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<title>Ressacs - livre</title>
<description>Quand le rire demeure un rempart contre la tyrannie...</description>
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<title>JOHN FANTE</title>
<link>http://ressacs.hautetfort.com/archive/2007/02/05/john-fante.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Saïd MOHAMED)</author>
<category>Livre</category>
<pubDate>Mon, 05 Feb 2007 09:05:00 +0100</pubDate>
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S'il est des livres qui changent votre vision du monde, il en est d'autres qui vous font comprendre que vous devez écrire. &lt;i&gt;Mon chien stupide&lt;/i&gt; a été de ceux-là. Bien sûr avant il y a eu &lt;i&gt;Albertine Sarrazin, Cendrars, Kerouac, London, Hikmet, Céline, Faulkner, Duras&lt;/i&gt;. Mais la lecture des oeuvres de &lt;i&gt;Fante&lt;/i&gt; a et de celles de &lt;i&gt;Carver&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Bukowski&lt;/i&gt;, ont été le détonateur de cette charge littéraire. J'ignore pourquoi, mais il en est ainsi.&lt;br /&gt;Ce qui est raconté a certainement beaucoup moins d'importance que le style. Oui, le seul style fait basculer un récit trivial en chef d'oeuvre. Rien de nouveau sous ces cieux, le savoir n'a pas cours dans ces bouges où le grouillot de fond de cale s'active pour survivre en attendant de devenir écrivain comme &lt;i&gt;Ultramarine&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;Malcom Lowry&lt;/i&gt;. Et seul compte ce qui doit être écrit, car la littérature n'a rien à voir avec l'intelligence, ni avec l'érudition, mais  avec la façon dont les choses doivent être dites. &lt;br /&gt;La littérature est simplement le témoignage de ces secousses qui traversent l'être, dans son questionnement du trivial, d'aucun diront de son appréhension du monde.&lt;br /&gt;Je ne sais pas comment encore parler de cela sans tomber dans le cliché. Il faut construire une pensée qui ne laisse pas la part belle à la confusion. &lt;br /&gt;Donc je recommande à ceux qui ne le connaissent pas encore, la lecture de &lt;i&gt;Fante&lt;/i&gt; et pour y prendre goût de commencer par &lt;i&gt;Mon chien stupide&lt;/i&gt;…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://ressacs.hautetfort.com/images/medium_monchien.jpg&quot; alt=&quot;medium_monchien.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Coincé entre une progéniture ingrate et un talent de plus en plus incertain, le personnage principal de &lt;i&gt; Mon chien stupide&lt;/i&gt; oscille entre un cynisme salvateur et des envies de fuite. Fils d’immigrés italiens, il caresse le rêve d’un retour à ses racines, fantasmant sur une vie paisible aux terrasses des cafés de la Piazza Navona à Rome. Mais pour l’heure, il faut courir le cachet, écrire des scénarios médiocres pour des séries télé affligeantes… ou le plus souvent aller encaisser un chèque des allocations de chômage.&lt;br /&gt;L’existence tumultueuse de la famille est bouleversée lorsqu’un gigantesque chien décide de s’installer dans la maison, pour le plus grand bonheur de l’auteur raté mais au grand dam du reste de sa tribu. Mon chien stupide est une tragicomédie de la crise individuelle : crises d’adolescence à retardement, démon de midi, couple en déliquescence. John Fante signe ici un roman touchant, débordant de compassion et d’acide lucidité. &lt;b&gt; –Lenaïc Gravis et Jocelyn Blériot&lt;/b&gt;&lt;/i&gt;
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<title>Le cercle du libraire disparu</title>
<link>http://ressacs.hautetfort.com/archive/2006/09/20/le-cercle-du-libraire-disparu.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Saïd MOHAMED)</author>
<category>A hauteur d'homme</category>
<category>Extraits de romans</category>
<category>Livre</category>
<pubDate>Thu, 05 Oct 2006 15:20:00 +0200</pubDate>
