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09/04/2007

Electricité et gaz à tous les étages...

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Dans les journaux ça commençait comme un compte de fée... Non il n'y a pas faute de frappe... Les bons comptes font les bons amis. Un môme sorti de sous la chape de plomb qui devient Ministre... S'cuzez du peu...
Fallait lire les articles de l'époque des marchands de cellulose noircie.

Voilà le fils de maçon algérien au pied du mur. Les banlieues brûlent et les enfants d'immigrés sont montrés du doigt. Azouz Begag, lyonnais depuis 48 ans, ministre depuis cinq mois, souffre d'états d'âme. Tiraillé entre la rage de se battre pour la mixité et l'humiliation de jouer les utilités ethniques, entre la volonté de parler avec ses tripes et la soif de siéger au gouvernement, l'enfant du bidonville de Villeurbanne (Rhône) affronte les insomnies de l'homme déchiré...
Le Monde, le 08.11.05.

Quelques mois, plus tard...

Le ministre démissionnaire publie chez Fayard «Un mouton dans la baignoire».

Mon cher Azouz, qu'es tu allé faire dans un tel souk? L'attrait de la fonction... L'amitié pour Dominique...
L'admiration pour Jacques. Tout cela me semble est un peu léger. La seule justification acceptable serait la curiosité de l'écrivain, alors tu serais pardonné. Car rien à part la littérature ne justifie de s'être à ce point fourvoyé et pendant si longtemps, en un tel endroit...

Revient nous à la plume, c'est bien là que tu es le meilleur!

Les pages publiées par Marianne...

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Pour te consoler mon cher Azouz tu pourras toujours écouter: Bernadette n'aime pas les enfants ou bien Salauds de pauvres de Romain DUDEK sympathiquement iconoclaste....
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25/03/2007

Le livre sous le signe de la sagesse?

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Ai vu au salon du livre une blonde tout de rose habillée, ayant autant d’audace dans le regard qu’un hérisson qui tente de traverser une autoroute, racolant debout devant le stand d’un grand distributeur comme une dame de petite vertu tenant son bouquin au titre évocateur « Y a pas de mâle » et je n’invente rien… La pauvre ai-je pensé… Si le contenu avait quelque pertinence, aurait-elle besoin d’en arriver là… Suis repassé un quart d’heure au même endroit. Elle avait réintégrer sa cage pour mon grand malheur visuel car sa plastique plus que sa plume avait de quoi attirer l'œil et augmenter de façon significative le taux de tétostérone de la population masculine…
Pour comparaison, l’ami Arthur qui de forme plantureuse n'a qu'une proéminance stomacale à faire valoir, sans bouger de sa chaise vendait son Odyssée Africaine à de simples quidam, qui avaient déjà lu La route de la soie, et en redemandaient de son plumage. C’est bien là concurrence déloyale, s’il en est, n’est ce pas ?
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14/03/2007

Paroles de Coyote

Par Alain Jégou

Alain dont j'ai publié en avant première des textes en juillet 2006 sur le blog, n'est plus marin pécheur. Il a revendu l'Ikaria son bateau qui péche toujours du côté de Lorient, mais avec un autre capitaine. Il ne regrette pas son repos bien mérité quand il entend souffler le vent, il est bien content de ne plus être chahuté au large. Il se consacre dorénavant totalement à l'écriture. Vous le retrouverez de temps à autre sur le blog. Au gré de ses humeurs de ses coups de gueule aussi.

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photo Gérard Gautier


Une médecine pour remodeler le silence captif :

