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30/09/2013

La Lettre 36 d'Albert Marcoeur....


Dans cette lettre, je vous ferai grâce de mes sempiternelles jérémiades sur notre univers en émoi. Quelques remarques à la place sur ma semaine de vacances passée en Flandre belge. Ou en Belgique flamande, c’est comme vous voulez.

Sur les places flamandes, lors de festivités diverses, sur les trottoirs devant les bars, les gens boivent dans des verres en verre. Des verres à bière pour ceux qui boivent de la bière. Et des verres à vin, en verre également pour celles et ceux qui boivent du vin. Nous, on ne s’emmerde pas, c’est verres en plastique pour tout.

Les adolescents flamands ne se servent manifestement pas du système Ipod afin d’écouter leur musique préférée au format MP3. Le seul jeunot que j’ai vu appareillé téléphonait. De deux choses l’une : ou l’Ipodisme n’a pas réussi à s’implanter dans les Flandres, ou les jeunes flamands ont tout de suite flairé l’arnaque.

En Flandre belge, très souvent, on s’endort avec les cloches. Ou elles sonnent réellement là, tout près, pas très loin, ou très loin. Ou elles sonnent dans votre tête parce qu’elles ont résonné tout l’après-midi et votre crâne vibre encore. Dans les Flandres, très souvent, on se réveille avec les cloches.

Les nombreux clochers flamands abritent une quantité invraisemblable de grandes orgues possédant des registres sonores à faire pâlir les membres de l’IRCAM.

Riche de toutes ces grandes orgues, de ces jeux de cloches, l’Église flamande s’enorgueillit d’être une église avant tout culturelle et joyeuse. Et pour ça, elle met en vente du vin de messe. Au "Carrefour®" de Bruges par exemple, on a vu sur un rayon, à côté des autres spiritueux, des bouteilles de 73 cl de vin de messe. C’est écrit en gros sur l’étiquette et dessous, cette mention : "Sous certificat de garantie ecclésiastique" (sic, pour la véracité du propos bien sûr, mais aussi pour la rime). 4,29 € la bouteille.

J’ai vu des pompistes flamands qui introduisent le nez de la pompe dans votre réservoir ; le plein terminé, ils raccrochent le tuyau de la pompe et referment votre réservoir, ça déchire grave !

Et les caramels HOPJES®, ah les caramels HOPJES® !

Et les spéculoos de chez PHILIP’S à Anvers, ah les spéculoos PHILIP’S® !

Et que dire des bières belges ? Ce sont les reines et elles devraient le rester encore longtemps. Je ne suis pas rasé, je pique, je vous embrasse quand-même.

 

Albert Marcoeur

03/09/2013

Jean Yves Grégoire

Décidément les temps sont durs...

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Jean Yves Grégoire, auteur et photographe de talent, grand voyageur de tous temps s'est éclipsé pour un dernier grand voyage. 

On s'était rencontré lors de son premier livre, à Rando Editions, qui aujourd'hui ne sont plus guère qu'une entreprise moribonde... Puis il avait publié aux éditions La Boussole deux titres Vatisiournam et Chemin d'Orient préfacé par Christophe de Ponfilly. Il était retourné au Pakistan en 1999. Je me souviens que son passeport couvert de visas avait intrigué les gabelous lors d'un contrôle au péage à Bordeaux. Carte de presse aidant, qu'il avait tardé à leur montrer pour voir leur perspicacité, ils ont retrouvé le sourire... On s'amuse comme on peut...

Nous allions à l'imprimerie Mame pour le BAT de son Chemin des étoiles. Gravure chez Chromostyle, papier Job, imprimerie Mame... Il n'a jamais retrouvé des conditions de publication identiques...

On a travaillé sur un projet commun: Essaouira la belle endormie qui aurait paru aux éditions l'Arganier, elles aussi emportées par le fond... Le projet est toujours là, endormi lui aussi... Un jour peut être il ressortira des cartons... 

Jean-Yves avait trouvé un point d'ancrage à St Jean de Luz qu'il a aussi beaucoup photographié. St Jean  de Luz ou Essaouira, deux villes jumelles en beauté, toutes deux sur l'Atlantique. Basque ou berbère peu importe au fond, deux villes avec des hommes qui affrontent les éléments. Deux villes avec un charme fou.

 

Salut Jean-Yves, et bon vent mon vieux.....

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10/06/2013

Sale temps de printemps pour les poètes...

Marché de la poésie ce week end... Des absents... De plus en plus nombreux... L'âge voyez vous mon ami... La poésie ça ne nourrit pas son homme, ça l'éreinte. En revue: Jacmo qui pousse toujours Décharge et la porte à bout de bras avec Kewes des éditions Rhubarbe, Vercey avec qui on s'est dit : on n'a rien à se dire. Bougel du pré de l'âge et la provoc affutée. Brémond éditeur de poésie uniquement, identique pope depuis les années soixante dix. Delort et sa revue Brèves. Stéphane de l'atelier du Hanneton avec qui on prépare un bouquin. Massot du dessert de Lune survivant du week-end; entre durite qui lâche, incendie criminel dans son hôtel... Avec qui j'ai sous le coude une nouvelle publication... Mais chut.... Silence pour l'instant. Beau samedi. Dommage dimanche... Des québequois, Poétes de Brousse, qui troussent des chansons paillardes, et trouvent que le rosé tiède et de premier prix est extraordinaire... Bon...si ça les contente... ma foi... Sont suffisament flag pour boire n'importe quoi... Je confirme...

Un nouvel absent aprés Malherbes, Jégou, Izoard, Autié, c'est au tour de Rüdiger Fischer...

Salut à toi compagnon et bon vent dans les étoiles.

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08/05/2013

Alain Jégou, alias le Cap’tain, est parti...

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J’ai eu la chance de partir en pêche un jour avec lui. Un jour de mer d’huile, par une belle nuit de septembre. Je dis nuit parce que lorsqu’on s’est levé pour se rendre au port, il n’y avait pas un chat sur les routes. Peut-être une voiture croisée entre le Fort bloqué et Lorient. Ce n’est qu’arrivé dans le port, sur la jetée éclairée aux néons de sodium qu’on a vu des hommes. Plutôt des ombres qui s’agitaient et se saluaient machinalement d’un geste de la main. Ça m’a fait penser aux gladiateurs dans l’arène saluant César, « ceux qui vont mourir te saluent »… Pas de paroles, à quoi ça sert de causer dans ces cas là… Chacun sait ce qu’il doit faire.

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La radio grésille. Le moteur démarre. Lentement on s’avance dans la passe, pour que le diesel chauffe, suivi par une ribambelle d’autres tandis que d’autres nous précédent. Une sorte de procession s’avance sur la flaque d’huile noirâtre. Quelques vannes échangées entre pilotes…
Les deux matelots sont descendus dormir dans la couchette pendant que le Cap’tain a mis le cap sur les filets posés la veille.
Ils en auront levé des filets ce jour là ! Et posé autant d’autres. Pareil que d’habitude. Pour pas grand-chose. La mer trop calme n’avait pas donné ses fruits.
On n’a pas parlé littérature ce jour-là, ça aurait été déplacé. Il n’était pas là pour ça, le Cap’tain mais pour travailler. Et moi là, dans ces 10 mètres carrés, je ne pouvais que regarder, que voir, qu’essayer de comprendre ce qu’il trouvait de bien à sa foutue vie de loup de mer… Pourquoi ça fait bander ces types de risquer leur carcasse chaque jour dans ce merdier ? Alors qu’ils seraient bien mieux en banlieue parisienne au chaud dans un tunnel en train de conduire une rame de métro. Assuré du salaire et de l’horaire.
Décidément ces types sont d’une autre race. J’ai retrouvé chez les paysans du haut Atlas qui survivent dans des conditions de dénuement total cette fierté sans nom, qui semble dire : plutôt crever debout que vivre à genoux…

 

Le Cap'tain est parti... Trop tôt... Il avait survécu à la mer, lui qui disait en avoir vu beaucoup ne pas revenir un maudit jour de péche. Son oeuvre reste à découvrir et quelle oeuvre. Dense par son phrasé, son swingue, sa singularité, chaque poéme est d'abord vécu... Pélieu, Jégou, deux monuments... Salut à toi l'artiste de la vie... Condoléances aux tiens, à tous les tiens. Tous les opprimés dont tu arpentais la cause..


 

Pour voir l'exposition que lui a consacré la médiathèque de Quimperlé cliquez ici

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23/01/2013

Maurice Lode Le peintre du pont des Arts

Maurice ou Michel, peu importe c'est son prénom... Je dis Maurice, parce que c'est Maurice qu'à l'époque il s'appelait. Il avait ses quartiers du coté de St Michel. Il vendait déjà sur le pavé avec le statut de colporteur... Un statut qui remontait à l'époque de la diffusion des journaux et des imprimés dans la rue. Il vendait "ses images à lui", commme il disait... Ses peintures. Le statut de colporteur n'existe plus. Celui de peintre de rue n'a pas encore été reconnu par le ministère de la culture populaire... La culture ça ne peut pas être populaire...

Un policier plus policier que les autres lui a collé des amendes. Deux la même semaine par excés de zèle, pour bien montrer son autorité, parce qu'il n'aime pas sa peinture, peut-être... Vente sur la voie publique sans autorisation. On a le droit de peindre des tableaux sur la voie publique, mais pas de vendre, même quand on fait cela depuis des années et qu'un artiste qui peint dans la rue c'est d'abord un artiste. Mais la loi, surtout quand on veut la rendre inhumaine, c'est la loi. Et la loi est dure plus encore pour les faibles que pour les autres. 

Je lui ai acheté plusieurs de ses toiles, pour moi, pour offrir. Quitte à faire des cadeaux autant aider un artiste. D'autant plus un artiste de la rue. Maurice peint. Il est peintre. Il vit de sa peinture. Il vit pour peindre. C'est sa victoire à lui. Humble parmi les humbles. 

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Michel - Pont des Arts, Paris 1er par brevesdetrottoirs

19/01/2013

Philippe Jacques

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C'était à bordeaux au début des années 80. Arc en Rêve démarrait tout juste.

Depuis c'est devenu l'institution que l'on connait.

J'avais vu les dessins de Philippe par un ami. Dessins aux constructions un peu folles et étonnantes.

Un de ses dessins est devenu l'enseigne de la maison Ressacs.

Morin l'a publié dans Décharge.

Boutet en a utilisé un autre pour une pochette de disque. Philippe semblait ne plus créer en solo absorbé par l'aventure Arc en Rêve.

Il a quitté la structure pour renouer avec l'aventure et notre plaisir...

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14/01/2013

T'as le bonjour d'Albert Marcoeur....

 

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LETTRE N° 35

 C’est quand-même un monde, ils piochent hardi petit dans les diverses caisses de l’État,  contournent les lois, flirtent avec la mafia, se font construire des palais par des ouvriers étrangers payés au noir, et ils viennent voir chez vous si votre installation sanitaire est aux normes ! On est quand-même dans une sérieuse mouise et très franchement, je ne pensais pas que c’était à ce point. Un premier signe m’a été fourni lorsque, les bras chargés de CDs et de DVDs, après une demi-heure de queue, je pose enfin mes achats sur la caisse du magasin et demande un sac pour les entreposer. Cinq centimes, le sac ! « Vous rigolez, j’espère. On se trimballe avec vos sacs à l’effigie de la turne, on fait donc de la pub gratis pour l’usine et en plus vous voulez nous les faire raquer ? » Calme, Albert, calme !

