit, jusqu’à la lie et faire la nique d’un rire sans dents aux horreurs, car du poète c'est le lot que de la guerre/ devoir encore extraire l'or de l'amour, nommer l’innommable et égrener les mots magiques, envers et contre, envers et contre… Des cendres de l’espoir, on peut toujours tracer des signes. Vraiment ?
Le poète ici, dérisoire manchot face à un énième tsunami de ténèbres, s’écroule de lui-même.
Je ne suis pas ignoble, j'ai honte de vivre.


© Cathy Garcia, le 9 novembre 2016

 

Bob de Groof avec un exemplaire du tirage de tête du Vin des crapauds. 

 

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24/10/2016

le chant des sirènes aux passants


Orgue marin - Zadar, Croatie par Manuec2008

Le chant de Clochard aux sirènes

Franz Clochard & Mécanique Vivante. Extrait de l’émission Tracks sur Arte from Mécanique Vivante on Vimeo.

19/10/2016

Un peu de musique dans un monde de brutes...

23/09/2016

Le système scolaire vu par Franck Lepage….

03/09/2016

Jours de Liesse

Une photo de la répétition lors de l'anniversaire des 20 ans du dessert de lune au théâtre éphéméride de Val de Rueil. Au cristal Baschet Karinn Helbert, au chant Abdou, chanteur soufi de l'ensemble Mogador d'Essaouira et de Dounia. Aux textes votre serviteur. Merci à Jean Christophe pour la photo. 
 
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Des extraits de jours de Liesse dits pas Cathy Garcia…..

 

 
 
 
Un article de jacques Josse, paru dans remue.net sur Jours de liesse.
 
 

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« Gringo égaré dans ces bas quartiers, il s’en est sorti, se demande encore comment », Saïd Mohamed.

 


 C’est dehors, au milieu des autres, dans l’incessant flux des piétons qui vaquent, se croisent, se heurtent, participant lui aussi à la grande bousculade, y happant des odeurs suaves, froides, enivrantes ou surannées, celles qui émanent des corps, des caniveaux, des chiens mouillés, des poubelles, des pots d’échappement, des cuisines ouvertes, c’est dans le brouhaha, dans l’agitation quotidienne, brutale et sauvage des rues animées que Saïd Mohamed va puiser l’étonnante vitalité qu’il diffuse ensuite sans compter dans ses poèmes. Il est en pays de connaissance. Il se mêle à ceux qui lui ressemblent et qui éprouvent l’impérieux besoin de côtoyer la foule plutôt que de s’isoler en chambre close. Cela se passe dans certains quartiers de Marrakech, de Paris, d’Istanbul ou de New York, dans des artères populaires que sillonnent des milliers d’anonymes souvent immigrés, réfugiés, délaissés, exclus, déclassés. Chacun d’entre eux porte une histoire particulière (qui a souvent à voir avec la pauvreté, la douleur, la guerre) et un présent qui prend des allures de survie en terre hostile.

 

« A Bab Doukala il faut s’être roulé dans la boue, les déchets des légumes et les couleurs emmêlées des montagnes de carottes, d’oignons blancs, de patates, de citrouilles, d’oranges, de bananes, de tomates, de courgettes, d’aubergines.
Y avoir entendu les cris des charretiers, les insultes des acheteurs.
Ainsi à Bab Doukala va le peuple qui patauge dans la richesse et l’indigence.
Peuple, sombre, de gueux fiers. Foule laide et grouillante, de noble et de mendiants mélangés. »

Arpentant l’espace urbain, il note plus ce qu’il ressent que ce qu’il voit et en profite pour mettre en route son imaginaire. Celui-ci le propulse dans des territoires où la réalité perd de sa rudesse. Quand il desserre l’étau quotidien, c’est pour y ajouter une dose de fantastique plus ou moins relié à certaines coutumes et légendes.

« L’ouvrier maçon, père de famille affamée, a bu le lait d’une femme enceinte, respiré l’encens, laissé couler le sang d’un coq noir sur la terre.
Il a suspendu une tête d’agneau au porte-bagages de son vélo et fait sept fois le tour des remparts dans le sens du soleil.
En rentrant chez lui après son labeur il a vu qu’un festin et un palais l’attendaient.
Sa tête envoûtée résonnait, des coups la frappaient drus, telle la peau de chèvre polie d’un tambour. »

Il y a chez Saïd Mohamed un souffle (et l’oralité n’y est sans doute pas pour rien) qui tend à l’extrême chacun de ses textes. Ce souffle-là est porteur d’une énergie rare. Qui doit, de temps à autre, on imagine, l’épuiser.


Saïd Mohamed : Jours de liesse, illustrations de Coline Bruges-Renard et préface de Jacques Morin, Les Carnets du Dessert de Lune.

Jacques Josse - 24 mai 2015

Une note de lecture sur Jours de Liesse….