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Ce texte est extrait de &lt;i&gt;Putain d'étoile&lt;/i&gt; paru aux éditions &lt;b&gt;Paris Méditerranée&lt;/b&gt; en septembre 2003.  &lt;b&gt;ISBN 2-84272-190-X Prix public: 15 euros&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les photos sont extraites de l'exposition &lt;i&gt;Inde du Sud&lt;/i&gt; de &lt;b&gt;Bénédicte Mercier.&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://ressacs.hautetfort.com/images/medium_IMG_2192web_copie.jpg&quot; alt=&quot;medium_IMG_2192web_copie.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;2&quot; face=&quot;times&quot;&gt;Quand on ouvre des pages pour se nourrir on attrape souvent des indigestions, si on a comme référant de ses lectures les bulletins paroissiaux des saintes chapelles littéraires. Comment accorder un pet de crédibilité aux critiques qui manient l'encensoir envers un éditeur, qui préalablement leur a publié un manuscrit ou les a fortement sollicités, en repas de courtoisie et autres affriolantes relations publiques et plus si affinités ?&lt;br /&gt;Avant de tomber sur&lt;i&gt; Le Chant des coyotes&lt;/i&gt; ou sur &lt;i&gt;Trick baby&lt;/i&gt;, combien faut-il en éplucher d’un derrière distrait ? Heureusement dans cette lointaine Mongolie bigordane j'ai fini par dégotter un libraire qui a su m'alimenter sans me ruiner.&lt;br /&gt;N'importe quel quidam aurait pu croire la boutique en faillite. Seuls quelques livres en devanture changeaient parfois. Un ou deux titres nouveaux apparaissaient, parmi la trentaine étalés derrière la vitre. De l’extérieur on n’apercevait rien bouger, comme si le magasin était abandonné ou inoccupé. La décoration en vitrine, un papier d’emballage cadeau complètement décoloré, ajoutait une touche surannée. En poussant sur la porte, j’ai pensé la trouver fermée. J’avoue avoir franchi le seuil, la première fois, animé d’une malsaine curiosité. &lt;br /&gt;Au sol de l’antre un carrelage en mosaïque, bleu jaune gris et marron. La pièce unique était couverte d’étagères de bois patinées dont les hauts rayonnages contenaient encore toutes les fournitures scolaires des décennies passées. Plumes Sergent Major, buvard colorés, bouteilles d’encre violette, noire ou rouge, cahiers d’écoliers, vieux livres de grammaire, de conjugaison, Atlas, tubes de gouache desséchés, invendus entassés pèle-mêle et n’ayant jamais plus bougé. &lt;br /&gt;Les bouquins étaient empilés à la manière des librairies arabes, du sol au plafond, dans un fatras proche de l’apocalypse et maintenus dans un équilibre précaire par miracle. J’ai vraiment douté trouver un homme là-dedans, ou alors le squelette de l'ancien propriétaire. Rien n'aurait pu laisser penser, à un œil non averti, qu'un individu lisait au comptoir. Il était assis à un bureau, la tête penchée sur l'ouvrage, le coude appuyé contre le bois patiné. Il ne dormait point et semblait plongé dans une profonde méditation de plusieurs siècles. Il a posé le livre, a intercalé une carte dans la page et l'a refermé.&lt;br /&gt;-Bonjour, a t-il dit.&lt;br /&gt;Il n'a même pas esquissé un sourire commercial. J'ai regardé dans les rayons presque gêné de l'avoir dérangé.&lt;br /&gt;-J'aurais voulu Bunker Hills de Fante, vous l'avez ?&lt;br /&gt;-Non !...&lt;br /&gt;-Bon, mais auriez vous d’autres auteurs du Montana…&lt;br /&gt;-Oui !&lt;br /&gt;Je semblais vraiment indésirable. Il a laissé passer quelques secondes avant de prendre la parole&lt;br /&gt;-Cet ouvrage-là n'est pas indispensable, à moins que vous ne soyez un universitaire !...&lt;br /&gt;-Comment ça ?&lt;br /&gt;-Vous pouvez vous en passer !&lt;br /&gt;-C'est-à-dire ?&lt;br /&gt;-Ce n'est pas son meilleur ! On peut éviter de gaspiller de l'argent et l'emprunter dans une bibliothèque si on veut vraiment le lire !&lt;br /&gt;-J'ai lu les autres, et je veux me faire la totale, pour connaître le bonhomme jusque dans sa médiocrité !&lt;br /&gt;-Comme vous voudrez, mais je vous aurais prévenu ! Si vous avez eu le meilleur pourquoi vous embarrasser avec le superflu ? Il y a tellement d'auteurs intéressants pour ne pas se charger des œuvres mineures !