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29/04/2012

Bientôt sur les étals...

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20/04/2012

La mémoire et la mer....

31/03/2012

Soularue, en haut du pavé...

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Quoiqu’en ai pu dire les grands-pères d’aujourd’hui, sous la rue il n’y a pas et n’a jamais eu la plage.

Soularue..... c’est son nom... 

Et avec un nom pareil on est déjà plus proche du caniveau en haut du pavé donc. CQFD.

Son trait est noir, parce que, Soularue c’est noir, noir et noir. Son trait vous file la chair de poule. D’ailleurs, est-ce un trait ce coup de pinceau qui se vautre sur le papier. Cela fait un paquet d’années que le soleil et tout le fatras des clichés du vainqueur ont quitté la surface de sa feuille. Avec un peu d’imagination, on devine même qu’il ne les a jamais dessiné. Ses paysages sont des bretelles d’autoroute des cheminés qui fument, des banlieues qui suintent la misère, le No Futur, la mort lente, le smicard à perpétuité et les mômes born to loose ou Toulouse, allez savoir.

Le sien de héros s’appelle Moïse -un nom aussi à coucher dehors avec un billet de logement-, abandonné dans un carton sous une bretelle d’autoroute est ramassé par des manouches - ça commence comme une histoire connue - lesquels s’empressent de refiler le lardon à un couple de bolcho stalino dépressif… Que du reluisant … le daron s’évertue à l’appeler Maurice en hommage à Thorez. Décidément le quiproquo est de taille. Et ce Moïse là n’a d’autre issue pour échapper à son destin que de ne pas y échapper. Paria instruit, sa révolte le conduira vers un fasciste musulman.
Dans cet univers là, l’amour possible avec cette môme de banlieue sans papiers qui se promène entre voies de chemin de fer et lignes à haute tension ne peut mener à rien. Sauf à un camp de rétention et une reconduite à la frontière qui fait basculer Moïse dans un futur de terroriste potentiel, avec un aller simple pour l’Afgahnistan…

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Il reste maintenant à Soularue à écrire la suite de l’histoire de Moïse…

Le gamin paumé va se retrouver à Peshawar vendu par les pachtounes et sera ensuite transféré à Guantanamo où sous les tortures sexuelles il avouera l’assassinat de Kennedy et celui de Marylin…

On l’attend au coin de la rue, Stéphane, pour qu’il nous refile encore des sueurs noires… ( titre de son précédent album)


 

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L'histoire récente vient probablement d'écrire la suite de Moïse et voler un bon scénario à Soularue... Car décidément la réalité a plus d'imagination que la plus noire de toutes les imaginations et Soularue avec son trait noir de noir en a pourtant un paquet d'imaginations... 

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27/03/2012

Patrick Auzier, l'homme du feu.

Au pays du rêve de Patrick Auzier...

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Il me reste des bribes de ces fêtes très étranges auxquelles j’ai assisté. Les musiciens qui soufflaient dans des saxophones portaient des masques de carnaval et des perruques dorées dont les boucles se répandaient sur les épaules, alors que d'autres étaient affublés de chignons et de loups de satin noir. Certains, torses nus et le visage bariolé de peintures zoulous frappaient des tambours. La procession était suivie par une foule en transe qui dansait et chantait. Cela sentait la poudre noire, la transpiration et le rut. Les corps étaient prêts au coït et l'âme à l'ivresse. Comme dans une fête primitive, la foule scandait un hymne festif autant qu'une prière païenne. La procession s'enfonçait dans les bois pour rendre hommage aux esprits de la terre. Des humanoïdes, mi-chair, mi-éponge qui avaient commencé à prendre la couleur de l'écorce et du lichen étaient accrochés aux arbres. Comme si ces types arrivaient d'une autre planète et avaient échappé à une giclée de neutrons en pleine poire en se cachant au fond d'une galerie désaffectée. Après y être restés des générations entières sans avoir jamais vu le jour, ils auraient, lors de leur première sortie, tenté d'escalader les arbres et se seraient brûlés à la lumière. Tétanisés, statufiés par la photosynthèse qui se serait déclenché à cause des mutations des corps déshabitués à la lumière. Ces corps semblaient avoir stoppé leur évolution à mi chemin entre le chou-fleur et le rosbif.
La sarabande, qui s'avançait dans le sentier, s'est arrêtée aux pieds de grands chênes. Une troupe de percussionnistes avait confectionné des trampolines avec des chambres à air de camions et de voitures. Attachés à des élastiques, tendus depuis le faîte de l'arbre, les acrobates sautaient le long d'un xylophone géant en tubes de bambou qui partait depuis le sol rejoignait les premières branches d'un chêne séculaire. Enfermés dans des cages de bambou, en haut des arbres, des violonistes jouaient une symphonie. Dissimulés dans les fougères, des feux de Bengale illuminaient cette fête. Des officiants aux déguisement de forbans portaient des flambeaux et des fusées rouges et jetaient des ribambelles de pétards au milieu de la foule qui se déhanchait sur un hymne endiablé. Combien de jours et de nuits a duré cette étrange fête? Je n’en sais rien.


Mais j’ai souvenir qu’une autre nuit la fête a eu lieu dans un château désaffecté. Au milieu d’un énorme nuage de fumée, dans la grande cour entourée de murailles, les explosions retentissaient. Les traînées versicolores des fusées retombaient en mèches folles, sifflaient dans tous les sens, assourdissantes. Secouaient la terre, remuaient le ciel et faisaient tout trembler. Observant la trajectoire aux départs des missiles, les musiciens de jazz étaient prêts à se jeter à terre, ou à s'abriter derrière leur pupitre en cas de besoin. Des bouts de carton enflammés retombaient à l'intérieur de l'enceinte ce qui provoquait des cris, des mouvements de foule. On n'y voyait pas à trois mètres, aussi, c'est la tête levée au ciel que chacun guettait les retombées enflammées. Les explosions redoublaient et le rythme ne mollissait pas. Les filles dansaient et suaient dans cette nuit moite et électrique.
Une autre nuit encore, l'embrasement a eu lieu sur un plan d'eau. Les musiciens avaient pris place dans des barques, et des violonistes ainsi qu’un saxophoniste jouaient doucement, un air très mélancolique sur le rythme de la cascade, dans le sous-bois illuminé par des feux de Bengale, dissimulés parmi les fougères. Les silhouettes énigmatiques étendaient leurs ombres sur l'eau dont le reflet s'étirait en ondoyant. A la surface du lac comme des sortes de génies malfaisants, des fusées hors bords sifflant et pétaradant couraient en tous sens.

 

 

 






Francis Marmande, Le Monde, 21 août 1999

   


La Compagnie Lubat se signale par son rapport aux mots, aux poètes, au rap, à la langue, au scat, à la tchatche, à l’invention syllabique. Au milieu, Auzier est le silence essentiel. Il s’est révélé comme l’homme du feu. Commençant par des installations pyrotechniques de facture classique, puis compliquant.

Au début, on a cru de ses feux qu’ils étaient une fantaisie de la Compagnie, une drôlerie pimentée de dérision, le détournement d’une réjouissance populaire. Et puis il a fallu se rendre à l’évidence. Les feux d’Auzier de plus en plus ingénieux, donnant un spectacle de plus en plus simple, par le fait, sont la clef de l’invention ; Le lien entre enfance et artistes, musique et rêve. Quand Auzier embrase un château, une forêt, un lac, c’est d’une autre manière. L’autre pyrotechnie. Il a travaillé le


 rythme, le tempo, les commandes électriques, les emplacements inédits, les déclenchements inattendus, les fils qui courent sur la foule avec les vecteurs de comète, les bouquets de flammes que l’on contemple au-dessous, les synchronies instrumentales…

Dans la forêt, sa Nuit des Soli-Sauvages donne lieu à une création saisissante. Portal et Shepp bien ensemble, dans les fontaines blanches. Des murs, des gerbes et des fusées qui jaillissent du fond de l’eau du lac. Comme un symbole de la Compagnie, Auzier n’a cessé de perfectionner l’art qu’il a inventé. Chemin faisant, en vingt-deux ans d’apprentissage autodidacte, il fabrique ses pièces et s’est donné une technique au trombone : vingt-deux ans d’études en public, dont onze pour trouver l’embouchure.

Après quoi il conclut trois heures de Soli-Sauvages et d’invention pyrotechnique, seul devant un Niagara de flammes, commande les gerbes par le son, au trombone incroyablement maîtrisé, puis dans un coin, fond en larmes. « Prendre toujours les mêmes », comme regrettent les notables avant d’en reprendre un, c’est la forme pyrotechnique de la fidélité active.






25/03/2012

La vie d'artiste...

Noël aux tisons, Pâques à New York....

22/03/2012

La prose du Transibérien (à écouter)

Texte dit par Vicky Messica

 

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En ce temps-là, j'étais en mon adolescence
J'avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance
J'étais à 16.000 lieues du lieu de ma naissance
J'étais à Moscou dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares
Et je n'avais pas assez des sept gares et des mille et trois tours
Car mon adolescence était si ardente et si folle
Que mon coeur tour à tour brûlait comme le temple d'Ephèse ou comme la Place Rouge de Moscou quand le soleil se couche. 
Et mes yeux éclairaient des voies anciennes.
Et j'étais déjà si mauvais poète
Que je ne savais pas aller jusqu'au bout.

Le Kremlin était comme un immense gâteau tartare croustillé d'or, 
Avec les grandes amandes des cathédrales, toutes blanches
Et l'or mielleux des cloches...
Un vieux moine me lisait la légende de Novgorode
J'avais soif
Et je déchiffrais des caractères cunéiformes
Puis, tout à coup, les pigeons du Saint-Esprit s'envolaient sur la place
Et mes mains s'envolaient aussi avec des bruissements d'albatros
Et ceci, c'était les dernières réminiscences
Du dernier jour
Du tout dernier voyage
Et de la mer.

Pourtant, j'étais fort mauvais poète.
Je ne savais pas aller jusqu'au bout. 
J'avais faim
Et tous les jours et toutes les femmes dans les cafés et tous les verres
J'aurais voulu les boire et les casser
Et toutes les vitrines et toutes les rues
Et toutes les maisons et toutes les vies
Et toutes les roues des fiacres qui tournaient en tourbillon sur les mauvais pavés
J'aurais voulu les plonger dans une fournaise de glaive
Et j'aurais voulu broyer tous les os
Et arracher toutes les langues
Et liquéfier tous ces grands corps étranges et nus sous les vêtements qui m'affolent...
Je pressentais la venue du grand Christ rouge de la révolution russe...
Et le soleil était une mauvaise plaie 
Qui s'ouvrait comme un brasier

 

En ce temps-là j'étais en mon adolescence
J'avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de ma naissance
J'étais à Moscou où je voulais me nourrir de flammes
Et je n'avais pas assez des tours et des gares que constellaient mes yeux

En Sibérie tonnait le canon, c'était la guerre
La faim le froid la peste et le choléra
Et les eaux limoneuses de l'Amour charriaient des millions de charognes
Dans toutes les gares je voyais partir tous les dernier trains

Personne ne pouvait plus partir car on ne délivrait plus de billets
Et les soldats qui s'en allaient auraient bien voulu rester...
Un vieux moine me chantait la légende de Novgorode. […]

 

Or, un vendredi matin, ce fut enfin mon tour
On était en décembre
Et je partis moi aussi pour accompagner le voyageur en bijouterie qui se rendait à Kharbine
Nous avions deux coupés dans l'express et 34 coffres de joailleries de Pforzheim
De la camelote allemande "Made in Germany"
Il m'avait habillé de neuf et en montant dans le train j'avais perdu un bouton
- Je m'en souviens, je m'en souviens, j'y ai souvent pensé depuis -
Je couchais sur les coffres et j'étais tout heureux de pouvoir jouer avec le browning nickelé qu'il m'avait aussi donné

J'étais très heureux, insouciant
Je croyais jouer au brigand
Nous avions volé le trésor de Golconde
Et nous allions, grâce au Transsibérien, le cacher de l'autre côté du monde
Je devais le défendre contre les voleurs de l'Oural qui avaient attaqué 
les saltimbanques de Jules Verne
Contre les khoungouzes, les boxers de la Chine
Et les enragés petits mongols du Grand-Lama
Alibaba et les quarante voleurs

Et les fidèles du terrible Vieux de la montagne
Et surtout contre les plus modernes
Les rats d'hôtels
Et les spécialistes des express internationaux.

Et pourtant, et pourtant
J'étais triste comme un enfant
Les rythmes du train
La "moelle chemin-de-fer" des psychiatres américains
Le bruit des portes des voix des essieux grinçant sur les rails congelés
Le ferlin d'or de mon avenir
Mon browning le piano et les jurons des joueurs de cartes dans le compartiment d'à côté
L'épatante présence de Jeanne
L'homme aux lunettes bleues qui se promenait nerveusement dans le couloir et me regardait en passant
Froissis de femmes
Et le sifflement de la vapeur
Et le bruit éternel des roues en folie dans les ornières du ciel
Les vitres sont givrées
Pas de nature!
Et derrière, les plaines sibériennes le ciel bas et les grands ombres des taciturnes qui montent et qui descendent
Je suis couché dans un plaid
Bariolé
Comme ma vie
Et ma vie ne me tient pas plus chaud que ce châle écossais
Et l'Europe toute entière aperçue au coupe-vent d'un express à toute vapeur
N'est pas plus riche que ma vie
Ma pauvre vie
Ce châle
Effiloché sur des coffres remplis d'or
Avec lesquels je roule
Que je rêve
Que je fume
Et la seule flamme de l'univers 
Est une pauvre pensée...


21/03/2012

Koi ki di wiki sur le roman picaresque?

Le roman picaresque (de l'espagnol pícaro, «misérable», «futé») est un genre littéraire né en Espagne au xvie siècle et qui a connu sa plus florissante époque dans ce pays.

Un roman picaresque se compose d'un récit sur le mode autobiographique de l’histoire de héros miséreux, généralement des jeunes gens vivant en marge de la société et à ses dépens. Au cours d’aventures souvent extravagantes supposées plus pittoresques et surtout plus variées que celles des honnêtes gens, qui sont autant de prétextes à présenter des tableaux de la vie vulgaire et des scènes de mœurs, le héros entre en contact avec toutes les couches de la société.