Tout dernièrement, je prends un café dans un bistrot parisien et le serveur me demande : « Vous voulez du sucre ? » C’est bon à savoir, si on désire du sucre pour accompagner son café, on vous en donne.

Il y avait déjà en 2012 des signes avant-coureurs. Je me souviens de la panne "Blackberry". Pas de mails pendant trois jours. Un accroché narrait la catastrophe sous le choc : « Vous vous rendez compte, plus de mails pendant les réunions, j’étais obligé d’écouter ce qu’on disait ! »

J’espère que vous n’avez pas tenu compte des enquêtes d’opinion alarmistes qui se sont succédées tout au long de l’année : les gens sont malheureux et n’ont plus goût à rien. On a pourtant créé en 2009 l’Observatoire International du Bonheur et en 2011, la Journée Mondiale du Bonheur qui aura lieu cette année le 20 mars 2013. Obliger les gens à être heureux, voilà la solution. Et s’ils ne veulent toujours pas, les condamner à être heureux en première instance. Quant à Label Frères, on ne lui a pas demandé son avis. Si on lui avait demandé, il aurait répondu : « Nous nous maintenons dans la courbe des turbulences. Pas de trésorerie suffisante pour entreprendre de nouvelles choses pour l’instant, mais on ne perd rien pour attendre. Juste gérer l’entretien, la distribution du stock et s’occuper des relations, du courrier et du magasin. Pas plus malheureux que ça, donc. »

Je viens juste de terminer une pièce vocale pour 150 choristes wallons et flamands. Pièce de 12 minutes intitulée "Les Dominos" et commandée par "Lille 3000" et "Bazar". Deux représentations, place de l’Hôtel de Ville de Bailleuil (59270) les 18 et 21 mai 2013.

Le spectacle avec le quatuor Béla créé en mai 2012 à l’Atelier du Plateau a enfin un nom :

"Si oui, oui. Sinon non !". Deux concerts, l’un à Chabeuil (26120) le 6 mars 2013, l’autre à Paris dans le cadre du festival  "Jazz Nomades" le 29 mai aux Bouffes du Nord. Un projet de quatre concerts au cirque électrique de Macario est à l’étude pour l’automne 2013.

Une autre aventure est en préparation. Plonk et Replonk veulent éditer mes histoires vécues à la Société des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs de Musique. Certaines de ces histoires sont déjà en ligne mais toutes seront illustrées, cartepostalisées et réunies dans un magnifique recueil signé Plonk et Replonk. Le titre ne changera pas : "Mais Monsieur Marcoeur, comment se fait-il que vous ne soyez pas venu nous voir plus tôt ?!"

La violoncelliste Noémi Boutin et la flûtiste-chanteuse Sylvaine Hélary m’ont également commandé une pièce. J’ai envie de la commencer ainsi :

- T’es pas obligée d’ouvrir le robinet à fond quand tu te laves les mains, t’es pas obligée !

- C’est pour que l’eau chaude arrive plus vite. Dès que c’est suffisamment chaud, je réduis la pression.

- T’es pas obligée de laisser couler l’eau quand tu te savonnes les mains, t’es pas obligée ! Tu ouvres, tu te mouilles les mains, tu fermes le robinet, tu te savonnes ensuite et tu rallumes pour te rincer !

- C’est ça, et je fous du savon partout !

- Ça va tuer personne !

- Seulement, le robinet, il faudra le nettoyer. Et je vais faire recouler l’eau. J’aurai les mains rincées mais faudra rincer le robinet !

- T’es pas obligée de faire couler l’eau pour nettoyer le robinet, t’es pas obligée. Tu peux le nettoyer avec un chiffon ou un torchon.

- C’est ça, je vais dégueulasser un torchon propre avec la crasse de savon toute grise.

- Prends la mouillette ! Ou l’éponge humide !

 

Tous mes voeux de bonheur et de maintien en bonne forme dans la spirale infernale.

Avec les salutations sincères et amicales des frères Label.

  

   Albert Marcoeur, le 6 janvier 2013

 

11/01/2013

Thomas Vinau

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Thomas, je l'ai rencontré sur un de ces salons-usine à gaz, gigantesque. Le Mans, St Malo... Une monstruosité... Un de ces salons où on ne rencontre jamais personne. Quinze ans que je traîne dans des endroits pareils... C'est un métier, l'écriture. Avec ses contraintes... Vendre un minimum pour que l'éditeur continue à y croire et sorte le prochain. Un tandem féroce... La machine à écrire... ça porte bien son nom. Et dire qu'un libraire a nommé sa librairie la machine à lire. A Bordeaux... Tiens encore un autre de ces salon-usine. 

C'est pas sur ces salons là qu'on rencontre des auteurs, ou des lecteurs, mais dans des petites villes. Alençon, Romans, Cazères...

Des gens qui vous parlent, vous écoutent, vous regardent. Et on y vend aussi bien sinon mieux que dans ces foires. Pas de Poivre d'arvor, ni de Coffe, ni de Boringher...

Rien contre eux, non. Sympas même entre collègues. On blague un peu avec Coffe. On connive avec Richard. On se vouvoie avec Patrick... L'ocasion d'un service de presse. Puis une petite carte à l'en tête de TF1. La petite phrase gentille de ce bon gars qu'est le Patrick... Mais pas d'invitation pour autant à une émission... Ce que j'écris lui a pas plu, sûrement... Je comprends bien que ça plaise pas... C'est pas dans l'air du temps... On va pas en faire un fromage, hein...Bon, on est pas de la même galaxie... 


 

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Du bruit, du monde, deux jours de suite. Beaucoup. Un de ces salons  hypertrophié...

Des yeux qui regardent les couvertures des bouquins et des gens derrière ces yeux. Il regardent les livres, les yeux. Les gens qui passent, ils passent. Ils vous voient pas. Ils vous regardent pas, ils regardent  les couvertures des livres. Ils voient la vedette vue à la télévision. Vous pas... ( Tiens on dirait du Angot...) Du "sous Duras" comme on dit d'un sous-prolétaire. Du lumpen Angot. J'arrête là tout de suite, elle va s'énerver, comme elle sait bien faire. Comme à Montpellier, sur le stand de Sauramps. Une colère. Théâtrale, forcément. Il faut bien se faire remarquer...

Tout ça pour parler de style. Air de rien.

Des gens qui en ont un. Des autres qui l'empruntent. L'empreinte. La marque de ce qui vous touche. Le style. L'absence de genre est déjà un genre. L'absence de style, un encore plus sûrement. En avoir ou pas, de style. Il vaut mieux ne pas en avoir qu'avoir celui d'un autre. Au début j'ai pensé à des références en lisant Thomas. Au début seulement...

Ses petits riens qui font la différence. 

Depuis il m'a offert ses plaquettes. Dans mes toilettes, elles sont bien là. Depuis le début...

L'endroit le plus reclus pour lire. Le cabinet. Enfin, là, on me foutera la paix. Lire ce gars-là...

Le relire... Un peu à chaque fois. Une gorgée pour la route.

Je le confesse, je suis accro à son alcool de verbe.

Ici ça va... c'est son dernier... 

Il me l'a envoyé... Il est là sur mon bureau...

Sous des papelards, des copies, des factures...

Bien enfoui... Il attend... J'ai honte de pas déjà l'avoir lu...

Il s'imbibe de l'éponge des mots, il m'a dit Thomas...

Ici ça va, est là...

Pas lu encore...

Peut être peur aussi de le lire...

Ces gens-là quand on les lit, après pour écrire, c'est plus dur, forcément.

Il a dit des choses comme on aurait voulu les dire. Si simplement. Comment fait-il pour écrire si simplement? Oui sûrement la peur. Comme on peut avoir peur de tomber dans Duras, Céline, ou d'autres... Et ne pas s'en remettre...

Je vais le lire, oui, c'est sûr ça...

Thomas ce grand-là...

Et comme il me dit dans un mail :

Peu importe
tu le liras un matin
un de ces jours où l'on n'attend rien
mais où l'on veut bien croire
au jour

28/12/2012

l'éponge des mots lu par Cathy Garcia

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Une critique de Cathy Garcia pour l'éponge des mots sur son blog: delitdepoesie.hautetfort.com


L’éponge des mots est un livre sans commencement, ni fin, dans lequel on entre, puis on s’assoit et on écoute. On écoute un compagnon qui nous passerait la bouteille, on boirait à même le goulot, sans faire de manières, avant de la repasser à un autre, qui serait là aussi, quelque part au bord du monde, parce que toutes les routes ont déjà été arpentées, tout a été dit, et pourtant nul n’a encore trouvé le remède au mal de vivre.

 

L’éponge des mots éponge le trop plein.

 

Pas de gloire à se combler d’alcool

Pour s‘inventer des cataplasmes.

 

Boire encore et tordre le cou aux sortilèges.

 

Capitaine au long cours veillant sur l’histoire du hasard.

 

Taillader son chemin dans l’aventure des rues lisses.

 

 

Tel un Ulysse qui ne retrouvera jamais son port. Les mots eux-mêmes deviennent éponge pour absorber le trop plein d’amertume, de vanités, de désillusions, de chagrins rouillés. Un trop plein qui n’a d’équivalent que la béance du manque d’amour.

 

Revenir sur ton ventre noyer ma détresse à l’hôtel des carnages

en soudoyant le gardien de nuit

après une errance de bar en bar

pour resquiller la lumière

 

Lorsqu’on va chercher très loin ce que l’on ne trouvera jamais, le voyage devient errance, parce que depuis longtemps nous sommes perdus à nous-mêmes.

 

Dans cette nuit espagnole, tu pointes un doigt vers le ciel

et désignes l’aube avec sa rivière

roulant des perles noires.

 

(…)

Je jure de ne plus savoir retourner chez moi.

 

Car vivre c’est Être au monde avec ses pertes de lumière, des voiles trouées et ces haubans qui sifflent au moindre vent.

 

Dans L’éponge des mots, Saïd Mohamed nous livre son désenchantement, et à chaque page pourtant, on trébuche sur des pépites. Si les larmes sèchent vite aux vents des quatre coins du monde, les mots eux, n’ont pas fini de couler.

 

nous ne sommes pas devenus fou subitement,

cela a demandé du temps.

 

D’abord, on a vu l’étrange plaie

qu’est la joie dans les yeux des autres.

 

(…)

 

Pris dans la tourmente des loups dépouillés

qui guettent l’étrange et le dérisoire.

 

Partout avec ces mots de pauvre, aller

dans la perception des miroirs

en traversant sur les passages cloutés.

 

 

Les mots vomissent leur impuissance à changer le monde.

 

Il n’est de sommeil plus puissant

Que notre intelligence à ne pas vivre

 

(…)

L’idiot va à ses ratages comme à une science exacte,

Seule raison valable pour achever cette bouteille.

 

Quelle autre sagesse peut évoquer un tel carnage ?

 

 

Le voyageur va chercher ailleurs quelque chose qui lui ferait croire qu’il vit plus intensément.

 

La dentelle des jours nous pousse à faire escale

dans les ports aux romances inachevées,

à chercher dans la multitude des petits riens

ces choses de peu qui manquent le plus.