Jours de Liesse

Les éditions Les Carnets du Dessert de Lune fêtent leurs 20 années d'existence et c'est un anniversaire qui me réjouit tant cet éditeur, en l'occurrence le charismatique Jean-Louis Massot, a toujours réussi à nous surprendre par des textes de qualité. Et le recueil de Saïd Mohamed ne vient certainement pas dépareiller l'harmonie du catalogue. Soulignons par la même occasion que Saïd Mohamed a déjà précédemment publié deux recueils aux "Carnets", "Souffles" en 2006 et "L'éponge des mots" en 2012 (prix CoPo 2014). "Jours de liesse" est visuellement un beau recueil, superbement illustré par Coline Bruges-Renard, une artiste passionnée par la peinture et le dessin mais aussi par l'édition puisqu'elle a mis en place des structures de micro-édition (Odonata édition et Dérive Hâtive édition). "Jours de liesse" est un "recueil quadriphonique". "Quatre lieux, quatre moments", annonce Jacques Morin dans sa préface, car Saïd Mohamed nous emmène bien aux quatre coins du monde, de Marrakech à New York, en passant par Paris et Istanbul, mais toujours avec la "poésie blottie dans le havresac". A Marrakech, la liesse se confond dans la chair exultante ou souffrante, dans la misère ou la splendeur abjecte de la vie entre poussière et bitume.Le poète déambule, se gonfle comme une éponge de la vie grouillante, incapable de haine pourtant. "Mon peuple je ne te déteste pas assez pour que tu me sois indifférent". Mais le désir est là, une "terrible envie de fuir". De fuir vers Paris d'abord et sa grisaille dans laquelle il pénètre "avec la masse à l'heure du labeur pour trouver de la poésie au quotidien". Car il s'agit bien de cela, Saïd Mohamed avance dans la ville en quête de poésie, de cette poésie de la rue, dans la rue, dans la promiscuité des chairs et des couleurs, des belles demeures et des tôles ondulées. Poésie des cafés et des trains où l'on parle. "Entre vos doigts passent ces trésors intouchables le savoir impartageable du bonheur des mots". Le poète marche, le poète croise des regards inconnus, "Visages déracinés, jamais vus, jamais recroisés". Dans la banlieue, "des hommes rient, d'autres fument ou tapent le carton sur l'épaule de la nuit moite…" "Parfois on se réjouit de presque rien, on pense être en vie simplement pour la joie de brûler ses doigts à la flamme des soifs". On est venu d'ailleurs, du lointain de la misère et on a échoué "marché aux puces à Saint-Ouen" pour se recréer un lambeau de monde, "Bazar où se mélangent dentelles, NO FUTUR et Orient". On a traversé des "fleuves à la nage et les frontières sans papiers en trains de nuit" pour obtenir le droit à la "gamelle du quotidien" dans une ville où des clochards dans un square jettent du riz aux pigeons… On marche, on court, de Marrakech à Paris, de Paris à Istanbul et New York, et partout les mêmes rues, les mêmes paroles, le même néant. "Aucune parole n'a le poids du plomb. Il semble que tout soi étrangement vide, englué dans le brouillard". Le poète pose un œil ouvert, attentif et chaleureux… "Entrer dans une ville et aimer son peuple…" Partout la même danse des couleurs et des odeurs, la même valse des souvenirs et des espoirs (déçus). "Quand la crise sera finie un jour, il aura sa chance, celle qui tarde à venir"… La ville écrase les hommes, comme "le marteau pilon écrase le métal". Les tours de verre et de béton renvoient le piéton à ses rêves désespérés. Tout est trompe-l'œil pour les "foules apatrides", car c'est bien de cela qu'il s'agit tout au long de ce beau recueil : ne serions-nous pas tous, partout, des "homeless", des "vagabonds terrestres" rêvant peut-être de devenir des "clochards célestes" comme Kerouac ? Dans ce recueil en prose poétique, à l'écriture truffée d'images fortes, on retrouve la musicalité de la poésie arabe ou même parfois grecque – Ritsos ou Livaditis ne sont pas loin, et même les gens du Nord comme Tranströmer… Saïd Mohamed est né en France, en Basse-Normandie, mais il a dû hériter de ses aïeuls berbères le goût du voyage. Ce recueil nomade nous transporte et nous emplit les yeux, les oreilles et les narines. Couleurs, images, odeurs, mais aussi comme un arrière-goût un peu amer, un pincement désespéré, comme une mélancolie qui égratigne l'âme… Un recueil magique et original, parfaitement mis en valeur par l'éditeur, Les Carnets du Dessert de Lune.