 

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Le roman picaresque se rattache directement à des modèles beaucoup plus anciens. Dans l’Antiquité gréco-latine, le roman avait déjà les mêmes caractères. L’Âne d’or d’Apulée, qui en est l’exemple le plus célèbre, est fait lui aussi d’une extrême variété d’épisodes, souvent reliés entre eux par des liens légers ou arbitraires. Le personnage principal traverse une série d’aventures, qu’aucune existence humaine n’aurait pu connaître dans la réalité ; et il s’y ajoute encore plus d’un récit gratuitement introduit par un personnage épisodique. L’œuvre d’Apulée continuait, elle-même, la tradition des « fables milésiennes », fables qu’elle se contentait parfois de recoudre entre elles de même que les grands poèmes homériques semblent bien avoir recousu entre eux des chants épiques de l’âge antérieur. Ce genre d’œuvres trouvaient leur raison d’être profonde et durable, dans un effort de l’art littéraire pour s’égaler à la diversité de la vie, diversité qu’aucun des autres genres n’était à même d’embrasser.

 

Le roman picaresque est généralement porté par une vision critique des mœurs de l’époque. Mais les éléments sociaux ou moraux sont bientôt doublés par l’élément esthétique du roman picaresque dont la structure très libre permet à l’auteur d’introduire à chaque instant de nouveaux épisodes, sans les faire sortir de ce qui précède. Ce manque de logique et de nécessité interne dans le développement finit par distinguer le roman picaresque.

À la différence des autres genres littéraires comme la tragédie, la comédie, le discours ou l’histoire qui s’astreignaient tous à des lois précises de développement, de construction, et parfois même n’hésitaient pas à faire violence à la réalité pour la soumettre à l’harmonie de l’art, le roman fonctionnait sans règles. Toute peinture de la société, pour être un peu vaste et foisonnante, devait échapper aux règles habituelles, et trop étroites, de la composition afin de pouvoir représenter l’infinie diversité de la vie et du monde social. 


Six caractéristiques constitutives distinguent le roman picaresque :


Le protagoniste est un pícaro de rang social très bas ou qui descend de parents sans honneur ou ouvertement marginaux ou délinquants. Le profil d’antihéros du pícaro constitue un contrepoint à l’idéal chevaleresque. Vivant en marge des codes d’honneur propres aux classes dominantes de la société de son époque, son plus grand bien est sa liberté. Aspirant également à améliorer sa condition sociale, le pícaro a recours à la ruse et à des procédés illégitimes comme la tromperie et l’escroquerie


Structure de fausse autobiographie : le roman picaresque est narré à la première personne comme si le protagoniste racontait ses propres aventures, à commencer par sa généalogie, contrairement à ce qu’est censé faire un chevalier. Le pícaro apparaît dans le roman dans une double perspective : comme auteur et comme acteur. Comme auteur, il se situe dans un temps présent qu’il évalue à l’aune de son passé de protagoniste et il raconte une action dont il connaît le dénouement à l’avance


Déterminisme : bien que le pícaro tente d’améliorer sa condition sociale, il échoue toujours et restera toujours pícaro, c’est pourquoi la structure du roman picaresque est toujours ouverte. Les aventures racontées pourraient se poursuivre indéfiniment car l’histoire n’est pas capable d’évolution susceptible de la transformer.


Idéologie moralisante et pessimiste : chaque roman picaresque en viendrait à être un grand cas exemplaire de conduite aberrante systématiquement punie. Le picaresque est très influencé par la rhétoriquesacrée de l’époque, fondée dans beaucoup de cas, sur la prédicationd’exemples relatant la conduite dévoyée d’un individu qui finit soit par être puni soit par se repentir.

Intention satirique et structure itinérante : la structure itinérante du roman picaresque meut le protagoniste dans chacune des strates de la société. L’entrée du protagoniste au service d’un élément représentatif de chacune de ces couches constitue un nouveau prétexte de critique de celles-ci. Le pícaro assiste ainsi, en spectateur privilégié, à l’hypocrisie incarnée par chacun des puissants nantis qu’il critique à partir de sa condition de déshérité puisqu’il ne s’érige pas en modèle de conduite.


Réalisme, y compris naturalisme dans la description de certains des aspects les moins plaisants de la réalité qui, jamais idéalisée, est au contraire présentée comme une moquerie ou une désillusion.


Le picaresque s’est également exporté en France avec, par exemple, l’Histoire de Gil Blas de Santillane de Lesage qui est, en quelque sorte, le dernier chef-d’œuvre du roman picaresque. Ce genre littéraire a eu une postérité, car il en subsiste des traces jusque dans leBildungsroman allemand comme le Wilhelm Meister de Goethe.

On peut aussi voir l'influence de sa philosophie dans de nombreux westerns, où un homme du peuple, souvent un petit malfrat au grand coeur, se dresse contre l'autorité établie pour redresser des torts.

 

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Bunker Roy

Bunker Roy, un entrepreneur social au service du développement rural.


L’Inde, 2ème pays au monde avec plus d'un milliard d’habitants compte 700 000 villages sur un territoire équivalent à 6 fois la France. La situation économique y est très souvent fragile, la moindre saison sèche ou récolte difficile venant accroître l’exode rural déjà considérable. Comment un de ces villages, peuplé de seulement 800 habitants devient un des modèles de développement durable pour tous les autres pays du Sud ; visité, reconnu et admiré par des personnalités comme le président de la Fondation Ford, le président de la Banque Mondiale ou le Prince de Galles ? C’est pour répondre à cette question que nous avons rencontré Bunker Roy, le fondateur du « Barefoot College » de Tilonia.

Fils d’une des familles les plus influentes du Bengale (la région de Calcutta), Bunker a suivi l'une des meilleures éducations du système indien. Il a usé ses shorts sur les mêmes bancs que Rajiv Gandhi (le fils d’Indira et lui aussi ancien Premier Ministre assassiné) et que les héritiers du plus grand empire industriel du sous-continent : les fils Tata. De cette éducation stricte et élitiste, il garde le souvenir de professeurs « on ne peut plus snob » leur présentant le mirage de l’Inde moderne du XXIe siècle en lieu et place du « Bhârat », l’Inde rurale*.

Programmé pour devenir un grand diplomate, un fin politicien ou un puissant bureaucrate, Bunker suit une scolarité exemplaire. Pendant son temps libre, il se consacre à sa passion, le squash, et remporte même pendant 4 années d’affilée le Championnat National.

Le tournant de sa vie se produit en 1966, lorsque par curiosité, il va visiter un village du Bihâr. Cette année-là, ce petit Etat rural, frontalier du Népal, connaît une des pires famines de son histoire. Faute de mousson, les greniers à céréales sont entièrement vides et l’aide internationale permet difficilement à chaque personne de disposer d’une chapati par jour, une mince galette de farine de blé, base de l’alimentation indienne.

Le choc est terrible pour ce jeune privilégié. Rien dans son parcours personnel ne l’avait préparé à voir cette réalité poignante : des dizaines de milliers de personnes périssent faute de nourriture et ceux qui restent sont condamnés à errer chaque jour à la recherche d’une maigre pitance. C’est décidé, du haut de ses 19 ans, Bunker prend une décision qui va changer sa vie : il veut vivre dans l’Inde rurale et se mettre au service des paysans les plus pauvres.

Sans avoir aucune notion concrète de ce qu’il veut entreprendre et de la manière dont il doit opérer, il décide d’aller vivre dans un des villages du district d’Ajmer, dans le Rajasthan. C’est là, qu’humblement, il passe 5 ans de sa vie. Travaillant comme un forcené, il creuse, nettoie et fait exploser des charges afin de construire des puits. Au contact des villageois de souche, il acquiert la certitude que les connaissances et les compétences pratiques des villageois sont suffisantes pour assurer leur développement.

A 25 ans, un collègue l’invite à passer quelques jours à Tilonia. Cette visite sera le second tournant de son existence. Il remarque un grand sanatorium à l’abandon au beau milieu du village et décide d’engager les démarches pour l’acquérir. Légué par le gouvernement au modeste prix de 1 roupie, il en fera en 3 décennies le centre du « Barefoot College ».

Construit sur des préceptes de Gandhi, celui-ci s’articule autour de 5 grandes idées : la participation de chacun à la vie du village, l’égalité homme-femme, l’éducation pratique et non théorique, la nécessité de ne pas gâcher les ressources et la technologie par et pour ses habitants.

Résultat après presque trente ans d’efforts. Toute l’électricité du village provient de panneaux solaires, 90 écoles de nuits ont été créées pour dispenser un savoir pratique aux enfants qui gardent leurs troupeaux le jour. Un groupe de 300 femmes se réunit chaque semaine pour débattre et influencer leurs conditions de vie et un ingénieux système de récupération de l’eau de pluie alimente irrigation, douches et toilettes de tous les villageois. Dernière trouvaille mais pas des moindre, un parlement des enfants est élu tous les 3 ans pour influencer la vie du village et des écoles !!

Le plus remarquable de ces 30 années de développement est que ce sont les villageois eux-mêmes qui ont eu les idées, les ont financées (partiellement) et les ont appliquées à leur rythme et ceci sans aucune aide extérieure. Bunker ne se considère que comme un support et passe désormais la majeure partie de son temps à promouvoir ce modèle aux quatre coins de l'Inde et, depuis peu, de la Planète.

Persuadé qu'il faut beaucoup plus investir sur les individus que sur les projets pour réaliser un développement durable des villages indiens, il espère convaincre les sceptiques et faire de nombreux adeptes. En voilà 2 de plus !!

* "Bhârat" signifie Inde en Hindi.

Texte extrait du site le tour du monde en 80 hommes

pour en savoir plus: http://www.barefootcollege.org/

18/01/2012

A votre bon Albert Marcoeur m'sieur-dames....

Il serait tout à fait intéressant de calculer et d’évaluer les mètres-cubes de matière grise que l’on utilise afin de trouver une formule originale pour présenter ses voeux. Tous les ans, c’est pareil. C’est un clin d’oeil à l’actualité (à bas la morosité, bonne année ! Le moral des Français est au plus bas. Après le bas, le haut. Bonne année !), deux ou trois rimes avec l’année qui vient de démarrer (flouze, blues, partouze, niouz, douCe…), un aphorisme encourageant (« Ce n’est pas parce qu’il y a de l’espoir que l’on est joyeux, mais c’est parce que l’on sera joyeux qu’il y aura de l’espoir ! »), une question existentielle (Que ferons-nous germer cette année ?). Et presque toujours, des formulations qui ont nécessité des heures de gamberge. Encore une à l’instant : « Un maximum de bonheur au milieu des serpentins imaginaires et des langues de belle-mère hypothétiques. » Vous imaginez un peu ce qu’on pourrait faire avec toute cette matière grise en mouvement.
J’espère de tout coeur que vous avez fêté cette nouvelle année dans les règles de l’art.
Moi j’ai réveillonné en solitaire à Noël et en équipe au jour de l’an.
Habité par cette manie de ne jamais faire comme tout le monde, j’ai voulu passer le réveillon de Noël tout seul. Réveillonner sans tra-la-la, sans trompette, sans penser une seule seconde que c’est un jour, enfin une nuit, où tout le monde doit être rassemblé pour partager, où personne ne doit être laissé sur le bord du chemin. Oublier toutes ces simagrées et réveillonner dans son coin, loin de tout, loin de rien.
J’avais acheté chez Madame Chargueros, bouchère-charcutière à Venarey-lès-Laumes, une rouelle de porc qu’après avoir fait revenir sur les quatre côtés, je fis cuire avec cinq petites pommes de terre coupées en quatre, trois tomates pelées coupées en deux. Sel, piment d’Espelette et deux feuilles de laurier. En entrée, une tranche de pâté en croûte entourée de lamelles de cornichons sur une assiette à dessert. J’allumai une bougie et fis péter une bouteille de Chablis de Noël Pourantru et José Rodrigues, viticulteurs à Lignorelles (89800). J’avais essayé de repousser le début du repas en prolongeant l’apéritif, le Chablis était succulent et j’avais vidé un demi-sachet de pistaches en un temps record. Lorsque je décidai de mordre dans mon pâté en croûte, l’horloge affichait vingt et une heures trente. J’ouvris une boîte de sardines à l’huile d’olive de la conserverie de La Belle Îloise et épluchai une échalote que je coupai en fines particules. Je raclai cinq torsades de beurre salé avec un couteau sans dents. Le tout écrasé avec une fourchette dans une jatte, le plus mélangé et unicolorisé que je pus. Je fis griller du pain, y étalai mon beurre de sardines et me versai un verre de Chablis. Le moment fut délicieux et je le retins par tous les moyens.
Je découpai ma longe de porc encore toute fumante avec toute la précaution du monde pour ne pas éclabousser et en foutre partout, mais aussi afin d’éviter l’accident qui eût entaché la cérémonie. Vingt deux heures trente, j’avais presque rattrapé mon avance. J’aperçus au-dessus du halo de la bougie ma mère fourrant ses dattes avec de la pâte d’amandes et mon père préparant sa farce à escargots. Je mis ça sur le dos de l’alcool mais je savais bien que dans ces moments-là, les souvenirs débarquent avec perte et fracas et ou on s’attarde, ou on tourne la page.
La rouelle était tendre et rôtie comme il faut. J’ai écrasé mes patates dans le jus et les tomates. J’eus le réflexe de me servir un autre verre de Chablis mais le voyant encore raisonnablement rempli, je remballai mes clarinettes. Le niveau sonore de "Sleepytime Gorilla Museum" montait, comme pour annoncer un numéro de cascade dangereux, l’arrivée des rois mages au milieu d’une tempête de sable ou quelque chose comme ça.
J’avais sorti la cancoillotte, qu’elle soit à la température de la pièce. Je fis griller du pain à nouveau, mais rassis celui-ci. Avec la cancoillotte, le pain rassis grillé, c’est mieux, alors que je conseillerais le pain frais grillé pour le beurre de sardines. Un peu de beurre salé sur le pain grillé tiède, la cancoillotte que l’on étale en toute liberté et le verre vide que l’on remplit. Mais de quoi aurais-je le culot de me plaindre ?!
Mon fromage terminé, j’allumai une cigarette. Minuit pile. Je me dirigeai par acquis de conscience vers la cheminée, mon verre à la main..
Il me vint à l’esprit tous ces gens qui, au lendemain des fêtes, rapportent les jouets au magasin parce que ceux-ci ne marchent pas. Pour que ça marche, c’est très simple, il faut mettre des piles et les piles, on oublie souvent qu’elles ne sont pas fournies avec ! Vous imaginez la distribution des jouets à minuit :
«  - Papa, ça marche pas !
   - Fais voir ! »
Je mis un autre album sur la platine. Pour le dessert "Deerhoof" fut un compagnon idéal.
Pain d’épices, noix de Saint-Thibault et chocolat caramel poire. Il est indispensable de toujours avoir dans la bouche la même quantité des trois matières. C’est pour cette raison qu’il faut décortiquer ses noix avant, découper ses tranches de pain d’épices en quatre. Le chocolat se casse facilement, on coupera donc les crans au fur et à mesure. La bouchée idéale comprend un quart de tranche de pain d’épices, trois cuisses de noix et un demi-cran de chocolat compte-tenu qu’il y a deux crans de chocolat dans une rangée de tablette. Pour accompagner ces sucreries, j’ai dû abandonner le Chablis et opter pour une petite absinthe. Réalisant que la musique s’était arrêtée, j’en dégustai une autre religieusement dans le silence.
J’eus un peu de mal à empiler les bûches dans la chaudière pour la nuit. J’y parvins toutefois, sûrement guidé par cette puissance surnaturelle dont on vient justement de fêter la naissance.