 

 

Plus c’est loin et plus on espère trouver cet autre chose qui nous ferait nous-mêmes autre.

 

J’ai connu les ventres outragés et le rire des singes,

L’ombre du feu avec dans la bouche

Les cendres des morts comme seule preuve de vie

Et combien de corbeaux, de singes, de najas,

D’étranges banyans et d’immenses

Oiseaux de nuit.

 

Mais il y a quelque chose de définitivement voué à l’échec dans cette quête, des courants contraires aux chercheurs d’intensité, des trésors éphémères qui fondent comme goutte d’eau au soleil.

 

Des éclats de possibles,

des bribes de rien dans le silence résorbé des villes

et des hommes de papier mâché

au bar des illusionnistes.

 

(…)

Partout être à contretemps,

à contre-emploi, à contresens du flux

dans le décalage permanent,

fuir quand tout converge.

 

Grande est la désillusion, quand on découvre les coulisses de ce qui n’apparait au final, comme rien d‘autre qu’un grand cirque pathétique.

 

Qu’auront nous dit vraiment ?

 

Le silence est préférable à ces babils,

ces faux-savoirs,

ces mensonges appris comme une leçon.

 

Ces bribes de rien, de tout, d’abject aussi, récitées par cœur

quand le plus grand dénominateur commun ouvre sa gueule

dans l’immonde barnum du tube cathodique,

ce rectum de la pensée qui souille

tout ce qu’il touche.

 

Saïd Mohamed sait ce qui pousse à Parcourir le monde comme le sang bat les veines à la recherche de l’instant qui rend caduc tous les autres. (…) et la promesse toujours la promesse d’autres choses encore.

 

Le voyage, la fuite, la solitude et l’oubli impossible.

 

Accolé aux murs des villes, ton visage, ton sourire obsédant, ton ventre au mien accroché, où dedans le vent s’engouffre, dans le salpêtre, la crasse, l’odeur des poubelles, je t’ai cherchée.

Dans le repli de l’indifférence j’ai appris à regarder avec cette habitude à qui rien n’échappe, en tous lieux j’erre seul, heurté à la raison qui maintient les êtres dans leur camisole. Partout où tu as posé les pieds, je retourne la terre. J’hésite à te nommer, pour laisser en friches ces souvenirs qui me reviennent, m’accablent et me jettent dans les bras d’hier.

 

Saïd Mohamed sait qu’il est difficile de vivre en ignorant son ombre, elle se tord et crie si on marche dessus.

 

Tout au long de son livre on sent peser cette ombre qu’aucune destination, si lointaine fut-elle, aucun alcool, ne sauraient dissiper.

 

Tous ces arbres morts qui s’évertuent à lancer au ciel des branches pour s’y pendre…

 

Et pourtant, nous confie t-il, ma raison demeure dans l’agitation du monde, de ces villes juchées les unes sur les autres, où dans l’ennui les hommes se laminent, se chevauchent.

 

Dans la troisième partie du livre, il nous ramène à un « Ici et maintenant ». Une sagesse que connaissent tous ceux qui savent qu’il est vain de tenter d’être ailleurs, que dans ce laps de temps présent. Et si les souvenirs sont toujours là, en filigrane, il est temps de tirer un trait et Saïd Mohamed est sans doute un de ces êtres brûlés au feu de la passion comme de la lucidité, cette lucidité féroce qui pousse à n’importe quel extrême pour lui échapper, en vain.

 

Nous n’avons pas grandi malgré le poids sur nos épaules.

Prisonnier de l’enfance, on croit être devenu un autre

en refusant l’idée que seul le corps change.

 

L’éponge des mots est comme un fleuve qui s’écoule, qui déborde parfois, puis se calme à nouveau, qui remonte le temps aussi bien qu’il file vers une hypothétique embouchure.

 

On relit ce qu’on a écrit sans le reconnaître.

Ivresse de la prière païenne qui se nourrit d’elle-même

À laquelle aucun parler n’est comparable.

Ce mystère ne nous appartient pas.

En bouche vient le fleuve,

Message jamais interrompu ni commencé.

 

Il y a l’ombre, mais aussi un flot de lumière, au sein même de ce qui peut sembler comme un constat désespéré.

 

Dire l’instant émerveillé devient insolence

Aux hommes obscurcis par trop de misère.

 

L’auteur sait qu’avec les mots on peut tout inventer et il a gardé Des affamés (…) les vertus de l’illumination, les tenailles du silence et la tyrannie de l’aube.

 

En d’autres termes, le chant et la soif du poète, mais il s’interroge sans cesse, il nous interroge.

 

Comment apprécier l’insolence des moineaux et convaincre l’ombre du bien-fondé de la lumière

Survivre aux ratages de l’existence et à cette nostalgie qui éreinte.

 

Il faut avoir touché le fond pour en connaître la texture réelle et savoir si bien en rendre compte.

 

Le mal de vivre n’a pas de nom, inquiétude rebelle, cœur sans raison.

 

Le voyageur a vu la face périmée du rêve et le poète l’a bue jusqu’à la lie.

 

L‘insulte nous a cueillis au cœur de la joie. Déplumé l’oiseau aux sept couleurs. Sidaïque l’oncle Jo des Amériques. La petite Jeanne s’injecte de l’héroïne.

Comme des orphelins, efflanqués nous ne croyons plus en rien. Nous avons vu tant de désastres, de boue ruisseler des montagnes, de louves pleines les flancs ronds, de vagabonds pointer sur la carte du ciel une étoile rouge.

 

Et comme ces marins condamnés à errer d’île en île, lui comme nous sommes étrangement ballotés entre l’histoire d’un monde aux urgences de grisaille et l’impatience de vivre.

 

Saïd Mohamed n’a certainement pas fini d’essorer, encore et encore, L’éponge des mots, et c’est tant mieux !


Cathy Garcia

24/12/2012

Passage des Indes...


 

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Passage des Indes est publié chez Artisans Voyageurs.

Pour toute commande : http://www.artisans-voyageurs.com/mohamed.htm

Dans ces rues, de jeunes femmes vont avec dans les cheveux des tresses faites de fleurs de jasmin en bouton. Le parfum embaume leur sillage. Drapées dans des saris, bleus, roses ou orange, indifférentes à tout, comme des princesses au regard ardent, elles passent dans cette ruelle des forgerons où ne devraient pas s’aventurer de telles grâces. Sur le sol une pastèque ou une courge ronde écrasée couverte d’un colorant rouge sang a été jetée en sacrifice à une divinité pour éloigner la malédiction. Mais rien n’y a fait. Elle s’est abattue définitivement dans ce qui ressemble à une rue mal empierrée. Des cahutes en palmes habitées par des familles d’intouchables sort une âcre fumée de mauvais charbon.

De chaque côté, une rigole fangeuse d’eau usée et noire stagne. Plus loin, un emplacement sans construction, et au milieu de ce nulle part des coqs, des corbeaux, des vaches disputent des ordures aux humains. Dans ce monticule se mélangent bouts de cartons, débris ménagers, étrons, fientes, bouses, morceaux de noix de coco et feuilles de bananiers ayant servi d’assiettes à la minable gargote au coin de la rue, près du temple. En ces temps d’élection et de démagogie, une soupe populaire y est offerte par un parti populiste ou par des adeptes du dieu local.

Les vaches se repaissent de ces feuilles déjà léchées jusqu’à la moindre, trace de festin – grains de riz et sauces pimentées – par ces pauvres hères. Des cochons gris dorment là aussi. De cet endroit émane un puissant remugle de merde. Ces parias font leurs besoins là, au vu et au su de tous.

 

Ici habitent des femmes, des hommes et de rares vieillards. Des gosses vont nus avec une cordelette rouge à la taille en guise de ceinture, ils jouent avec la poussière du sol et en font des petits tas de hauteur égale et ils s’imaginent probablement commerçants en matériaux de construction. Là survivent des gens qui ont dû être des humains. Ils n’en n’ont plus que la forme. Comment vivre en des lieux si abjects ? Il est des paysages superbes dans les sierras sauvages qui retiennent à la terre les êtres comme des aimants, et les laissent sans force face au temps qui passe et les amenuise petit à petit. Ils en oublient leur humanité, et chaque jour les transforme un peu plus en anachorètes, car l’ensorcelante beauté des lieux a fini par ravir leur âme. Mais en cet endroit-là, nulle beauté. Seules l’horreur et l’abjection de la pauvreté clouent ces dalits au pilori, dans la puanteur de l’air mauvais. Aucune révolte dans leur regard, aucune méchanceté non plus pour l’étranger. Ailleurs peut-être, dans une de ces banlieues, à Bombay ou Delhi, on m’aurait déjà dépecé et ma carcasse aurait nourri leurs cochons. Aucune animosité dans cette auscultation. Certains font un large sourire et adressent un « hello » sonore en interrogeant d’un: « Where are you come from? » Et en ponctuant immanquablement par un: « Welcome in India! »

Je ne pouvais espérer meilleur accueil.


En cadeau: Slow Joe le petit gars de Goa





Annkrist

Depuis longtemps j'avais envie de vous parler de cette époque devenue lointaine maintenant... Les années soixante dix. J'étais adolescent et déjà la poésie me taraudait... Nous vivions une époque terriblement excitante. Etait-ce la période de vie, ou la période historique... Tout semblait encore possible. Tout l'était sûrement, comme losrqu'on n'a pas encore atteint ses vingt ans. 

Neve Noé: c'était une coopérative de chanteurs, musiciens, poétes bretons qui regroupait des gens comme Yvon le Men, Patrick Ewen, Gérard Delahaye, Annkrist, Kristen Nogues, Melaine Favennec....

Bref tous ceux qui ont un nom dans la chanson encore maintenant. 

Une voix s'est tue, une seule: Annkrist et pourtant sa voix encore aujourd'hui quand je l'écoute me colle la chair de poule. Sensibilité, grain, duende... Oui c'est bien une flamenca bretonne... Une gnawa de Morlaix, une Frehel intellectuelle...

Mais qu'est-elle devenue?

Le mystère sur son existence même, entoure d'une puissante aura le timbre de sa voix qui semble parvenue d'outre tombe, comme on dit d'outre Meuse à Liège. Sirène sortie des eaux de l'océan venue envouter les marins pour les entraîner dans son chant. Elle était avec Léo Ferré mes deux piliers de poésie dans ces remous océaniques. Elle n'est pas morte, non, elle a préférée, le silence qui ne la trahit pas, lui... Ce silence fracassant...  Sa vie va sur d'autres chemins et sa voix aussi. Dommage pour nous.