En certaines années bigrement évaporées, nous mioches, esprits neufs et purs, attentifs et clients benoîts de toutes aventures cousues de fil blanc et truffées d’un héroïsme simplet, avons été manipulés de la façon la plus abjecte qui soit. Empapaoutée notre cervelle toute molle de fraîcheur, maculée notre crédulité, salopée notre jugeote, par les fourbes faiseurs de magazines et fanzines westerns.
Scénaristes, dialoguistes, dessinateurs, emberlificoteurs de pensées juvéniles, à la solde d’une culture, d’un culte et des vraies foireuses valeurs de la race indélébile des seigneurs. Toujours appliqués à nous bourrer le mou de leurs pernicieux principes, de leurs impayables conceptions du bien et du mal, à nous faire ingurgiter, sans autre forme de jugement possible, leurs vérités toutes moulées pour nos âmes de chérubins. Toujours affairés à nous faire abonder dans le sens de leur giration spirituelle. Acharnés à nous foutre les foies, à nous dégoûter ou nous faire nous moquer de l’autre, du différent, de l’autrement coloré ou charpenté.
Les héros farauds de nos boulimies aventureuses avaient tous le regard et les idées purs braqués sur la ligne bleu uniforme des sierras ? Bien sûr tous blancs de peau et ne permettant pas que quiconque émette le moindre doute sur la noblesse raciale de leurs origines.
C’était pas de vulgaires trouducs à face de rats et teint chiasseux, nos héros amerloques. La belle allure qu’ils entretenaient et la forme olympique de leurs balèzes carrures. Franchement, c’était pas des lopes les Kit Carson, Buck John, Davy Crockett, Bleck Le Roc, Buffalo Bill et autres Cornflakes Joe de la saga du Grand Ouest sauvage. Pas comme ces enflés de diables rouges qu’avaient aucun respect et aucune tenue dans leurs façons d’être et d’agir, qui se mettaient à une dizaine pour torturer et estourbir un pauvre pionnier sans défense sous les yeux horrifiés de sa famille qu’ils massacraient ensuite.
Qu’ils soient natifs du Tennessee ou du Nevada, de l’Ohio ou de l’Indiana, de l’Arizona ou de l’Oklahoma, du Texas ou du New Mexico, ils avaient tous de la classe, nos idoles de B.D. Tous aussi fortiches les uns que les autres à manier le coutelas ou la Winchester, à suivre une piste ou traquer l’ennemi, à dresser un mustang ou chasser le bison. Jamais froid, jamais faim, jamais soif, jamais fatigués, jamais peur, jamais envie de pisser, ils chevauchaient sur les vastes étendues sauvages toujours en quête de nouvelles aventures, de nouveaux faits d’armes et de bravoures à accomplir. Ils étaient la fierté de l’Amérique.
Sans chiqué ni forfanterie, ils vous mettaient en fuite toute une tribu d’énergumènes énervés et sanguinaires pour délivrer la caravane des colons fourvoyés en si périlleuse situation, vous descendaient trois ou quatre bisons d’un seul coup de fusil ou vous abattaient un grizzly d’un uppercut dans les gencives, sans la moindre émotion.
L’ennemi numéro un, le souffre-douleur, le faire-valoir, de ces supermen vedettes de la conquête de l’Ouest, évidemment c’était l’Indien. Tampon de toutes affabulations, le vilain moche, le cruel, l’infâme, le méchant Peau-Rouge, le suppôt de Satan, le barbare ultra, le tueur et violeur de femmes et d’enfants, le chasseur de scalps, le buveur de millésimes judéo-chrétiens, l’être le plus abject de la planète, c’était lui, c’était bien lui, l’incroyable incroyant, qu’il fallait combattre sans relâche, exterminer sans rémission du plus petit au plus grand, génocider jusqu’au dernier.
L’Indien, affublé de toutes les tares et vilenies les plus hardies, décrété durement et sans appel l’ennemi définitif de toute l’humanité en marche vers son idéal progressiste, ne pouvait être qu’un obstacle à cette avancée vers l’Eden convoité.
Alléluia pour nos frères, héroïques conquérants du Nouveau Monde ! Pour nos pionniers dévots défricheurs de terres vierges, porteurs et défenseurs ardents de la parole du Christ ! Sonnez trompettes ! Roulez tambours ! Pour l’arrivée toujours à point de notre cavalerie. Hourra pour nos p’tits gars fringants et audacieux ! Hourra pour la Grande Amérique ! Son peuple ! Son président ! Et sa politique expansionniste et exterminatrice !...
Voilà ce qu’ils voulaient nous inculquer, les salauds de bidouilleurs de pensées mineures. Nous ont violé le rêve et l’innocence. Toujours habiles et persuasifs, experts à faire passer l’Amérindien pour un être dénué de tout sentiment humain, à nous faire frémir et pétocher maousse devant le faciès ingrat, l’œil sournois, le nez busqué et la mâchoire crispée par la haine, le corps paré de ses peintures de guerre, presque nu, son cul juste couvert d’un morceau d’étoffe grossière, du combattant féroce montant à cru l’apaloosa véloce, rapide et âpre à décocher ses flèches vers tous corps étrangers, à décoller du crâne de l’ennemi abattu, mort ou seulement blessé, la chevelure sanglante pour s’en faire un trophée, à tailler dans le vif des chairs des prisonniers attachés solidement à d’étranges et effrayants poteaux de torture.
Durant de longues années le mythe escroc a bien vécu. L’arnaque historique menée de mains de maîtres est parvenue à duper d’imparable façon plusieurs générations de petits hommes blancs, admiratifs et respectueux à souhait de la parole des grands.
Ca n’est qu’à la fin des années 1960, avec la naissance de l’AIM (American Indian Movment) et le combat mené par ses activistes que les mioches lecteurs de BD ont découvert le pot aux roses, pris conscience que les méchants n’étaient pas ceux que les dessinateurs et dialoguistes de leurs illustrés avaient sournoisement désignés à leur vindicte juvénile, mais bien ces salopards de Kit Carson, George Custer, William Cody, Philip Sheridan, tous ces chasseurs de scalps et massacreurs de natives dont le seul crime fut d’exister et de résister à leurs ambitions impérialistes.