Quand Jésus est né, sa mère ne s’est pas fait chier, elle l’a tout de suite foutu à la crèche !


Label Frères a passé 2011 entre les gouttes, essayant malgré tout de tenir le cap. Nous avons toujours été là, croisant le fer bec et ongles afin de conserver la tête hors de l’eau. Seulement c’était en 2011 et nous savons que 2012 ne ressemblera pas à 2011. Pour plein de raisons, vous m’avez compris mais aussi parce que nous avons décidé d’aménager et d’actualiser notre site, d’y ajouter des documents, d’améliorer les repères et la navigation entre les pages. Nous avons en outre changé de système de paiement en ligne. Nous avons quitté la Caisse d’Épargne et son système de paiement sécurisé SPPlus de plus en plus compliqué et indiscret, ne faisant aucune différence entre l’achat du Château de Versailles et celui d’un Carambar. Nous avons opté pour le système Paypal. qui, pour l’instant nous satisfait totalement .
Le quatuor Béla est venu passer quelques jours à La Bergerie cet été et m’a proposé de monter un spectacle qui réunirait des titres de "Travaux pratiques", des arrangements de Frédéric Aurier sur des titres plus anciens et quatre nouvelles pièces. Création à l’Atelier du Plateau (75018) les 26 et 27 mai 2012 à 17H00.
La jauge étant limitée, il serait raisonnable, je pense, de prendre ses précautions.
Frédéric Aurier, Julien Dieudegard : violons, voix
Julian Boutin : violon alto, voix
Luc Dedreuil : violoncelle, voix
Albert Marcoeur : percussions, voix
Excellent début d’année et comme diraient certains, ne lâchez rien ! C’est marrant, j’aurais plutôt envie de dire : lâchez tout !

                                                                                        Albert marcœur, le 11 janvier 2012

03/01/2012

Mieux vaut être riche et en bonne santé....

28/12/2011

Bonne blague à la mal bouffe....

Le bonheur est dans l'assiette...

Pendant plusieurs années, la Bolivie a résisté à l'implantation du géant du fast-food américain jusqu'au jour où les responsables de la chaîne de restaurants ont compris que dans cette partie du monde, la bataille était perdue.

Et ce n'est pas faute d'avoir essayé. Pendant 5 ans, de 1997 à 2022, Mc Donalds a fait l'impossible afin de s'adapter aux goûts du consommateur bolivien et ce, au risque de devoir mettre à mal son image internationale. Par exemple, en Bolivie, Mc Donalds a incorporé à ses menus la "llajwa", sauce piquante datant de bien avant la Conquète espagnole, à base de piments rocoto et de tomates que les boliviens ajoutent à tous leurs plats. Mc Donalds a même été jusqu'à accompagner les repas des clients de mélodies folkloriques des plus traditionnelles.

Tous ses efforts se sont révélés inutiles. Après de faibles recettes, l'entreprise nord-américaine a décidé de fermer ses huit restaurants installés dans les trois principales villes du pays, La Paz, Cochabamba et Santa Cruz. Situation inédite à laquelle Mc Donalds n'avait jamais été confronté en aucun point du globe.

La question qui se pose est pourquoi les consommateurs boliviens ont fait la moue aux préparations de Mc Donalds alors que sur le reste de la planète on se les dispute. Pourquoi l'"empanada", plat typique bolivien a-t-il réussi à détroner le célèbre hamburger ? Un documentaire intitulé "Pourquoi Mc Donalds a-t-il fait faillite en Bolivie ?" tente de répondre à ces interrogations. Ce film comprend des interviews de cuisiniers, historiens, nutritionnistes et sociologues ainsi que du responsable de la chaîne de restaurants en Bolivie, Roberto Udler. Chacun des intervenants aboutit en quelque sorte à la même conclusion : la raison du refus des boliviens ne réside pas dans la saveur du produit en lui-même, saveur qui est identique aux autres pays, mais plutôt dans la mentalité des consommateurs boliviens. En effet, les experts pensent que l'explication est à rechercher du côté de l'attachement des boliviens non seulement aux produits de la terre sinon à une mentalité qui continue à donner une place importante aux plats cuisinés à feu doux pendant de longues heures.

15/11/2011

Des coqs, des coquilles et des coquillages.....

Gallimard : le dernier Goncourt corrigé par la communauté pirate [MAJx3]

 

Vaut-il mieux pirater des ebooks que de les acheter légalement si l’on veut un fichier de qualité ? Malheureusement, le mauvais travail de certains éditeurs risque de donner raison à ceux qui ont cette pratique. On connaissait le très bon travail de certains teams de pirates sur la qualité de leurs fichiers EPUB (ou Mobipocket) et sur les corrections effectuées avant la mise en ligne. Visiblement, la pratique n’est pas la même chez Gallimard qui vend un fichier rempli de coquilles. Et pas n’importe quel livre : le dernier Goncourt, L’art français de la guerre d’Alexis Jenni.

Un des plus importants réseaux d’ebooks piratés a publié sur Twitter une courte sélection des erreurs typographiques ou des fautes trouvées dans le fichier EPUB commercial. La liste n’est pas longue, mais laisse penser qu’il n’y a pas eu de véritable travail de relecture sur le fichier numérique mis en vente. Surtout lorsque l’EPUB coûte 16,80 € sur la FNAC et le Mobipocket chez Amazon !

Cliquer sur l'image pour agrandir

À quoi peut-on imputer ces erreurs ? Visiblement, il s’agit de coquilles de numérisation : les « ç » qui deviennent des « c », les « é » qui se transforment en « e », les points qui apparaissent après des mots en milieu de phrase, etc. Cela relève la méthode de production utilisée par Gallimard : un PDF qui passe par un système d’OCR (ce qui était une boutade n’a pas été pris comme tel visiblement…). Autant dire, une pratique que l’on pensait disparue pour les dernières nouveautés des grandes maisons. Espérons que la maison centenaire va rapidement rectifier son fichier et proposer une mise à jour à ses clients (un processus simple à mettre en oeuvre sur l’iBookstore et le Kindle Store).

 

L’influence des teams pirates est indéniable, surtout dans un marché encore embryonnaire. Face à une offre de contenu encore limitée et parfois de piètre qualité (nous ne manquerons pas de revenir sur cette question), l’offre illégale est souvent de bien meilleure qualité. Les teams d’ebooks sont-elles les corsaires de l’édition numérique ? Verra-t-on émerger des éditions revues et corrigées par les lecteurs, tant les éditeurs semblent s’affranchir de certaines étapes essentielles du travail éditorial ?

Une fois de plus, la présence de DRM ne protège pas les fichiers de leur diffusion illégale. Nous ne ferons que répéter que ces mesures de protection sont vaines et que l’abandon de tels dispositifs sera bénéfique au développement du marché. Supprimer les DRM, c’est rendre les ebooks hackables, transportables sur n’importe quelle plateforme et libres de permettre à l’utilisateur de le lire selon son propre usage de lecture numérique (application et niveau de partage). Et puis, cela permettra aux lecteurs de corriger les coquilles…

MAJ : Suite aux commentaires sur Twitter et aux mails de certains lecteurs, il semble que cette dizaine de coquilles soit aussi présente… dans la version papier ! En tout cas, elles sont bien présentes dans l’EPUB commercial. Pour la version Mobipocket, dont la qualité de mise en page n’est idéale (mais la faute est à partager avec le moteur de lecture Kindle assez capricieux et rustique), nous n’avons pas encore pu vérifier les similitudes. En effet, l’ebook n’est pas encore « indexé » pour notre reader. La technologie… ;-)

MAJ 2 : Péniblement, la recherche plein texte du Kindle se met à fonctionner mais l’ebook n’est pas encore totalement indexé. Pour l’instant, les coquilles sont aussi présentes ce qui n’est pas étonnant sachant que le fichier source est un EPUB converti par Amazon (à moins que Gallimard travaille ses Mobipocket mais vu la qualité du fichier, cela serait étonnant) avec KindleGen.

MAJ 3 : Compte tenu de l’évolution de cette histoire, il est nécessaire de faire un point sur les derniers éléments révélés sur le web ou les réseaux sociaux.

Tout d’abord, un point sur les faits : ce qui n’était que quelques coquilles dans une version numérique a vite pris de l’ampleur puisque ces erreurs se sont aussi révélées être présentes dans la version papier (dans leur grande majorité, même si l’absence de recherche plein texte sur un livre papier ne facilite pas la chasse aux coquilles ;-) ). Logique donc que l’erreur ait été répliquée dans les différentes déclinaisons du texte. Moins logique qu’elle soit passée au travers du filtre d’un éditeur comme Gallimard.

L’objet de ce billet était de relever, non sans un certain amusement, que les pirates, pourchassés par les grandes maisons, ne sont pas si inutiles à l’écosystème du livre numérique. Si l’on a relevé ici des coquilles, il aurait bien plus à dire de la qualité des fichiers numériques commerciaux. En cela, le dernier Goncourt n’échappe pas à la règle. On ne peut même pas appeler la table des matières dans la version vendue sur le Kindle Store ! Un comble pour un fichier commercial…

Les moins complaisants s’amuseront aussi de révéler que les dernières assises du numérique du SNE avait justement pour sujet la fabrication de fichiers, notamment en EPUB 3. Avant de passer à la version 3, pourquoi ne pas essayer de faire des fichiers EPUB et Mobipocket corrects ?

La conception de fichiers numériques, EPUB et Mobipocket, est un véritable enjeu économique et pointer du doigt ces négligences n’est pas sans risque. À une époque où ses prestations sont constamment externalisées, le risque de défaillance augmente. Gallimard n’est pas le seul éditeur à proposer des fichiers dont la qualité laisse à désirer ou à oublier de corriger certaines erreurs. Une bonne partie des éditeurs commerciaux (« 100% numérique » ou traditionnels) est logée à la même enseigne.

Nous ne manquerons donc pas de revenir sur ce sujet, images à l’appui, pour démontrer que les ebooks commerciaux sont d’un niveau très inégal, en terme de qualité et d’ergonomie. Comme dit dans l’article d’origine, je pense que le développement du marché du livre numérique doit se faire avant tout sur la qualité des textes commercialisés pour faciliter l’émergence d’usages de lecture numérique et limiter l’essor du piratage. Affaire à suivre.

12/11/2011

Poésie du général

"Je ne lis jamais
de poésie.

Cela pourrait
m'attendrir"
 Général Hindenburg 1912
(in "Apologie du livre" de Robert Darnton)

09/11/2011

Nous avançons comme des somnambules vers la catastrophe 

Entretien Edgar Morin :

        

MT-night_garden2000.jpg

Illustration empruntée  à Maggie Taylor


Pourquoi la vitesse est-elle à ce point ancrée dans le fonctionnement de notre société ?

La vitesse fait partie du grand mythe du progrès, qui anime la civilisation occidentale depuis le XVIIIe et le XIXe siècle. L’idée sous-jacente, c’est que nous allons grâce à lui vers un avenir toujours meilleur. Plus vite nous allons vers cet avenir meilleur, et mieux c’est, naturellement. C’est dans cette optique que se sont multipliées les communications, aussi bien économiques que sociales, et toutes sortes de techniques qui ont permis de créer des transports rapides. Je pense notamment à la machine à vapeur, qui n’a pas été inventée pour des motivations de vitesse mais pour servir l’industrie des chemins de fer, lesquels sont eux-mêmes devenus de plus en plus rapides. Tout cela est corrélatif par le fait de la multiplication des activités et rend les gens de plus en plus pressés. Nous sommes dans une époque où la chronologie s’est imposée.

Cela est-il donc si nouveau ?

Dans les temps anciens, vous vous donniez rendez-vous quand le soleil se trouvait au zénith. Au Brésil, dans des villes comme Belém, encore aujourd’hui, on se retrouve « après la pluie ». Dans ces schémas, vos relations s’établissent selon un rythme temporel scandé par le soleil. Mais la montre-bracelet, par exemple, a fait qu’un temps abstrait s’est substitué au temps naturel. Et le système de compétition et de concurrence – qui est celui de notre économie marchande et capitaliste – fait que pour la concurrence, la meilleure performance est celle qui permet la plus grande rapidité. La compétition s’est donc transformée en compétitivité, ce qui est une perversion de la concurrence.

Cette quête de vitesse n’est-elle pas une illusion ?

En quelque sorte si. On ne se rend pas compte – alors même que nous pensons faire les choses rapidement – que nous sommes intoxiqués par le moyen de transport lui-même qui se prétend rapide. L’utilisation de moyens de transport toujours plus performants, au lieu d’accélérer notre temps de déplacement, finit – notamment à cause des embouteillages – . par nous faire perdre du temps ! Comme le disait déjà Ivan Illich (philosophe autrichien né en 1926 et mort en 2002, ndlr) :« La voiture nous ralentit beaucoup. » Même les gens, immobilisés dans leur automobile, écoutent la radio et ont le sentiment d’utiliser malgré tout le temps de façon utile. Idem pour la compétition de l’information. On se rue désormais sur la radio ou la télé pour ne pas attendre la parution des journaux. Toutes ces multiples vitesses s’inscrivent dans une grande accélération du temps, celui de la mondialisation. Et tout cela nous conduit sans doute vers des catastrophes.