 

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Annkrist : "La Rue mauve" par orelienada

 

 

 


Annkrist : Les prisons du monde par orelienada

 

Les journées passant sans erreur
vont aligner nos bonheurs
ailleurs on ne sait pas trop
d'où te vient ce regard d'adulte
un jour quand tu les consultes
tes yeux on pris le métro
Les secondes sur nos saisons
ont cerné leurs possessions
par des légions de bataille
Les secondes sont par millions
Les journées de nos vies font
trois p'tits tours et puis... s'en vont...
Les multicolores d'antan
plombent nos têtes de grands
et on rince un rêve rance
Les parvis blancs sous le soleil
couchés parmi ces merveilles
je ne sais pas pourquoi j'y pense
Les secondes sur nos bonheurs
se sont déclarées preneur
de nos rêves qu'elles entaillent
Les secondes sont par millions
Les journées de nos vies font
trois p'tits tours et puis... s'en vont...
Je n'en reviens pas : on croyait
Oh ce n'est pas vrai, on croyait
même à l'Amour qu'on compose
on ne peut pas nier nos mémoires
On trouve partout sans vouloir
le squelette de ces choses
Les secondes sur nos courages
ont installé le carnage
d'insectes ouvriers de failles
Les secondes sont par millions
Les journées de nos vies font
trois p'tits tours et puis... s'en vont...
Je n'ignore pas le troupeau
plutôt que de lui laisser ma peau
je lui fabriquerais du miel
Le temps qu'il goûte à ce mélange
j'ai le temps de chercher mon ange
Quartier de l'amour éternel
Les secondes sur mon courage
ne pourront aucun dommage
juste une légère encoche
- parce que je tiens à la folie
d'avoir installé mon lit
sur l'angle de ma joue gauche -
Et elles sont là dans la ruelle
je serai longtemps rebelle -
Toujours - que je leur ai dit
- Passez derrière - c'est entendu -
vous verrez je suis attendue
dans le Quartier du Paradis

20/12/2012

C'était la fin du monde déjà en 1966....


 

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Texte extrait de un enfant de coeur paru aux éditions Non lieu.

L’histoire s’était répandue. On arrivait à la fin du monde! Lui était resté dormir car le travail, le lendemain, l’attendait. Tous, même les plus sceptiques, avaient fini par y croire et ils scrutaient le ciel. On ne passerait sûrement pas minuit. Il valait mieux et, de loin, rester dehors que de recevoir la maison sur la tête. Les tremblements de terre, à côté de la fin du monde, sont de la rigolade. Le soleil disparu à tout jamais, le ciel s’écroule sur lui-même, on tombe dans le vide et il fait froid. Les fins du monde se passent toujours ainsi. Personne ne doutait plus que le grand chambardement serait pour cette nuit-là. On ne savait pas ce que l’avenir nous réserverait. Certains avaient fait leurs prières. Le Père était parti se coucher en riant.

Tous les gens, même ceux qui ne se causaient pas d’habitude attendaient que les heures passent, que la place du village s’ouvre en deux et crache des langues de feu, qu’on soit engouffrés dans les entrailles de la terre et que le diable emporte les incroyants qui ont le péché en eux. Deux heures du matin ont sonné. Puisque la fin du monde n’avait pas eu lieu, à minuit comme prévu, on n’avait plus de soucis à se faire. Mais les gens ont continué à interroger les étoiles. Un peu rassurés, ils ont regagné leurs fermes, les paniers encore pleins de victuailles sous le bras. C’était la nuit du 6 juin 1966 et elle devait porter malheur à cause des chiffres qui composaient le nombre 666, celui de l’antéchrist.

08/12/2012

l'ordre des lettres

L’ordre des letrtes

 


Sleon une étude de l’Uvernitisé de Cmabridge, l’odrre des ltetres dans un mot n’a pas d’ipmrotnace, le suele ccoshe ipmrotnate est que la pmeirère et la drenèire soeint à la bnnoe pclae. Le rsete peut êrte dans un dsérorde ttoal et vuos puoevz tujoruos lrie snas porlbème. C’est prace que le creaveu hmauin ne lit pas chuaqe ltetre elle-mmêe, mais le mot cmome un tuot. La peruve…
Alors ne veenz puls m’intropuner aevc les corerticons ottrahhggropqiues.

 

koi ki dit wiki sur le réalisme magique?

L'expression « réalisme magique » a été définie pour la première fois en 1925 par le critique d’art allemand Franz Roh, dans son livre Nach-expressionismus, magischer Realismus : Probleme der neuesten europäischen Malerei1, pour décrire quatre parmi les sept nouveaux courants qu’il distinguait dans la production picturale européenne desannées 1920, en plus des styles encore dominants de l’impressionnisme et de l’expressionnisme. Parmi les peintres que Roh estime concernés par ce réalisme magique post-expressionniste qui plaque sur la représentation d’une certaine réalité historique (assez liée aux traumatismes de la Grande Guerre) une imagerie fantastique, hallucinatoire ou cauchemardesque, se trouvent entre autres CarráDe ChiricoGeorg SchrimpfMenseDerainOthon CoubineMetzingerHerbinMiróGroszDix... Ce courant pictural sera officialisé en 1943 par l’exposition « American Realists and Magic Realists2 » du musée d'art moderne de New York, mais les critiques d’art européens avaient déjà adopté l'expression « neue Sachlichkeit » (« nouvelle objectivité ») au détriment de celle proposée par Roh. L’appellation de « réalisme magique » allait cependant être retenue en référence à certains écrivains allemands, flamands ou italiens, dont Jean RayErnst JüngerJohan DaisneHubert Lampo et Massimo Bontempelli qui s’en réclamaient.

Les voyages en Europe d'écrivains nord ou sud-américains et l’érudition de certains autres (comme Jorge Luis Borges) vont permettre l’importation du concept outre-Atlantique. Grâce à la traduction espagnole en 1928 du livre de Roh, l’appellation « realismo mágico » devient progressivement populaire d’abord dans les cercles littéraires latino-américains (en association au prix Nobel 1967 Miguel Ángel Asturias qui employait ce terme pour définir son œuvre, puis à Arturo Uslar PietriJulio Cortázar...) et, à partir de 1955, parmi les professeurs de littérature hispanique dans les universités américaines. Entretemps, le lancement de la notion concurrente de « real maravilloso » dès 1948 par l’écrivain cubain Alejo Carpentier dans le prologue de son roman Le Royaume de ce monde a introduit une confusion qui alimente encore aujourd’hui le discours critique hispanophone et qui a suscité la création du terme de « réalisme merveilleux » dans les milieux littéraires antillais et brésiliens.

Si la tendance à mêler réel et merveilleux est présente de longue date et en tout lieu en peinture (Jérôme BoschLe GrecoRubensGoya) comme en littérature (Rabelais,VoltaireSterne ou, plus récemment, Vladimir NabokovMikhaïl Boulgakov et Günter Grass), c’est dans la production narrative et poétique sud-américaine des années 1960 et1970 que le réalisme magique va trouver un rayonnement planétaire.

Les réalismes merveilleux ou magique ont généralement pour but de saisir une réalité avérée à travers la peinture quotidienne de populations latino-américaines ou caribéennes pour en révéler toute la substance fabuleuse, irrationnelle, parfois étirée jusqu’au rang de mythe. La notion traditionnelle de « réalisme » est dépassée par l’intervention du fantastique dans l’œuvre sans que le statut de celui-ci ne pose problème ou ne soit mis en doute par la fiction et les personnages. La question qui n’a en revanche cessé de diviser les esprits dans les débats autour du réalisme magique et du « réel » ou « réalisme merveilleux » est celle de la nature et du rôle des éléments magiques, merveilleux et mythologiques recensés dans les textes ou œuvres d’art concernés. Pour les uns, ces éléments sont des caractéristiques authentiques de la culture dont est issue l’œuvre comme la mystique autochtone, la foi dans la magie et le miracle chez les populations indigènes par opposition au rationalisme attribué à la civilisation occidentale : une démarche littéraire dont le « réalisme » inclut le témoignage de la croyance au surnaturel comme mode de vie quotidien des tribus ou des peuples dépeints. Pour les autres, il s’agit d’aspects esthétiques particuliers, inhérents au style et à la psyché d’un auteur qui interroge, à la manière des modernistes ou des postmodernes, les concepts de « fiction », de « sens » et de « vérité » pour se jouer des codes et des artifices du roman dont l’autorité paraît minée.

On retrouve chez les réalistes magiques et merveilleux, au delà des spécificités culturelles, l’influence majeure de certains auteurs occidentaux à l’instar de Nicolas Gogol,Fiodor DostoïevskiFranz Kafka et William Faulkner.

En Occident, dans les années 1960, un nouveau courant d’origine scientifique vient s’ajouter aux termes de « réalisme magique » et « merveilleux » : le « réalisme fantastique » voit le jour. Mais celui-ci, lié à l’ésotérisme, au mysticisme ainsi qu’à l’étude plausible de phénomènes paranormaux, ne semble pas outrepasser le cadre de la science-fiction et son incidence reste limitée dans la littérature mondiale, même si l’on note quelques exceptions, notamment certains textes de Borges.

Au début du xxie siècle l’utilisation des expressions respectives « réalisme magique » et « réalisme merveilleux » est complexe. La première a bénéficié de la formidable caisse de résonance des universités nord-américaines où littérature latino-américaine et world literature anglophone se rencontrent, notamment au sein des cultural studies, alors que la seconde se cantonne aux milieux francophones antillais et canadiens. Il y a là, manifestement, un terrain d’étude fertile pour la littérature générale et comparée.

En Europe on a associé certaines œuvres d'auteurs comme Ernst JüngerJohan DaisneHubert LampoDino BuzzatiJulien GracqItalo Calvino ou encore Milan Kundera, au réalisme magique tel qu'il avait été théorisé dès 1925 par Roh et dès 1926 par Massimo Bontempelli (realismo magico ou realismo metafisico). Mais ces œuvres n'illustrent pas la définition du réalisme magique comme mode narratif à part entière, intégrant des manifestations surnaturelles dans un contexte réaliste, de la manière ludique popularisée par García Márquez dans son roman Cent ans de solitude (1967) et dans ses nouvelles telles que L'Incroyable et Triste Histoire de la candide Eréndira et de sa grand-mère diabolique (1972). Par contre, ce réalisme magique-là était déjà évident dans La Métamorphose de Franz Kafka (1915) comme dans une grande partie de la production narrative de Marcel Aymé (notamment La Jument verte, 1933, Le Passe-muraille, recueil de nouvelles de 1943 ou La Vouivre, 1941) et dans Le Tambour de Günter Grass (1959). C'est aussi dans cette veine que s'inscrivent Les Enfants de minuit (1981) et Les Versets sataniques (1988) de Salman Rushdie.

 

07/12/2012

ça me va tout de go....

 

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Une critique de L’éponge des mots par Jacmo. 

Quelques années que Saïd Mohamed n’avait rien donné. Si on récapitule un peu, je l’ai publié en Polders en 1990 et 95, après deux coéditions au dé bleu. (Lui-même m’avait édité en 1983 à ses éditions Ressacs). Il a été chroniqueur dans la revue un moment. Puis il a publié d’autres recueils de poèmes et plusieurs romans. Il fait partie de mes 33 auteurs dans le volet anthologie de « La poésie de A à Z selon Jacmo »… On l’avait un peu perdu de lecture depuis six ans, et il revient comme une fleur chez son dernier éditeur (Jean-Louis Massot). Livre-bilan dit le préfacier Jean-Claude Martin et sa structure en trois parties avec des titres bien dans sa manière confirme cette analyse.

D’abord les impressions du voyageur (« les chardons bleus »), New-York, Marrakech, Istanbul… C’était Alexandrie et son odeur d’iode rance et l’Inde qu’il a longtemps fréquentée, entre autres étapes de son tour du monde. Et chaque fois, c’est un peu le tour de lui-même chez les autres, mais ailleurs et tout le temps. Avec des versets pleins comme des aphorismes, cette faconde personnelle et cette volubilité reconnaissable entre toutes, ses positionnements comme des coordonnées géographiques Un quai de gare la nuit à New Delhi grouillant de rats entre les corps endormis au sol. Mais la situation lointaine n’enlève rien à la parole qui semble avant tout rivée au poète qui se plaint de l’absence de celle à qui il écrit désespérément.