© Claude DONNAY, Juin 2015

 

Jours de liesse dits par Cathy Garcia

11/01/2016

La lettre d'Albert Marcoeur

Albert Marcoeur....   Comme toujours il restera un de ces artistes inconnus ou mal connus ou juste connu de ceux à qui sa musique donne du plaisir. Zappa à la française disent d'aucun... Un de ces grands bonhommes.  Un Albert au grand coeur tout simplement pour les autres, dont je fais partie... Voila l'homme qui parle des attentats dans ses voeux 2016, à sa façon d'artiste, avec sa sensibilité, son regard décalé et tellement humain... Merci Albert... Et que la 2016 te soit belle....

Aujourd’hui, c’est pas le drapeau français que j’ai envie d’accrocher à ma fenêtre, c’est mon slip plein de merde. Parce que moi, j’ai la trouille, sérieusement les chocottes. Et quand on a les foies, vous le savez tous, on chie dans son bène. Voilà, c’est tout ce que je voulais dire sur toutes ces histoires. Je ne fais pas partie de cette grande famille qui relève la tête et qui ne se laisse pas impressionner. Dans la famille des grands trouillards de la République, vous avez devant vous un représentant de première bourre.

Au lendemain des attentats meurtriers, on a assisté à une déferlante de bons sentiments, d’expressions savoureuses mais néanmoins citoyennes, tout un falbalas de phrases toutes faites qui n’engagent hélas et heureusement que ceux qui les ont apprises par coeur : "Les auteurs de ces attentats horribles, ignobles, abjects seront jugés avec la plus grande sévérité et punis avec la plus grande fermeté. L’horreur sur tous les fronts. Le carnage, la terreur, la barbarie, l’effroi, la nausée. La République a toujours su relever la tête aux périodes les plus sombres de son histoire etc., etc." Mais aujourd’hui, c’est plus pareil, si tu la relèves trop, la tête, on te la coupe. Le plus triste étant que maintenant, on est condamné à faire le museau et avancer en rang, en silence, en croisant les doigts afin de ne pas prendre un pruneau dans le bide, une éclaboussure de mitraille ou un coup de surin aux alentours de la carotide. Longtemps, j’ai pensé qu’avec toutes nos agences de renseignements, notre logistique à trouer le cul, nos soldats armés jusqu’aux dents, notre force de frappe et nos bombes atomiques, passer un petit coup d’éponge vite fait ne devrait pas être problématique ! Seulement, on m’a dit : « Albert, ça ne se passe pas comme ça ! Les lois de la stratégie économique et de la géopolitique sont compliquées. » À ce moment de la discussion, il y a généralement un peacelovieux qui la ramène : « Les armes sont en vente libre sur Internet, les états en vendent. On serait quand-même gonflé de vendre un truc à quelqu’un et l’empêcher de s’en servir. » Le radical de gauche intervient : « On nous vend déjà une voiture qui peut rouler à 220 km/h et on nous oblige à ne pas dépasser 90 km/h, ça suffit comme ça, non ? » Et bien la voilà, l’idée : limiter le nombre de victimes pour chaque intervention ! Si on dépasse la dose prescrite, on retire le permis de chasse. L’ami de trente ans clôt le débat : « Albert, tu n’y connais vraiment rien, laisse tomber toutes ces histoires et fais-nous rigoler, ça tu sais. Et je ne te cache pas qu’on préfère. »

Il est juste que sur le terrain de la rigolade, les sujets ne manquent pas. Le seul problème étant qu’ils sont de moins en moins visibles à l’oeil nu. Ouvrons donc les deux.

Le Président américain écoute les conversations téléphoniques du Président français au moment où ce dernier promulgue une loi sur le renseignement qui les autorise, ces écoutes téléphoniques. Plus crétin, est-ce que ça existe ?

Oui, Manuel Valls propose un Code de bonne conduite pour les organes de renseignement et d’espionnage. Sacré Manuel, va !

On comptait entre quarante et cinquante tonnes de cadenas accrochés aux balustrades métalliques du Pont des Arts à Paris. Tous ces cadenas étaient les témoignages vivants et authentiques des amoureux du monde entier qui, depuis des siècles, immortalisaient leur odyssée amoureuse. Il était impensable pour des amoureux normalement constitués, de fouler le Pont des Arts en omettant d’officialiser leur idylle. Tous les cadenas étaient différents. Certains de pacotille, d’autres suprêmement sophistiqués ou transpirant l’humour foireux et le sexe à deux balles. Plus le cadenas avait de valeur, plus la liaison avait des chances de perdurer. Certains couples restaient soudés et louaient leur vie entière ce petit cadenas qu’autrefois, ils avaient accroché au Pont des Arts. Les couples qui se séparaient ne revenaient jamais au Pont des Arts décadenasser leur fervent témoignage. Et même si certains y pensaient, ne serait-ce que par pure honnêteté, il aurait déjà fallu retrouver les clefs au fond de la Seine ! Ah oui, parce que je ne vous ai pas dit, une fois le cadenas verrouillé, les clés étaient jetées dans la Seine : symbole parabolique ultime !