( éd. Alcatraz Press, Un siège pour les aigles, janvier 1995)

12/03/2007

Mémoire d'homme

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photo Bénédicte Mercier

Je suis arrivé comme à l'habitude par le même bus brinquebalant, un de ces cars poussifs, à-demi épave. Il s'arrêtait partout pour laisser monter ou descendre des passagers et lorsqu'il redémarrait, un nuage de fumée due à l'huile brûlée me dissimulait complètement le paysage. Le véhicule s'arrachait dans un grincement ahurissant de ferraille, pendant que le receveur arrangeait la situation des nouveaux arrivants en leur indiquant où s'asseoir et en prélevant le droit de place. Le graisseur était déjà monté sur le toit, avait ouvert et refermé le grand filet qui recouvrait l'ensemble des bagages. Il organisait le chargement de façon à équilibrer la masse, qu'aucun sac ou mouton ne tombe dans les virages. Allongé sur la route, entre les roues, le graisseur aidait au passage de la vitesse lors du départ du mastodonte. Dés que la vitesse était enclenchée et que le véhicule s'ébranlait il lui passait au-dessus. Le graisseur réapparaissait derrière et s'élançait à sa poursuite en s'accrochant à l'échelle de la galerie. Il ouvrait la porte de derrière alors que le chauffeur accélérait, s'étant assuré que son aide avait bien réintégré son poste. Lorsqu'un passager désirait descendre, le receveur tapait de sa pince métallique sur un des montants des sièges, le graisseur grimpait sur le toit bien avant l'arrêt complet et il recommençait son manège à chaque départ...
Le Père ne m'attendait pas, je venais sans prévenir. Il savait que j'allais venir. Il ignorait quand mais il n'avait plus que cela à faire, attendre. Le reste du temps il discutait ou dormait, assis appuyé au mur de sa maison, le dos protégé du vent glacial du haut Atlas, ce souffle qui coupe en deux. Après tout ce temps sans avoir donné de nouvelles je revenais le voir. Je devrais me refaçonner à son corps, sa démarche malhabile. A ses bras maigres, ses mains énormes, presque difformes à la peau tendue où saillent les os et les veines.
Dans ce décor de rocailles et d'oliviers racornis, il avait retrouvé sa nature profonde, perdue sous la pluie et dans la brume. Celui qu'enfant j'avais connu immense était maintenant un vieillard recroquevillé, petit, voûté, avec un visage mat et osseux, des yeux noirs profonds, fentes rusées et pétillantes et un large sourire sur une bouche fine entourée d'une barbe qu'il rasait avec son crane et ses sourcils au marché hebdomadaire. De son habituelle voix rauque il me racontera ses souvenirs avec un accent inaudible. Je regarderai cet homme avec la vision d'un autre monde. Les liens qui nous uniront ne seront pas des chemins de parole. Je serai l'étranger et ma langue intriguera la tante qui ne cessera de me regarder, tout en chassant machinalement les mouches.
J'ai passé ma journée à l'attendre. Il tardait. Quand je suis arrivé je n'ai trouvé que la vieille tante. Elle m'a serré dans ses bras fort contre elle et s'est mise à pleurer. Je n'ai pas compris pourquoi elle se répandait de la sorte. Il n'y avait jamais eu de joie à l'arrivée ni de peine au départ. Nous sommes ainsi... Si je venais c'était bien, sinon la faute en incombait à la vie. Puisqu'il faut se séparer alors que cela ne soit pas couronné par des scènes de larmes et de cris. A quoi bon?
Elle m'a fait signe qu'il était absent, parti loin, vers le barrage... Elle m'a indiqué la direction d'un geste du bras puis elle a pleuré. Heureuse certainement de me voir. Elle m'a apporté le thé puis a rangé mes bagages. J'avais avec moi un pantalon de velours, une bonne chemise et un pull d'hiver. Ceux que j'avais offert auparavant au Père lui avaient tellement plu. Il ne les avait pas quittés durant mon séjour, si fier de ses solides vêtements de paysan français. Un pantalon de velours côtelé et une chemise épaisse… Il tardait.
Un gamin qu'on était allé cherché est venu. Il avait semble-t-il été suffisamment à l'école pour qu'on se comprenne. Mais que veulent dire les mots? J'insistais pour lui demander où était passé le vieux. S'il savait quand il reviendrait. Je l'attendais depuis le début de l'après-midi. Bien sûr il devait être parti loin pour tarder tant. Le gamin n'a su que me dire.
-Mon père est mort!
Je lui ai fait répéter. Il a confirmé ce que je venais de percevoir. Ce n'était pas de celui du traducteur dont il s'agissait, mais du mien. Puis il m'a désigné du doigt pour qu'il n'y ait plus d'erreur possible. Je pouvais l'attendre longtemps encore... Il avait profité de l'hiver pour partir. Personne ne m'avait prévenu. Personne ne savait où j'habitais. Je n'habitais plus nulle part. J'errais avec mon sac d'une maison à l'autre. Ce n'est pas une affaire extraordinaire que d'oublier de vivre. Parti seul, sans fils pour lui fermer les yeux. Ses compagnons l'avaient escorté à sa dernière étape. Lui qui s'étonnait d'être revenu vivant des carnages de l'Europe. Il appréciait à sa juste valeur le répit accordé. Il en ignorait la durée, mais n'y prêtait pas d'importance.
Les paroles non dites et qu'il faut un jour prononcer écorchent la gorge. Ces mots qui ne sont jamais venus par pudeur, lorsqu'on n'a pas appris à les dire, restent comme un dette. Je savais qu'il faudrait maintenant témoigner pour toute cette hébétude, ce temps perdu à chercher l'issue.
Le lendemain, est arrivé son ami, l'ancien militaire. Le sergent balafré d'Indochine. Il a parlé longtemps, ri beaucoup, dit sa chance d'avoir connu un bon camarade comme le Père, si calme et posé, résolument sage. Il a compté sur ses doigts les années de tourmente, de guerre, de souffrance...
-Oui, c'est comme ça, pour nous, la vie!
Il s'est souvenu de cette époque et de ceux qui ont quitté ce monde, puis il s'est tu. Il semblait avoir lui aussi atteint la sagesse après toutes ces tempêtes.
-Ah, Imma, Imma, Imma!
Il a imploré sa mère, comme pour l'interroger sur sa venue dans ce monde. Il a allumé une pipe de kif et s'est évaporé dans ses pensées comme rassuré sur la destinée du grand voyage.
-Maintenant il est tranquille. Pas comme nous! Il a rejoint Allah! C'est bien! Tu dois pas te faire de souci! C'est moi qui lui ai fermé les yeux! On est là aujourd'hui, demain c'est fini! Un jour bientôt ce sera mon tour, un autre le tien, puis tes enfants et les enfants de tes enfants. Va savoir quand? Personne ne sait! Sauf Mounana! Il faut se préparer, tous les jours! Faire la prière! Etre un bon croyant!
Je n'ai pas osé lui dire que je n'en avais pas pris vraiment le chemin. Mais sait-on jamais? La rédemption existe.
-Toi, maintenant il te faut des enfants! C'est ton père qui veut! Tu étais son préféré! Il ne te l'a jamais dit, pour ne pas faire de différence! Mais il a voulu que tu le saches! Il pensait que tu reviendrais! Tu vois, il te connaissait bien!
J'aurais bien aimé lui donner la joie d'être grand-père, mais la vie a vu différemment. Et ce n'est pas lui qui a faiit naître un goût pour la paternité.
-Tu sais, nous il a fallu toujours qu'on se battre. Lui avec la pelle et la pioche, moi avec le fusil et la baïonnette! On a fait la vie qu'on a pu! Il faut le voir pour le croire! Maintenant c'est mieux pour lui!
Une telle confiance dans l'existence d'un au-delà m'a apporté la sérénité. Comment mettre en doute de telles paroles? Je sentais l'apaisement de la douleur de vivre dans l'intonation de la voix de cet homme. A combien de compagnons sur les champs de bataille a-t-il apporté un soutien moral dans leurs derniers instants? Comment est-il revenu de cet enfer aussi paisible?
Je les imaginais tous les deux assis, le Père et lui, le dos au mur pour capter la chaleur de la journée, égrenant un chapelet, se racontant leurs souvenirs devant un parterre d'autres vieux médusés par le récit de la vie si aventureuse de leur compagnons.
-Pour tous c'est pareil, on ne peut pas rester ici, il faut partir! La France, le Canada, l'Australie, la Hollande! Ici on ne revient que pour mourir! Guérir de la nostalgie! Enfin ce que je dis! Ton père m'a tout raconté! Ta mère et ses enfants. Sa première femme et son enfant mort ici. Ses bouteilles, son travail, sa solitude. Non il a bien fait de revenir. Les enfants appartiennent à une femme, pas à un homme... C'est comme ça!
Ces deux là avaient dû se parler beaucoup. Peut-être avaient-ils cherché une explication à leur maudite trajectoire. Si tous deux ont été bannis du royaume de la félicité de leur vivant, ils n'en ont pas gagné pour autant un coin de paradis.
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photo Bénédicte Mercier

