24/12/2012
Passage des Indes...

Passage des Indes est publié chez Artisans Voyageurs.
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Dans ces rues, de jeunes femmes vont avec dans les cheveux des tresses faites de fleurs de jasmin en bouton. Le parfum embaume leur sillage. Drapées dans des saris, bleus, roses ou orange, indifférentes à tout, comme des princesses au regard ardent, elles passent dans cette ruelle des forgerons où ne devraient pas s’aventurer de telles grâces. Sur le sol une pastèque ou une courge ronde écrasée couverte d’un colorant rouge sang a été jetée en sacrifice à une divinité pour éloigner la malédiction. Mais rien n’y a fait. Elle s’est abattue définitivement dans ce qui ressemble à une rue mal empierrée. Des cahutes en palmes habitées par des familles d’intouchables sort une âcre fumée de mauvais charbon.
De chaque côté, une rigole fangeuse d’eau usée et noire stagne. Plus loin, un emplacement sans construction, et au milieu de ce nulle part des coqs, des corbeaux, des vaches disputent des ordures aux humains. Dans ce monticule se mélangent bouts de cartons, débris ménagers, étrons, fientes, bouses, morceaux de noix de coco et feuilles de bananiers ayant servi d’assiettes à la minable gargote au coin de la rue, près du temple. En ces temps d’élection et de démagogie, une soupe populaire y est offerte par un parti populiste ou par des adeptes du dieu local.
Les vaches se repaissent de ces feuilles déjà léchées jusqu’à la moindre, trace de festin – grains de riz et sauces pimentées – par ces pauvres hères. Des cochons gris dorment là aussi. De cet endroit émane un puissant remugle de merde. Ces parias font leurs besoins là, au vu et au su de tous.
Ici habitent des femmes, des hommes et de rares vieillards. Des gosses vont nus avec une cordelette rouge à la taille en guise de ceinture, ils jouent avec la poussière du sol et en font des petits tas de hauteur égale et ils s’imaginent probablement commerçants en matériaux de construction. Là survivent des gens qui ont dû être des humains. Ils n’en n’ont plus que la forme. Comment vivre en des lieux si abjects ? Il est des paysages superbes dans les sierras sauvages qui retiennent à la terre les êtres comme des aimants, et les laissent sans force face au temps qui passe et les amenuise petit à petit. Ils en oublient leur humanité, et chaque jour les transforme un peu plus en anachorètes, car l’ensorcelante beauté des lieux a fini par ravir leur âme. Mais en cet endroit-là, nulle beauté. Seules l’horreur et l’abjection de la pauvreté clouent ces dalits au pilori, dans la puanteur de l’air mauvais. Aucune révolte dans leur regard, aucune méchanceté non plus pour l’étranger. Ailleurs peut-être, dans une de ces banlieues, à Bombay ou Delhi, on m’aurait déjà dépecé et ma carcasse aurait nourri leurs cochons. Aucune animosité dans cette auscultation. Certains font un large sourire et adressent un « hello » sonore en interrogeant d’un: « Where are you come from? » Et en ponctuant immanquablement par un: « Welcome in India! »
Je ne pouvais espérer meilleur accueil.
En cadeau: Slow Joe le petit gars de Goa
18:57 | Lien permanent | Commentaires (0)
Annkrist
Depuis longtemps j'avais envie de vous parler de cette époque devenue lointaine maintenant... Les années soixante dix. J'étais adolescent et déjà la poésie me taraudait... Nous vivions une époque terriblement excitante. Etait-ce la période de vie, ou la période historique... Tout semblait encore possible. Tout l'était sûrement, comme losrqu'on n'a pas encore atteint ses vingt ans.
Neve Noé: c'était une coopérative de chanteurs, musiciens, poétes bretons qui regroupait des gens comme Yvon le Men, Patrick Ewen, Gérard Delahaye, Annkrist, Kristen Nogues, Melaine Favennec....
Bref tous ceux qui ont un nom dans la chanson encore maintenant.
Une voix s'est tue, une seule: Annkrist et pourtant sa voix encore aujourd'hui quand je l'écoute me colle la chair de poule. Sensibilité, grain, duende... Oui c'est bien une flamenca bretonne... Une gnawa de Morlaix, une Frehel intellectuelle...
Mais qu'est-elle devenue?
Le mystère sur son existence même, entoure d'une puissante aura le timbre de sa voix qui semble parvenue d'outre tombe, comme on dit d'outre Meuse à Liège. Sirène sortie des eaux de l'océan venue envouter les marins pour les entraîner dans son chant. Elle était avec Léo Ferré mes deux piliers de poésie dans ces remous océaniques. Elle n'est pas morte, non, elle a préférée, le silence qui ne la trahit pas, lui... Ce silence fracassant... Sa vie va sur d'autres chemins et sa voix aussi. Dommage pour nous.

Annkrist : "La Rue mauve" par orelienada
Annkrist : Les prisons du monde par orelienada
Les journées passant sans erreur
vont aligner nos bonheurs
ailleurs on ne sait pas trop
d'où te vient ce regard d'adulte
un jour quand tu les consultes
tes yeux on pris le métro
Les secondes sur nos saisons
ont cerné leurs possessions
par des légions de bataille
Les secondes sont par millions
Les journées de nos vies font
trois p'tits tours et puis... s'en vont...
Les multicolores d'antan
plombent nos têtes de grands
et on rince un rêve rance
Les parvis blancs sous le soleil
couchés parmi ces merveilles
je ne sais pas pourquoi j'y pense
Les secondes sur nos bonheurs
se sont déclarées preneur
de nos rêves qu'elles entaillent
Les secondes sont par millions
Les journées de nos vies font
trois p'tits tours et puis... s'en vont...
Je n'en reviens pas : on croyait
Oh ce n'est pas vrai, on croyait
même à l'Amour qu'on compose
on ne peut pas nier nos mémoires
On trouve partout sans vouloir
le squelette de ces choses
Les secondes sur nos courages
ont installé le carnage
d'insectes ouvriers de failles
Les secondes sont par millions
Les journées de nos vies font
trois p'tits tours et puis... s'en vont...
Je n'ignore pas le troupeau
plutôt que de lui laisser ma peau
je lui fabriquerais du miel
Le temps qu'il goûte à ce mélange
j'ai le temps de chercher mon ange
Quartier de l'amour éternel
Les secondes sur mon courage
ne pourront aucun dommage
juste une légère encoche
- parce que je tiens à la folie
d'avoir installé mon lit
sur l'angle de ma joue gauche -
Et elles sont là dans la ruelle
je serai longtemps rebelle -
Toujours - que je leur ai dit
- Passez derrière - c'est entendu -
vous verrez je suis attendue
dans le Quartier du Paradis
05:52 | Lien permanent | Commentaires (0)