&lt;br /&gt;Un commerçant qui me tenait un tel discours sur sa camelote méritait le détour. Il m'en avait suffisamment dit pour comprendre que je n'avais pas affaire à un simple boutiquier. De chez lui, il ne fallait pas en douter, ne sortaient que des livres, des vrais, pas du papier noirci. Il savait ce qu'il vendait, et à qui. &lt;br /&gt;Pour venir ici, il fallait le décider, l'assumer. Être poussé par une pulsion irrépressible, afin de ne pas succomber à l'obsédante angoisse qui vous étreignait en franchissant le seuil de la porte pour la première fois. Que se cachait-il derrière les affiches, loin, là-bas, au fond de l'antre, sous le néon fade allumé toute la journée ? Un homme, l'air absent, totalement absorbé, dans l'immobilité la plus totale, consultait quelques étranges grimoires. Un savant de la littérature rendait hommage à ces pages, en les lisant toutes, scrupuleusement, avant de les proposer à ses lecteurs. Ses clients ne venaient le visiter que mensuellement pour les plus sévèrement atteints. Les anciens ou les exilés, vers des contrées plus clémentes, lors de leur retour au bercail prenaient leur ordonnance et repartaient avec un colis de livres. Les parisiens, n'ont ni le temps, ni le désir d'affronter la cohue, pour se rendre dans un supermarché de la culture… Quelques raffinés se faisaient préparer le meilleur du crû de l'année par ce libraire.&lt;br /&gt;Il tenait un registre de la liste des ouvrages achetés par ses clients. Car le comble du déshonneur aurait été de proposer deux fois le même texte. Tout d'abord, il lui fallait connaître les goûts, les penchants naturels, les obsessions, les vices, les tares de ses habitués. Après seulement, il conseillait. Preuve de son savoir faire, il ne croulait pas sous les invendus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://ressacs.hautetfort.com/images/medium_IMG_2379web_copie.jpg&quot; alt=&quot;medium_IMG_2379web_copie.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Cet homme ne vendait pas, mais auscultait, soignait, pesait, jaugeait son bonhomme afin de ne point diagnostiquer à en aveugle. Puis il tentait d'apporter un remède, de combler les lacunes et proposait des vitamines aux neurones de son consulté. Il écoutait les désirs, les réactions avant d'ordonner. &lt;br /&gt;Lors d'une rencontre ultérieure il interrogeait la prescription. Oui, c'était bien ces ouvrages-là qu'il fallait administrer pour guérir le mal de vivre. Des mots emmagasinés suivant un ordre précis, qui soulagent au hasard des pages, pendant quelques heures, quelques mois, de la souffrance et du vide de l'existence. Il attendait de son patient qu'il lise. Et si un auteur inconnu effrayait le malade, il lui prêtait le volume ou tentait une ordonnance plus appropriée. Si l'ordonnance n'avait pas convaincu, la personne pouvait toujours lui rapporter les livres et lui échanger contre d’autres.&lt;br /&gt;-On lit l'ouvrage qu'il faut, au moment où il faut ! Cela n'est pas étrange. Ça me fait penser à ces vieilles boîtes de boutons de couturière. Dépareillés, ils ne valent rien, mais dès qu'on en cherche un précisément, on le trouve. Lui, son jumeau, ou un qui lui ressemble et fera illusion. Les livres, c'est tout comparable !&lt;br /&gt;Ayant posé le sien, il se levait de sa chaise et venait s'asseoir sur le coin de son bureau, sortait une Gauloise puis écoutait son client. Cela pouvait durer longtemps. Aussi, avant de pousser la porte, il fallait s'assurer que personne d'autre n'était en conversation avec lui. Sinon il fallait aller poireauter patiemment son tour au café d’à côté. Il aurait paru indélicat de faire le pied de grue dans le peu d'espace de la boutique. À longueur de journée, il écoutait avec bienveillance les plaies du monde, les peines de cœur. Il attendait que le flot de paroles se tarisse. Puis en arrivait un autre, qui le libérait du premier. À chacun, il accordait un quart d'heure. Ce qui est certes peu, mais demande un effort surhumain. Trente clients par jour dans une librairie ne nourrissent pas un homme. Mais l'artiste pouvait bien tenir un siège au fond de sa tanière sans corrompre son art. Il ne comptait pas sur les rentrées de la librairie pour lui remplir la gamelle. Il émargeait par ailleurs sur des loyers, par-ci par-là. Ce métier, il le faisait parce que rien ne l'encourageait plus que ses clients qu'il avait éduqués à la lecture. Le miracle des mots l'étonnait encore. Il voyait les gens évoluer avec les ouvrages lus. Il ne bougeait pas de son siège pour recevoir les importuns. N'écoutait même pas leurs désirs et ne prenait pas la peine d'aller chercher le titre dans un rayon, où il savait ne pas vouloir le trouver. &lt;br /&gt;-Non je n'ai pas ça, vous aurez plus facilement de chance avec un collègue. Moi je vends de la littérature. Uniquement ! Et de la bonne, si possible... Mais qu'est-ce que c'est de la bonne littérature ?