Son ami m'a guidé dans un champ. Une parcelle de terre que rien n'aurait distinguée d'une autre si elle n'avait été recouverte de rocailles dressées, orientées vers l'est. On s'est arrêtés près d'un léger renflement sur le sol à l'endroit où reposait le corps du Père. Des bouquets d'épines aux dards longs empêchaient de marcher sur les sépultures. Quelques herbes sèches bougeaient, agitées par le vent frais. Des chardons sauvages et le néant.
Cette nuit-là je n'ai pas dormi et le point rouge des cigarettes a ponctué les heures qui s'écoulaient.
Cette vie qui avait été la nôtre remontait dans ma mémoire comme le fleuve à sa source. Trajectoire de l'homme de peine. Humbles en pleine force de l'âge que ce pays ne peut nourrir. Terre rude, sans pitié, rouge, couverte de caillasses barbares. Jamais je n'aurais eu le droit de le pleurer. Il n'aurait pas voulu. On ne pleure pas un homme qui a enfin trouvé la paix.
Sa voix me revenait:
-Ton pays!... C'est celui qui te nourrit!... Oublie pas ça, fils!... La terre qui te donne son lait, comme une femme!... Un jour tu comprendras!... Un jour!...
Il avait raison, sa philosophie imparable ressemblait à des blocs de roche extraits à la dynamite. Sa dernière demeure parmi les herbes jaunes se limitait à deux cailloux dressés, un à la tête, l'autre aux pieds. Des épines noires étaient répandues sur le sol, pour que les chèvres ne foulent pas la terre à cet endroit. Il était revenu et je lui avais pardonné son alcoolisme, son inconséquence. Quoi qu'il ait pu faire ou dire il était à l'origine de mes jours. Et le maudire c'était aussi me maudire.
Il avait retrouvé les paysages de son enfance pour apaiser la nostalgie de la douleur de vivre. Par le passé, en Normandie, il avait acheté un bout de terrain en friches au milieu des bois pour se construire un havre de paix. On accédait au terrain par un chemin boueux qui traversait d'autres propriétés. Il avait transformé cet arpent boisé en champ. Lors de l'acquisition de la futaie de châtaigniers sauvages dont les fruits trop petits n'étaient pas consommables il avait coupé les arbres pour les transformer en bois de chauffage. Un bulldozer avait arraché les racines et les avait poussées dans un coin du champ en un tas presque aussi haut qu'une maison. Cela lui avait coûté quatorze mille anciens francs. Il était fier d'avoir conquis ce pré sur la nature sauvage. Je l'accompagnais souvent dans les bois où il passait ses journées à élaguer des branches, enlever les mauvaises herbes. Il avait semé de la luzerne au grand régal des lapins de garenne qui pillaient allègrement sa récolte et creusaient leurs terriers au beau milieu de son terrain. En bas coulait un ruisseau qui prenait sa source quelques arpents plus loin. Il aurait aimé y construire sa cabane en planches pour venir y passer des jours paisibles, loin des soucis de la maison et des remontrances de sa femme.
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photo Bénédicte Mercier
Quelque part au monde il doit exister sur la carte un point fait pour soi, un endroit où l'on se sent imperturbable quoi qu'il advienne. Un lieu où il n'est pas besoin de justification, à part celle d'être là assis et de contempler le ciel. Un coin où l'on retourne la nuit dans ses rêves. Un simple arbre suffit au pied duquel on peut dire: "Ici je me sens bien". Le père avait gardé un seul châtaignier qui me paraissait immense. Il s'y réfugiait lorsque la bruine tombait trop dru ou pour se protéger du soleil. Sa frondaison si épaisse ne laissait couler l'eau que par gros temps. Il semblait que toutes les feuilles orientées dans le même sens formaient une toiture naturelle. Il pleuvait au delà du périmètre de l'arbre mais pas sous ses branches. Je ne suis jamais repassé près de cet arbre. Faute de temps, de mémoire aussi. La vie a de drôles de soubresauts. Peut-être que depuis, cet arbre est tombé en morceaux, foudroyé par un éclair. Pourtant, sans l'avoir revu, je sais qu'il existe encore. Etrange certitude. Il m'attend. Par lui je prendrai racine sur cette terre où je n'ai pas d'endroit où aller.
Personne ne m'avait prévenu du décès du père. Souvent j’avais changé de maison. Mais est-ce si important de posséder une adresse alors que l'on est simplement de passage?