Le progrès et le rythme auquel nous le construisons nous détruit-il nécessairement ?

Le développement techno-économique accélère tous les processus de production de biens et de richesses, qui eux-mêmes accélèrent la dégradation de la biosphère et la pollution généralisée. Les armes nucléaires se multiplient et on demande aux techniciens de faire toujours plus vite. Tout cela, effectivement, ne va pas dans le sens d’un épanouissement individuel et collectif !

Pourquoi cherchons-nous systématiquement une utilité au temps qui passe ?

Prenez l’exemple du déjeuner. Le temps signifie convivialité et qualité. Aujourd’hui, l’idée de vitesse fait que dès qu’on a fini son assiette, on appelle un garçon qui se dépêche pour débarrasser et la remplacer. Si vous vous emmerdez avec votre voisin, vous aurez tendance à vouloir abréger ce temps. C’est le sens du mouvement slow food dont est née l’idée de « slow life », de « slow time » et même de « slow science ». Un mot là-dessus. Je vois que la tendance des jeunes chercheurs, dès qu’ils ont un domaine, même très spécialisé, de travail, consiste pour eux à se dépêcher pour obtenir des résultats et publier un « grand » article dans une « grande » revue scientifique internationale, pour que personne d’autre ne publie avant eux. Cet esprit se développe au détriment de la réflexion et de la pensée. Notre temps rapide est donc un temps antiréflexif. Et ce n’est pas un hasard si fleurissent dans notre pays un certain nombre d’institutions spécialisées qui prônent le temps de méditation. Le yoguisme, par exemple, est une façon d’interrompre le temps rapide et d’obtenir un temps tranquille de méditation. On échappe de la sorte à la chronométrie. Les vacances, elles aussi, permettent de reconquérir son temps naturel et ce temps de la paresse. L’ouvrage de Paul Lafargue Le droit à la paresse(qui date de 1880, ndlr) reste plus actuel que jamais car ne rien faire signifie temps mort, perte de temps, temps non-rentable.

Pourquoi ?

Nous sommes prisonniers de l’idée de rentabilité, de productivité et de compétitivité. Ces idées se sont exaspérées avec la concurrence mondialisée, dans les entreprises, puis répandues ailleurs. Idem dans le monde scolaire et universitaire ! La relation entre le maître et l’élève nécessite un rapport beaucoup plus personnel que les seules notions de rendement et de résultats. En outre, le calcul accélère tout cela. Nous vivons un temps où il est privilégié pour tout. Aussi bien pour tout connaître que pour tout maîtriser. Les sondages qui anticipent d’un an les élections participent du même phénomène. On en arrive à les confondre avec l’annonce du résultat. On tente ainsi de supprimer l’effet de surprise toujours possible.

A qui la faute ? Au capitalisme ? A la science ?

Nous sommes pris dans un processus hallucinant dans lequel le capitalisme, les échanges, la science sont entraînés dans ce rythme. On ne peut rendre coupable un seul homme. Faut-il accuser le seul Newton d’avoir inventé la machine à vapeur ? Non. Le capitalisme est essentiellement responsable, effectivement. Par son fondement qui consiste à rechercher le profit. Par son moteur qui consiste à tenter, par la concurrence, de devancer son adversaire. Par la soif incessante de « nouveau » qu’il promeut grâce à la publicité… Quelle est cette société qui produit des objets de plus en plus vite obsolètes ? Cette société de consommation qui organise la fabrication de frigos ou de machines à laver non pas à la durée de vie infinie, mais qui se détraquent au bout de huit ans ? Le mythe du nouveau, vous le voyez bien – et ce, même pour des lessives – vise à toujours inciter à la consommation. Le capitalisme, par sa loi naturelle – la concurrence –, pousse ainsi à l’accélération permanente, et par sa pression consommationniste, à toujours se procurer de nouveaux produits qui contribuent eux aussi à ce processus.

On le voit à travers de multiples mouvements dans le monde, ce capitalisme est questionné. Notamment dans sa dimension financière…

Nous sommes entrés dans une crise profonde sans savoir ce qui va en sortir. Des forces de résistance se manifestent effectivement. L’économie sociale et solidaire en est une. Elle incarne une façon de lutter contre cette pression. Si on observe une poussée vers l’agriculture biologique avec des petites et moyennes exploitations et un retour à l’agriculture fermière, c’est parce qu’une grande partie de l’opinion commence à comprendre que les poulets et les porcs industrialisés sont frelatés et dénaturent les sols et la nappe phréatique. Une quête vers les produits artisanaux, les Amap (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne, ndlr), indique que nous souhaitons échapper aux grandes surfaces qui, elles-mêmes, exercent une pression du prix minimum sur le producteur et tentent de répercuter un prix maximum sur le consommateur. Le commerce équitable tente, lui aussi, de court-circuiter les intermédiaires prédateurs. Certes, le capitalisme triomphe dans certaines parties du monde, mais une autre frange voit naître des réactions qui ne viennent pas seulement des nouvelles formes de production (coopératives, exploitations bio), mais de l’union consciente des consommateurs. C’est à mes yeux une force inemployée et faible car encore dispersée. Si cette force prend conscience des produits de qualité et des produits nuisibles, superficiels, une force de pression incroyable se mettra en place et permettra d’influer sur la production.

Les politiques et leurs partis ne semblent pas prendre conscience de ces forces émergentes. Ils ne manquent pourtant pas d’intelligence d’analyse…

Mais vous partez de l’hypothèse que ces hommes et femmes politiques ont déjà fait cette analyse. Or, vous avez des esprits limités par certaines obsessions, certaines structures.

Par obsession, vous entendez croissance ?

Oui ! Ils ne savent même pas que la croissance – à supposer qu’elle revienne un jour dans les pays que l’on dit développés – ne dépassera pas 2 % ! Ce n’est donc pas cette croissance-là qui parviendra à résoudre la question de l’emploi ! La croissance que l’on souhaite rapide et forte est une croissance dans la compétition. Elle amène les entreprises à mettre des machines à la place des hommes et donc à liquider les gens et à les aliéner encore davantage. Il me semble donc terrifiant de voir que des socialistes puissent défendre et promettre plus de croissance. Ils n’ont pas encore fait l’effort de réfléchir et d’aller vers de nouvelles pensées.

Décélération signifierait décroissance ?

Ce qui est important, c’est de savoir ce qui doit croître et ce qui doit décroître. Il est évident que les villes non polluantes, les énergies renouvelables et les grands travaux collectifs salutaires doivent croître. La pensée binaire, c’est une erreur. C’est la même chose pour mondialiser et démondialiser : il faut poursuivre la mondialisation dans ce qu’elle créé de solidarités entre les peuples et envers la planète, mais il faut la condamner quand elle crée ou apporte non pas des zones de prospérité mais de la corruption ou de l’inégalité. Je milite pour une vision complexe des choses.

La vitesse en soi n’est donc pas à blâmer ?

Voilà. Si je prends mon vélo pour aller à la pharmacie et que je tente d’y parvenir avant que celle-ci ne ferme, je vais pédaler le plus vite possible. La vitesse est quelque chose que nous devons et pouvons utiliser quand le besoin se fait sentir. Le vrai problème, c’est de réussir le ralentissement général de nos activités. Reprendre du temps, naturel, biologique, au temps artificiel, chronologique et réussir à résister. Vous avez raison de dire que ce qui est vitesse et accélération est un processus de civilisation extrêmement complexe, dans lequel techniques, capitalisme, science, économie ont leur part. Toutes ces forces conjuguées nous poussent à accélérer sans que nous n’ayons aucun contrôle sur elles. Car notre grande tragédie, c’est que l’humanité est emportée dans une course accélérée, sans aucun pilote à bord. Il n’y a ni contrôle, ni régulation. L’économie elle-même n’est pas régulée. Le Fonds monétaire international n’est pas en ce sens un véritable système de régulation.

Le politique n’est-il pas tout de même censé « prendre le temps de la réflexion » ?

On a souvent le sentiment que par sa précipitation à agir, à s’exprimer, il en vient à œuvrer sans nos enfants, voire contre eux… Vous savez, les politiques sont embarqués dans cette course à la vitesse. J’ai lu une thèse récemment sur les cabinets ministériels. Parfois, sur les bureaux des conseillers, on trouvait des notes et des dossiers qualifiés de « U » pour « urgent ». Puis sont apparus les « TU » pour « très urgent » puis les « TTU ». Les cabinets ministériels sont désormais envahis, dépassés. Le drame de cette vitesse, c’est qu’elle annule et tue dans l’œuf la pensée politique. La classe politique n’a fait aucun investissement intellectuel pour anticiper, affronter l’avenir. C’est ce que j’ai tenté de faire dans mes livres comme Introduction à une politique de l’homme, La voie, Terre-patrie… L’avenir est incertain, il faut essayer de naviguer, trouver une voie, une perspective. Il y a toujours eu, dans l’Histoire, des ambitions personnelles. Mais elles étaient liées à des idées. De Gaulle avait sans doute une ambition, mais il avait une grande idée. Churchill avait de l’ambition au service d’une grande idée, qui consistait à vouloir sauver l’Angleterre du désastre. Désormais, il n’y a plus de grandes idées, mais de très grandes ambitions avec des petits bonshommes ou des petites bonnes femmes.

Michel Rocard déplorait il y a peu pour « Terra eco » la disparition de la vision à long terme…

Il a raison, mais il a tort. Un vrai politique ne se positionne pas dans l’immédiat mais dans l’essentiel. A force d’oublier l’essentiel pour l’urgence, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel. Ce que Michel Rocard appelle le « long terme », je l’intitule « problème de fond », « question vitale ». Penser qu’il faut une politique planétaire pour la sauvegarde de la biosphère – avec un pouvoir de décision qui répartisse les responsabilités car on ne peut donner les mêmes responsabilités à des pays riches et à des pays pauvres –, c’est une politique essentielle à long terme. Mais ce long terme doit être suffisamment rapide car la menace elle-même se rapproche.

Le président de la République Nicolas Sarkozy n’incarne-t-il pas l’immédiateté et la présence médiatique permanente ?

Il symbolise une agitation dans l’immédiateté. Il passe à des immédiatetés successives. Après l’immédiateté, qui consiste à accueillir le despote libyen Kadhafi car il a du pétrole, succède l’autre immédiateté, où il faut détruire Kadhafi sans pour autant oublier le pétrole… En ce sens, Sarkozy n’est pas différent des autres responsables politiques, mais son caractère versatile et capricieux en font quelqu’un de très singulier pour ne pas dire un peu bizarre.

Edgar Morin, vous avez 90 ans. L’état de perpétuelle urgence de nos sociétés vous rend-il pessimiste ?

Cette absence de vision m’oblige à rester sur la brèche. Il y a une continuité dans la discontinuité. Je suis passé de l’époque de la Résistance où j’étais jeune, où il y avait un ennemi, un occupant et un danger mortel, à d’autres formes de résistances qui ne portaient pas, elles, de danger de mort, mais celui de rester incompris, calomnié ou bafoué. Après avoir été communiste de guerre et après avoir combattu l’Allemagne nazie avec de grands espoirs, j’ai vu que ces espoirs étaient trompeurs et j’ai rompu avec ce totalitarisme-là, devenu ennemi de l’humanité. J’ai combattu cela et résisté. J’ai ensuite – naturellement – défendu l’indépendance du Vietnam ou de l’Algérie, quand il s’agissait de liquider un passé colonial. Cela me semblait si logique après avoir lutté pour la propre indépendance de la France, mise en péril par le nazisme. Au bout du compte, nous sommes toujours pris dans des nécessités de résister.

Et aujourd’hui ?

Aujourd’hui, je me rends compte que nous sommes sous la menace de deux barbaries associées. Humaine tout d’abord, qui vient du fond de l’histoire et qui n’a jamais été liquidée : le camp américain de Guantánamo ou l’expulsion d’enfants et de parents que l’on sépare, ça se passe aujourd’hui ! Cette barbarie-là est fondée sur le mépris humain. Et puis la seconde, froide et glacée, fondée sur le calcul et le profit. Ces deux barbaries sont alliées et nous sommes contraints de résister sur ces deux fronts. Alors, je continue avec les mêmes aspirations et révoltes que celles de mon adolescence, avec cette conscience d’avoir perdu des illusions qui pouvaient m’animer quand, en 1931, j’avais dix ans.

La combinaison de ces deux barbaries nous mettrait en danger mortel…

Oui, car ces guerres peuvent à tout instant se développer dans le fanatisme. Le pouvoir de destruction des armes nucléaires est immense et celui de la dégradation de la biosphère pour toute l’humanité est vertigineux. Nous allons, par cette combinaison, vers des cataclysmes. Toutefois, le probable, le pire, n’est jamais certain à mes yeux, car il suffit parfois de quelques événements pour que l’évidence se retourne. Des femmes et des hommes peuvent-ils aussi avoir ce pouvoir ?

Malheureusement, dans notre époque, le système empêche les esprits de percer. Quand l’Angleterre était menacée à mort, un homme marginal a été porté au pouvoir, qui se nommait Churchill. Quand la France était menacée, ce fut De Gaulle. Pendant la Révolution, de très nombreuses personnes, qui n’avaient aucune formation militaire, sont parvenues à devenir des généraux formidables, comme Hoche ou Bonaparte ; des avocaillons comme Robespierre, de grands tribuns. Des grandes époques de crise épouvantable suscitent des hommes capables de porter la résistance. Nous ne sommes pas encore assez conscients du péril. Nous n’avons pas encore compris que nous allons vers la catastrophe et nous avançons à toute allure comme des somnambules.

Le philosophe Jean-Pierre Dupuy estime que de la catastrophe naît la solution. Partagez-vous son analyse ?