&lt;br /&gt;Lui vendait des livres comme des potions d'apothicaire, pas du papier noirci en vogue dans l’univers cathodique.&lt;br /&gt;-Il n'y a plus de curés ! Encore moins de médecins qui savent écouter les gens... Alors, il faut faire leur travail ! C'est simple, il faut avoir du temps pour les autres... Si je savais écrire avec tout ce qu'on me dit, mais j'aurais déjà plus de volumes que Balzac.  Et encore, je suis modeste. Les livres sauveront le monde ! Si, il doit être sauvé... Sinon ça le précipitera plus vite... Va savoir ? En attendant, on ne me fera pas vendre un livre parce qu'on en parle dans les coteries. Si je vends le livre dont le client a besoin, alors j'ai rempli ma mission dans ce foutoir. C'est pas grand-chose, mais je m'en contenterais au moment de fermer les yeux. Pour avoir du jus les auteurs doivent en baver. De la pire manière. C'est la loi du genre... Un type qui promet, devient nul dès que l'éditeur lui balance un gros chèque. Alors commence la pire des couillonnades ! La castration pure et simple. Le cheval sauvage est apprivoisé ! Plus de surprise! Il écrit ce que le directeur littéraire sait pouvoir vendre et que lui dicte le marché. Et ma foi, trouver dans sa gamelle un peu de riz et un morceau de steak, ce n'est pas négligeable. Ne pas avoir froid l'hiver, ni craindre d'être expulsé à cause d'un loyer impayé depuis des lustres, voila un confort bien mérité. C'est un penchant humain. Pas la peine de faire un dessin...  &lt;br /&gt; -Tu donnes au public ce qui lui fera plaisir et ça te reviendra sous la forme de satisfaction. Tu récoltes le miel. Donc c'est là que commence la prostitution. C'est simple, dès que ça marche tu veux que ça marche encore plus et tu trais la vache ! &lt;br /&gt;Son raisonnement me plaisait bien. Mais plus encore, ses colères après la municipalité ne lassaient pas de me mettre en jubilation. Un trublion doublé d'un tribun l'homme, pas moins. Un râleur perpétuel. Depuis son échoppe sans bouger il observait, comme un œil qui guette depuis la pénombre et que l’on ne voit pas. De son confessionnal il était au courant des coucheries, des bâtards, des vengeances, des entourloupes. A force de prêter l’oreille il pouvait remonter sur quatre générations l’arbre pour y secouer le singe et laver le linge sale en place publique. &lt;br /&gt;Pour haïr le maire et son équipe comme ça, leur différent remontait à la communale.  Un sac de billes, un premier amour détourné, quelque drame lointain et impardonnable. Un honneur que le sang et les tripes de toute la région ne parviendrait à sauver de la honte.&lt;br /&gt;-Des sbires plus proches des nervis fascistes que des démocrates. Pas de contestation possible. Si tu l'ouvres, on t'écrase... Ils m'ont installé un arrêt de bus devant le magasin par représailles. Alors voilà, les gens s'appuient sur ma vitrine. Ils attendent sous mon auvent. Je ne l'abaisse plus depuis…&lt;br /&gt;En haut lieu, son franc-parler à fini par plomber les zygomatiques.&lt;br /&gt;-On l'appelle Robert, parce que monsieur se fait appeler par son prénom. Moi je l'ai surnommé Staline, Oui !&lt;br /&gt;Pas une journée ne s'écoulait sans qu'il ne maudisse ce personnage.