Saïd Mohamed mélange toujours deux ingrédients qui ne sont pas forcément compatibles : un enthousiasme où l’énergie vitale déborde et un devoir de vérité à la fois cruelle et acerbe, ce qu’il résume  ainsi : Un destin acculé à un rêve permanent. L’auteur de « Femme d’eau » possède une tonalité lyrique et même épique par moment dans un cadre prolétarien. Sa connaissance du monde n’est pas passée au crible d’une écriture politique ou philosophique, elle reste enracinée à sa sensibilité viscéralement et nulle sagesse avec l’âge n’en est extraite. Il sait croiser une certaine humilité à un orgueil de bon aloi. De l’errant le haillon et du lépreux le regard. Lorsqu’il fait appel à ses références poétiques, trois noms apparaissent qui ne parleront qu’aux initiés : Malherbe, Dien et Criel. La seconde partie « Mots d’absence », reprise d’un titre de 1982, renoue avec le Saïd Mohamed amoureux, entre bonheur et mal-être. La femme aimée est-elle perdue, disparue, morte ?

La trivialité de la réalité est toujours amortie par cet esprit de légende et d’invention, et la fiction ensorcelle les choses, tant et si bien qu’on est en droit de douter de ce qui relève du domaine du réel et de celui de l’onirique. Sa poésie est certainement nichée dans ce no man’s land bien à lui. Le dernier volet intitulé « Ici et maintenant » sonne en effet comme un bilan. Cependant, il n’y a guère de leçon, encore moins de morale à en tirer. Le poète tente toujours de relier les extrêmes, de résoudre les contradictions Un monde nouveau bordé de misère obscène et d’absolu. Il n’a pas son pareil pour débusquer la merveille à côté de la vilenie. Des affamés j’ai gardé les vertus de l’illumination… « L’éponge des mots » se lit comme une reconnaissance de lettres d’un auteur qu’on connaît et qu’on aime depuis longtemps. La lucidité l’emporte sur la nostalgie, et surtout la sincérité des sentiments gagne le pari de l’écriture. On ne revient pas innocent du feu.

© Jacmo, à paraître in Décharge n° 157.

10/11/2012

Roman(s) à Romans

Un vrai plaisir de retrouver le salon de Romans comme invité....

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04/10/2012

L'éponge des mots

A paraitre à la fin du mois d'octobre aux éditions les carnets du dessert de lune...

C'est en belgique, à Bruxelles... Et pour inventer un nom pareil pour une maison d'éditions, qui d'autre qu'un habitant de la belgique, pays ô combien surréaliste, pouvait le faire... La couverture est le fruit  d'une rencontre improbable entre un poisson rouge et une pomme dans un aquarium... La rencontre s'est faite entre l'objectif (Canon powershot) de Bénédicte Mercier et cette image insolite dans  un restaurant sur le front de mer à Pondichéry en 2003...

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07/07/2012

Un gars du poitou... Michel Boutet.

Un jour il faudra que je vous raconte comment j'ai connu cet individu... Il y a fort longtemps de cela...

C'était en 1971, c'est dire... J'étais encore mioche et lui chantait déjà. Pas comme maintenant. Pas aussi bien. Le bon vin avec le temps ça gagne, c'est bien connu. Je tortillais déjà des vers sur le papier. ça m'a pris jeune aussi ça. Quarante ans que je le connais ce gars là. C'est une paie quand on y pense. Faut pas trop y penser. Il méne son bout de chemin sans casser de guitare sur scène. Il trousse la rime,  des fois elle rime à rien aussi, ça arrive, sa rime. 

Donc si vous savez pas quoi faire un de ces soirs et qu'il passe pas loin de chez vous allez donc le voir puis l'écouter. Dites lui que c'est moi qui vous a envoyé... ça lui plaira.

Il est comme tous ceux que je recommande, un bon gars. Et pas comme on dit un "bénet" pour parler poli. Non un bon gars, comme on dit du bon pain... Un bon gars au fond et dessus aussi.

Le vernis il n'est pas là forcément où l'on croit qu'il est, et la croûte non plus elle est pas là où elle devrait être.

Dans le bon pain tout a été fait à la main, des fois il est un peu trop cuit dans le grand four en briques. Mais ça fait rien s'il est pas comme de la baguette du dimanche, lui quand on le mange, ce pain-là, il tient au corps. Parce que le boulanger y a mis tout son savoir faire.

En attendant mettez vous ça dans les oreilles, c'est ma préférée, comme dirait Léo... Un vrai petit chef d'oeuvre, simple, pas un mot de trop, de la musique bien rythmée qui mène sur son dos la chansonette qui trotte longtemps après dans la tête... C'st la petite musique des mots


Pour en connaître un peu plus sur le bonhomme:  http://michel-boutet.com/





21/05/2012

On the road.....

Kerouac au bout du rouleau

 par Michel BITZER

Alors que l’adaptation du roman culte de Jack Kerouac sort le 23 mai sur les écrans, le Musée des lettres et manuscrits présente le rouleau original sur lequel le chef de file de la Beat generation écrivit Sur la route en 1951.

J’ai rencontré Neal pour la première fois peu après la mort de mon père… » Suivent 125 000 mots dactylographiés d’un seul jet sur une machine à écrire Underwood, du 2 au 22 avril 1951. Aucun retour à la ligne. Un seul et unique paragraphe sur un rouleau long de 36 mètres et façonné à l’aide de papier à dessin appartenant à son ami Bill Cannastra, décédé tragiquement quelques mois plus tôt. The scroll. L’original de Sur la route de Jack Kerouac, tel qu’il a resurgi au début des années 2000 avant d’être adjugé pour 2,2 millions de dollars à Jim Irsay, amateur de rock et propriétaire de l’équipe de football américain des Colts d’Indianapolis.

« Il manque la fin, environ trois mètres qui furent mâchonnés par Potchky, le chien de Lucien Carr qui était un de ses copains. Kerouac l’a réécrite par la suite », explique Estelle Gaudry, devant le si précieux rouleau qui trône dans une vitrine longue de 9 mètres. La pièce maîtresse de l’exposition Sur la route de Jack Kerouac, l’épopée de l’écrit à l’écran, qui accompagne la sortie dans les salles obscures (lire ci-contre) de l’adaptation du roman culte du chef de file de la Beat generation.

« MK2, qui produit le film de Walter Salles, était à la recherche d’un lieu pour exposer ce tapuscrit pas comme les autres. Le Musée des lettres et manuscrits a finalement été choisi et nous en sommes évidemment ravis », jubile la commissaire de l’exposition, en posant un regard attendri sur le fameux rouleau. « Nous avons voulu parler de l’homme, de sa culture, et de l’importance que la poésie américaine et la littérature européenne ont exercée sur lui. » William Blake, Mark Twain, Jack London, Henry David Thoreau, mais aussi Rimbaud, Genet, Céline, Proust, Balzac, Tolstoï, ou Dostoïevski, que Jack Kerouac – il descendait d’une famille canadienne française dont les ancêtres bretons avaient traversé l’océan l’Atlantique au XVIII e siècle –, dévora durant sa jeunesse.

Né à Lowell (Massachusetts) en 1922, il aurait pu connaître un destin à l’américaine, après avoir été admis à la prestigieuse université de Columbia grâce au talent qu’il manifestait sur les terrains de football américain. Mais une vilaine fracture du tibia ruinera ses espoirs. En attendant, Kerouac fréquente les clubs de jazz new-yorkais où se produisent Count Basie, Charlie Parker ou Dizzy Gillespie. Il s’engage ensuite dans la marine (marchande puis de guerre) le temps de quelques contrats. Puis il croise le chemin de William Burroughs, Allen Ginsberg et surtout Neal Cassady, un beau gosse qui adore sillonner les Etats-Unis à bord de voitures rutilantes. L’appel de la route ne va guère tarder.

En juillet 1947, Jack Kerouac quitte Lowell pour Chicago, puis Des Moines, Denver, San Francisco et Los Angeles, avant de revenir à New York à l’automne. Les mois suivants, il multiplie les virées frénétiques sur la côte Est avec Neal Cassady, avant d’effectuer deux nouvelles traversées du pays en 1949 et une expédition au Mexique en 1950. Durant ces voyages, Kerouac noircit de notes des dizaines de petits carnets noirs, où il puisera la matière de Sur la route. Car après la publication de The town and the city en 1950, Kerouac ne pense plus qu’à ce livre.

« J’ai un roman en tête, auquel je n’arrête pas de penser, qui parlerait de deux gars qui font de l’auto-stop jusqu’en Californie à la recherche de quelque chose qu’ils ne trouvent pas vraiment, qui se perdent en chemin et qui retournent d’où ils viennent à la recherche de quelque chose d’autre », écrit-il dans son journal. Au fil des mois, il a déjà esquissé plusieurs versions, mais elles ne le satisfont pas. « Tu sais ce que je vais faire ? Je vais me dégoter un rouleau de papier d’imprimerie, le mettre dans la machine à écrire, et tout écrire aussi vite que je peux, exactement comme ça s’est passé, d’un coup, au diable les constructions bidons – je verrai ça après », confie-t-il à John Clellon Holmes, un de ses proches qui sera le premier à utiliser le terme Beat generation dans son roman Go paru en 1952.

Le 2 avril 1951, Jack Kerouac entame donc son marathon de "prose spontanée". Trois semaines plus tard, il met un point final à « l’énorme roman dostoïevskien » écrit « sous l’emprise du café », pas des shoots de benzédrine dont Kerouac était familier. Mais il lui faudra attendre jusqu’en 1957 la publication de Sur la route chez Viking Press dans une version largement remaniée. Ainsi les identités des personnages ont été brouillées – lui devient Sal Paradise et Neal Cassady Dean Moriarty –, des passages entiers raccourcis, des scènes édulcorées…

Cela n’empêchera pas le succès immédiat de Sur la route, devenu le roman culte d’une génération. « Je pense qu’il parle toujours aux jeunes. Quand vous avez 15 ans, vous lisez Kerouac et vous tracez la route ! Ce livre donne envie de faire son sac à dos et de partir à la découverte de soi », estime Estelle Gaudry. En faisant peut-être un crochet par Lowell où repose Jack Kerouac, mort en 1969 après une vie d’errance ponctuée par l’alcool, la drogue… et une vingtaine d’ouvrages qui constituent la légende de cet ange maudit.

Sur la route de Jack Kerouac,

l’épopée de l’écrit à l’écran :

exposition jusqu’au 19 août

au Musée des lettres et manuscrits, 222, bd Saint-Germain, 75007 Paris.


NDLR: Hey le vieux Charley, t'en pense quoi de tout ça ? 


 

 

 

 

 

 Neal Cassady & Friends, San Francisco, 1963

Neal Cassady and friends, outside Charles Plymell's 1403 Gough Street house, San Francisco,  where Allen had met Peter 9 years earlier when Robert LaVigne lived there. According to Plymell, the other people in the photo were a "Hollywood filmmaker & cronies who came to Gough St. to visit.  That was [Neal's] Plymouth he had driven to NYC and back to see Kerouac. I had to go to Motor Vehicle to license it with him when he got back because it was unregistered."    c. Allen Ginsberg Estate.