Ce texte est extrait de Le Soleil des fous paru aux éditions Paris Méditerranée. Si vous désirez vous procurer Le Soleil des fous Cliquez ici

07/03/2007

Bonne Nouvelle !

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Dorénavant vous pouvez retrouver GAB'S sur WEBMATIN.

27/02/2007

Sondé spatio temporel......

Notre petit Ballouhey hebdo...

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06/02/2007

Et pendant ce temps-là, Gaston Floquet se fout de sa notoriété

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Le débat qui suit provient de Wikipédia... Et il s'agit bien de Gaston Floquet... Pour ma part je n'y prendrais pas part...
J'ai croisé pas mal de gens qui avaient les mains dans la production picturale ou plastique, qu'importe le médium et si Gaston Floquet n'est pas un peintre qui a révolutionné la peinture, il a produit une oeuvre intéressante, il me semble.
Je comprends couic à la notoriété et la reconnaissance par des gens dont c'est le rôle de reconnaître le travail de ceux qui travaillent. Mais il y a des choses que je comprends, j'éprouve plus de vibrations à l'oeuvre de Malnuit qu'à celle de Klein... Dois-je pour autant être désespéré de ressentir la peinture comme un abruti.
Malnuit n'est pas connu, et ne le sera probablement jamais. Il est crevé, ivre mort, comme un chien sur un banc public, ce qui ne retire ou n'ajoute rien à son travail. Mais que faisaient les gens dont c'est le travail de reconnaître le travail des autres. Qui se serait penché de son vivant sur ce type ingérable. M'est souvenir que je lui avait organisé un rendez-vous avec la galerie du Parvis à Tarbes et qu’au bout de dix minutes il montrait sa bite à Roger Sevelle. Des souvenirs de cet acabit, ceux qui l’ont connu peuvent en raconter à la pelle. Plus fasciné par l’échec que par la réussite.
Quel officiel serait allé chez le vieil ours de Gaston, boire avec lui un whisky dans une chope pour lui proposer une exposition dans un quelconque musée? On est pas vraiment dans le même registre, l'un est celui du fonctionnaire parvenu à un statut, l'autre celui de l'artiste inconnu, d'où souvent une légère incompréhension, n'est-ce pas?
J’avais promis que je ne prendrais pas part au débat, voilà c’est fait…