&lt;br /&gt;-Inculte au plus haut point. Il ne sait que compter. Et avec les sous des autres c'est facile ! Comme si cela n'avait pas suffi, il m'a envoyé deux contrôles fiscaux coup sur coup. Je n'avais rien à me reprocher. Je tiens mes comptes ! De toute façon, je gagne une fortune en étant libraire. Tout au plus un SMIG. Mais c'est déjà trop. Pour ces voleurs ! À la deuxième visite des contrôleurs du fisc, je leur ai demandé si c'était Péppone qui les envoyait. Ils sont repartis sans rien vérifier. &lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://ressacs.hautetfort.com/images/medium_méditation2_copie.jpg&quot; alt=&quot;medium_méditation2_copie.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;-Ah, ils en avalent des couleuvres les braves gens de cette ville et de bien belle taille. Personne, à part une chanteuse qui s’est fait violer ici, par son père pendant la guerre, n'a jamais parlé de ce trou. Il n’est cité dans aucun livre et pour cause. C'est dire dans quel désert on se trouve. Ils ne savent que pomper le fric. Aucune usine… Que des bâtiments administratifs. Il faut bien que les bureaux d'études du parti travaillent. Et ces boules-là dans la zone piétonne, elles viennent de Toulon... C'est une usine inféodée au parti. Les types qui sont venus les poser sont de la C.G.T ! J'aurais bien aimé connaître le taux de rendement de chaque ouvrier en une journée. Là où on doit mettre deux jours, ils y ont passé la semaine. Le reste du temps ils sont allés à la pêche. Et le montant de la facture, qui l'a épluché ? Pas comme ma comptabilité! Ces boules-là, on les retrouve partout dans les villes aux mains du parti. J'aimerais bien voir Montreuil, et Saint-Nazaire… Il paraît qu’ils ont hérité des même monstruosités… Et toute la banlieue rouge, ça doit pas être triste non plus. Ces boules ont dû être faites avec les chaînes des peuples opprimés que le parti a libérés. À moi, le parti il me les met les boules ! Et tous ces immeubles restaurés en logements sociaux ? D'où viennent les gens qui y habitent ? Par wagons entiers ils débarquent du nord de la France, des houillères. Tous Rmistes ! c'est fait pour ne pas perdre de voix aux élections. Et juste avant les élections tous les gitans viennent stationner dans le coin... Deux mille il doit bien y en avoir. Personne ne sait pourquoi ils sont là, hors période des dates de pèlerinage... Tout simplement parce qu'ils viennent voter. Ici. On les inscrit. Superbe ! Coca et nouilles populaires à volonté ! Le couvert est mis. Suffit de voter. Toi qui payes tes impôts ici tu demandes quelque chose à la mairie. On vérifie d'abord si tu es inscrit sur les listes électorales. Heureusement qu'il existe un isoloir, sinon ce type serait réélu à 99 % des voix comme cela se fait dans toutes les dictatures du monde. On vit en zone de non-droit ici. Toute la ville est prise en otage. Va faire une campagne électorale contre ce type. Il n'est pas sûr qu'on ne te retrouve pas au fond du lac avec des chaussures en parpaing. Et le vieux qui fait croire à tout le monde qu'il a un cancer. Pas prêt de crever. Il se porte mieux que moi. Le parking souterrain on peut en parler. Qui l'a réalisé ? Quand? Pourquoi ? Il ne fonctionne qu'à moitié. On perd de l'argent avec cette opération, encore un peu plus. Il a été construit avant une élection. Le vieux avait besoin de fric pour sa campagne. Tout ça finit par coûter cher... Il voulait aménager les anciennes halles en supermarché, pour le dernier scrutin. Tu parles il a été obligé de faire marche arrière. Un bâtiment du XIXe, époque Eiffel. Les halles Baltard, transformées en supermarché. Pourquoi pas de la porcelaine de Limoges pour empierrer les chemins? Ils finiront par avoir ma peau ces salopes. Non, rien de spectaculaire. Ils m'empoisonnent la vie au quotidien. Le feulement des charentaises vaut bien le bruit des bottes ! Le maire fait semblant de ne pas me voir quand on se croise en ville. Il change de trottoir et sert la main à tous les autres commerçants. Ça non, il n'a pas peur d'aller boire un verre chez ses copains fachos, des anciens du parti communiste qui ont viré front national… Si… Si… et le patron des bistrots de la place c'est la pire crevure mafieuse qu'on puisse rencontrer ! Cela ne dérange pas notre brave maire d'aller s'y rincer le gosier. Il ne paye pas, ou alors il embarque la note… Si… Si... J'ai des témoins ! J'ai des dossiers sur