 

18/05/2012

Passage des Indes...

 Accueil

Une critique de Mustapha Harzoune sur Passages des Indes

 

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"Alors ne raconte que ce que tu vois, pas ce que tu penses. En Inde, tu penses mal. Tu crois savoir et tu ne sais rien, tu crois deviner et il n’y a rien à comprendre. Il faut accepter les choses telles qu’elles sont". Voilà le conseil d’une certaine sœur Dolorès qui a derrière elle quelques décennies indiennes et la responsabilité d’un orphelinat du côté de Pondichéry. Elle s’adresse au narrateur, fraîchement débarqué dans la péninsule et qui s’est toqué de tout noter de son séjour.

L’Inde offre, ad libitum, de quoi titiller les babas, les bobos, les dévots et les cagots. Entre le sous-continent indien et l’Europe, c’est le grand écart culturel, de quoi se provoquer quelques élongations à l’encéphale et ruptures de jugeote. Le grand écart ou plutôt les grands "écarts" des cultures pour emprunter au sinologue François Jullien. Il s’agit alors de décentrer le regard, de se mieux connaître à travers la culture (et les mots) de l’autre, de mesurer les singularités ou les manques de chacun. L’Inde façon Saïd Mohamed c’est plutôt la version Jullien que l’exotisme consumériste, capable de tout attraper et de ne rien retenir. En goguette de l’autre côté de la planète, Saïd Mohamed se montre disponible à l’autre, mais sans compromissions. Il écoute, échange, s’imprègne même sans pour autant disparaître et se renier. Les transformations adviennent sur l’existant, "au gré" (encore Jullien), ou presque, car le premier choc est rude.
Qu’il évoque les grands thèmes (la mort, la souffrance, le sacré, le temps…) ou la banalité du quotidien, il le fait sans enjoliver, sans rajouter une dose de mystère ou de mysticisme, brut de décoffrage. Pour le coup, le parpaillot est bien au diapason de la dévote Dolorès.
Le bonhomme est coutumier du fait. Depuis 1997, il a écrit pas moins de cinq romans où à travers son parcours il raconte l’histoire de ses contemporains. De l’autofiction "extravertie" pour reprendre le terme de l’universitaire américaine Laura Reeck. Autrement dit, il n’écrit pas pour se gratter le nombril mais pour dire ce qu’il en est de notre monde - et sans salamalecs ! C’est tout son charme et son talent. Encore faut-il aimer le vitriol…
Alors, quand à l’occasion d’une mutation professionnelle, il pose ses valises du côté de Pondichéry, c’est sûr ! son regard verra et sa plume dira des choses différentes de ce que l’on peut trouver dans bien des guides ou des récits pour touriste goguenard et attrape-tout. Lui, au moins, vous sort des sentiers battus, des tralalas, des visites obligées et des scènes convenues.
L’Inde ça commence mal ! Dès la sortie de l’aéroport, le narrateur s’étonne de voir "des quidams accroupis" et "rachitiques" qui "répandent le contenu de leurs entrailles" à même les trottoirs pour le bonheur "de petits cochons noirs" qui "finiront à leur tour dans l’estomac des chrétiens autochtones". Les corbeaux envahissant sont nourris par les croyants hindous qui voient en eux des "augures de bonnes nouvelles" : "Croire que cette valetaille aux manières et à la défroque de loubard annonce la bonne nouvelle, prouve la crédulité des humains". Sans appel.
Et le nouveau venu de déplorer la fringale insatiable des moustiques, les dangers de l’eau et la saleté qui suinte de partout, les rues bruyantes et grouillantes, transformées en ménagerie pour vaches, cochons, poules, canards, coqs, buffles, pigeons, singes, les remugles de sueurs, de déjections humaines et animales, le parfum des curry omniprésent… Mais au moins avec ce voyageur-narrateur on croise des familles d’intouchables, on côtoie mendiants et lépreux, on passe un moment dans une salle de cinéma, film Bollywood garanti : romantisme dégoulinant et sensualité bien trop suggestive à l’écran pour une jeunesse à la libido bridée. On se retrouve au cœur d’un mariage où le Blanc fait figure de porte-bonheur. Au marché aux poissons, les femmes vendent leur camelote à même le sol. L’orphelinat de sœur Dolorès ne manque ni de surprises ni d’enseignements. Ajoutez un petit tour aux urgences ou dans un commissariat… Tout cela ne manque pas de surprendre ou d’étonner comme ces scènes rapportées dans les gares, les trains ou les bus qui "non contents de rouler à tombeaux grands ouverts sur des chaussées défoncées, se tirent la bourre".
Monsieur Mohamed, citoyen français, découvre l’exil, "ressentant ce que peut ressentir un étranger dont la civilisation d’origine est à l’opposé de celle dans laquelle il se trouve parachuté. (…) Plus rien n’a de sens". "Tout le vernis s’effrite, tombe. Rien ne résiste à ce maelström". "La raison, le cartésianisme, il est urgent d’en faire un paquet juste bon pour la déchetterie. Ça, c’était l’autre civilisation, cela n’a plus cours en ces lieux." Les expatriés eux font de la résistance. Déjà égratignés du côté de Shanghai par Stéphane Fière (Double bonheur, Métaillé 2011) ici, ils sont ramenés à leur centre d’intérêt quasi exclusif : "le niveau des revenus détermine le statut, selon le cas vous êtes expatrié ou émigré".
Il faut de la persévérance et de la disponibilité pour "inventer de nouveaux repères", se rendre compte qu’"ici tout est possible". Que "ça fonctionne malgré le foutoir." Mais il faut du temps pour cela et éviter le "syndrome indien", ne pas "être trop confiant", "éviter de baisser la garde". "Ici, on est simplement différent. On vous regarde comme un être différent." Même la peur peut s’apprivoiser et devenir "un jeu qui fait la différence entre ce pays où le danger n’a pas été banni de l’existence et le quotidien lissé de l’Europe où les êtres vivent avec la peur vissée au fondement. La peur du lendemain, la peur du chef, la peur de leur ombre, la peur de la vie. Ils tremblent sur la mise en scène de la peur en fond d’écran cathodique où beuglent les sirènes affolées de la police, des ambulances, des pompiers. (…) Ici, on sait qu’on vit chichement, alors on crève humblement."
Ce Passage par les Indes, "c’est un déplacement de soi vers soi, un glissement, un élargissement des valeurs, comme si l’on ouvrait une nouvelle paire d’yeux restés clos jusqu’alors." Comme dit Mohamed Dib : "L’exil nous fait moins étranger au monde". Et à soi.

Mustapha Harzoune

Saïd Mohamed, Passage des Indes, Artisans-Voyageurs Éditeurs, 2012, 132 pages, 14 €

17/05/2012

à vous de voir....


07/05/2012

Vous avez dit picaresque...

 

picaresque
adjectif
(espagnol picaresco, de pícaro, vaurien)

Cet article fait partie du DOSSIER consacré aux genres et registres littéraires.

 Se dit d'œuvres littéraires dont le héros traverse toute une série d'aventures qui sont pour lui l'occasion de contester l'ordre social établi. (Née en Espagne au milieu du XVIe s., la littérature picaresque, qui s'inscrit en réaction contre les pastorales et les raffinements du gongorisme, alors en vogue – à l'époque de l'empire des Habsbourg –  est la satire et comme la réplique cynique et désinvolte du roman de chevalerie.)

 

Définition

Dans le seul domaine espagnol, les romans picaresques présentent quelques caractères communs : autobiographie (souvent fictive) d'un personnage d'origine humble – le pícaro – que ses aventures et ses métiers successifs entraînent à se frotter aux diverses classes sociales.

Le pícaro est un « antihéros », un vagabond sans illusions et sans scrupules, un marginal qui, poussé par la faim, cherche à se faire une place dans la société et emploie tous les moyens pour subsister (ruse, fourberie, vol). Le genre picaresque se signale par l'absence de sentiments élevés, en particulier l'amour, une narration teintée d'humour et de dérision, mais aussi une certaine complaisance dans la scatologie. Il a donné plusieurs chefs-d'œuvre en Espagne et, jusqu'au XVIIIe s., dans toute l'Europe.

 

Petite histoire du roman picaresque

 

Une expression populaire

La première manifestation picaresque est le Lazarillo de Tormes (1553) [les Aventures de Lazarillo de Tormes], œuvre anonyme attribuée à tort à Hurtado de Mendoza et qui exprime remarquablement l'esprit populaire castillan. Création originale, l'œuvre donne au genre sa physionomie propre : récit autobiographique doublé d'une satire impitoyable des diverses conditions sociales. Certains lui ont trouvé des antécédents et se sont plu à citer le Livre du bon amour (1343), de Juan Ruiz (vers 1285-1350), le Romancero et le roman dialogué de la Célestine, de Fernando de Rojas. Cependant, le genre échappe à toute tradition littéraire : il exprime spontanément le désarroi d'une société déjà en proie à la décomposition et où l'homme réel, harcelé par la misère et indifférent aux prouesses, aux extases, à l'amour idéal, fait entendre le cri brutal de sa mauvaise fortune.

Ainsi la matière du roman picaresque est-elle fournie par un perpétuel vagabondage du héros aux prises avec d'inlassables péripéties, condamné à lutter au jour le jour et contraint de subsister en passant de maître en maître. Ici l'ingéniosité de l'invention suscite d'impressionnants tableaux.

 

L'épanouissement du genre en Espagne

Le genre connaît son plein épanouissement au début du XVIIe s. avec le Guzmán de Alfarache de Mateo Alemán (1547-1614), dont la publication connaît une vogue immense et qui mêle au récit de savoureuses digressions (réflexions morales, fables en prose, anecdotes et contes) dans l'esprit de la Contre-Réforme. Construit suivant une succession d'épisodes quasi indépendants, le roman picaresque se fractionne en fonction du parcours géographique, du passage par différents maîtres ou maris, du jeu des récits insérés.

Le genre est également brillamment illustré par le Buscón (1626) de Francisco de Quevedo, chef-d'œuvre dans la plus pure tradition du genre. Grâce à une puissance singulière dans le maniement de la satire et dans la déformation caricaturale, l'auteur dénonce une société qui a atteint les points extrêmes de la décadence morale. Sa langue dynamique, étonnamment vigoureuse, transpose le réalisme picaresque sur le plan de la plus authentique création. En dépit du macabre, de l'étrange, du grotesque, du baroque, Quevedo parvient à retrouver un sens rare de l'humain.

L'appellation « picaresque » caractérise un genre aux multiples variations. En effet, le bref Lazarillo de Tormes est bien différent du long Guzmán de AlfaracheLa Pícara Justina de Francisco López de Úbeda (qui, le premier, met en scène une pícara) n'a que peu à voir avec le Buscón, suite de tableaux féroces sans lien solide. Vicente Espinel publie la Vie de l'écuyer Marcos de Obregón. (1618). L'auteur renonce à la simple représentation de la réalité dans sa vision pratique et utilitaire ; il cède au plaisir de raconter les aventureuses histoires de son héros. La Fouine de Séville d'Alonso de Castillo Solórzano a pour héroïne une femme qui ne recule devant rien pour faire son chemin. Quant au Marcos de Obregon de Vicente Espinel (1618), le héros en est un personnage de condition plus relevée, et raisonneur, qui narre des anecdotes auxquelles il n'est pas toujours mêlé lui-même. Chacune de ces œuvres exprime l'idéologie de son temps. Le genre est également représenté avec les œuvres de Salas Barbadillo (la Narquoise Justine, le Coureur de nuit), de Francisco Santos et surtout de Vélez de Guevara, dont le Diable boiteuxinspira Lesage. La Vie d'Estebanille González est considérée comme la dernière en date des œuvres du genre.