Le débat en question

Pour utiliser un exemple, l'actuelle Wikipédia: Pages à supprimer/Gaston Floquet pointe un artiste dont j'ai le sentiment qu'il ne devrait pas avoir sa place sur Wikipédia. Je signale que je le connais pas, que j'ai pas de rancoeur, que je m'en fiche de Gaston et que la peinture c'est pas mon dada : Mon explication est un cas de figure (et ne correspond pas à ce que j'écrirai comme motivation).
Donc Gaston Floquet est un artiste régional de France. Il est au musée du Mans, suite à une donation. C'est à dire que le musée a accepté de le recevoir en cadeau gratuit (ça engage peu...), (1*) pouvant toujours le laisser moisir dans ses fonds. Que certains contributeurs connaissent l'artiste, l'apprécient ou soient capable de rédiger un discours critique ne compte absolument pas. Nos avis et jugements esthétiques personnels ne comptent pas ! Car nous devons relater seulement des points de vue référencés et notables : qui a dit quoi, qui pense quoi...etc. Ce sont les principes fondateurs de wikipédia.
La question est alors : Quels seront les références et sources notables permettant de justifier les textes ultérieurs de l'article ? Un jeune responsable culturel local, avec un DEA d'histoire médiéval ? Un article dans une revue artistique sans notoriété nationale ? Un commissaire d'expo inconnu hors de sa région ? Un article dans la gazette locale, qui traite également de l'exposition artistique du collège Boudin ? Un responsable de musée, qui ne s'est pas engagé personnellement dans une quelconque publication à propos de Gaston ? Vous négligerez alors de mettre des références, par malhonnêteté ?
Bref, Gaston figurera dans Wikipédia, avec l'impossibilité de fournir des sources sérieuses de référence à toute critique raisonnée. La seule source de référence deviendra l'association des Amis et Admirateurs de Gaston. L'article sera sans pertinence. Pas sérieux pour un article encyclopédique. --ironie + 8 décembre 2006 à 14:50 (CET)
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Le roi du Qatar
Exemple intéressant. Je fouille un peu le site des dits Amateurs de Gaston Floquet ; j'y trouve deux préfaces de catalogues, brèves et polies : l'une du conservateur du musée d'Alençon et l'autre d'un « critique d'art », à l'occasion d'une exposition à Compiègne. Je ne me sens pas la compétence pour juger si elles sont suffisamment doctes pour être de bonnes sources pour un article d'encyclopédie, je me contente de les pointer : manifestement nous avons tout de même un peu plus que simplement « l'association des Amis et Admirateurs de Gaston ».
Une fois ceci dit, notons quand même qu'on n'est pas obligé d'exiger que tout article consacré à un artiste contienne des observations de l'ordre de la critique. Une fiche factuelle (lieu de naissance et de mort, artistes fréquentés et école de rattachement, musées où des oeuvres sont visibles) me semble pouvoir être d'intérêt encyclopédique pour des artistes mineurs. Le risque est évidemment que des Amis Fanatiques de l'artiste, voire l'artiste lui-même s'il est encore vivant et comprend l'intérêt d'une fiche promotionnelle, ajoutent des passages critiques (dithyrambiques, forcément dithyrambiques) non sourcés. Dans l'article Floquet une phrase comme « Quant à l'homme il était un Personnage. D'une grande culture, il créa et se créa sa vie durant. » n'est pas d'une gigantesque qualité encyclopédique. Bon maintenant ce genre de phrase creuse, s'il n'y en a pas trop, ne pourrit pas trop l'article - les informations fausses qui pullulent partout me gênent davantage. Voilà un petit bilan donc de la situation Gaston Floquet qui me semble en effet une excellente base de réflexion pour savoir jusqu'où descendre. Touriste * (Discuter) 8 décembre 2006 à 15:02 (CET)