eux, mais ils auront ma peau avant. Les rues piétonnes ! Belle exemple de démocratie ! Réunion du comité de quartier pour décider du tracé. On avait fait une étude valable. Tu parles, le plan de circulation était signé au bureau d'études avant qu'on nous consulte. La belle affaire ! La place du colonel Fabien, il faut bien la payer. Le pire, c'est qu'avec ce type de gestion totalitaire, c'est le champ libre au fascisme. L'opposition n'existe pas ici ! Elle est bâillonnée ! Si un commerçant ose la ramener, le contrôle fiscal n'est pas loin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une petite dame toute frêle, en entrant dans le magasin, a interrompu notre discussion.&lt;br /&gt;-Je voudrais un livre qui a du succès, pour un jeune homme qui fait des études supérieures, lui a demandé la grand mère visiblement fière de sa descendance.&lt;br /&gt;-Désolé madame, je n'en ai pas, si cela m'arrive, c'est un hasard! Si j'essaye d'être un libraire, malheureusement je ne suis pas forcément un commerçant... Par contre, je peux vous vendre un bon livre qui n'a pas eu le succès qu'il aurait mérité ! Tous ceux que j'ai ici aurait dû en avoir, si les gens savaient lire !&lt;br /&gt;Elle l'écoutait attentivement, alors qu'elle aurait pu le traiter de goujat et lui casser son parapluie sur la tête. Mais elle se rendait bien compte qu'elle avait affaire à un maître artisan.&lt;br /&gt;Un mardi la boutique est restée fermée. Le lendemain, ainsi que les autres jours qui ont suivi, personne n'a vu le libraire. Il était bien venu le lundi, mais depuis le début de la semaine plus de nouvelles. Au bar, on m'a dit qu'il venait d'être victime d'un infarctus. Je ne savais pas encore à quel point les colères de ce râleur allaient me manquer.&lt;br /&gt;A Jean-François Lamon&lt;br /&gt;&lt;/font size=&quot;2&quot; face=&quot;times&quot;&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://ressacs.hautetfort.com/images/medium_MUNNAAR_166bisweb_copie.jpg&quot; alt=&quot;medium_MUNNAAR_166bisweb_copie.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
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<title>REVANCES</title>
<link>http://ressacs.hautetfort.com/archive/2006/09/06/revances.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Saïd MOHAMED)</author>
<category>carnets de voyages</category>
<category>Extraits de romans</category>
<category>Livre</category>
<category>Voyage</category>
<pubDate>Wed, 06 Sep 2006 17:45:00 +0200</pubDate>
<description>
&lt;b&gt;Paule et Arthur -qui furent mes voisins dans un quelconque salon du livre-, sont allés au bout de leur rêve et du monde en vélo... Encore des ps-cyclopathes, pensais-je presque méchamment. &lt;br /&gt;Ce n'était pas le cas. Arthur est plutôt du genre plumitif, à en juger par la tenue de la phrase.&lt;br /&gt;Quand à Paule, guère plus haute que son vélo, surprenante d'énergie, a été de toutes les expéditions.&lt;br /&gt;Permettez moi de vous offrir un avant goût de leurs aventures...&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Par ARTHUR DAVID&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les pentes sont abruptes, les sinuosités acérées, le soleil cuisant. La végétation touffue est desséchée. Les panneaux nous avertissent : « ne descendez pas de votre véhicule », ou « Les éléphants que vous voyez sont sauvages, ne les approchez pas ! »  ou, mieux encore « Danger, tigres ! » Alors, notre avancée à vélo est feutrée et circonspecte. Singes gris et laineux, familles macaques, hardes de daims aux oreilles toutes rondes, paons méprisants, fréquentent les abords de la route. D’abord inquiets, vite ils s’apaisent : nous ne faisons pas très sérieux. Dans les bois, sur une colline, un pachyderme agite les oreilles. Il possède de superbes défenses. Est-il domestique ou bien sauvage ? D’autres éléphants sont à la toilette dans la rivière. Leurs cornacs les dorlotent. Nous passons la nuit à l’auberge de jeunesse. Le lendemain, nous faisons une randonnée en Jeep – bruyante – à la rencontre de sangliers sauvages et de tapirs. Nous ne voyons ni les panthères ni les tigres