 

Le picaresque hors des frontières espagnoles

Le roman picaresque s'étend hors du domaine espagnol et enregistre les mutations historiques, économiques et socioculturelles essentielles (Hans Jakob Christoffel von Grimmelshausen, Simplicius Simplicissimus ; Lesage, le Gil Blas de Santillane). Il peut aussi être utilisé à des fins philosophiques (Diderot, Jacques le Fataliste et son maître) ou idéologiques (Marivaux, le Paysan parvenu, 1735 ; Henry FieldingHistoire de Tom Jones, enfant trouvé). De nombreux autres romanciers français ont subi l'influence du roman picaresque espagnol, notamment Charles Sorel (Francion) et Paul Scarron (le Roman comique).

Par le caractère extrême de son réalisme, le picaresque anglais prend pour objet l'évocation des bas-fonds (déjà illustrée par Thomas Nashe dans le Voyageur malchanceux) et est particulièrement adapté à la notation du manichéisme moral (Tobias George Smollettles Aventures de Roderick Random, 1748).

Au XXe s., Louis-Ferdinand Céline, dont toute l'œuvre est marquée par les personnages « picaresques » ainsi que par le jaillissement narratif et l'œuvre au registre torrentiel de Günter Grass, le Tambour, présentent les mêmes caractères que le roman picaresque espagnol.

 

03/05/2012

Les caractéristiques du genre picaresque

A une époque où les oeuvres de fiction sont peuplées de personnages fantastiques ou héroïques (roman byzantin, roman de chevalerie, roman mauresque,...), le Lazarillo de Tormes, publié en 1554, prend le contre-pied des productions narratives de son temps, donnant naissance à un genre nouveau. Un narrateur, qui est à la fois protagoniste de l'histoire qu'il raconte, s'attache à décrire "sus fortunas y adversidades". Sa narration est émaillée de thèmes récurrents qui constitueront le noyau dur du roman picaresque: la faim, la représentation de certains types sociaux (le noble, le curé, etc.) ou la transgression des valeurs sociales de l'époque. Quarante-cinq ans séparent le Lazarillo de Tormes (1554) duGuzmán de Alfarache (1599), "ouvrage de fondation", comme l'a qualifié M. Molho, qui pose les caractéristiques essentielles du genre picaresque.

Le roman picaresque est, en premier lieu, le récit d'un anti-héros. Le pícaro est un gueux de basse extraction sociale, né de parents ouvertement marginaux ou délinquants. Son but est de changer de condition, de s'élever dans l'échelle sociale; à cette fin, il n'hésite pas à recourir aux subterfuges les plus astucieux, à la fraude et à la tromperie pour tenter d'échapper à la faim, ou à tout le moins, à la pauvreté. Il vit de menus expédients et se consacre à toutes sortes d'activités marginales, toujours liées à l'argent. Tour à tour mendiant, portefaix, valet, voleur, voire dans le meilleur des cas, financier, c'est-à-dire escroc pour les esprits de l'époque, il incarne le rejet des valeurs sociales. Dans une société où le profit est synonyme d'usure et le négoce d'activité douteuse, le pícaro reflète une mentalité hostile au mercantilisme. Au déshonneur de ses origines s'ajoute l'ignominie du personnage, prêt à tous les subterfuges pour trouver sa quotidienne pitance.

Reprenant le modèle épistolaire, le roman picaresque se présente, par ailleurs, comme un récit autobiographique dont la lecture est dictée par les événements. Lazare écrit pour rendre compte d'une sombre affaire qui l'occupe ("el caso"), celle des liaisons amoureuses de son épouse avec leur protecteur, l'archiprêtre de San Salvador, qui les a mariés. Guzmán, quant à lui, revient sur son existence du fond des galères où l'ont conduit sa vie dissolue et ses méfaits. Raconté à la première personne, le récit picaresque s'ouvre invariablement sur le récit des origines, où le gueux prend soin de décliner sa généalogie. Sa naissance et son enfance sont aux antipodes de celles du chevalier ou du héros (le personnage est fils de manant, de prostituée, de voleur, de nouveau-chrétien, etc.) et son récit égrène et revient sur les événements les plus significatifs de sa vie. À la fois narrateur et protagoniste, le pícaro raconte son passé depuis un présent d'où il écrit pour se justifier ou amener le lecteur à juger son existence. Le moule épistolaire qui régit l'architecture du roman picaresque s'inspire des lettres de confession, écrites par les religieux, et des autobiographies de personnages illustres et de soldats, désireux de laisser un témoignage de leurs aventures à la postérité. À la croisée de l'aveu, du récit de contrition et du récit exemplaire, le récit du pícaro, sous ses dehors facétieux, demeure empreint d'une forte teneur moralisante.

Le caractère moralisateur, en effet, est indissociable du genre picaresque. À l'instar des livres de contes médiévaux et des sermons où l'exemplum illustre un comportement censurable, le roman picaresque apparaît comme une succession d'épisodes qui conduisent le gueux vers la déchéance. Dès le prologue, Lazare de Tormes fustige les valeurs sociales de son temps: pour lui, l'honneur qui incite l'homme à se dépasser n'est que vaine gloire, au même titre que l'aumône sans la charité ou le sacerdoce sans la vertu. Opportuniste et dénué de scrupules, Lazare entend ne pas sacrifier sa condition et sa situation chèrement acquises, même si cela doit l'obliger à fermer les yeux sur l'inconstance de son épouse. Dans le Guzmán, le propos moralisateur se fait beaucoup plus explicite, à travers les nombreuses digressions morales et religieuses qui ponctuent le récit. En se remémorant son existence, le narrateur, condamné aux galères, découvre, au même titre que Lazare, que la morale de l'honneur n'est qu'un paravent, un masque sous lequel on peut voler ou mentir. Plus que ses origines infâmes, c'est le libre-arbitre qui fait du pícaro l'acteur de sa propre déchéance, en créant une tension entre le déterminisme et la liberté de l'individu. Le récit prend ainsi des allures de théologie, de parabole du cheminement de l'homme, soumis à la liberté de choisir la voie du bien ou du mal. Le roman picaresque devient l'illustration d'un comportement aberrant au regard des règles et des normes de la société. L'aspiration du pícaro à se hisser dans l'échelle sociale est toujours couronnée par un échec retentissant, ce qui l'oblige à aller tenter sa chance ailleurs, donnant ainsi au livre un caractère itinérant et ouvert. C'est le constat d'échec qui pousse Pablos, le héros duBuscón de Quevedo, à quitter l'Espagne pour les Indes, tout en sachant que sa tentative est d'avance vouée à l'échec, car, comme il est dit dans le dernier chapitre, «jamais ne s'améliore le sort de celui qui change uniquement de lieu et non pas de vie et d'habitudes».

Le livre est, enfin, une satire de la société. L'oeuvre se distingue, en général, de la production écrite au XVIe siècle par le souci de rendre compte des aspects les plus sordides du monde, sur le mode comique et burlesque. Il ne s'agit pas de dénoncer la vie sociale mais d'esthétiser cette réalité afin qu'elle serve de cadre à une satire féroce de la société. Le subjectivisme radical d'un narrateur-personnage qui revient sur ses tribulations rend le roman vraisemblable. Tout au long du récit, la focalisation et le point de vue constants contribuent, en large part, à donner toute sa cohérence à l'oeuvre, malgré les divers emprunts au folklore.

Sur le plan diégétique, l'évocation du monde des bas-fonds, certes esthétisé, constitue le point d'ancrage pour le développement du roman. S'agit-il, toutefois, d'une critique de cette même réalité? Plus qu'une volonté de changer un état de chose, il faut voir derrière les piques mordantes envers les principaux états de la société et derrière ces flèches anticléricales, les traces d'un esprit populaire, viscéralement frondeur et ironique, davantage redevable au burlesque qu'à la critique de la réalité sociale du temps. En se mettant au service des différents représentants de la société de l'époque, le gueux porte un regard sans complaisance sur ses maîtres, issus des principaux ordres de la société d'Ancien Régime. Aussi les corps sociaux sont-ils satirisés dans leurs diverses composantes.

En revenant constamment sur la problématique de l'honneur et de son rapport à l'argent, le roman touche aux « tourments intimes de certaines couches de privilégiés » (M. Bataillon). Témoin privilégié de la comédie sociale, le misérable gueux découvre combien ses maîtres donnent l'exemple de ce qu'ils ne sont guère et assiste, du fond de sa misère, au triomphe de l'hypocrisie et du mensonge, parés des oripeaux de la vertu.

29/04/2012

Bientôt sur les étals...

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20/04/2012

La mémoire et la mer....

31/03/2012

Soularue, en haut du pavé...

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Quoiqu’en ai pu dire les grands-pères d’aujourd’hui, sous la rue il n’y a pas et n’a jamais eu la plage.

Soularue..... c’est son nom... 

Et avec un nom pareil on est déjà plus proche du caniveau en haut du pavé donc. CQFD.

Son trait est noir, parce que, Soularue c’est noir, noir et noir. Son trait vous file la chair de poule. D’ailleurs, est-ce un trait ce coup de pinceau qui se vautre sur le papier. Cela fait un paquet d’années que le soleil et tout le fatras des clichés du vainqueur ont quitté la surface de sa feuille. Avec un peu d’imagination, on devine même qu’il ne les a jamais dessiné. Ses paysages sont des bretelles d’autoroute des cheminés qui fument, des banlieues qui suintent la misère, le No Futur, la mort lente, le smicard à perpétuité et les mômes born to loose ou Toulouse, allez savoir.

Le sien de héros s’appelle Moïse -un nom aussi à coucher dehors avec un billet de logement-, abandonné dans un carton sous une bretelle d’autoroute est ramassé par des manouches - ça commence comme une histoire connue - lesquels s’empressent de refiler le lardon à un couple de bolcho stalino dépressif… Que du reluisant … le daron s’évertue à l’appeler Maurice en hommage à Thorez. Décidément le quiproquo est de taille. Et ce Moïse là n’a d’autre issue pour échapper à son destin que de ne pas y échapper. Paria instruit, sa révolte le conduira vers un fasciste musulman.
Dans cet univers là, l’amour possible avec cette môme de banlieue sans papiers qui se promène entre voies de chemin de fer et lignes à haute tension ne peut mener à rien. Sauf à un camp de rétention et une reconduite à la frontière qui fait basculer Moïse dans un futur de terroriste potentiel, avec un aller simple pour l’Afgahnistan…

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Il reste maintenant à Soularue à écrire la suite de l’histoire de Moïse…

Le gamin paumé va se retrouver à Peshawar vendu par les pachtounes et sera ensuite transféré à Guantanamo où sous les tortures sexuelles il avouera l’assassinat de Kennedy et celui de Marylin…

On l’attend au coin de la rue, Stéphane, pour qu’il nous refile encore des sueurs noires… ( titre de son précédent album)


 

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L'histoire récente vient probablement d'écrire la suite de Moïse et voler un bon scénario à Soularue... Car décidément la réalité a plus d'imagination que la plus noire de toutes les imaginations et Soularue avec son trait noir de noir en a pourtant un paquet d'imaginations... 