Impossible de vérifier, tes deux liens émanant du site des Amis de Gaston... Et même si je suis porté à croire, ça me semble pas suffisant du tout. J'ai placé la barre plus haut. Wikipédia n'accepte la biographie ni des scientifiques mineurs, ni des groupes musicals régionnaux. De la même manière, j'ai refusé l'article d'un artiste professionnel exposant à Paris, New York, Londres (galerie commerciales), avec des critiques universitaires, car il avait pas de notoriété suffisante. Tu sembles impressionné par les institutions, mais les musées et expositions ne sont pas comparables entre eux quant au prestige et à la notoriété. Un étudiant Beaux-Art de 25 ans doué se fera acheter une toile par une FRAC. Fraichement diplomé, il peut exposer (collectif) dans un musée de province si son travail est intéressant. Et il montera facilement son expo dans n'importe quel patelin, où il a des contacts. (je compare pas Gaston). Et des comme ça, y'en a des milliers en France, Europe ! On peut de même ajouter la bio de tous les artistes thésards (références et expos parfois notables), tout les noms d'enseignants des facs et écoles d'art (référence et expo...), la bio du moindre commisaire. Le bazar total, avec une bio de Marcel Duchamp (le Einstein de l'art) aussi longue que celle de Gaston.
En fait, le problème Gaston, c'est qu'il s'agit d'une quasi auto-promo, soit une contribution externe. Non que je veuille faire une attaque ad hominem contre le contributeur. Mais son acte n'est nullement initié dans l'intérêt de Wikipédia, mais dans celui seul de la notoriété de l'artiste. On ne peut donc attendre d'effort de neutralité, ou la nécessaire réserve dans le jugement sur la possible suppression de l'article. Que deux ou trois contributeurs actifs du projet art, prennent l'initiative de créer et suivre l'article, on pourrait croire que celui-ci sera rédigé avec la neutralité et la pertinence nécessaire. Mais là, mise à part des WikiGnomes non-spécialisés en Art, qui aura la compétence et surtout l'envie de s'occuper de la correction du fond ? Toi ?
« les informations fausses qui pullulent partout me gênent davantage ». Cet argumentaire minimise les dangers parce qu'il s'agirait seulement de peinture, d'Art... Je te renvois à la conscience de ton propre système de valeur, et non à un principe en soi ou une logique universelle. Pour plein de gens dans mon monde et pour mon système de pensée, la propagande des pseudo-sciences, les polémiques politiciennes, les données erronées de l'histoire nazie ou la véracité des informations sur le Big Bang, sont des détails très futiles et anodins, au regard de l'importance (vitale) des questions d'Art. L'art n'est un « divertissement sans danger », que pour ceux qui placent leurs illusions ailleurs. --ironie + 8 décembre 2006 à 17:33 (CET)
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et madame la reine du qatar...

(1*) Pour entrer au musée d'Alençon il a fallu l'aval du Conseil des Musées de France...

Pour ceux qui veulent en savoir un peu plus sur le personnage qu'était Gaston Floquet, il suffit de cliquer sur son nom dans la colonne de gauche dans la rubrique peintres... oui là, juste où vous avez le doigt... cliquez avec la souris... Voila, vous vous retrouverez chez le Gaston.

03/02/2007

EN ROUTE POUR LA GLOIRE...

ILS ONT SELECTIONNE LE BLOG DE RESSACS


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02/02/2007

La nostalgie, camarade... sur un air de Serge Gainsbourg

Je laissais tourner mon magnéto face à cet homme. A combien de wiskys en étions nous. Je l’ignore. Il admirait Hemingway, st Exupéry et Cendrars. Cet homme d’action ne pouvait en aucun cas être stupide. Notre discussion n’avait porté que sur la littérature jusqu’à présent. Je sentais la chaleur du bourbon me battre les tempes. Et j’écoutais. J’avoue que si je n’avais pas gradé ouvert le magnétophone, je ne me serais pas souvenu ce qu’il m’avait raconté.

-Vous les pacifistes vous me faites rire, vous n’êtes que des imbéciles. Vous crachez dans la soupe mais vous ne vous rendez pas compte de ce que vous devez à l’activité de la guerre. Vous voyez mon cher ami, entre gens civilisés on ne peut pas cracher sur la guerre. Parce que c’est l'activité humaine la plus sérieuse qui soit. Rien n'est plus captivant, ne requiert autant d'énergie. La guerre est à la base de toute société. Toute activité humaine, si elle veut progresser, doit s'inscrire dans cette logique. Il n'y a que chez les primitifs, les sous-développés que la guerre ne sert pas le progrès. Ils se massacrent à coups de machette, s'égorgent au tesson de bouteille, se font gicler la tripe à la serpe. C'est pas du travail… On en parle à peine à la télé… vous le voyez bien vous qui êtes dans les médias que ça n'intéresse personne… Quel gâchis !
Alors qu'une bonne guerre moderne, comme on sait les faire ça maintient un Audimat en haleine pendant six mois, un an. Tous les bonimenteurs y vont de leurs pronostics, sur le déroulement des événements à venir. Les petites gens stockent des vivres, on écoule des tranquillisants. L'Audimat progresse, les pages de pub se vendent plus cher. Cela fait marcher le petit commerce, qui en a bien besoin. C’est merveilleux…
Les guerres des pauvres ne valent pas tripette. Un million d’Africains, ça fait moins de bruit qu’une poignée de bon gros pépères pétris de bonnes manières ou qu’un paquet de yankee réduit en poussières. Les guerres des pauvres sont sales, parce qu’elles sont silencieuses. Quelques explosions par-ci, par-là, quelques rafales de mitraillettes. Rien d'autre. Comment voulez-vous faire peur avec ça ? Comment ces difformes du bide, ces maigrichons couverts de mouches peuvent-ils faire trembler la ménagère? Ils sont trop maigres pour être crédibles. A peine réels. Non ?
Toute notre belle technologie ne leur sert à rien. Pas de radar, pas de contre-mesures électroniques, pas de sous-marins, pas d'avions, ni de chars. Il ne consomment rien, pas de bombes à ailettes, à fragmentation, à souffle, au phosphore, à ondes de choc. Pas d'obus, pas de canon, de jeep, d'half-tracks, de véhicules blindés, d'automitrailleuses, de barges de débarquement, de rations de survie, de casques lourds, de parachutes, de planeurs. Rien de tout ce qui fait notre belle civilisation ne les intéresse. Des cailloux, des couteaux, des arcs, des flèches, voilà de quoi se servent les pauvres, pour s'étriper. Une misère, je vous assure.
Chez nous, au minimum, ça finit par un grand feu d'artifice. Je te rase une ville, tu m’en rases une autre. En beauté, Dresde, Hiroshima, Londres. Nous autres, on ne lésine jamais sur la camelote. Qui plus est, maintenant avec la télévision, il faut mettre le paquet. Que les ponts s'écroulent, que ça pétarade, que ça casse, que ça bastonne, de partout. Beaucoup de bruits et de dégâts, pour peu de morts, finalement. Cent mille, deux cent mille, peut être ? De la rigolade. Pendant ce temps-là, à la machette, un million et demi, sans bruit. Avec, par-dessus, une couche d'épidémies de peste, de choléra, ou tout autre virus inconnu. Plus une bonne vieille famine. On frôle les deux millions en quelques semaines. Personne ne peut prétendre à mieux !