promis. &lt;br /&gt;     Nous reprenons la route. Retour aux hommes. Dans des villages musulmans, ont été posés des portraits géants du « tigre du monde », Saddam Hussein. Les femmes sont enfermées sous le noir burkha, un vêtement qui les couvre d’une pièce de la tête aux pieds. Une petite grille est aménagée au niveau des yeux. Malaise ! Nous ne nous sentons pas à notre place. &lt;br /&gt;    Nous roulons, roulons, roulons. Nous nous levons à l’aurore pour échapper aux ardeurs du soleil. Atmosphères floues, silhouettes fluides. Piquantes exhalaisons des poivres roses, noires, séchant aux rives d’un chemin orange. S’échouant aux cimes des palmes olivines, une malabarèse aiguise une ritournelle neuve. Venus d’invisibles villages, par des sentiers indéfinis, piétons, cyclistes grossissent le rang de ceux allant à la ville. « cliquiticlic… cliquiticlic… cliquiticlic » c’est le crescendo ferraillant que grince, en route pour le bazar, un vélo tout emplumé de volailles courroucées. Faubourgs ternes, poussiéreux. Ruissellements gris d’égouts,  crevant de maligne alchimie,  sur lesquels sont rangés, genoux au ventre, cul nu, des collections de gamins espiègles. Vaches côteleuses errant effrontément d’un camion râleur à une poussive Ambassador, d’un rickshaw maraudeur à une chétive carriole. Temples miniatures, ordinaires panthéons des dieux de l’indouisme, posés aux terrasses des maisons inachevées. Façades lambrissées de galeuses mousses rases. Golfes de lumières crues cataractant des nattes disjointes chapeautant venelles ténébreuses, ruelles crasseuses, arcades épicées. Acres senteurs, sauvages effluves, épais relents, délicieux parfums… Ici, flamboyants tapis de piments, sacs rebondis de riz nacreux, pyramides d’ananas blonds, corbeilles ordonnées de mangues grenat, méli-mélo de melons menus, citrouilles joufflues, cœurs purpurins de pastèques ventrues. Plus loin, amoncellements d’outils, effondrements de ferblanterie sonore, entrelacs savants de cadenas baroques, étoffes chics, humbles cotonnades, chaussures de plastique. Des chevrettes hardies s’acharnent à un étal de longues bananes brunes. Jet de pierres. Coup de trique. Fuite désordonnée. Envolée brutale d’un précieux oiseau bleu. Sombre, belliqueux, des corbeaux guignent les ordures. Un mégaphone, fixé à une antique bicyclette, nasille une incantation à Ganesh : La loterie. Des billets colorés ! Des rêves insensés de fortunes… &lt;br /&gt;   Tresses de fleurs mêlées à leurs cheveux, parfois un bambin au flanc, sereinement belles, fines, serrées en saris simples et somptueux, les femmes glissent au gré des flux de foules, des coups de gueules de marchands malins. Emplettes de curcuma, de noix de coco, d’indispensable, de futiles. &lt;br /&gt;   Le délit cacophonique, chromatique, orchestré par le marché quotidien, s’estompe : la route, encore ! La route, lente, noire, ardente.  Sonorisation aigrelette, tressautant sur la chaussée barbare, un rickshaw va de bourgs en hameaux. &lt;br /&gt;– « Sûr, demain, le cinéma ambulant sera là ! »&lt;br /&gt;   On encercle le tricycle. On s’y presse. On commente, raison à la dérive, les affiches en technicolor.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;    Heures de torpeurs d’après-midi. Les banians sont de verts abris agités de lents frissons. Rencontres. L’artisan, le colporteur, s’installent à l’ombre des mêmes arbres, là où, coulant d’incertaines collines, meurent les lumineuses rizières. À son aise, on commente activités et projets. Chaleur. Le ton décline. Les gestes se figent. Sieste… À l’immobilité de ces moments vagues succède la molle reprise des tournées. En pédalées lasses, espoirs de richesse chevillés à l’âme, on se noie dans les ombres grises d’un jour bientôt révolu. &lt;br /&gt;    L’aube recommencée. Cambrures ithyphalliques des cocotiers joignant l’azur déjà insolent. Canaux marins calmes, porteur de coprah et d’écorces fibreuses, de poteries et de tuiles, de pêcheurs et de voyageurs curieux. Parés de vastes filets, de grands squelettes de bambou, chinois peut-être, sont entrés dans l’eau. Ils guettent les petits poissons imprudents. Au soir, ils basculeront leurs pièges qu’éclaireront, astres leurres, des lamparos. Buffles, hommes et enfants sont au bain. Aussi les vélos, les autos, les camions.  