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27/03/2012

Patrick Auzier, l'homme du feu.

Au pays du rêve de Patrick Auzier...

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Il me reste des bribes de ces fêtes très étranges auxquelles j’ai assisté. Les musiciens qui soufflaient dans des saxophones portaient des masques de carnaval et des perruques dorées dont les boucles se répandaient sur les épaules, alors que d'autres étaient affublés de chignons et de loups de satin noir. Certains, torses nus et le visage bariolé de peintures zoulous frappaient des tambours. La procession était suivie par une foule en transe qui dansait et chantait. Cela sentait la poudre noire, la transpiration et le rut. Les corps étaient prêts au coït et l'âme à l'ivresse. Comme dans une fête primitive, la foule scandait un hymne festif autant qu'une prière païenne. La procession s'enfonçait dans les bois pour rendre hommage aux esprits de la terre. Des humanoïdes, mi-chair, mi-éponge qui avaient commencé à prendre la couleur de l'écorce et du lichen étaient accrochés aux arbres. Comme si ces types arrivaient d'une autre planète et avaient échappé à une giclée de neutrons en pleine poire en se cachant au fond d'une galerie désaffectée. Après y être restés des générations entières sans avoir jamais vu le jour, ils auraient, lors de leur première sortie, tenté d'escalader les arbres et se seraient brûlés à la lumière. Tétanisés, statufiés par la photosynthèse qui se serait déclenché à cause des mutations des corps déshabitués à la lumière. Ces corps semblaient avoir stoppé leur évolution à mi chemin entre le chou-fleur et le rosbif.
La sarabande, qui s'avançait dans le sentier, s'est arrêtée aux pieds de grands chênes. Une troupe de percussionnistes avait confectionné des trampolines avec des chambres à air de camions et de voitures. Attachés à des élastiques, tendus depuis le faîte de l'arbre, les acrobates sautaient le long d'un xylophone géant en tubes de bambou qui partait depuis le sol rejoignait les premières branches d'un chêne séculaire. Enfermés dans des cages de bambou, en haut des arbres, des violonistes jouaient une symphonie. Dissimulés dans les fougères, des feux de Bengale illuminaient cette fête. Des officiants aux déguisement de forbans portaient des flambeaux et des fusées rouges et jetaient des ribambelles de pétards au milieu de la foule qui se déhanchait sur un hymne endiablé. Combien de jours et de nuits a duré cette étrange fête? Je n’en sais rien.


Mais j’ai souvenir qu’une autre nuit la fête a eu lieu dans un château désaffecté. Au milieu d’un énorme nuage de fumée, dans la grande cour entourée de murailles, les explosions retentissaient. Les traînées versicolores des fusées retombaient en mèches folles, sifflaient dans tous les sens, assourdissantes. Secouaient la terre, remuaient le ciel et faisaient tout trembler. Observant la trajectoire aux départs des missiles, les musiciens de jazz étaient prêts à se jeter à terre, ou à s'abriter derrière leur pupitre en cas de besoin. Des bouts de carton enflammés retombaient à l'intérieur de l'enceinte ce qui provoquait des cris, des mouvements de foule. On n'y voyait pas à trois mètres, aussi, c'est la tête levée au ciel que chacun guettait les retombées enflammées. Les explosions redoublaient et le rythme ne mollissait pas. Les filles dansaient et suaient dans cette nuit moite et électrique.
Une autre nuit encore, l'embrasement a eu lieu sur un plan d'eau. Les musiciens avaient pris place dans des barques, et des violonistes ainsi qu’un saxophoniste jouaient doucement, un air très mélancolique sur le rythme de la cascade, dans le sous-bois illuminé par des feux de Bengale, dissimulés parmi les fougères. Les silhouettes énigmatiques étendaient leurs ombres sur l'eau dont le reflet s'étirait en ondoyant. A la surface du lac comme des sortes de génies malfaisants, des fusées hors bords sifflant et pétaradant couraient en tous sens.

 

 

 






Francis Marmande, Le Monde, 21 août 1999

   


La Compagnie Lubat se signale par son rapport aux mots, aux poètes, au rap, à la langue, au scat, à la tchatche, à l’invention syllabique. Au milieu, Auzier est le silence essentiel. Il s’est révélé comme l’homme du feu. Commençant par des installations pyrotechniques de facture classique, puis compliquant.

Au début, on a cru de ses feux qu’ils étaient une fantaisie de la Compagnie, une drôlerie pimentée de dérision, le détournement d’une réjouissance populaire. Et puis il a fallu se rendre à l’évidence. Les feux d’Auzier de plus en plus ingénieux, donnant un spectacle de plus en plus simple, par le fait, sont la clef de l’invention ; Le lien entre enfance et artistes, musique et rêve. Quand Auzier embrase un château, une forêt, un lac, c’est d’une autre manière. L’autre pyrotechnie. Il a travaillé le


 rythme, le tempo, les commandes électriques, les emplacements inédits, les déclenchements inattendus, les fils qui courent sur la foule avec les vecteurs de comète, les bouquets de flammes que l’on contemple au-dessous, les synchronies instrumentales…

Dans la forêt, sa Nuit des Soli-Sauvages donne lieu à une création saisissante. Portal et Shepp bien ensemble, dans les fontaines blanches. Des murs, des gerbes et des fusées qui jaillissent du fond de l’eau du lac. Comme un symbole de la Compagnie, Auzier n’a cessé de perfectionner l’art qu’il a inventé. Chemin faisant, en vingt-deux ans d’apprentissage autodidacte, il fabrique ses pièces et s’est donné une technique au trombone : vingt-deux ans d’études en public, dont onze pour trouver l’embouchure.

Après quoi il conclut trois heures de Soli-Sauvages et d’invention pyrotechnique, seul devant un Niagara de flammes, commande les gerbes par le son, au trombone incroyablement maîtrisé, puis dans un coin, fond en larmes. « Prendre toujours les mêmes », comme regrettent les notables avant d’en reprendre un, c’est la forme pyrotechnique de la fidélité active.






25/03/2012

La vie d'artiste...

Noël aux tisons, Pâques à New York....

22/03/2012

La prose du Transibérien (à écouter)

Texte dit par Vicky Messica

 

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En ce temps-là, j'étais en mon adolescence
J'avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance
J'étais à 16.000 lieues du lieu de ma naissance
J'étais à Moscou dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares
Et je n'avais pas assez des sept gares et des mille et trois tours
Car mon adolescence était si ardente et si folle
Que mon coeur tour à tour brûlait comme le temple d'Ephèse ou comme la Place Rouge de Moscou quand le soleil se couche. 
Et mes yeux éclairaient des voies anciennes.
Et j'étais déjà si mauvais poète
Que je ne savais pas aller jusqu'au bout.

Le Kremlin était comme un immense gâteau tartare croustillé d'or, 
Avec les grandes amandes des cathédrales, toutes blanches
Et l'or mielleux des cloches...
Un vieux moine me lisait la légende de Novgorode
J'avais soif
Et je déchiffrais des caractères cunéiformes
Puis, tout à coup, les pigeons du Saint-Esprit s'envolaient sur la place
Et mes mains s'envolaient aussi avec des bruissements d'albatros
Et ceci, c'était les dernières réminiscences
Du dernier jour
Du tout dernier voyage
Et de la mer.

Pourtant, j'étais fort mauvais poète.
Je ne savais pas aller jusqu'au bout. 
J'avais faim
Et tous les jours et toutes les femmes dans les cafés et tous les verres
J'aurais voulu les boire et les casser
Et toutes les vitrines et toutes les rues
Et toutes les maisons et toutes les vies
Et toutes les roues des fiacres qui tournaient en tourbillon sur les mauvais pavés
J'aurais voulu les plonger dans une fournaise de glaive
Et j'aurais voulu broyer tous les os
Et arracher toutes les langues
Et liquéfier tous ces grands corps étranges et nus sous les vêtements qui m'affolent...
Je pressentais la venue du grand Christ rouge de la révolution russe...
Et le soleil était une mauvaise plaie 
Qui s'ouvrait comme un brasier

 

En ce temps-là j'étais en mon adolescence
J'avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de ma naissance
J'étais à Moscou où je voulais me nourrir de flammes
Et je n'avais pas assez des tours et des gares que constellaient mes yeux

En Sibérie tonnait le canon, c'était la guerre
La faim le froid la peste et le choléra
Et les eaux limoneuses de l'Amour charriaient des millions de charognes
Dans toutes les gares je voyais partir tous les dernier trains

Personne ne pouvait plus partir car on ne délivrait plus de billets
Et les soldats qui s'en allaient auraient bien voulu rester...
Un vieux moine me chantait la légende de Novgorode. […]

 

Or, un vendredi matin, ce fut enfin mon tour
On était en décembre
Et je partis moi aussi pour accompagner le voyageur en bijouterie qui se rendait à Kharbine
Nous avions deux coupés dans l'express et 34 coffres de joailleries de Pforzheim
De la camelote allemande "Made in Germany"
Il m'avait habillé de neuf et en montant dans le train j'avais perdu un bouton
- Je m'en souviens, je m'en souviens, j'y ai souvent pensé depuis -
Je couchais sur les coffres et j'étais tout heureux de pouvoir jouer avec le browning nickelé qu'il m'avait aussi donné

J'étais très heureux, insouciant
Je croyais jouer au brigand
Nous avions volé le trésor de Golconde
Et nous allions, grâce au Transsibérien, le cacher de l'autre côté du monde
Je devais le défendre contre les voleurs de l'Oural qui avaient attaqué 
les saltimbanques de Jules Verne
Contre les khoungouzes, les boxers de la Chine
Et les enragés petits mongols du Grand-Lama
Alibaba et les quarante voleurs

Et les fidèles du terrible Vieux de la montagne
Et surtout contre les plus modernes
Les rats d'hôtels
Et les spécialistes des express internationaux.

Et pourtant, et pourtant
J'étais triste comme un enfant
Les rythmes du train
La "moelle chemin-de-fer" des psychiatres américains
Le bruit des portes des voix des essieux grinçant sur les rails congelés
Le ferlin d'or de mon avenir
Mon browning le piano et les jurons des joueurs de cartes dans le compartiment d'à côté
L'épatante présence de Jeanne
L'homme aux lunettes bleues qui se promenait nerveusement dans le couloir et me regardait en passant
Froissis de femmes
Et le sifflement de la vapeur
Et le bruit éternel des roues en folie dans les ornières du ciel
Les vitres sont givrées
Pas de nature!
Et derrière, les plaines sibériennes le ciel bas et les grands ombres des taciturnes qui montent et qui descendent
Je suis couché dans un plaid
Bariolé
Comme ma vie
Et ma vie ne me tient pas plus chaud que ce châle écossais
Et l'Europe toute entière aperçue au coupe-vent d'un express à toute vapeur
N'est pas plus riche que ma vie
Ma pauvre vie
Ce châle
Effiloché sur des coffres remplis d'or
Avec lesquels je roule
Que je rêve
Que je fume
Et la seule flamme de l'univers 
Est une pauvre pensée...