L’avènement des couples homosexuels a été le théâtre d’attroupements et d’embouteillages mémorables sur le Pont des Arts. On envisagea même de construire un autre Pont des Arts identique au premier afin de désengorger ce dernier. Mais le projet fut abandonné pour diverses raisons. Le coût, bien sûr, mais pas seulement. Les amoureux ont rejeté d’emblée l’imitation ; ce qui les intéressait, c’était de joindre leur cadenas à la masse de cadenas déjà répertoriée. Ajouter leur histoire d’amour à eux à la Grande Histoire du Pont des Arts . Ce deuxième pont n’aurait eu qu’une valeur anecdotique de vulgaire dépannage. Le Pont des Arts, c’est le Pont des Arts, il est unique, c’est pas la grotte Chauvet.

On se rendit compte au début de l’année 2015 que les rambardes du Pont des Arts pliaient l’échine et les commissions de sécurité tirèrent la sonnette d’alarme. La Mairesse de Paris angoissa à l’idée que des grappes de cadenas se cassent la gueule sur des bateaux-mouches remplis de touristes chinois. "On va retirer près d'un million de cadenas, soit 45 tonnes", explique Bruno Julliard, premier adjoint, qui déplore "cette laideur". Dehors les amoureux, allez cadenasser ailleurs !

Je me souviens d’une photo en noir et blanc qui représentait les cadenas du Pont des Arts cadenassés entre eux. Des cadenas cadenassés à des cadenas, magnifique ! Et c’était légendé : Amour, quand tu nous tiens !

Avons-nous, toutes et tous, repris nos esprits, nos forces et nos couleurs ? Je l’espère de tout coeur, histoire de nous présenter à l’aube de cette nouvelle année, frais comme des gardons, presque tout neufs. Salutations XXL.

Albert Marcoeur, le 03 janvier 2016

16/12/2015

Dhafer Youssef

13/12/2015

On parle encore M. Ernesto….

Décidément ce drôle de zigue d'Ernesto fait parler de lui… Ce personnage qui au début n'était qu'une blague de potache prend de l'ampleur avec les jours… Faut dire qu'il a de quoi se mettre en colère M. Ernesto… Lui qui n'est pas à un mauvais jeu de mots près, le voila en ces jours sombres coincé entre des salafistes et de saluts fascistes… Donc c'est au tour de Jacques Morin dans la revue Décharge N° 168 d'y aller de sa note critique… 

 

Dans ce livre, Saïd Mohamed fait montre de sa truculence habituelle. Dans un quasi monologue (à part au début pour lancer le personnage, et à la fin pour le recentrer dans le bistrot, où fusent les brèves de comptoir), Ernesto parle, éructe, déblatère, soliloque dans la verdeur d'une langue qui le fait lire avec gourmandise. C'est souvent juste, parfois arrogant, presque suffisant ou donneur de leçons, parfois extravagant. Mais les paragraphes s'enchaînent, balayant toutes sortes de sujets qui peuvent faire polémique : Dieu, les chevaux, les taulards. Le sous-homme loue aussi sa télévision, sa sécurité et l'air qu'il respire. Ce qui ne l'empêche pas de se pendre... l'administration, l'amour, les femmes, la pornographie, la guerre ... Les thèmes s'emboitent avec la transition évidente que tout se tient. Il n'est pas fait mystère de ce qui délie ainsi la langue, mais les idées restent claires et le discours tient la route. Alors, bien sûr, Ernesto demeure une mouture de Saïd lui- même, le révolté bouillonnant, on retrouve dans la biographie le côté typographe, poète et professeur entre autres. Car l'auteur n'est pas le dernier pour se mettre en boule et contester tout ce qui lui vient à l'esprit. On s'attache rapidement à Monsieur Ernesto, on lui offrirait bien un coup à boire. 

In Décharge 168 (Jacques Morin)

 

04/12/2015

Encore M. Ernesto….

Article de Mustapha Harzoune paru dans le magazine de la cité

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Allez ! Disons-le, d’entrée : Monsieur Ernesto est le porte-flingue de Monsieur Saïd Mohamed. Car le bonhomme, familier du café Chez Nicole, tire sur tout ce qui bouge, avec précision, férocité, sans état d’âme, sans ce faux semblant, ce trompe-couillon, cette couche superficielle de civilisation qui sied à nos contemporains fiers de leur "patrie des droits de l’Homme" mais qui claquent la porte au nez des infortunés déguenillés du Sud ou de l’Est, fiers du triptyque républicain mais qui, au nom de l’égalité et de la fraternité, se soucient davantage d’une chemise déchirée que d’existences brisées par ceux que l’auteur appelle sans doute "les intégristes de l’économie". "Va savoir à quoi ça sert toute cette saleté de progrès" dixit Monsieur Ernesto.