En de discrets bassins cernés de joncs, voulant n’être vues de personnes, des jeunes filles, très belles, demi-nues, font une joyeuse toilette. Les mousses savonneuses vont se perdre aux incessants clapotements. &lt;br /&gt;    La piste terreuse, rouge. Comme au rythme lentement désabusé d’une gymnopédie, passe le boucher. À son porte-bagages est liée une cuisse de mouton drapée de linges indisciplinés.  Contre sa roue ballotte un os encore habillé de lambeaux graisseux qu’un noir rapace s’entête à vouloir arracher. Cathédrale crémeuse d’où des archanges trompettistes veulent prendre leur essor. Sonne l’heure de la messe. &lt;br /&gt;   Le matin embaume le jasmin que des fillettes travaillent en colliers. Toujours, venue de nulle part, cette rengaine à la mode que tout le monde fredonne. Coin de route. Des chiens glabres et écorchés rodent où gît une immonde charogne sur laquelle bombillent d’industrieuses mouches grasses.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;   Fantômes de conquérants portugais, hollandais, sur Fort Cochin… Rues défoncées, étroites, antres des vrais épiciers. Poivres, clous de girofle, gingembre, cannelle, curcuma, baignent d’excitantes fragrances la synagogue toute proche. &lt;br /&gt;    Douceur noctambule installée. Moustiques agressifs. Battements de tambours. Cercle de badauds. Sous un généreux réverbère, échappé du Ramayana, mi-homme, mi-singe, un roi lutte contre un démon aux traits de jeune fille. Yeux roulant en tout sens, gestes entendus, insolite langage des mains, graves ponctuations des batteurs. Instants de magie : les curieux sont devenus spectateurs. Kathakali, les danses sacrées  que seules  les hommes interprètent. &lt;br /&gt;    « Clacataclac… Clacataclac… Clacataclac…»  Complainte éraillée que gémit, à la mousson venant, le vélo brinqueballant du réparateur de parapluie. Il trouble le silence de l’avenue noyée d’obscurité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;    Matin, sons, odeurs, couleurs revenues : l’éternelle dynamique. Moutonnements inlassables, rampant au miel du rivage – repaire des pêcheurs – c’est  la côte de Malabar intemporelle, inoubliable. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;    Sud extrême. Cap Cormorin. Route infinie, désertée, vide de dabha, de villages, plaine morne, aride. Gopura lointains. C’est Madurai, la ville temple, la ville légende. Là, naquit Meenakshi, fille d’un roi Pandyan. La demoiselle avait une particularité physique qui ne manqua pas de susciter de paternelles inquiétudes,  elle avait trois seins ! Un oracle le prévint, le sein superflu disparaîtrait quand elle rencontrerait son futur époux. Sur le mont Kailash, elle rencontra, chez lui, Shiva, et fut instantanément pourvue d’une poitrine normale. Quelques temps plus tard il vint à Meenakshi sous l’apparence de Sundareshwara et le mariage eut lieu. Personne ne nous a dit si Parvati, légitime compagne de Shiva, savait le don d’ubiquité de son divin mari. Depuis, un temple, aujourd’hui incomplètement d’origine – puisque l’actuelle enceinte sacrée date du XVIIe siècle – est dédié à la princesse.  Quotidiennement,  de tout le pays, viennent dix mille pèlerins environ. Autour du sanctuaire  : des bazars, des marchés, des mendiants haillonneux et difformes, des éléphants et des vaches d’apparat. Au hasard des rues, nous rencontrons une charmante compatriote, en vadrouille sabbatique, et ses deux jeunes enfants.&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://ressacs.hautetfort.com/images/medium_Revances-web.jpg&quot; alt=&quot;medium_Revances-web.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Copyright: Arthur David&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Pour retrouver les deux comparses&lt;a href=&quot;http://www.artisans-voyageurs.com&quot;&gt;www.artisans-voyageurs.com&lt;/a&gt;&lt;/b&gt;
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