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Pour obtenir le même chiffre, dans n'importe quelle guerre qui se respecte, au Vietnam, en 14 ou ailleurs, combien a-t-on utilisé de million de tonne, de napalm, d'agent orange, de gaz moutarde?
Nous, on sait faire durer… Cinq ans, dix, trente, ou deux générations. Pendant ce temps-là, on se hait. Là, en deux mois, plus rien. Ils se zigouillent jusqu’au dernier. Ce n’est pas du travail. Comment voulez-vous après ça, revendre des armes aux survivants pour venger leurs morts ? Ils n’ont aucun sens du commerce. Alors que nos guerres à nous, c’est pas croyable tout ce beau matériel qu'on utilise. Quand j’y pense.
C’est parce que les pauvres ne savent pas se tuer correctement, et qu’ils font ça quasiment avec rien, qu’ils ne peuvent que rester pauvres durablement. Pas étonnant que personne n'en entende parler. Heureusement qu’il reste quelques idiots de médecins français, à cheval sur les principes et arriérés au point de croire encore aux valeurs humaines pour en faire parler. Alors-la ça devient intéressant…
La guerre, c'est trop sérieux pour ne la laisser qu'aux seules mains des intérêts particuliers. Il faut aussi y associer, les publicitaires, les caméras… Le plus de monde possible, je vous dis. Pour vendre du papier il faut de la tripe à chaque repas. Sinon comment les braves gens pourraient se repaître de leur bonheur de vivre dans nos sociétés. Il faut qu’ils puissent mesurer leur joie. Sinon c’est pas du jeu. Il faaut qu’ils aient peur aussi pour qu’on puisse vendre les services de notre police.
Si on les laissait faire, les pauvres se garderaient tout le meilleur pour eux et on n’aurait pas droit à notre show télévisuel.
Même la Rome antique avec ses stades, ses lions, ses gladiateurs, ses esclaves ne pouvait pas en aligner autant de spectateurs. Six milliards d’un seul coup… C’est vraiment joli un puits de pétrole en feu, sur un ciel noir, avec une ambiance de fin du monde. La ménagère de moins de cinquante ans prend une poussée d’adrénaline. Elle court s’acheter des provisions car le pire est à venir. C’est du sérieux, ça... Pas comme ces peigne-culs de pauvres. Pire. Ils font eux-mêmes leurs kalachnikovs, avec des bouts de bois et des tuyaux au fond de leurs gourbis. Il faudrait que la convention de Genève interdise ça. Ils ne devraient avoir le droit de se charcuter qu’avec des vraies armes manufacturées sinon c’est un crime contre l’humanité Sinon à quoi servent tous nos efforts ?
C’est pas le tout de s’étriper, mais dans les règles de l’art, c’est bien plus profitable. Ça donne de l’emploi aux arsenaux. Notre belle industrie qui ne sert plus à rien. Ces saletés de pauvres nous la jouent bégueules et à la déloyale. Nos règlements, nos explosifs, nos tribunaux, nos procès et tout le bastringue ne servent plus à rien. Qu’ils se saignent n’a jamais empêché les mines de diamant de produire, les puits de cracher le pétrole, le pavot de pousser. Le profit est toujours là, malheureusement pas assez juteux. Dans l’échelle de l’économie, on pourrait faire des bénéfices à trois chiffres. C’est à cause de l’incivilité de ces sauvageons qu’on est obligé de se rabattre sur des opérations moins mirobolantes.
Le citoyen honnête en réclame pour ses impôts. On n’a pas le droit de le tromper sur la marchandise. Il faut qu’il ait peur et qu’il soit rassuré par cette noble institution qu’est l’armée. À quoi serviraient toutes ces médailles, ces camions, ces galons, ces défilés, sinon ? Si on n’y prenait pas garde et si on les laissait faire notre belle civilisation serait dangereusement menacée par tous ces primitifs.