Il n’est pas assez dialectique. Il nous dit que la catastrophe est inévitable mais qu’elle constitue la seule façon de savoir qu’on pourrait l’éviter. Moi je dis : la catastrophe est probable, mais il y a l’improbabilité. J’entends par « probable », que pour nous observateurs, dans le temps où nous sommes et dans les lieux où nous sommes, avec les meilleures informations disponibles, nous voyons que le cours des choses nous emmène à toute vitesse vers les catastrophes. Or, nous savons que c’est toujours l’improbable qui a surgi et qui a « fait » la transformation. Bouddha était improbable, Jésus était improbable, Mahomet, la science moderne avec Descartes, Pierre Gassendi, Francis Bacon ou Galilée était improbables, le socialisme avec Marx ou Proudhon était improbable, le capitalisme était improbable au Moyen-Age… Regardez Athènes. Cinq siècles avant notre ère, vous avez une petite cité grecque qui fait face à un empire gigantesque, la Perse. Et à deux reprises – bien que détruite la seconde fois – Athènes parvient à chasser ces Perses grâce au coup de génie du stratège Thémistocle, à Salamine. Grâce à cette improbabilité incroyable est née la démocratie, qui a pu féconder toute l’histoire future, puis la philosophie. Alors, si vous voulez, je peux aller aux mêmes conclusions que Jean-Pierre Dupuy, mais ma façon d’y aller est tout à fait différente. Car aujourd’hui existent des forces de résistance qui sont dispersées, qui sont nichées dans la société civile et qui ne se connaissent pas les unes les autres. Mais je crois au jour où ces forces se rassembleront, en faisceaux. Tout commence par une déviance, qui se transforme en tendance, qui devient une force historique. Nous n’en sommes pas encore là, certes, mais c’est possible.

Il est donc possible de rassembler ces forces, d’engager la grande métamorphose, de l’individu puis de la société ?

Ce que j’appelle la métamorphose, c’est le terme d’un processus dans lequel de multiples réformes, dans tous les domaines, commencent en même temps.

Nous sommes déjà dans un processus de réformes…

Non, non. Pas ces pseudo-réformes. Je parle de réformes profondes de vie, de civilisation, de société, d’économie. Ces réformes-là devront se mettre en marche simultanément et être intersolidaires.

Vous appelez cette démarche « le bien-vivre ». L’expression semble faible au regard de l’ambition que vous lui conférez.

L’idéal de la société occidentale – « bien-être » – s’est dégradé en des choses purement matérielles, de confort et de propriété d’objet. Et bien que ce mot « bien-être » soit très beau, il fallait trouver autre chose. Et quand le président de l’Equateur Rafael Correa a trouvé cette formule de « bien-vivre », reprise ensuite par Evo Morales (le président bolivien, ndlr), elle signifiait un épanouissement humain, non seulement au sein de la société mais aussi de la nature. L’expression « bien vivir » est sans doute plus forte en espagnol qu’en français. Le terme est « actif » dans la langue de Cervantès et passif dans celle de Molière. Mais cette idée est ce qui se rapporte le mieux à la qualité de la vie, à ce que j’appelle la poésie de la vie, l’amour, l’affection, la communion et la joie et donc au qualitatif, que l’on doit opposer au primat du quantitatif et de l’accumulation. Le bien-vivre, la qualité et la poésie de la vie, y compris dans son rythme, sont des choses qui doivent – ensemble – nous guider. C’est pour l’humanité une si belle finalité. Cela implique aussi et simultanément de juguler des choses comme la spéculation internationale… Si l’on ne parvient pas à se sauver de ces pieuvres qui nous menacent et dont la force s’accentue, s’accélère, il n’y aura pas de bien-vivre. —

31/10/2011

Nouvelle édition...

Diffusé en France par Vilo.

Avec toujours l'ami Anto aux pinceaux pour la quatrième fois sur une couverture..

Le travail d'Anto est en lien sur ce blog dans la rubrique peintres.  

Honte.JPG

 

Ils ont dit à propos de La Honte sur nous



Hugo Marsan.
Ce deuxième roman vibre d’une belle et saine acuité. Le quotidien est décrit avec lucidité et parfois cruauté, mais l’amour des mots, le chant des phrases, la jouissance du conteur transfigurent une réalité sordide en beau récit d’initiation. L’écriture pour qui écoute son miracle ne transforme pas les injustices sociales mais permet de survivre dans le respect de soi-même.
Le Monde des Livres

Saïd Mohamed va au cœur de la délinquance, du sordide, de la difficulté d’être le fils d’un immigré marocain alcoolique et d’une française pauvre au verbe cru. Roman autobiographique, fiction réaliste, c’est avec poésie et humour que l’auteur écrit ce parcours étonnant d’un jeune rebelle, brinquebalé de foyers en galères, qui survit grâce à un amour immodéré des mots et un sens aigu du beau. Il touche du doigt les paradoxes qui font la vie décousue de marginaux, plus ou moins touchants, et enfermés dans leurs carcans sociaux. Sans complaisance, avec une fluidité narrative exceptionnelle, il captive le lecteur avec une histoire cruelle parfois, mais pleine d’espoir.
Sud Ouest Dimanche
 

 

La honte hante les gens de peu, les moins que rien, dès le plus jeune âge. Le héros de Saïd Mohamed enfant de la DASS, pensionnaire de foyers, hôte éphémère de familles d’accueil avait un destin tracé : " Le berceau était entouré de mauvaises fées et le diagnostic sévère. " Un jour, il découvre les livres grâce à une prof de français baba-cool et la littérature va changer sa vie. Le narrateur exercera divers métiers sans sombrer dans la délinquance prétendument inscrite dans ses gènes. Il lit, il écrit des poèmes que parfois il déclame dans des groupes d’amis de rencontre. On ne le rejette pas, non on l’écoute, on boit ses mots, on l’applaudit. La Honte sur nous raconte l’itinéraire d’un gosse qui a su saisir la perche qu’on lui a tendue. La seconde partie du livre amène à la délivrance. Il quitte son métier d’imprimeur pour partir sur la route jusqu’au Maroc à la recherche de son père. Ces pages de la rencontre avec l’ancien soldat perdu de la guerre, puis ouvrier silicosé en France sont les plus émouvantes du livre. Le narrateur cherche à recoller les morceaux des premières années de sa vie, à bétonner le socle de son enfance. Il pourra alors retourner dans sa Normandie natale, la conscience apaisée.

L'humanité

 

Kenza Alaoui.
Lassé de passer d’un métier à un autre et de changer constamment de situation le narrateur décide de tout laisser derrière lui et de partir à la recherche de lui-même. Il part au Maroc retrouver son père. Le voyage le transforme. Au bout du chemin il ne trouve aucune satisfaction, sauf le soulagement. La Honte sur nous est le récit d’un voyage initiatique qui promène le narrateur dans les méandres d’une vie marquée du sceau du sordide. La mauvaise herbe qu’il était a fait pousser au fond de lui, comme par miracle, un talent précoce de poète.
La Gazette du Maroc

Salim Jay
L’appétit de vivre et l’appétit de raconter vont de pair chez Saïd Mohamed. Il écrit comme on trépigne, donne à percevoir tous les protagonistes de hasard mis en bouquet sur le chemin, de la France vers le Maroc, qui remettra face à face le père enfin en son village natal et le fils abandonné qui n’a rien oublié et ne sait pas ne pas respecter les siens. C’est la belle leçon de La Honte sur nous que cette incapacité à avoir honte de soi ou des siens. Saïd Mohamed sait rendre compte de la réalité apparemment la plus triviale sans l’arrogance d’un donneur de leçons. La Honte sur nous a parfois des accents déchirants et recèle des épisodes drôlatiques. Un récit qui ne démérite pas de l’existence. Tonique en somme.
Revue Quantara, Institut du Monde Arabe

Mustapha Harzoune
Sans concession aucune, Saïd Mohamed décrit les milieux par où il est passé, le sort des laissés-pour-compte, les boulots de misère, la délinquance des uns, l’alcoolisme des autres, la solitude d’une humanité abandonnée à elle-même par une société indifférente, folle," la folie de cette grande mécanique qui broie les hommes et les rend si misérables". Avec le même réalisme, la même brutalité, il rapporte l’histoire, la sordide et terrible histoire familiale. Pas de pleurnicherie ici. Les choses sont ce qu’elles sont et il faudra bien faire avec. La Honte sur nous est une autobiographie écrite à vif. Un témoignage sans tricherie mais sans concession sur cette part honteuse d’elle-même de la société française.
Revue Hommes et Migration

29/10/2011

Festival des Artisans voyageurs

Un événement à ne rater sous aucun prétexte. Le niveau de qualité de la programmation ne se démentit pas... Trois jours de découvertes de partage d'émotions... Un festival porté à bout de bras par Arthur avec le soutien de la municipalité de Pellouailles Les Vignes. 

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Festival Artisans Voyageurs 

17, 18, 19, 20 novembre 2011
à Pellouailles-les-Vignes (10 km d'Angers 49)

Abed AZRIE, compositeur et chanteur : notre invité d'honneur

  • Réalisations audiovisuelles,
    c
    onférences avec les réalisateurs
  • Expositions
  • Musique
  • Salon du livre, dédicaces des auteurs
  • Concours de carnet de voyage
  • Salon de thé sous la yourte, repas exotiques...

28/10/2011

Sebran d'Argent

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Un jour alors que je me promenais dans le quartier st Paul j'ai vu un photographe qui vendait des tirages de ses photos d'Inde. Il avait inventé un appareil photo, une chambre en bois avec lequel il voyage en Asie et il prenait des clichés avec des films négatifs au format 20 x 30 cm. Ces films il les as récupérés dans les stocks de l'armée rouge. Ces négatifs servaient aux avions espions pour prendre des clichés depuis une altitude de 10 000 mètres. Cela donne un piqué extraordinaire à ses photos... Il tirait des planche contact avec ces négatifs qu'il vendait sur le trottoir. C'est là que je lui ai acheté un de ses tirages... Imaginez des planches contacts avec des négatifs de cette taille. Totalement bluffant.

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Pour voir son travail il vous suffit d'aller sur le lien que j'ai mis sur ce blog. Il y a chez ce photographe une puissante ambiance totalement onirique qui reflète ce que j'ai perçu de l'Inde...
Pour le plaisir voici déjà quelques clichés qui étaient en vente à la galerie Verdeau...
 

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07/10/2011

à l'automne les salons sont à l'appel.....

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06/10/2011

Writerly Identities in beur fiction and beyond de Laura Reeck par Mustapha Harzoune

 

Couverture de l'ouvrage

 

Laura Reeck est professeure de français à l’Allegheny College de Meadville (Pennsylvanie).

Elle publie ici son premier ouvrage consacré à quelques écrivains français classés - relégués ? - par la doxa dans le rayon des auteurs "beurs" ou "écrivains de banlieue".

 

Laura Reeck, Lexington Books, USA, 2011

 

 

 

A chacun, elle consacre un chapitre. Elle ne se contente pas d’y analyser les œuvres des uns et des autres mais se livre également à des mises en perspectives théoriques, sociales et biographiques. Elle illustre ainsi, avec rigueur et conviction, la fameuse opinion qui veut que la littérature en dise plus sur nos sociétés et sur leur devenir que nombre de doctes traités, lourdement lestés de statistiques. A l’ère du chiffre-roi, les poètes ne seraient pas tout à fait morts…

L’auteure détrousse les écrits d’Azouz Begag, Farida Belghoul, Leïla Sebbar, Saïd Mohamed, Rachid Djaïdani et Mohamed Razane. Un autre écrivain traverse à plusieurs reprises le livre, sans qu’un chapitre lui soit pour autant dédié : Mounsi. Le choix, personnel, pourrait être discuté, mais l’éventail présenté offre plusieurs intérêts. Il est constitué d’hommes et de femmes appartenant à trois générations. Certaines personnalités ne rechignent pas à occuper le devant de la scène quand d’autres choisissent volontairement de s’en retirer. Les acteurs de la politique y côtoient des intellectuels engagés dans le débat public. Certains acceptent de jouer le jeu médiatique pour se faire entendre quand d’autres refusent, en actes et par écrit, de faire la danse du ventre. Tous ont à voir avec l’Algérie, sauf un esseulé qui laisse s’exhaler quelques fragrances franco-marocaines. Socialement, ils sont issus des bidonvilles, des cités, de la DDASS ou de ces armoires franco-algériennes, riches en secrets et non-dits. Tous mettent en avant la littérature et l’universalité de leurs propos. Le style et la langue avant tout ! Ils écrivent une "littérature engagée", un engagement qualifié d’"extraverti" pour Begag ou d’"introverti" pour Belghoul, une "autofiction extravertie" pour Said Mohammed, une "littérature au miroir" pour Rezane ou une littérature "tout court" pour Djaïdjani. Le premier livre présenté est paru en 1986 et le dernier en 2007 ; ce large spectre littéraire permet de rendre compte des évolutions, des formes et des objets de ces engagements.
Laura Reeck dissèque "ses" auteurs, convoque tour à tour Fanon, Camus et le concept d’absurde, Ralph Ellison et les notions de visibilité et d’invisibilité, le Tout-Monde d’Edouard Glissant, le philosophe Kwame Anthony Appiah, Michel Serres, Michel De Certeau, Salman Rushdie ou Le Clezio.
Elle replace les œuvres dans le contexte sociohistorique. Elle part des rodéos de Venissieux en 1980 en passant par la Marche de 1983 et Convergences 84 pour arriver aux émeutes de 2005. C’est dire si, en matière d’identité, ce n’est pas seulement celle de quelques "gratte-papier" qui intéresse l’universitaire nord américaine mais bien les identités en devenir des populations issues de l’immigration ("postcoloniales" ou "minorités ethniques" selon son vocabulaire) et les chambardements induits au sein de la société française. Comme l’écrivait récemment Amin Maalouf, "l’intimité d’un peuple c’est sa littérature" (Le Dérèglement du monde, Le Livre de poche, 2010). Avec ces écrivains - français ! - on plonge au plus profond des entrailles et de l’âme française.

Des revendications politiques de la Marche de 1983 à la violence des années 2005, la même blessure taraude ces Français un peu trop à part : comment faire entendre qu’ils sont partie prenante de l’histoire et du devenir national, qu’ils partagent les valeurs héritées des Lumières et de la Grande Révolution et qu’il constituent une clef du futur de (et pour) leurs concitoyens ? Le titre du manifeste Qui fait la France ? résume à merveille cette double disposition vieille maintenant de plus de trente ans : ils "kiffent" la France et participe de son dynamisme.