Parfois, l’habitué du comptoir sort le bazooka. C’est gros. Exagéré. Au point de blesser quelques innocents. Affaire de fesses souvent, de tournantes parfois. Affaire aussi de fonctionnaires - "un fonctionnaire ça fonctionne. Ça n’est pas fait pour réfléchir". Ça peut frôler l’inacceptable. Saïd Mohamed ne prend pas de gants. A n’en pas douter, il s’amuse. Et le lecteur aussi, pour peu qu’il soit sensible à cette plume qui écrit sans concessions, en toute liberté. Saïd Mohamed fait partie de ces écrivains-poètes, rescapés de l’Adass, miraculé de l’existence qui, plutôt que de dézinguer - littéralement - ses contemporains, préfère le faire, littérairement. Écrivain rare qui écrit sans forligner, fidèle aux siens, les réprouvés de la terre, de la migration et des usines. Espèce rare en voie de disparition, gavroche de l’écritoire qui mêle à la gouaille reçue en héritage la poésie des mots. Et le bourgeois est dans le collimateur : "C’est pas possible ce que le bourgeois peut-être niais ! Ça ne pense qu’à moitié. Normal, ça n’a pas besoin de réfléchir aussi vite que nous pour survivre dans cet univers, alors les neurones s’enkystent. C’est la seule explication. J’en vois pas d’autre".

Ainsi, Monsieur Ernesto vient de faire irruption dans l’œuvre de Saïd Mohamed. Une quarantaine de pages, une esquisse donc, la préfiguration d’un personnage à construire, à qui il faudra donner du corps, de la chair. Pour ce qui est de l’âme, on en a déjà une petite idée. Bien sûr, "Monsieur Ernesto" est un sobriquet dont on est coutumier dans le populo - de "souche" ou immigré. Dans le bistro paternel on apostrophait le quidam à coup de "Neuneuille" et de "Quatre et trois sept" (le premier pour celui dont la vue baissait, le second pour celui qui, accident ou malformation, boitait d’une jambe). Ici, c’est un béret, encore et toujours visé sur la tête de notre "client" qui lui a valu le surnom. Un béret comme celui du camarade qui a fini en T-shirt pour gogos. Mais il n’y a pas que le couvre-chef qui rappelle le révolutionnaire argentin. Il faut écouter Monsieur Ernesto tomber sur les féministes, les écolos, les militaires et autres va-t-en-guerre, l’administration inquisitrice, les hypocrisies particulièrement rentables de la "justice" pénitentiaire, l’économie de la drogue dont s’accommoderait "le système", le bizness de la guerre, les l’influence des pesticides sur la fécondité, vanter la "bagatelle" qui se termine en grossesse plutôt que les discours "pervertis" qui se terminent en bain de sang, sans oublier les médias, dealeur de peur et accros à l’audimat ! D’ailleurs, à propos des réfugiés, "dès qu’ils le peuvent, certains fuient nos guerres mal faites. Autrement, ils crèvent en patera dans la Méditerranée, et dans l’indifférence la plus totale. Ça mettait la larme à l’œil à tout le monde, à l’époque, les boat people qui fuyaient les Bolcheviks. Ça c’était une bonne cause à défendre. Mais, un pauvre Nègre ou un Arabe qui fuient une guerre qu’on a volontairement organisée dans leur pays, ça faut pas tripette à l’audimat". C’est écrit avant l’émotion suscitée par l’insoutenable photo du jeune Aylan.

Alors allons faire un tour en banlieue, ici pas de photos, donc rien de nouveau. "Sur la délinquance, il y a bien une recette : entasser des pauvres d’un autre pays dans des cités construites par des types qui sortent des grandes écoles et qui n’y habiteront jamais. Et pour cause, dans les quartiers aux esclaves, on y loge les esclaves, pas les dominants". Et voilà notre Ernesto qui multiplie les descriptions et les explications sociologisantes. Et il n’a sans doute pas tort quand il affirme que "pour s’en sortir, ils [ces jeunes de banlieue] devront être des Superman, des Rambos ; sans ça ils ne pourront prétendre à rien d’autre". Et malgré le laïus anti fonctionnaire, personne n’étant à une contradiction près, Monsieur Ernesto, sans doute après avoir glouglouté quelques verres, revient à la raison : "Depuis le temps que les tubes cathodiques leur défèquent dans le cerveau, à ces enfants-là ! Normal qu’ils finissent par ne plus rien y comprendre. Et ce serait la faute de l’éducation nationale si le monde va si mal ? Mais, que peut un triste prof castré par son administration versus le plaisir déversé à flots par la tétée quotidienne d’ondes hertziennes qui leur dilate la rate, aux Gremlins ?".
De cela tout le monde s’en fout. Finalement, il y a deux façons de réussir et attendrir le chaland : le faire chialer de compassion pour une de ces femmes, abstèmes et soumises, mais ô combien courageuses, voire, dorénavant, pour un gamin qui a fini sa courte course le nez dans le sable, où alors le faire rire. Mais pas n’importe comment : "Si vous voulez passer pour un comique, imitez leur sabir et vous ferez tordre de rire n’importe quel natif local-local lors d’un repas de noces". A méditer…
Reste que "pour la première fois, la génération présente sait que l’avenir n’est pas assuré", "le rêve est terminé. La réalité s’est imposée". Et le presque cynique Monsieur Ernesto serait déjà dépassé par cette réalité ! Le sage rabbi Nahman de Braslav enseignait que "plus les temps seront durs, plus notre rire sera fort". Il n’est pas certain que ce Monsieur Ernesto fasse rire - quoi que ! - mais en tout cas, sa voix permet de recouvrir les discours de ceux qui ont fait du boniment leur profession et qu’"on croirait démoulés d’une usine à cons".