Laura Reeck dissèque justement les processus de métissages - ce qu’en bonne américaine elle nomme le "multiculturalisme" de la société - qui traversent les romans de ces auteurs et, au-delà, les populations dont ils sont issus. La société française se métisse. Et ce n’est pas simple ! Ce processus est difficile et douloureux. Pour les intéressés d’abord qui en subissent les premiers et rudes coups. Mais aussi, ce que montre ce livre en creux et peut-être même involontairement, pour la société dans son ensemble. On peut adopter telle ou telle grille de lecture - échec et tromperie du modèle d’intégration (A. Begag), reproduction de la société coloniale (F. Belghoul ou L. Sebbar) ghettoïsation en périphérie (R. Djaïdjani ou M. Razane), injustices sociales (S. Mohamed) - la question qui est au centre du propos de Laura Reeck porte sur la capacité de la société française à se réinventer, à se régénérer dans le monde du XXIe siècle devenu le "Tout-Monde". La France sera-t-elle capable de repenser les liens entre l’ici et l’ailleurs, le local et le monde, ses parties et le tout, l’horizontalité des relations et la verticalité des dominations, l’écoute et donc la disponibilité à l’autre qui est aussi le tout proche, l’échange comme cheminement et non comme volonté de convaincre, la question des langues et des cultures débarquées clandestinement avec ses populations venues d’ailleurs, l’écoute des autres voix du monde dont ils sont (un peu) les ambassadeurs et qui expriment l’essence des jours présents et la lumière des prochaines aubes ? Pourra-t-elle concevoir des identités "déterritorialisées" et l’irruption d’un "Je" autonome et complexe ?
Bien sûr, la question sociale est au cœur des évolutions attendues. Ce n’est pas une nouveauté : la priorité (l’urgence) exige une prise de conscience et une volonté politique en faveur notamment des populations reléguées aux périphéries des grandes villes. Du travail, de l’éducation, des conditions de vie décentes... De l’espoir et du rêve aussi ! Si, comme le disent ces auteurs, la violence – celle de la sphère publique mais aussi celle des sphères privées et même intimes - renferme des causes sociales, il n’en reste pas moins que cette prise de conscience politique (pré)suppose un bouleversement culturel. Que le "centre" se décentre, qu’il change de logiciel et voyage vers d’autres imaginaires pour écouter, autrement plus sérieusement que le spectacle du cirque médiatique, ce que ces écrivains ont à dire d’eux-mêmes ; et de tous. Alors, peut-être que oui, la parole des poètes ne sera pas galvaudée.

Mustapha Harzoune

Laura Reeck, Writerly identities. In Beur fiction and Beyond, Lexington Books, USA, 2011, 191 pages.

02/10/2011

Verdi contre Berlusconi


 L’Italie fêtait le 150ème anniversaire de sa création et à cette occasion fut donnée, à l’opéra de Rome, une représentation de l’opéra le plus symbolique de cette unification : Nabucco de Giuseppe Verdi, dirigé par Riccardo Muti.

 Nabucco de Verdi est une œuvre autant musicale que politique : elle évoque l'épisode de l'esclavage des juifs à Babylone, et le fameux chant « Va pensiero » est celui du Chœur des esclaves opprimés. En Italie, ce chant est le symbole de la quête de liberté du peuple, qui dans les années 1840 - époque où l'opéra fut écrit - était opprimé par l'empire des Habsbourg, et qui se battit jusqu'à la création de l’Italie unifiée.
Avant la représentation, Gianni Alemanno, le maire de Rome, est monté sur scène pour prononcer un discours dénonçant les coupes dans le budget de la culture du gouvernement. Et ce, alors qu’Alemanno est un membre du parti au pouvoir et un ancien ministre de Berlusconi.

Cette intervention politique, dans un moment culturel des plus symboliques pour l’Italie, allait produire un effet inattendu, d’autant plus que Sylvio Berlusconi en personne assistait à la représentation…
Repris par le Times, Riccardo Muti, le chef d'orchestre, raconte ce qui fut une véritable soirée de révolution : « Au tout début, il y a eu une grande ovation dans le public. Puis nous avons commencé l’opéra. Il se déroula très bien, mais lorsque nous en sommes arrivés au fameux chant Va Pensiero, j’ai immédiatement senti que l’atmosphère devenait tendue dans le public. Il y a des choses que vous ne pouvez pas décrire, mais que vous sentez. Auparavant, c’est le silence du public qui régnait. Mais au moment où les gens ont réalisé que le Va Pensiero allait démarrer, le silence s’est rempli d’une véritable ferveur. On pouvait sentir la réaction viscérale du public à la lamentation des esclaves qui chantent : « Oh ma patrie, si belle et perdue ! ».

 Alors que le Chœur arrivait à sa fin, dans le public certains s’écriaient déjà : « Bis ! » Le public commençait à crier « Vive l’Italie ! » et « Vive Verdi ! » Des gens du poulailler (places tout en haut de l’opéra) commencèrent à jeter des papiers remplis de messages patriotiques – certains demandant « Muti, sénateur à vie ».
 Bien qu’il l’eut déjà fait une seule fois à La Scala de Milan en 1986, Muti hésita à accorder le « bis » pour le Va pensiero.

Pour lui, un opéra doit aller du début à la fin. « Je ne voulais pas faire simplement jouer un bis. Il fallait qu’il y ait une intention particulière.  », raconte-t-il.

 Mais le public avait déjà réveillé son sentiment patriotique. Dans un geste théâtral, le chef d’orchestre s’est alors retourné sur son podium, faisant face à la fois au public et à M. Berlusconi, et voilà ce qui s'est produit :

 [Après que les appels pour un "bis" du "Va Pensiero" se soient tus, on entend dans le public : "Longue vie à l'Italie !"]

Le chef d'orchestre Riccardo Muti : Oui, je suis d'accord avec ça, "Longue vie à l'Italie" mais...
 

[applaudissements]


Muti : Je n'ai plus 30 ans et j'ai vécu ma vie, mais en tant qu'Italien qui a beaucoup parcouru le monde, j'ai honte de ce qui se passe dans mon pays. Donc j'acquiesce à votre demande de bis pour le "Va Pensiero" à nouveau. Ce n'est pas seulement pour la joie patriotique que je ressens, mais parce que ce soir, alors que je dirigeais le Choeur qui chantait "O mon pays, beau et perdu", j'ai pensé que si nous continuons ainsi, nous allons tuer la culture sur laquelle l'histoire de l'Italie est bâtie. Auquel cas, nous, notre patrie, serait vraiment "belle et perdue".

[Applaudissements à tout rompre, y compris des artistes sur scène]

 Muti : Depuis que règne par ici un "climat italien", moi, Muti, je me suis tu depuis de trop longues années. Je voudrais maintenant... nous devrions donner du sens à ce chant ; comme nous sommes dans notre Maison, le théatre de la capitale, et avec un Choeur qui a chanté magnifiquement, et qui est accompagné magnifiquement, si vous le voulez bien, je vous propose de vous joindre à nous pour chanter tous ensemble.

C’est alors qu’il invita le public à chanter avec le Chœur des esclaves. « J’ai vu des groupes de gens se lever. Tout l’opéra de Rome s’est levé. Et le Chœur s’est lui aussi levé. Ce fut un moment magique dans l’opéra. »

« Ce soir-là fut non seulement une représentation du Nabucco, mais également une déclaration du théâtre de la capitale à l’attention des politiciens.»

 

 

 

 

 

 

21/10/2010

Le Fou Rire de la Joconde...

Deux critiques à propos du livre "Le fou rire de la Joconde" d'Alain Germoz, paru aux Carnets du Dessert de Lune, dans la collection Pleine Lune.
Alain GERMOZ, Le fou rire de la Joconde,
Editions Les Carnets du Dessert de Lune, 2010, 73 p., 13 €. ISBN 978 2 930235 99 8

Vitrine à fantasmes
Le sourire de la Joconde est-il un leurre? Ses ambiguïtés souvent évoquées offrent en tout cas à Alain Germoz l'occasion de contestations majeures autant sur l'art en soi que sur les comportements humains qu'il suscite. Sous-titrée « variations sur un thème trop (mé)connu », cette mosaïque rassemble, dans un mélange des genres, une gerbe de réflexions et de dialogues moissonnés au long des années à travers le prisme de cette vitrine à phantasmes signée Vinci. Textes tout en intelligence, en irrévérence et en rouerie, qui soumettent cet ectoplasme de la nommée Mona Lisa à tous les traitements possibles (des plus gratifiants aux plus mortifiants), à toutes les interrogations et à tous les regards posés sur un pli de bouche passible de refléter le catalogue de nos grimaces et de nos contradictions. Saccage magistral des certitudes hautaines, des idées toutes faites, des engouements grégaires et de l'imposture d'icônes en toc du monde de l'art, mais mené avec l'élégance d'un jeu d'esprit qui pourrait, le cas échéant, s'apparenter au fameux sourire. Si toutefois celui-ci cache bien un fou rire réprimé, face aux conjectures mêmes qu'il suscite, ou exprime le doute fondamental et créatif qui anime en toutes circonstances et à tout propos, un auteur dont la liberté de pensée constitue le seul credo.
© Ghislain Cotton in Le Carnet et les instants

Comment qualifier un des derniers écrivains francophones de Flandre, homme de la plus grande liberté de ton et de la plus grande rigueur de langue, Alain Germoz. Est-ce un surréaliste, un dadaïste, un ancien ou un moderne ? Je me refuse à le classer dans un petit ou grand casier de ce genre. Son dernier live prouve une fois encore qu’il peut se contenter d’être lui-même, avec sa fantaisie et son énorme culture. Le fou rire de la Joconde est cependant, malgré son humour et sa belle méchanceté, tout autre chose qu’une potache. A preuve s’il en fallait le chapitre « Point à la ligne » véritable cours sur l’Art (il tient à la majuscule) qu’il définit comme la « potion magique librement consentie. » Le reste de ce petit livre digne des « propos des buveurs » de Rabelais se permet toutes les insolences et même pire, s’amusant à désacraliser le tableau de Léonard en jouant de toutes les ressources de la bonne blague, y compris une réjouissante grossièreté à l’occasion. Décidément ce fils de l’étonnant Roger Avermaet (encore un oublié ou gommé) n’a rien perdu à près de nonante ans de la faconde estudiantine. Comme les précédents, cet opus a aussi conservé le souci de ne jamais écrire (ou dessiner, voir ses scromphales) n’importe quoi, comme c’est la mode aujourd’hui dans les milieux dits intellectuels où croupissent des écrivains surtout préoccupés de subventions et d’une retraite confortable et si possible académique.
© Paul Van Melle, in Inédit Nouveau

Si vous souhaitez commander ce livre envoyez un mail à dessertdelune@skynet.be. Un exemplaire de la version complète du dessert "Le caribou mal équarri" d'Alain Germoz vous sera offert avec votre commande.

Le Fou Rire de la Joconde...

Deux critiques à propos du livre "Le fou rire de la Joconde" d'Alain Germoz, paru aux Carnets du Dessert de Lune, dans la collection Pleine Lune.
Alain GERMOZ, Le fou rire de la Joconde,
Editions Les Carnets du Dessert de Lune, 2010, 73 p., 13 €. ISBN 978 2 930235 99 8

Vitrine à fantasmes
Le sourire de la Joconde est-il un leurre? Ses ambiguïtés souvent évoquées offrent en tout cas à Alain Germoz l'occasion de contestations majeures autant sur l'art en soi que sur les comportements humains qu'il suscite. Sous-titrée « variations sur un thème trop (mé)connu », cette mosaïque rassemble, dans un mélange des genres, une gerbe de réflexions et de dialogues moissonnés au long des années à travers le prisme de cette vitrine à phantasmes signée Vinci. Textes tout en intelligence, en irrévérence et en rouerie, qui soumettent cet ectoplasme de la nommée Mona Lisa à tous les traitements possibles (des plus gratifiants aux plus mortifiants), à toutes les interrogations et à tous les regards posés sur un pli de bouche passible de refléter le catalogue de nos grimaces et de nos contradictions. Saccage magistral des certitudes hautaines, des idées toutes faites, des engouements grégaires et de l'imposture d'icônes en toc du monde de l'art, mais mené avec l'élégance d'un jeu d'esprit qui pourrait, le cas échéant, s'apparenter au fameux sourire. Si toutefois celui-ci cache bien un fou rire réprimé, face aux conjectures mêmes qu'il suscite, ou exprime le doute fondamental et créatif qui anime en toutes circonstances et à tout propos, un auteur dont la liberté de pensée constitue le seul credo.
© Ghislain Cotton in Le Carnet et les instants

Comment qualifier un des derniers écrivains francophones de Flandre, homme de la plus grande liberté de ton et de la plus grande rigueur de langue, Alain Germoz. Est-ce un surréaliste, un dadaïste, un ancien ou un moderne ? Je me refuse à le classer dans un petit ou grand casier de ce genre. Son dernier live prouve une fois encore qu’il peut se contenter d’être lui-même, avec sa fantaisie et son énorme culture. Le fou rire de la Joconde est cependant, malgré son humour et sa belle méchanceté, tout autre chose qu’une potache. A preuve s’il en fallait le chapitre « Point à la ligne » véritable cours sur l’Art (il tient à la majuscule) qu’il définit comme la « potion magique librement consentie. » Le reste de ce petit livre digne des « propos des buveurs » de Rabelais se permet toutes les insolences et même pire, s’amusant à désacraliser le tableau de Léonard en jouant de toutes les ressources de la bonne blague, y compris une réjouissante grossièreté à l’occasion. Décidément ce fils de l’étonnant Roger Avermaet (encore un oublié ou gommé) n’a rien perdu à près de nonante ans de la faconde estudiantine. Comme les précédents, cet opus a aussi conservé le souci de ne jamais écrire (ou dessiner, voir ses scromphales) n’importe quoi, comme c’est la mode aujourd’hui dans les milieux dits intellectuels où croupissent des écrivains surtout préoccupés de subventions et d’une retraite confortable et si possible académique.
© Paul Van Melle, in Inédit Nouveau

Si vous souhaitez commander ce livre envoyez un mail à dessertdelune@skynet.be. Un exemplaire de la version complète du dessert "Le caribou mal équarri" d'Alain Germoz vous sera offert avec votre commande.

12/10/2010

Quand Malanga parle de Charley....

TE BOUFFE PAS LA TÊTE par Gerard Malanga
Charles Plymell
Glass Eye Books / Ecstatic Peace Library


D’embée, Charles Plymell balance son premier coup en une fantasia de vibrations rythmiques dans « La théorie de la poussière meurtrie », qui surpasse même les premiers jets de Ginsberg. Et, ainsi donc, « Te bouffe pas la tête » est un recueil de dimensions modestes (29 poèmes réunis en 34 pages), empli de sévères mises en garde contre le mauvais sort et la destruction et des souvenirs de la planète Terre lorsqu’elle traversait des âges plus innocents, avec des vagues de blés chaleureux s’étendant aussi loin que le freux peut voler dans ces rêves du Kansas. J’ai lu ce plaisant petit recueil à haute voix de la première à la dernière page tout en écoutant, presque en sourdine, « Gaspard de la nuit » de Ravel et c’était pareil à l’émotion retrouvée dans l’un ou l’autre scopitone, comme si j’avais regardé par la fenêtre d’une voiture, avec Charlie au volant.

« Agenouille-toi, l’Amérique, et embrasse l’asphalte, tu as voté pour » est précisément l’un des vers mêmes qui fait mouche d’instinct. « (…) les succès trop répétés sont à coup sûr le prologue d’un désastre » en est un autre et, ainsi, la cupidité surgit çà et là, au moment où Charley se met à singer le jargon du Wall Street Journal afin que tous ces gusses en costard & cravate puissent comprendre entièrement une fois qu’ils auront terminé leur pause lunch et qu’ils se retrouveront sous une lumière aveuglante.

Charley est un homme au volant et il a passé beaucoup de temps sur les routes avant que Kerouac s’y mette (mais celui-ci ne conduisait pas) et, ainsi, il est solidement campé sur ses deux jambes :

« La création nous reproduit en double
à travers des éternités de sang et de savoir
de néons synchrones avec des lumières de tableau de bord
pirouettant dans toute une vie électrique. »

(de « Toi, regarde autour de toi »)

« Aujourd’hui, les autoroutes ne sont que des voies secondaires
et aucune ne suit ma propre voie. »

(de « Cette manie de rire au revoir »)

« Son esprit rouillé roule dans un pick-up
Jupiter hors sono
électro-corps précambrien
la banquette arrière pleine de canettes de Bud. »

(de « Les alambics crachotent séparément »)

« Fais du stop depuis la zone grise
Vire du côté de la route vers le sud
Sors du sud imaginé quelque part
En direction de la Gadoue du delta
Là où le coton est pur
Et où la chemise à pois clapote dans le vent »

(de « Lierre »)

… et ça continue sans arrêt, pour se terminer par « Poussière meurtrie » :

« Je me souviens du Kansas où tout étant mort et parti pour de bon
se muait en un tableau de bord presque éteint
avec la lumière verte et douce et des bouts de métal
pour garder les enfants d’un monde écroulé. »

Charley sait. Il sait de quoi il parle. Il vient d’une longue tradition de fileurs de coton et d’avaleurs de rails. Il a regardé dans toutes les directions et d’innombrables fois scruté ces champs où il a traîné quand il était môme, où « les fleurs des couronnes sauvages ne poussent plus » et où « le vent dans l’herbe chasse au loin les années », et « (…) quelle solitude dans les ombres là où ils parcourent la vaste route ! ».

Avec Charley au volant de la poésie et moi sur le siège de droite, je ne voudrais pas d’autre route.

03/04/2010

Un gars pas de chez lui...

 

TiM WINTON

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Article paru dans Le Matricule des Anges Numéro 21 de novembre-décembre 1997

Vertiges et désolations dans le monde de Tim Winton. Ses personnages, qui évoluent dans des contrées inhospitalières, partent à la dérive. Leur bout de terre devient un bras de mer. Ils s'en vont, sans boussole ni gouvernail.

La détresse des grands paradis blancs

"Les mondes nouveaux doivent être vécus avant d'être expliqués". Les mots de l'écrivain cubain Alejo Carpentier à propos de son propre continent pourraient résumer le roman Cet oeil, le ciel, qui se déroule en Australie. En d'autres termes, il faut s'imprégner du décor, de l'atmosphère de l'ouvrage pour le comprendre. Ça s'explique difficilement, ça se vit, ça se lit! Ce désert rude où s'accrochent obstinément à la vie des buissons d'acacia, le soleil rouge qui cogne inlassablement aux fenêtres et le silence... immense. Tout cela, Tim Winton l'a vécu pour le décrire. Cet écrivain habite dans le Western Australia, l'un des états les plus désolés du continent australien, patrie des villes fantômes qui n'ont pas survécu à la fièvre de l'or du siècle dernier. A 37 ans, né à Perth (la métropole la plus isolée de la planète!), il porte déjà une oeuvre lourde d'une trentaine d'ouvrages. Cette année, le public francophone a l'occasion de le découvrir avec Cet oeil, le ciel (déjà publié en 1991 aux éditions Les belles lettres) et La femme égarée.

L'oeil fou

Le ciel bat des cils. Petit à petit, il lève ses paupières. Ce sont d'immenses nuages noirs qui s'écartent en mesure, en ligne. Ils laissent place à l'iris bleu d'un oeil qui contemple le monde, et qui lorgne tristement sur l'univers étriqué de Ort Flack. Ce gamin, héros de Cet oeil, le ciel, a douze ans. Ses parents sont des hippies qui se sont installés au fin fond du bush australien. Ils ont cédé au mirage du paradis blanc, fait de sables et de soleils éblouissants. Mais voilà que l'insousciant bonheur se transforme en cauchemar. Le père Flack sombre dans le coma après un accident de voiture. L'existence d'Ort en est bouleversée : tandis que sa mère ne fait front à rien, sa grand-mère perd ce qui lui reste de lucidité, et sa soeur se réfugie dans la haine. Lui Ort, voit un oeil au-dessus de la maison qui, pense-t-il, surveille la famille. L'arrivée d'un étranger donnera le signal du chaos final. C'est Henry Warburton, une sorte de prédicateur fou, qui s'immisce dans la famille et lui fait perdre ses derniers repères. Cet oeil, le ciel est un récit étrange, onirique où large place est faite aux commentaires de l'enfant : "Quand je me réveille, il fait nuit. J'entends l'eau chaude qui siffle dans les tuyauteries. J'ai fait un rêve. J'étais ici dans la maison, et des oiseaux blancs arrivaient, par centaines, venant de nulle part. Ils se sont mis en cercle et commençaient à atterrir dans les arbres. Très vite, ils ont rempli la forêt. Comme de la neige". Dérangeant, mélange d'hommes fous et de femmes faibles, ce livre ne laisse pas indifférent. Par la voix et les rêves d'un enfant, il tire insidieusement les lecteurs dans un monde de misère.

Disparue

Une dizaine d'années après Cet oeil, le ciel, l'ami Tim Winton a écrit La femme égarée. C'est sous d'autres latitudes que se déroule le roman, mais ô combien voisines dans ses sensations de solitude et de grands espaces : l'Irlande. Un autre de ces paradis blancs, lourds de nuages aussi laiteux que la laine des millions de moutons qui hantent la lande. Fred Scully et sa femme Jennifer ont décidé de quitter l'Australie pour une nouvelle vie en Europe. Ils tombent amoureux d'une vieille maison dans le sud de l'Irlande. Les jours sont longs dans cette maison inconfortable, que Scully retape en attendant sa femme et sa fillette Billie, reparties régler quelques affaires en Australie. Leur retour est annoncé mais, à l'aéroport, Scully ne voit que Billie. Sa femme a disparu et sa fille est devenue muette. Alors commence pour Scully et Billie une cavale désespérée à travers l'Europe, à la recherche de Jennifer. "Le terminus de Rome était une vaste chambre de cris et d'échos, de crissements métalliques et de fracas de chariots lorsque Scully et Billie se mirent à courir vers le bureau Informazione, parmi la foule de gens suppliants qui s'aggrippaient à vos bagages. Scully se sentait puant, poussiéreux, froissé tandis qu'il sondait du regard l'étrange écran d'ordinateur sur lequel clignotaient des messages dans toutes les langues".

Traque sans fin

Plus la traque avance, plus la disparition de Jennifer est mystérieuse et plus le père et la fille s'égarent. Ils partent à la dérive, comme deux frêles esquifs sur une mer de houle et d'écume. Ils ont brisé leurs amarres parce qu'on a brisé leurs amours. Chacun s'enferme dans son calvaire et parcourt son éprouvant chemin de croix. La petite Billie qui sait mais n'arrive pas à dire. Et qui vit ce périple, cette fuite en avant, à travers l'Europe, ballottée au bras de son père. "Billie s'éveilla dans l'air sec de la montagne et ne vit rien au-delà de la route en lacets. La tête renversée et la bouche ouverte, Scully dormait toujours. Elle l'observa dans le noir tandis que l'homme devant chantait doucement pour lui tout seul, et elle sentit la nuit palpiter au-dehors, derrière son visage douloureux". Quant à Scully, qui crève de ne pas comprendre, il sombre petit à petit dans la déchéance et le désespoir. "Scully ne bougeait pas du tout, sauf pour soupirer ou renifler ou remuer les lèvres sans parler. Parfois, des larmes sourdaient de ses yeux étroitement fermés, mais il ne prononçait pas un mot". Dans cette traque qui chemine à travers la Grèce, l'Italie, la Hollande, la France..., on rencontre beaucoup de personnages ratés, de pseudo-artistes eux-aussi emportés au gré des courants et des flots. Ce roman est un voyage au long cours. On y est ballotté, délogé, abordé à bâbord et trucidé à tribord. Un seul écueil : il n'a pas de fin. Cette longue quête n'a pas d'issue, pas d'explication. Ce sont les derniers récifs contre lesquels on se brise.

Hubert Delobette

Cet oeil, le ciel
La femme égarée
Tim Winton

Rivages poche et Rivages
253 et 381 pages, 52 et 135 F

©

Le Matricule des Anges et les rédacteurs

07/03/2010

Comment construire un empire.....

16/02/2010

Juste quelqu'un de bien

In mémoriam

La nouvelle est tombée comme un coup de poing: Crash d'un ULM à Granville

Un ULM est tombé à terre à hauteur du golf de Bréville, au nord de Granville. L'accident aurait fait un mort et un blessé très grave. L'engin volant s'est "crashé" en bout de piste de l'aérodrome de Bréville. Deux personnes étaient à bord, Gérard Gautier, 55 ans, décédé dans l'accident, et un homme de 35 ans. Gérard Gautier était membre du groupe mammalogique normand.
Salut à toi le grand Gégé! 
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C'est pas le genre à la ramener sur le devant de la scène, loin de là même. Il préfère la discrétion bonhomme. Il cause pas beaucoup, mais quand il cause il sait de quoi il parle. Lui c'est tout le biotope des herbus de la baie du mont St Michel, la faune, la flore, les praires, les bulots, les salicornes et les phoques.
Pourtant il a bon caractère le Gérard, le Gégé comme tous l'appelle ici. Mais la mer qu'on vide à coup de filets de plus en plus grands jusqu'à épuisement des ressources ça le chagrine, et pas qu’un peu. Il suit les campagnes d’étude des anchois dans le golf de Gascogne sur la Thalassa et ce qui était prévu, depuis des années déjà, est arrivé. Les poissons, se font rare.

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Il n’est pas sûr que certaines espèces se régénèrent même en arrêtant la pêche immédiatement. L’anchois, le merlu, la sole, la morue, et maintenant les espèces des grands fonds qui sont aussi en voie de raréfaction. Ces espèces-là n’étaient pas habituées à subir une telle prédation. On a beau compter les œufs, voir où ils ont été pondu, connaître le Gulf stream c’est pas sûr que les anchois pointent à nouveau leur nez sur les pizzas. Voila que les japonais se remettent à la chasse à la baleine, que la chair des bélugas du St Laurent est gavée de Cadmium, que le lait maternel des mamans Inuits est devenu toxique à cause de leur alimentation à base de phoque… Cul par dessus tête il va ce monde.

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Photo: Gérard Gautier

Et il vous faudrait le voir parler de l'observation des phoques en ULM. Mais il refuse les interviews de la radio ou de la télévision parce que ça ramènerait trop de monde sur le coin et que les phoques ont pas besoin de voir des gens.
Ils ont rien demandé les phoques, sauf qu’on leur foute la paix quand ils font leur sieste sur les bancs de sable.
Alors ceux de TF1, ou de Monté Carlo peuvent courir. C’est pas lui qui leur vendra la mèche pour leur business. Il ne le dit même pas avec rancœur, non simplement avec le sourire du cueilleur de champignon, qui sait où et quand et qui même contre de l’argent ne parlera pas. Car le respect, ça se mérite, c’est comme la confiance.

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Photo: Gérard Gautier

Le Gégé, c’était un cancre à l’école, mais quand il cause aux jeunes, il vous faut voir comment ils l’écoutent et avec quel respect. Ils savent d’instinct qu’un bonhomme comme ça ne ment pas. Avec sa tête burinée et son bonnet posée sur son crâne qui n’est plus très couvert il a tout du sage.
Quand il était élève au lycée agricole, il n’y croyait pas aux rations de farine animale et à la poudre d’os pour améliorer l’alimentation des vaches. Des sornettes de cet acabit au gars Gégé ça refusait de lui rentrer dans le crâne. Fallait pas compter sur lui pour de l’intelligence pareille. Jamais avant il aurait dit ce qu’il en pensait de leur monde. Il préférait regarder les piafs par la fenêtre ça lui semblait moins malsain. Et le temps lui a donné raison. Ces gens qui le prenaient pour un imbécile heureux viennent le consulter, pour savoir comment ça peut se faire qu’ils aient pu se gourer à tel point. S’ils avaient regardé vivre les piafs, les rouges-gorges et les mésanges, peut être qu’ils auraient su comment l’équilibre de la vie est fragile. Tout ça c’est seulement du bon sens.
-Quand je pense qu'il y en a qui s'ennuient, moi j'ai pas le temps de tout faire. Il faut que je finisse mon ULM hydravion, celui-là pour me poser en mer. Il faudrait que je vende quelques photos pour me payer une caméra performante.

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Photo:Gérard Gautier
Alors le gars Gégé, c’est mon nez qui m’a conseillé de le guider sur le Salon du Livre jeunesse de Montreuil à la rencontre des éditeurs, parce que quand j’ai vu ses photos de dauphins, de baleine, de phoques, de fous de Bassan, de mouettes, et de tous ces oiseaux dont j’ai oublié le nom, j’ai su que ça les intéresserait, les minos et les marchands de papiers. Mais comme il ne connaît pas ce terrain-là, je l’ai guidé, comme il l’a fait pour moi entre les sables mouvants de la baie. Comme promis, voici aussi quelques belles photos prises par lui.