 

On parle de M. Ernesto

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Article de Lucien Wasselin paru dans la revue Texture 


Saïd Mohamed est romancier et poète. C’est par ses deux recueils de poésie publiés au Dé bleu que je l’ai découvert :  « Délit de faciès » (1989) et « Mots d’absence » (1987). Il publie aujourd’hui un court texte en prose aux Éditions Lunatique, « Monsieur Ernesto », un texte inclassable (nouvelle, roman, récit ?) : c’est un livre à lire au deuxième degré, voire au troisième. C’est un long monologue dans lequel le narrateur intervient très peu, tenu par un vieil anar pour décrire la société occidentale capitaliste comme il se doit. Anar de droite ou de gauche, c’est selon !


Comme tous les piliers de bistrot, Monsieur Ernesto (qui doit son sobriquet à son « béret enfoncé jusqu’aux oreilles qu’il porte en permanence et à son art de tout contester » : cela rappelle le Che) est un personnage haut en couleurs qui n’est pas à une contradiction près. Ainsi l’enseignant est-il (p 30) « un fonctionnaire sûr de son savoir, lequel étale plus sa culture qu’il ne fait preuve d’intelligence au contact de ces Gremlins en manque d’affection » mais il est (p 32) « un triste prof castré par son administration versus le plaisir déversé à flots par la tétée quotidienne des ondes hertziennes qui leur dilate la rate, aux Gremlins » qui ne peut pas grand-chose ! Le lecteur aura reconnu dans les Gremlins, non pas ces petites créatures imaginaires popularisées par un film étasunien et qui ravagent une ville de ce beau pays mais les enfants d’immigrés au chômage abreuvés par « l’éducateur cathodique » qui en fera des délinquants ! Ce lecteur hésitera entre le fonds de vérité et le ramassis de clichés…

Le passage sur les guerres est hilarant et tragique à la fois. Finalement, ce que dénonce Saïd Mohamed via son personnage, c’est la course au profit. « Pour tout, il faut trimer, payer et supporter les discours des intégristes de l’économie ». Au lecteur donc de faire le tri dans les propos tenus par Monsieur Ernesto pour se faire son opinion et agir en conséquence.

C’est écrit dans une langue drolatique, il faudrait tout citer ; c’est pourquoi il faut absolument lire ce mince ouvrage. C’est bien construit, le narrateur qui apparaît dans la première page s’efface dès la deuxième pour laisser la parole à Ernesto et, après de brèves interventions dans le texte, ne réapparaît qu’à la fin (pp 39-41) où Saïd Mohamed avoue : « C’est dans ce rade que je viens écouter la petite musique de la vie jouée trop bruyamment. Elle prend le dessus. Tout le reste paraît fade, trop fade. Il ne fallait rien dire et écouter, surtout ne pas essayer de discerner le vrai du faux, l’énorme du sensé, le gag du bon mot ». Au lecteur de discerner, du travail lui reste à faire !

(Saïd Mohamed, « Monsieur Ernesto ». Éditions Lunatique, 46 pages, 5 €. Sur les salons, dans les excellentes librairies ou sur commande sur le site : www.editions-lunatique.com)

29/11/2015

Mourir pour des idées....

 Le poète palestinien Ashraf Fayad a été condamné à mort le 17 novembre dernier, pour un texte dans lequel il renonce à toute forme de foi. Une apostasie qui devrait lui coûter la vie, en vertu des lois saoudiennes, lesquelles puisent leurs sources dans la charia. Charmant. « Je suis sous le choc, mais c’était prévisible. Je n’ai cependant rien fait pour mériter la mort », assurait-il. Reste qu’il peut compter désormais sur le soutien de la communauté internationale.

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Être condamné à mort, pour avoir publiquement exprimé qu’il renonçait tant à la religion qu’à la foi, voilà qui est dur à avaler. En 2014, lors de la première instance, le poète avait écopé d’une peine de seulement quatre années de prison et 800 coups de fouet. Ce n’est pas parce qu’il est douillet qu’il fit appel, mais mal lui en prit : le tribunal a changé sa peine en une mise à mort.

Mais l’organisation Human Right Watch dénonçait que le tribunal n’avait pas souhaité le condamner à mort, parce que le poète avait tout de même présenté des excuses. Pour autant, un nouveau tribunal considérait que le repentir devait se faire devant Dieu en personne, et qu’à ce titre, les excuses ne suffisaient plus.

Représentant du pays à l’occasion de la Biennale de Venise en 2013, Ashraf Fayad redoutait déjà la police religieuse qui sévit dans le Royaume. Une première détention au cours de cette même année avait finalement conduit à son arrestation en janvier 2014.

Aujourd'hui, on lui laisse jusqu’au 17 décembre pour faire appel de la décision.

Mobilisation des poètes du monde, "consternés"

Dans cet intervalle, plusieurs écrivains du PEN International se sont mobilisés dans une lettre ouverte aux tribunaux saoudiens. Carol Ann Duffy, Paul Muldoon ou encore Adonis en tête de liste, des poètes du monde entier tentent de faire entendre raison à la justice (tout est discutable...), et manifestent leur solidarité.

Les preuves avancées par la justice saoudienne tiennent uniquement à leur lecture de ses poèmes ou des interventions sur Twitter – et même une conversation où on l’aurait entendu tenir des propos blasphématoires, dans un café d’Abha. « Nous, poètes du monde entier, sommes consternés que les autorités saoudiennes condamnent à mort le poète Palestine Ashraf Fayad, pour apostasie », écrivent les signataires.

« Ce n’est pas un crime que d’avoir une idée, aussi impopulaire soit-elle, ni un crime d’exprimer une opinion, en toute quiétude. Chaque individu a la liberté de croire ou de ne pas croire. La liberté de conscience est une liberté humaine essentielle », flagellent-ils. Pour eux, la mise à mort de Fayad relève d’un exemple déplorable de « l’absence, en Arabie Saoudite, de tolérance pour la liberté d’expression, et de la persécution continue des libres penseurs ».

Les autorités du pays entendront-elles la plainte, et les exigences des signataires ?

De son côté, le poète a fait état dans le Guardian, de sa gratitude à l’égard des personnes qui se sont engagées dans la défense de sa cause. « Pour être honnête, je suis étonné parce que je me sentais seul ici. Je suis en bonne santé. Je tente de suivre tous les développements. Les gens devraient savoir que je ne suis pas opposé à quiconque ici : je suis un artiste et je recherche ma liberté », explique-t-il.

Un soutien mondial

Une douzaine d’autres organisations internationales dédiées à la liberté d’expression et au respect des droits de l’homme se sont manifestées auprès des autorités saoudiennes. Un appel sera remis prochainement à l’ambassade de l’Arabie saoudite à Londres, par le PEN English, condamnant fermement la décision prise de mettre à mort le poète.

Une pétition a également été mise en ligne, et compte aujourd’hui 13.419 soutiens, en faveur d’une intervention pour sauver le poète.

Privé de carte d’identité, le poète n’a pu bénéficier de l’aide d’un avocat pour se défendre. Pour Ashraf Fayadh, cette condamnation vient après de nombreux problèmes rencontrés avec la police religieuse. Pour ces amis, qui avaient alors lancé une page de soutien, la police religieuse n’ayant trouvé aucune trace « d’incitation à l’athéisme » dans ses poèmes, elle l’avait poursuivi pour avoir fumé et pour arborer des longs cheveux.


Si comme moi vous pensez que les fascistes avec ou sans pilosité, et cela indépendamment de l'idéologie, ne parviendront à leurs fins que si face à eux nous sommes des lâches, alors la résistance à l'inéluctable commence aussi par apporter sa signature à cette cause.


https://www.change.org/p/sauvons-le-poète-palestinien-ashraf-fayad-condamné-pour-apostasie-par-l-arabie-saoudite

 

26/11/2015

Instants de grâce...

Kévin Prone est né en 1991 à la Martinique. Depuis son enfance, ses décisions sont rythmées par sa passion pour l’art musical.

Lors d’une audition pour intégrer un groupe de comédie musicale en 2004, il a été choisi pour assurer le rôle principal d’une œuvre lyrique écrite et mise en scène dans le but de dénoncer les violences infantiles. Cette première expérience lui a permis d’éclaircir ses objectifs et s’épanouir.