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Tournepierrre

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Stern artique

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Dauphin

Pour suivre le travail de recherche sur les phoques en baie du Mont Saint Michel Cliquez ici


27/01/2010

LE SOURIRE DU KLEENEX

Une nouvelle de Mouloud Akkouche

 

Pour tous les sans lumière.

     Le maître d’hôtel, un grand brun énergique, me conduisit jusqu’à mon rang. Sur chacune des cinq tables étaient disposés des cartons d’invitation.

-T’auras de bons pourliches et des autographes en plus pour le même prix.

     Dès qu’il s’éloigna, je fis le tour de la salle pour lire chaque nom : que des patronymes connus de la télé et du cinéma. Je zappais d’une table à l’autre. La vedette de la soirée était Marc Parly. Un prix allait être décerné au ‘’formidable acteur au grand cœur‘’ comme l’encensait les thuriféraires de la presse locale. Tel un catalogue de bonnes actions, le journaliste avait listé toutes les associations caritatives parrainées par l’acteur depuis 25 ans.  Un grand humaniste.

     Pas comme Philippe !

     La moitié de ma vie se mit brusquement à se rembobiner. Déjà presque un quart de siècle que Philippe m’avait larguée ! Pour une paire de seins qui passait par-là… Au retour du boulot, j’avais vu le mot sur le frigo et commençai à le lire machinalement en pensant qu’il manquait un produit de cuisine. Une courte phrase écrite au marqueur noir : Je te quitte.  Le frigo doit encore se souvenir de mes larmes et violents coups de bottes.  Depuis ce jour là, j’ai l’impression de n’être qu’un kleenex.

-Josiane, fit le maître d’hôtel. Allez terminer la mise en place de votre rang.

     ***

     A 19H15, Marc Parly descendit de l’avion en provenance de Paris. Il portait une casquette et des lunettes noires. Le pied à peine sur le tarmac, deux femmes et un garde du corps le réceptionnèrent puis le guidèrent jusqu’à une berline. Sans un mot, il s’assit à l’arrière et poussa un soupir.

     Imperméable aux propos de l’attachée de presse volubile, il alluma une cigarette et regarda la neige tomber derrière la vitre fumée. Perdu dans ses pensées.

     Son mobile  sonna.

-Allô !

-C’est Max, tu as fait un bon voyage ?

     Il fronça les sourcils.

-Pfff…. Non.

-Pourquoi ?

      Marc secoua la tête.

-Je n’ai pas envie d’y aller.

- C’est pas possible ! Ils doivent te décerner le grand prix du cinéma.

-Rien à foutre du grand prix !

L’attachée de presse pâlit.

-Mais…

-Ça me gonfle tous ces trucs !

     D’un geste sec, il  coupa son mobile et flingua du regard l’attachée de presse qui se tut.  L’homme qu’il venait de jeter était son agent.  Et aussi son plus vieil  ami.

     Quelques mois déjà que le moral de Marc menaçait de flancher. Son médecin n’avait diagnostiqué que les effets du surmenage. Marc savait bien qu’il s’agissait d’autre chose. Une poussée de lucidité. Les années de course à la gloire lui semblaient bien vaines, une gesticulation pour se sentir vivant. Rien de plus. Toutes ses mesquineries, trahisons et intrigues pour voir son nom en grandes lettres sur l’écran… Pour rien. Le tueur n’avait plus de dents. Même si le public l’adulait, Marc sentait au fond de lui le pantin trimballé de plateau télé en festival, un pantin gonflé de larmes qui, chaque nuit dans sa chambre d’hôtel de luxe, laissait glisser le masque à sourires et tentait de repousser les démons à grand renfort d’alcool. Le doute l’avait alpagué. Peut-être son cinquantième anniversaire ? Virginie, sa dernière conquête- une très jeune comédienne férue de mystique tout terrain-, tenta de lui donner une explication : c’est l’enfant que tu trimballes en toi qui est encore insatisfait et veut autre chose. ‘’Qu’est-ce que tu veux que je fasse ! avait-il rétorqué. Que je le noie ce gosse ! ‘’ Depuis, Virginie, excédée par ses crises de colères et ses montées de violence, était allée exercer ses talents de psychologue dans d’autres bras.  Une phrase -d’ado dépressif- obsédait Marc, griffonnée sur un cahier de collégien : je me suis tiré une balle dans la tête ; elle circule dans mon corps mais n’a pas encore trouvé son point d’impact. Quoi qu’il fasse, cette sentence écrite 34 ans auparavant revenait à la charge.

-S’il vous plait !

-Oui, fit aussitôt le garde du corps assis à côté du chauffeur.

-Arrêtez-vous là.

     L’attachée de presse plissa le front :

-Nous risquons d’être en retard.

-J’ai bien le droit de pisser, non ?.

     Le chauffeur se gara devant le Bar-tabac.

***

     Depuis mon arrivée, un commis ne cessait de faire des pitreries devant moi. Un beau gosse bourré d’humour qui rêvait de monter à Paris pour devenir acteur. Un doux rêveur sans collier. Malgré son jeune âge, il me plaisait beaucoup et j’avais l’impression de ne pas le laisser indifférent. Plusieurs serveuses, dont une brune très sexy,  étaient prêtes à le croquer à la fin de leur service. Un extra pour une extra.  Mais  pas avec une vieille comme moi.

-Josiane, on a pas le droit d’être triste comme ça, quand on est vivante, fit-il avec un clin d’œil

     Il avait tort. Même si mon visage portait par habitude un voile d’amertume, je n’étais pas triste pour autant. Au contraire ; jamais depuis des années, je n’avais ressenti un tel plaisir. Un grand bonheur. Je n’étais plus l’esclave d’une histoire. Fini la soumission. Enfin j’allais pouvoir devenir, pour reprendre les mots ressassés par l’assistante sociale qui s’occupait de mon surendettement : actrice de ma propre existence. 25 ans verrouillée de l’intérieur.

     Bientôt libérée.

  Sourire malicieux aux lèvres, le jeune commis-comédien de salle fouilla dans la poche de son gilet et sortit un brumisateur de la taille d’un stylo-plume. Interloquée, je regardais l’étrange bouteille de parfum. Ma stupéfaction augmenta lorsqu’il ouvrit soudain la bouche et s’envoya plusieurs giclées.

-C’est du cognac ! s’enthousiasma-il, c’est pour les invités officiels mais j’en ai piqué un. C’est pour le parfum intérieur. T’en veux ?

-Non… Je ne bois plus.

     Je jetai un coup d’œil à ma montre et gagnai les vestiaires. Le service allait commencer. Je devais être prête.

     Le tube de rouge à lèvres à la main, je restai un moment devant le miroir. Une femme me regardait ; elle n’avait pas envie de finir la nuit seule. Ni sa vie. Une femme  avec encore de beaux restes. De beaux restes à réchauffer…

     Ce 5 mars 75, un nommé Philippe Leroux  avait détruit mes rêves de bonheur, cassé mon jouet. Brisé un couple et un petit garçon de six mois. Un lâche incapable de me regarder dans les yeux pour me jeter à la face : je te plaque Josiane. Je l’avais harcelé au téléphone des mois et des mois  pour qu’il revienne mais, chaque fois, il m’avait envoyé paître en me disant que je n’en voulais qu’à son fric. Sa réussite sociale. Un jour, une voix de synthèse m’avait expliqué que le numéro de mon correspondant n’était plus attribué. Pendant des années, j’avais travaillé pour qu’il puisse se consacrer uniquement à ses projets et, jamais, je ne l’avais culpabilisé car il ne rentrait pas d’argent. Jamais. Orgueilleuse et têtue comme tous mes ancêtres bretons, j’avais décidé de m’en sortir seule et de le lui prouver. Pas besoin de son fric. Puis les années ont passé  par là; Adrien a grandi sans père, et moi je me suis aigrie.

     Mais aujourd’hui, je vais remettre les compteurs à zéro. Et enfin vivre moi aussi.

***

-Qu’est-ce qu’il fout ? s’inquiéta l’attachée de presse qui faisait les cent pas dans le hall de l’hôtel. Quel emmerdeur !

-C’est comme ça les stars, ricana le garde du corps. Elles sont pas sur les mêmes fuseaux horaires que nous.

     Elle lui jeta un regard méprisant.

-Ouais mais… j’ai tous les journalistes qui l’attendent pour la conférence. En quinze ans de carrière, j’ai jamais vu un type avec une grosse tête comme ça !

    Pendant ce temps, Marc Parly fumait sur le balcon de sa chambre. La culpabilité s’était renforcée. Les images du passé cognaient de plus en plus fort à la porte. Tout se mélangeait. Où se trouvait la balle tirée 34 ans plus tôt ?

     Il finit par descendre dans le hall de l’hôtel.

-Les journalistes  vous attendent, s’empressa de dire l’attachée de presse. Ils ont hâte de vous voir.

-Pas moi, grommela-t-il en poussant la porte tambour. Bon, on va le chercher ce putain de prix !

     ***

     Parmi tous ces j’aimebeaucoupcequevousfaites qui ne cessaient de se léchouiller les joues et regarder dans la gamelle du voisin, je me sentais très mal à l’aise. Personne ne s’en rendit compte. D’ailleurs : qui aurait remarqué une extra ? Une marathonienne de plus de 50 ans cavalant avec des assiettes à la main, entre la salle et la cuisine. Juste un kleenex sachant tenir son rang dans un banquet.

     Chacun son rang.

     A pas lents, je m’approchai de la table de l’invité d’honneur. Cachée derrière un pilier, il ne pouvait pas me voir. Il ne ressemblait guère à la photo sur les affiches placardées dans toute la région. L’acteur au grand cœur n’avait pas l’air dans son assiette que, d’ailleurs, il ne touchait pas. Même derrière ses lunettes, on sentait qu’il faisait la gueule. Contrairement à tous les autres invités dégustant des vins à pedigree, il ne buvait que de la bière. De banals demi issus de la pompe. Personne n’osa lui en faire la remarque, une star a tous les droits… même de  continuer de broyer du noir en pleine lumière. Quelle indécence ! Pourtant à la fin du repas, les membres du jury allaient lui décerner le prix le plus important de la profession. Quel égoïste !

-Josiane, qu’est-ce que tu fous là ! s’écria le maître d’hôtel. Retourne à ton rang.

     Le kleenex obtempéra. Mais dès que le maître d’hôtel s’éloigna, je me rapprochai encore plus près de la star. La serveuse en charge de sa table me lança un œil noir. Elle devait croire que je voulais lui sucrer son pourboire.

     Au garde à vous derrière le passe plats, le commis me fixait. Il gratta sa main sur sa joue, impatient de terminer son service et larguer son costume de Pingouin. Je lui souris. A quand remontait mon dernier sourire ?

-S’il vous plait !

     Le moment tant attendu se présenta. La star me fit  enfin un signe. Les yeux baissés, je me plantai devant elle et détaillai le carrelage. Très tendue.

-Oui, mon… monsieur.

-Une bière.

     Sous le regard agacé de ma collègue, Je gagnai le comptoir et demandai au barman une pression pour l’invité d’honneur. ‘’ Avec ce qu’il s’enfile le père Parly,, j’aurais dû prévoir un fut de rechange.’’ Dès qu’il déposa le demi sur mon plateau, je retournai vers la salle. Mais après un détour par les  toilettes.

***

     Acclamé par toute la salle debout, Marc Parly chaloupa vers l’estrade déjà chargée d’officiels. Ivre mort, il avait beaucoup de mal à marcher. Il ne réussit pas à monter. Un maître d’hôtel se précipita pour l’aider à grimper les quelques marches.

     Le président du jury lissa sa cravate et arma son sourire avant de déclarer :

-Cher Marc Parly, je suis très honoré de vous remettre ce grand prix qui, dans la famille du cinéma, est le plus important. Vous qui, à travers de nombreux rôles, avez su incarner…

     Soudain, Marc lui arracha le micro des mains.  Il ôta ses lunettes. Ses yeux n’étaient plus que deux poches rougies par l’alcool,  des poches vides.

-Trêve de blabla  ! Merci pour ce prix mais… Je tiens à vous dire, bafouilla-t-il avec l’index tremblotant, que je dois partager ce prix avec quelqu’un.

Un applaudissement l’interrompit.

-Je vous vois venir, reprit-il avec un sourire cynique. Non, ce prix… je ne le partagerai pas avec quelqu’un du milieu… Un milieu de dents longues comme moi et de cireurs de pompes comme vous tous, là, en ce moment…D’ailleurs, j’ai plus besoin de m’acheter de cirage. Regardez comme elles brillent.

     Agrippé à l’épaule de la femme du maire qui grimaça un sourire gêné, il souleva son pied. 

     Un silence s’était abattu sur  la salle, même les serveurs et cuisiniers avaient cessé leurs activités pour écouter les délires éthyliques de Marc Parly. C’est fastoche de cracher dans la soupe quand on la boit à la louche !  pesta le jeune commis qui aurait tué tout son arbre généalogique pour être à  la place de la star.

     Le président du jury tenta de reprendre le micro.

-Mon cher Marc, je… Vous avez un sacré sens de l’humour qui….

-Garde ton cher dans ta poche, mon cher… Et je n’ai plus d’humour, mais  que de la haine contre des cons de ton genre.  Je… Je tiens à remercier quelqu’un que personne ici ne connaît. Quelqu’un à qui je dois tout, quelqu’un qui a été le paillasson de ma gloire…Et ouais, j’en vois qui rit en se disant que je suis bourré mais c’est la vérité… Ma carrière s’est construite sur ses ruines.

***

     Souriante, je traversai rapidement la ville dans ma vieille R5. Une dizaine de minutes avant la remise du prix, j’avais quitté la salle de banquet. Sur la nationale bordée de platanes, j’entrouvris la fenêtre et jetai la petite bouteille. Un poison très efficace n’agissant que 12 heures après absorption.

     Seul le 5 mars 75 manquera dans les nécros officielles de Marc Parly : pseudo de Philippe Leroux.

     Je roulais vite, pressée de réchauffer mes beaux restes avec le commis.

 

18/01/2010

Pierre Guitton....

Pierre Guitton c'est beau tout simplement... Comme lui, sa façon d'être au monde, sa vie, sa peinture... Pierre tel quel, sans autres arguments que ses pinceaux pour dire... ce qu'il sent, perçoit, depuis toujours... Pierre peint, Pierre est peintre... Rien à dire d'autre...
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L'arbre aux fruits rouges.jpg
La maison jaune.jpg
La trapeziste.jpg

16/01/2010

Les poings sur les i.........