Kévin Prone a fait appel à des professeurs aguerris qui l’ont aidé à développer ses techniques vocales. Il a partagé la scène avec nombre d’artistes tels que Alexander Anderson et Alicia Dufond. Grâce au chant, à la scène et au partage de son émotion avec un public, Kévin Prone a la conviction de pouvoir retransmettre des valeurs avec des messages forts et ainsi de contribuer à un monde meilleur.

Son objectif : transmettre ses émotions et sa vision du monde au travers de sa voix.

En 2010, Kévin Prone quitte la Martinique pour s’installer en France. Il souhaite poursuivre ses études et saisir des opportunités pour créer sa place dans le milieu musical.

En devenant membre du groupe New Gospel Family il découvre les atouts du chant en chorale qui lui permettent de partager sa passion avec des passionnés et lui apprennent à s’accorder avec son univers. Un monde où la libre-expression du cœur de l’artiste est possible.
Finalmeent, Kévin Prone quitte le groupe de Gospel. Doté d'une voix de contre-ténor, il décide de marcher sur les traces de grands noms du genre lyrique et de sa tessiture vocale tels Farinelli ou plus récemment Philippe Jaroussky. 

En 2014, le jeune contre-ténor a parcouru plusieurs régions de France et Belgique pour aller à la rencontre d’un public désireux de découvrir la singularité de sa tessiture vocale. C’est dans un répertoire baroque que Kévin Prone s’est affirmé et a véritablement conquit ces spectateurs. 

Ce dernier a également eu la grande opportunité de prêter sa voix pour l’enregistrement de la bande d’annonce d’un court métrage. Ce film intitulé Verset Criminel a été sélectionné dans la catégorie Short film corner du 68e Festival de Cannes. 

Aujourd’hui, c’est en exploitant de grands airs lyriques et différents styles musicaux que Kévin Prone désire se révéler au monde et espère toucher un public des plus larges.

 

 

 

25/11/2015

Francesco Pittau parmi les 5 finalistes du prix Rossel

Les carnets du Dessert de lune est un grand éditeur que tout le monde pensait petit… Ceux qui regardent à deux fois la production de Jean Louis Massot commencent à se dire que ça fait beaucoup de monde qui rapplique par chez lui… Le querrec Vinau, Pittau, Fano… Bon le Rossel pour Francesco ce n'est pas encore dans la poche, mais on parle encore du Dessert de lune et ça, ça vaut bien que l'on se penche un peu sur les dernières productions....

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L’intrigue

Tête-Dure, c’est le surnom que sa mère lui a donné, a six ans. On est en 1962, en pleine crise des missiles cubains. Le gamin suit le monde des adultes, avec cette menace de guerre d’un côté et la guerre que se font ses parents. Tête-Dure observe avec inquiétude son univers qui semble se déglinguer.

L’Indien, rouge cru des pieds jusqu’à la dernière plume de son chapeau de guerre, s’élance sur ses mocassins silencieux. Sans poids sur le balatum, sa foulée est courte. Il ne respire pas. Il n’en a pas besoin. Ça y est ! il a atteint le pied de la table ; il attend un peu, puis repart avec agilité vers la chaise debout dans la pénombre chaude des rideaux. Ses muscles sont luisants. De peur ou de sueur. Il s’approche de la chaise. Jette son regard à gauche et à droite. Rien de suspect. Se relâche. Un doute, pourtant, doit lui triturer les tripes, car tout est trop calme. D.R.

Tout est beaucoup trop calme. Son corps, malgré lui, retrouve sa tension première, se raidit dans une crispation nerveuse de tous les membres.

Francesco Pittau, « Tête dur », Roman, Les Carnet du Dessert de la Lune

L’entretien : 


Finaliste du Rossel, ça émeut ?

Je ne réalise pas encore. Je ne m’y attendais vraiment pas. C’est en tout cas un coup de spot bienvenu sur mon travail et sur la petite maison d’édition qui m’a publié.

Vous écrivez davantage pour les enfants.

Oui, j’ai écrit une centaine de livres pour ce public. J’ai encore chez moi des manuscrits, des contes. C’est sans doute un reste d’enfance. Je lisais beaucoup et j’adore toujours relire Huckleberry Finn, Stevenson, même le Pinocchio de Collodi. De là, j’en suis venu à écrire pour la jeunesse. Mais j’écris aussi pour les adultes et pour moi, c’est pareil. Il n’y a pas de différence dans ma tête.

Tête-Dure, c’est vous ?

Non. J’étais plus turbulent que ce gamin. Il y a dans ce livre de vrais personnages et de vrais décors, mais ce n’est pas moi. Ou juste un petit peu, comme toujours. C’est Philip K. Dick, l’écrivain américain de science-fiction que j’adore vraiment, qui dit qu’on a beau tenir ses histoires et ses héros intellectuellement à distance, il y a toujours un peu de soi qui s’échappe dans tous les livres qu’on écrit.

18/11/2015

La situation vue par Adonis....